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IVG : « Il FALLAIT pleu­rer. L’institution nous OBLIGE à pleurer »

C’était il y a envi­ron 5 ans. J’avais 22 ans. Si je témoigne aujourd’hui c’est sur­tout pour dénon­cer les com­por­te­ments et le mépris dont j’ai été vic­time, qui plus est, com­por­te­ments qui ont failli me coû­ter la vie.

Je me suis retrou­vée enceinte. Bizar­re­ment, je l’avais pres­senti dès la pre­mière semaine. Un jour où je ne me sen­tais pas bien, je me suis dit « je ne suis pas seule »… Allez savoir pour­quoi ?
Bref un mois plus tard, j’ai fait un test et celui-ci s’est révé­lé posi­tif. J’en ai tout de suite fait part à mon ami. La déci­sion a été rapide à prendre : nous étions jeunes, en couple depuis peu, étu­diants, sans le sou.
Je suis donc allée très rapi­de­ment prendre un ren­dez-vous pour un avor­te­ment à l’hôpital. La liste d’attente était telle que j’ai eu un ren­dez-vous un mois plus tard, soit à 11 semaines de gros­sesse!

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IVG : « Ce n’est pas l’ivg dont j’ai le regret, mais de ne pas avoir dit plus clairement à ce médecin combien il était odieux. »

Parents de jumeaux de deux ans‚ pas mal com­blés, nous venions de démé­na­ger, pleins de pro­jets, mais dans une période un peu incer­taine‚ parce que sans bou­lot. Gros­sesse sous sté­ri­let, à 33 ans, deux enfants tous petits… Le retrait du sté­ri­let aurait pu entraî­ner la fin de la gros­sesse, mais ce ne fut pas le cas. Le ren­dez vous a donc été pris pour une IVG‚ le ren­dez vous « psy­cho­lo­gique » expé­dié — visi­ble­ment sans pro­blème, je n en ai qu’un vague sou­ve­nir — ; nous vou­lions qu’elle ait lieu à l’hôpital public, et pas dans la cli­nique pri­vée où le gyné­co exer­çait habi­tuel­le­ment. (on ne se refait pas quand on défend le ser­vice public). Visi­ble­ment, ça a aga­cé le mon­sieur (qu’on ne connais­sait pas, on venait d’arriver dans la région). On est venu tôt, tous les deux, on a jon­glé pour trou­ver des copains pour gar­der les mômes‚ pas simple, on a atten­du, long­temps… des heures. Quand le gyné­co a fini par arri­ver‚ visi­ble­ment la tête ailleurs, énerve, il m’a deman­dé si j’étais à jeun. Hon­nête, j’ai répon­du que j’avais pris une gor­gée de café deux heures avant (c’était long… et même tirer deux taffes d’une clope). Il a fait un scan­dale, il ne nous adres­sait pas la parole, par­lait au reste des soi­gnants‚ a dit qu’il ne pou­vait pas pra­ti­quer l’IVG puisque je n’étais pas à jeun, ce que nous ne com­pre­nions pas, puisqu’il n’était pas ques­tion d’anesthésie géné­rale. Le méde­cin a dit qu’il n’intervenait que sous anes­thé­sie, que c’était à prendre ou à lais­ser, que de toutes façons c’était « trop tard pour aujourd’­hui ‚qu’elle revienne ce soir‚ elle dor­mira à l’hosto, pour une inter­ven­tion demain matin »… On a essayé d’expliquer la situa­tion, il a tour­né le dos, n’avait pas eu le temps de déjeu­ner, était atten­du ailleurs…
Pas vrai­ment le choix…

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Dans les médias, les films, les livres

Comme 5 000 femmes chaque année

paru dans CQFD n°92 (sep­tembre 2011), rubrique , par Made­moi­selle, illus­tré par

par TanxxxAujourd’hui, sept femmes sont venues nous deman­der un coup de main, sept « délais dépas­sés », comme on les appelle. Elles veulent toutes avor­ter d’une gros­sesse dépas­sant le délai légal fran­çais de douze semaines. L’une d’entre elles se tor­tille sur sa chaise, mal à l’aise et un peu assom­mée. Elle a déjà eu des gosses, elle ne com­prend pas com­ment elle a pu décou­vrir cette gros­sesse si tard. Elle a eu ses règles nor­ma­le­ment. Peut-être étaient-elles un peu plus courtes, un peu plus légères… Elle se dit qu’elle aurait dû le sen­tir, le savoir. Elle prend la pilule, se rap­pelle de légers déca­lages dans ses prises, mais pas d’oubli. Elle ne com­prend pas. Une autre pen­sait avoir « fait suf­fi­sam­ment atten­tion » et se demande, inquiète, com­ment elle va pou­voir avor­ter à dix-huit semaines de gros­sesse. On ras­sure tout le monde et on attrape le clas­seur « Espagne » et celui des « Pays-Bas », pour leur par­ler du voyage que 5 000 femmes fran­çaises font chaque année. On leur pré­sente deux solu­tions : le Cen­tro médi­co Ara­gon, la « cli­ni­ca de siempre »« plus de vingt ans d’expérience en inter­rup­tion légale de la gros­sesse, vasec­to­mie, liga­ture des trompes… » – qui pra­tique l’avortement jusqu’à vingt-deux semaines de gros­sesse ; et la « cli­nique de l’interruption de gros­sesse » de Het Vre­ling­huis, à Utrecht. Aux Pays-Bas, l’intervention est gra­tuite pour les rési­dentes. Pour les Fran­çaises, selon l’avancée de la gros­sesse et le prix du tra­jet, il fau­dra débour­ser entre 800 et 1 600 euros envi­ron. Par­fois plus. Bus, train, voi­ture, on pro­pose dif­fé­rents modes de trans­port. « Vous serez accom­pa­gnée ? Vous avez de quoi payer ? Il vous reste deux ou trois jours pour réunir la somme… » On liste les médi­ca­ments qu’elles doivent empor­ter, on fait des pho­to­co­pies : plan de la ville, trans­ports en com­mun, hôtels. Elles empilent leurs papiers, l’air pré­oc­cu­pé. « En Espagne, ils demandent com­bien pour dix-sept semaines ? », « 780 euros. » « Et pour vingt semaines ? » « 1 200 euros. » « C’est dégueu­lasse, sou­pire une nana, il va fal­loir que je trouve une excuse pour emprun­ter du fric à mes parents. » On espère qu’elle ne sera pas obli­gée d’élever un môme qu’elle n’a pas vou­lu parce que, dix jours plus tôt, elle a dû rem­pla­cer la cour­roie de dis­tri­bu­tion de sa bagnole, et qu’elle n’a plus de fric de côté. Toutes vont fina­le­ment trou­ver une solu­tion, cette fois-ci. Toutes vont réus­sir à trou­ver une excuse pour faire gar­der les mômes, s’absenter du bou­lot et réunir la somme deman­dée. Comme 5 000 femmes chaque année.