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De l'autre côté de la canule

« l’IVG est une solution et on ne prévient pas les solutions, on les utilise. »

Les filles des 343 vous pro­posent un entre­tien avec Sophie Gau­du, gyné­co­logue-obs­té­tri­cienne, res­pon­sable d’une uni­té d’IVG et de pla­ni­fi­ca­tion fami­liale dans un hôpi­tal public.

« c’est très gratifiant de participer à l’indépendance des femmes. D’être le professionel qui leur permet de réaliser leur choix. »

Les Filles des 343 : Pou­vez-vous, en quelques mots, vous pré­sen­ter et nous expli­quer les acti­vi­tés que vous exer­cez ?

Sophie GAUDU : Je suis gyné­co­logue-obs­té­tri­cienne, res­pon­sable d’une uni­té d’IVG et de pla­ni­fi­ca­tion fami­liale dans un hôpi­tal public depuis 10 ans. En 2010, notre équipe a réa­li­sé 2200 IVG.

Les Filles des 343 : Pour­quoi avoir choi­si cette spé­cia­li­té, et spé­ci­fi­que­ment la pra­tique de l’IVG (Inter­rup­tion Volon­taire de Gros­sesse) ?

Sophie GAUDU : J’ai choi­si la gyné­co­lo­gie-obs­té­trique, c’est-à-dire le sui­vi des gros­sesses et la pra­tique des accou­che­ments. J’ai com­men­cé mes études de méde­cine en 1975. La loi Veil venait d’être votée et c’était une vrai avan­cée pour les femmes. Quand j’ai choi­si l’obstétrique, faire des IVG était une évi­dence pour moi, j’en ai tou­jours fait. La res­pon­sa­bi­li­té d’une uni­té d’IVG m’a été pro­po­sée en 2000. Depuis cette date  j’ai exer­cé pour moi­tié soi­gnant les patientes qui pour­suivent leur gros­sesse pour moi­tié en soi­gnant les patientes qui inter­rompent leur gros­sesse. Mon tra­vail est d’assurer la san­té des femmes dans le res­pect de leurs choix.


Les Filles des 343 : Dans les médias, nous enten­dons sou­vent dire que l’IVG n’est pas un acte gra­ti­fiant pour le pra­ti­cien-ne, et pas seule­ment en termes finan­ciers. Nous avons pour­tant ren­con­tré des méde­cins qui expri­maient un sen­ti­ment contraire : pour elles/eux, pra­ti­quer des IVG est un acte gra­ti­fiant, elles/ils ont le sen­ti­ment d’ai­der des femmes à faire un choix capi­tal. Et vous, com­ment vous situez-vous ?

Sophie GAUDU : L’IVG est un acte médi­cal tech­ni­que­ment simple. En ce sens cela peut sem­bler peu gra­ti­fiant. On ne réa­lise pas une prouesse tech­nique. Mais effec­ti­ve­ment c’est très gra­ti­fiant de par­ti­ci­per à l’indépendance des femmes. D’être le pro­fes­sion­nel qui leur per­met de réa­li­ser leur choix.

Les Filles des 343 : Cer­taines idées fausses cir­culent autour de l’IVG. Il nous semble impor­tant de ras­su­rer les femmes à ce pro­pos. En tant que pra­ti­cienne, pou­vez-vous répondre à ces deux affir­ma­tions, qui cir­culent beau­coup, sur Inter­net notam­ment…

l’IVG serait dan­ge­reux pour la san­té des femmes/l’IVG est un acte chi­rur­gi­cal lourd :

Sophie GAUDU : C’est une contre-véri­té. Si on consi­dère les com­pli­ca­tions médi­cales, il y a une gra­dua­tion : le moins dan­ge­reux est de ne pas ris­quer une gros­sesse et donc d’utiliser une contra­cep­tion ; puis inter­rompre une gros­sesse est moins dan­ge­reux que de la pour­suivre. Du point de vue du geste chi­rur­gi­cal, ce n’est pas un geste lourd, c’est simple rapide et les com­pli­ca­tions sont extrê­me­ment rares.

L’IVG ren­drait les femmes sté­riles :

Sophie GAUDU : C’est aus­si une contre véri­té. Les avor­te­ments clan­des­tins dans les pays ou l’IVG n’est pas auto­ri­sée peuvent se com­pli­quer d’infections et donc de sté­ri­li­té. Mais quand l’IVG est médi­ca­li­sée, il n’y a pas de risque de sté­ri­li­té ulté­rieure. C’est un acte médi­cal très sûr. En France où une femme sur deux fait une IVG dans sa vie, nous avons éga­le­ment la nata­li­té la plus haute d’Europe. Et ce sont les même femmes.

« Je vois dans le discours dominant, relayé même par des gens favorables à l’IVG, « recours à l’IVG égal traumatisme psychologique définitif » un succès des mouvements anti-IVG. »

Les Filles des 343 : À pro­pos d’i­dées reçues… nous avons mis en place ce blog, « IVG, je vais bien, mer­ci », contre ce que nous pen­sons être une idée reçue sur l’a­vor­te­ment : l’IVG serait for­cé­ment trau­ma­ti­sante et dra­ma­tique pour les femmes. Nous pen­sons que cette des­crip­tion de l’a­vor­te­ment est cari­ca­tu­rale, défor­mée, et fausse pour une bonne par­tie des femmes. Vous qui êtes tous les jours au contact des femmes qui avortent, qu’en pen­sez-vous ?

Sophie GAUDU : Une étude récente parue dans le Lan­cet est venue confir­mer ce que la plu­part des pra­ti­ciens pen­saient. C’est l’état psy­cho­lo­gique de la patiente avant l’IVG qui déter­mine son état après l’IVG. Si une femme ne va pas bien avant l’IVG, elle n’ira pas bien après. Je vois dans le dis­cours domi­nant, relayé même par des gens favo­rables à l’IVG, « recours à l’IVG égal trau­ma­tisme psy­cho­lo­gique défi­ni­tif » un suc­cès des mou­ve­ments anti-IVG. C’est sans doute la pre­mière et la plus vio­lente des agres­sions aux­quelles vont être confron­tées les patientes dans leur par­cours. Pour la plu­part des femmes que je soigne, l’IVG est un évè­ne­ment fort, mais pas un drame. C’est une solu­tion à une gros­sesse mal­ve­nue qu’elles ont déci­dé de ne pas pour­suivre. Cer­taines cir­cons­tances sont plus dif­fi­ciles que d’autre (rup­tures, chan­ge­ment d’avis du par­te­naire, perte d’emploi, vio­lence conju­gale…). Mais c’est alors la glo­ba­li­té de la situa­tion qui fait souf­frir les femmes.

« l’IVG est une solution et on ne prévient pas les solutions, on les utilise. »

Les filles des 343 : Nous enten­dons sou­vent, à pro­pos de l’IVG, qu’il ne faut pas qu’il se « bana­lise », que ce n’est pas un acte « ano­din ». Que vous évoquent ces phrases, que vous avez cer­tai­ne­ment mille fois enten­dues ?

Sophie GAUDU : L’IVG est un acte médi­cal fré­quent. Une fran­çaise sur deux y aura recours dans sa vie. C’est donc banal, ano­din, non. Aucune patiente n’est contente de se retrou­ver à ma consul­ta­tion. Le dis­cours que vous décri­vez est un dis­cours culpa­bi­li­sa­teur, un dis­cours anti IVG qui avance mas­qué. Il y a aus­si « pré­ve­nir les IVG » que l’on entend par­tout. Cette for­mule est incroyable et très néga­tive. Lit­té­ra­le­ment cela sous entends que l’IVG est néfaste en soi, qu’il fau­drait la faire dis­pa­raitre. Un de nos objec­tifs est cer­tai­ne­ment la pré­ven­tion des gros­sesses non dési­rées, que les femmes aient le moins sou­vent pos­sible besoin d’une IVG. Mais quand elles sont confron­tées à une gros­sesse mal­ve­nue, l’IVG est une solu­tion et on ne pré­vient pas les solu­tions, on les uti­lise.

Les Filles des 343 : Nous rece­vons beau­coup de témoi­gnages de femmes nous décri­vant la vio­lence ver­bale ou l’ex­trême froi­deur des méde­cins les « accueillant » pour une IVG. Par ailleurs, beau­coup nous décrivent des situa­tions de dou­leurs phy­siques non sou­la­gées par le per­son­nel médi­cal. Que pen­sez-vous de tout cela ?

Sophie GAUDU : Je pense que l’on fait bien ce que l’on fait sou­vent, par choix et avec des moyens suf­fi­sants. Il faut donc main­te­nir des struc­tures dédiées avec du per­son­nel volon­taire et for­mé.

Les Filles des 343 : Pour conti­nuer sur la ques­tion des dou­leurs phy­siques, il nous semble, à tra­vers les témoi­gnages reçus, que l’IVG médi­ca­men­teuse est une tech­nique qui, actuel­le­ment, occa­sionne sou­vent de plus fortes dou­leurs phy­siques aux femmes que l’IVG chi­rur­gi­cale. Pour­quoi ? Com­ment évi­ter ces dou­leurs ?

Sophie GAUDU : Oui, avec l’IVG médi­ca­men­teuse il y a des contrac­tions uté­rines sou­vent dou­lou­reuses. C’est le pro­cé­dé même d’IVG qui pro­voque une expul­sion, alors que la méthode chi­rur­gi­cale est une aspi­ra­tion. Mais une pres­crip­tion de médi­ca­ments anti dou­leur doit être pré­vue. Il faut com­men­cer ces médi­ca­ments avant de prendre le miso­pros­tol (Gymi­so ou Cyto­tec), médi­ca­ment qui va pro­vo­quer les contrac­tions. Les dou­leurs aug­mentent avec l’âge de la gros­sesse. C’est entre autres à cause de ces dou­leurs que l’IVG médi­ca­men­teuse est décon­seillée après 9 semaines d’absence de règle (amé­nor­rhée).

« Je crains que les femmes ne s’orientent vers l’IVG médicamenteuse par défaut et non par choix. »

Les Filles des 343 : L’IVG médi­ca­men­teuse semble de plus en plus pri­vi­lé­giée en France… Vous co-pré­si­dez le REVHO (Réseau Entre la Ville et l’Hôpital pour l’Orthogénie), réseau qui per­met aux femmes d’avoir recours à une IVG médi­ca­men­teuse avec leur méde­cin de ville, c’est-à-dire d’a­vor­ter en dehors d’un éta­blis­se­ment de san­té.

Cette pos­si­bi­li­té est-elle un élé­ment de choix sup­plé­men­taire — et ne crai­gnez-vous pas qu’elle ne se sub­sti­tue, à terme, à l’IVG en éta­blis­se­ment de san­té ?

Pen­sez-vous que cette « nou­velle manière d’a­vor­ter » en ville est une avan­cée pour les femmes ?

Sophie GAUDU : Lorsque la loi de 2001 a auto­ri­sé l’IVG hors éta­blis­se­ment de san­té, j’y ai vu, avec un cer­tain nombre de mes col­lègues, un choix sup­plé­men­taire pour les femmes. C’est une méthode très sûre. Jusqu’à 7 sa et si c’est le choix de la patiente, avec un bon des­crip­tif de ce qui va se pas­ser et des médi­ca­ments contre la dou­leur, cela per­met de faire l’IVG dans son inti­mi­té, accom­pa­gnée de la per­sonne que l’on veut. Et nous avons crée le réseau REVHO pour aug­men­ter l’offre de soins et offrir cette pos­si­bi­li­té aux femmes. Mais 7 ans après les décrets d’application je suis inquiète car je constate, du moins en région pari­sienne, que les places pour les IVG chi­rur­gi­cales dimi­nuent chaque année. Les restruc­tu­ra­tions hos­pi­ta­lières aggravent le phé­no­mène. Je crains que les femmes ne s’orientent vers l’IVG médi­ca­men­teuse par défaut et non par choix. Cette méthode ne doit pas être impo­sée, elle ne convient pas à toutes les femmes même à des termes pré­coces.

Les Filles des 343 : L’hô­pi­tal est de plus en plus sou­mis à des ques­tions de ren­ta­bi­li­té finan­cière. N’y a‑t-il pas un risque, dans ce contexte, de voir les femmes orien­tées à tout prix vers l’IVG médi­ca­men­teuse, à la place de l’IVG chi­rur­gi­cale ? Nous pen­sons notam­ment au cas du CHU de Stras­bourg, où plus de 95% des IVG sont médi­ca­men­teuses… (Peut-on par­ler d’un choix des femmes avec un tel taux ?)

Sophie GAUDU : Je suis très oppo­sée à la méthode médi­ca­men­teuse après 9 semaines d’aménorrhée. C’est long, en moyenne 4 à 7 heures. C’est très dou­lou­reux, la haute auto­ri­té de san­té recom­mande qu’une péri­du­rale soit pos­sible à la demande. Dans 10% des cas il faut aspi­rer au bloc opé­ra­toire car l’expulsion n’est pas com­plète. La patiente expulse fœtus et pla­cen­ta comme un mini accou­che­ment. Je n’y vois que souf­france phy­sique et, alors là oui, psy­cho­lo­gique pour les femmes. Alors qu’une aspi­ra­tion chi­rur­gi­cale sous anes­thé­sie locale ou géné­rale dure moins dix minutes même à 14 semaines d’aménorrhée et c’est infi­ni­ment moins dou­lou­reux. Mais on peut se pas­ser de méde­cins for­més, de blocs opé­ra­toires. C’est cer­tai­ne­ment moins cou­teux. Le pro­ces­sus est sur­veillé par des sages-femmes ou des infir­mières ; des his­toires de femmes en quelque sorte.

« je trouve que globalement [les femmes] gèrent rudement bien leur contraception »

Les Filles des 343 : À tra­vers les témoi­gnages reçus sur le blog, nous avons le sen­ti­ment que les femmes se sentent sou­vent cou­pables de ne pas avoir su évi­ter une gros­sesse, qu’elles ont un peu honte d’a­voir « mal géré leur contra­cep­tion ». Qu’en pen­sez-vous ? Que leur diriez-vous ?

Sophie GAUDU : Je leur dirai qu’aucune méthode de contra­cep­tion n’est effi­cace à 100%. ; qu’elles n’avaient peut être pas trou­vé la méthode qui leur conve­nait ; que c’est com­plexe le désir et le non désir d’enfant. Les fran­çaises font en moyenne 2 enfants et 0,4 IVG. Cela fait 2,4 concep­tions, tou­jours en moyenne, pour toute une vie de par­tie de jambes en l’air. Alors, je trouve que glo­ba­le­ment elles gèrent rude­ment bien leur contra­cep­tion.

Les Filles des 343 : Vous sou­ve­nez-vous d’une his­toire, d’une ren­contre avec une ou plu­sieurs femmes dési­rant avor­ter, qui vous a mar­qué et que vous vou­driez nous faire par­ta­ger ?

Sophie GAUDU : Il y en a plein des ren­contres mar­quantes dans ces consul­ta­tions là. Je disais plus haut que le geste est tech­ni­que­ment simple. Mais le ser­vice ren­du est impor­tant et c’est très satis­fai­sant.

Les Filles des 343 : Vou­driez-vous ajou­ter quelque chose ?

Sophie GAUDU : mer­ci à votre blog. L’IVG est un droit fra­gile. Je ne pense pas qu’il sera remis en cause par le légis­la­teur. Les nou­velles atteintes à l’IVG sont la pen­sée unique sur le trau­ma­tisme post abor­tif, les fer­me­tures et les réduc­tions de moyens pour les centres d ‘IVG et de pla­ni­fi­ca­tion, et le tout médi­ca­men­teux.

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Témoignages

Avortement : je n’ai pas hésité une seconde.

Il paraî­trait qu’a­vor­ter serait for­cé­ment une déci­sion com­pli­quée et longue à prendre pour les femmes, tour­men­tées qu’elles seraient par un désir de mater­ni­té sur-puis­sant… Les témoi­gnages lais­sés sur le site disent autre chose de l’a­vor­te­ment : votre déci­sion, vous êtes une large majo­ri­té à l’a­voir prise presque immé­dia­te­ment. Cer­taines d’entre vous n’é­voquent même pas le moment de la déci­sion. D’autres l’é­crivent clai­re­ment : « je n’ai pas hési­té une seconde ! ».

Comme quoi, même pour la mater­ni­té, quand une femme dit « non », c’est non !

« Je n’ai pas hésité une seconde »

« Je n’ai pas hési­té une seconde, je n’ai pas regret­té une seconde, je vais bien. » Chris­tine

« Je n’ai pas hési­té une seconde (j’avais 22 ans) mais l’avortement n’était pas encore léga­lisé. » Chan­tal

« Immé­dia­te­ment je décide d’avorter. » Céleste

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Manifestations

Non à la fermeture du Planning Familial des Alpes de Haute Provence

L’association MFPF 04 est un éta­blis­se­ment d’information et de pré­ven­tion qui ren­contre 1400 jeunes entre 15 et 25 ans par an, dont 900 en milieu sco­laire.

Le MFPF 04 est situé en milieu rural, favo­ri­sant ain­si l’accès à l’information et à la pré­ven­tion à un public iso­lé. Le MFPF 04 est iden­ti­fié comme une struc­ture res­source par le public et il fait remon­ter des don­nées dans le domaine de la san­té publique aux dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions grâce à ses obser­va­tions et à son tra­vail sur le ter­rain.

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De l'autre côté de la canule

Ma place de professionnelle est — toujours — aux côtés des femmes

L’au­teure du blog  Dix lunes - Mater­ni­tés, pater­ni­tés, his­toires de vie. Petits récits et autres brèves de sage-femme nous a envoyé le texte sui­vant et nous l’en remer­cions.

Un regrou­pe­ment se pré­sen­tant comme un col­lec­tif de sages-femmes ‑j’en tai­rai le nom pour évi­ter de leur faire de la publi­ci­té — réagit et s’oppose chaque fois que la pos­si­bi­li­té pour les sages-femmes de réa­li­ser une IVG médi­ca­men­teuse est abor­dée. Un nou­vel amen­de­ment nous don­nant cette pos­si­bi­li­té devrait être exa­mi­né la semaine pro­chaine. Sous cou­vert de défendre les condi­tions de nais­sance, ce col­lec­tif dénonce le recours à l’a­vor­te­ment ; comme si l’un s’op­po­sait à l’autre, comme si accou­che­ment et IVG n’é­taient pas les deux faces d’une seule his­toire, celle des femmes.

Dans l’attente de la recon­nais­sance de cette com­pé­tence, j’ac­com­pagne déjà des femmes et des couples qui se posent la ques­tion de pour­suivre ou non une gros­sesse.
Contrai­re­ment à ce qu’affirment les anti IVG, il n’y a aucune fra­gi­li­té, aucune ambigüi­té dans ma posi­tion. Si l’on s’a­dresse à une sage-femme, c’est jus­te­ment parce que l’on sait pou­voir trou­ver auprès d’elle atten­tion et res­pect ; il ne s’a­git pas de juger mais d’of­frir notre écoute pour aider la déci­sion à émer­ger, quelle qu’elle soit.

La loi Veil a été votée un an avant le début de mes études. Grâce à ce vote, je n’ai pas eu à connaitre les femmes décé­dant d’hé­mor­ra­gie ou de sep­ti­cé­mie après un avor­te­ment clan­des­tin.
Pour­tant, ce droit à l’IVG est mena­cé. Cer­tains centres sont fer­més, les vaca­tions, sous-payées, sont pour la plu­part assu­rées par des méde­cins mili­tants de la pre­mière heure et donc proches de la retraite. La relève tarde à venir.

Aus­si, comme citoyenne, je reven­dique le droit des femmes à dis­po­ser de leur corps et veux bien m’en­ga­ger plus encore pour garan­tir ce droit.
Comme mili­tante de la nais­sance res­pec­tée, je dénonce l’a­mal­game entre défense de la phy­sio­lo­gie et oppo­si­tion à l’a­vor­te­ment.
Et comme sage-femme, je m’in­digne de ces asser­tions qui vou­draient nous faire croire que l’his­toire des femmes peut se mor­ce­ler, que nous devons être près d’elles quand elles accouchent mais nous en éloi­gner quand elles avortent.
Ma place de pro­fes­sion­nelle est — tou­jours — à leurs cotés.

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Témoignages

Je n’ai jamais avorté et je ne vais pas bien du tout

X. ne vou­lait pas être mère mais n’a pas eu l’éner­gie d’al­ler contre les normes sociales (toutes les conne­ries incul­quées depuis l’en­fance, écrit-elle). Aujourd’­hui elle se bat contre sa frus­tra­tion et nous a trans­mis avec confiance un témoi­gnage qui dit que la mater­ni­té peut faire énor­mé­ment souf­frir.

J’a­vais com­men­cé à écrire une très longue lettre racon­tant en détail ma vie pour que vous puis­siez com­prendre, com­prendre com­ment on peut en arri­ver là. Et puis je me suis ren­due compte que cela n’a­vait aucune impor­tance car ce que vis une femme dans l’in­ti­mi­té de son tri­angle ventre-coeur-cer­veau, ne peut être com­pris que par elle-même, et encore.… alors je serai brève. Bien­tôt 40 ans, une fécon­di­té qui se rit des contra­cep­tifs, cinq enfants et une his­toire per­son­nelle qui m’a ame­né à ne pas avor­ter alors que tout m’in­di­quait de le faire sauf mon absence de tripes, de cou­rage pour aller contre toutes les conne­ries (excu­sez-moi pour cette impo­li­tesse mais ce mot cor­res­pond à ce que je res­sens) incul­quées depuis l’en­fance.

Je n’ai jamais avor­té et je le regrette.

Je n’ai jamais pu être une maman pour ces enfants qui n’y sont pour rien, réduite à jouer la comé­die de l’a­mour pour qu’ils puissent quand même gran­dir sans trop de dégâts. Ce n’est pas que je ne les aime pas, c’est que je suis régu­liè­re­ment sur­prise quand ils m’ap­pellent « maman » car je ne suis jamais tom­bée « amou­reuse » de mes bébés. Je les aime comme on aime des amis, des gens qu’on connait bien. Je m’en suis très long­temps vou­lu, croyant être anor­mal…
J’au­rais vou­lu prendre le temps de dési­rer un enfant, d’ai­mer chaque mou­ve­ment dans mon ventre au lieu de les détes­ter, j’au­rais vou­lu être fière de cette graine de vie qui pousse à tra­vers moi au lieu de me sen­tir vio­lée pen­dant neuf mois et de devoir taire la rage et la honte de n’être qu’un pan­tin en la mas­quant der­rière une béa­ti­tude feinte de bon aloi. J’au­rais vou­lu que cet enfant lise de la fier­té dans mes yeux plu­tôt que de l’in­dif­fé­rence poli, j’au­rais vou­lu qu’il se sente aimé pour qu’il soit sûr de méri­ter d’être aimé et savoir aimer à son tour. J’au­rais vou­lu pou­voir prendre le temps de cares­ser mon ventre en rêvas­sant au lieu de devoir tou­jours cou­rir pour nour­rir toutes les bouches qui dépendent de moi, j’au­rais vou­lu pou­voir faire un vrai métier au lieu de devoir cou­rir de petits bou­lots épui­sants en petits bou­lots qui te ravalent en sous-huma­ni­té juste pour pou­voir gar­der la tête hors de l’eau. J’au­rais vou­lu me sen­tir bien dans ma peau, épa­nouie plu­tôt que de n’être qu’une machine sans âme ni len­de­main.
Et marre qu’on me dise que j’ai du cou­rage lorsque on apprend que j’ai cinq enfant! Ce n’est pas du cou­rage c’est de la lâche­té…
Mais il parait qu’il ne faut pas dire ce genre de chose.…

Je n’ai jamais avor­té et je ne vais pas bien du tout.

Je vou­drais reve­nir en arrière, rem­bo­bi­ner le film, mais c’est impos­sible. Alors je vais conti­nué à avan­cer parce que il le faut, parce que ces cinq mômes je ne les lais­se­rai pas tom­ber car ils ne sont pas res­pon­sable des choix que j’ai fait de les lais­ser exis­ter lorsque tout aurait pu s’arrêter avant qu’ils ne soient des « quel­qu’un » à part entière. Mais je vous jure que quand je vois des gens qui osent pré­tendre mieux savoir que les prin­ci­pales inté­res­sées ce qui est bons pour elles, je devient verte de rage et toute la frus­tra­tion accu­mu­lée par ces années menacent de débor­der en fai­sant d’é­normes dégâts !

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De l'autre côté de la canule

De l’autre côté de la canule

La canule, c’est le petit tube plas­tique qui est intro­duit dans l’u­té­rus lors d’une IVG par aspi­ra­tion.

Les témoi­gnages de femmes qui ont avor­té et qui vont bien conti­nuent à arri­ver.  Si beau­coup de ces  témoi­gnages nous disent l’in­dif­fé­rence ou la cruau­té de cer­tain-es soi­gnant-es, de l’autre côté de la canule, il y a aus­si des per­sonnes qui ont envie de par­ta­ger leurs pra­tiques et leurs réflexions.

Sean écrit ain­si :

J’ai avor­té, et je vais bien, mer­ci. Sauf que j’étais de l’autre côté de la can­ule, et que j’y retourn­erai bien­tôt.

Ce qui veut dire : je n’ai pas avor­té moi-même, mais j’ai avor­té d’autres femmes. Et je vais bien, mer­ci. Pas de cau­che­mars, pas de cul­pa­bil­ité.
Seule­ment la ques­tion à chaque fois que je rece­vais une femme en con­sul­ta­tion ou pour l’écho : est-ce que je me com­porte bien ? Y at’il une seule bonne façon de se com­porter quand on est le méde­cin qui reçoit une femme qui veut avor­ter ? Com­ment faire pour la lais­ser choi­sir de voir la gros­sesse sur l’écho si elle le veut, com­ment faire pour ne pas min­imiser ses dou­leurs, com­ment savoir si elle souf­fre morale­ment ?
Cet acte est banal pour moi. Parce que j’y ai réflé­chi avant de déci­der de pra­ti­quer des «IVG» (c’est plus beau qu’avortement, non ? c’est moins con­noté, y a moins d’affect, c’est plus tech­nique…). La déci­sion a été rapide : pour­quoi obli­ger une femme à avoir un enfant, avec tout ce que cela implique, alors qu’on a les moyens de lui per­me­t­tre de choi­sir si elle en veut vrai­ment un, et quand elle le veut. Il est banal égale­ment parce que c’est un petit acte chirur­gi­cal (ou médi­cal) que les gyné­cos réa­lisent régulière­ment, que ce soit pour des avorte­ments, ou pour des fausses couches (qui sont, en fait, égale­ment des avorte­ments, mais non choi­sis). Et d’un point de vue médi­cal, c’est un acte majori­taire­ment bénin : très peu de com­pli­ca­tions.
S’il est banal pour moi, il ne l’est pas for­cé­ment pour d’autres femmes. Notam­ment parce que ce n’est pas moi qui prends la déci­sion, je n’apporte que le sup­port tech­nique. Notam­ment parce que je ne subis pas la pres­sion sociale, ou la «pro­phé­tie». Notam­ment parce qu’elles ne le pra­tiquent pas tous les jours (vu le temps que ça prend, tant mieux).
Et donc, dans ma pra­tique quo­ti­di­enne, je jon­gle sou­vent entre dif­férents com­porte­ments, parce que j’aimerais bien ne pas aggraver/générer la souf­france (c’est à dire la dou­leur morale) d’une femme, mais ne pas non plus bana­li­ser la démarche si la femme qui est en face de moi souf­fre. C’est dur de ne pas avoir un dis­cours unique, mais ce blog «je vais bien mer­ci» va beau­coup m’aider, sûre.

Sinon, quand j’étais bébé-doc­to­resse, j’y ai eu droit, à toutes ces remar­ques bien nulles (et de la part du per­son­nel médi­cal, hein) : «avec tous les moyens de con­tra­cep­tion qu’on a, tom­ber enceinte, faut l’faire» ou «faut pas non plus que ça devi­enne une con­tra­cep­tion» (bon tech­nique­ment, ça ne sera jamais une contra-cep­tion, puisque ça vient après la con-cep­tion, juste­ment), «ah bah voi­là qu’elle chiale main­tenant, fal­lait y pen­ser avant d’avorter !» ou d’autres trucs aus­si géni­aux (!) les uns que les autres.

Mais par­ler de l’avortement, ne pas le cacher, ne pas en faire un truc hon­teux, ça aide­ra à chan­ger des choses. Bra­vo à celles qui le font, et sou­tien à celles qui n’osent pas du fait des réac­tions des gens en face.

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Témoignages

Décomplexées !

Toutes les images uti­li­sées dans l’ar­ticles sont extraites de l’an­tho­lo­gie « Le Tor­chon brûle », 6 volumes, parue en 2010. Cli­quez sur l’i­mage si vous vou­lez com­man­der l’an­tho­lo­gie.

Bien­tôt un mois que le blog « IVG, je vais bien mer­ci ! » recueille des témoi­gnages de femmes. Il y a en a déjà plus d’une cen­taine, de quoi être lit­té­ra­le­ment enthou­sias­mée ! Et émue… aus­si.

J’ai lu des témoi­gnages qui m’ont  réel­le­ment tou­chés. J’au­rais pu en écrire cer­tains, uti­li­ser exac­te­ment les mêmes mots pour décrire des situa­tions iden­tiques. J’ai été tou­chée de voir émer­ger des régu­la­ri­tés : non, nous ne sommes pas toutes dif­fé­rentes, cha­cune relé­guée et iso­lée dans notre tête, dans notre ventre. Oui, nous avons toutes emprun­té des che­mins simi­laires, enten­du les mêmes phrases. Nous avons toutes com­pris qu’il ne fal­lait pas la rame­ner. Nous avons toutes jus­ti­fié cette gros­sesse acci­den­telle, comme pour nous excu­ser d’a­voir failli ; nous avons été obli­gée de souf­frir, cer­taines l’ac­cep­tant comme une puni­tion, d’autres se révol­tant contre cette mal­trai­tance médi­cale. Nous avons vécu des choses très proches, cha­cune iso­lée dans le silence, n’o­sant à peine en par­ler.