J’ai avorté dans les années 90 et je vais bien

Vous pou­vez lais­ser vos témoi­gnages en com­men­taires.  Ne lais­sez pas d’in­for­ma­tions qui, croi­sées, per­mettent de vous iden­ti­fier (sauf si vous y tenez) mais dites-nous un peu qui vous étiez à ce moment-là (âge, caté­go­rie pro­fes­sion­nelle, situa­tion sen­ti­men­tale…)

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54 réponses à J’ai avorté dans les années 90 et je vais bien

  1. Armalite dit :

    En décembre 93, suite à un acci­dent de pilule dou­blé d’une impru­dence de ma part, je suis tom­bée enceinte. Je venais juste de m’ins­tal­ler dans une ville où je ne connais­sais per­sonne; j’é­tais sur le point de me faire virer de mon bou­lot et le géni­teur avait déjà une petite amie offi­cielle. De toute façon, même si les condi­tions idéales avaient été réunies, je savais que je ne vou­lais pas d’en­fant, ni main­te­nant, ni jamais. Donc, j’ai enta­mé la pro­cé­dure pour subir un avor­te­ment.

    Ma gros­sesse était encore très récente, mais comme à cette époque pré­his­to­rique, le RU 486 n’exis­tait pas, ma géné­ra­liste m’a envoyée dans une cli­nique pour une IVG chi­rur­gi­cale. Je vous passe l’en­tre­tien obli­ga­toire avec la psy et le délai impo­sé de 7 jours avant de pou­voir pro­cé­der à l’o­pé­ra­tion. Le jour venu, sur le conseil de ma géné­ra­liste, j’a­vais empor­té un bala­deur afin de ne pas entendre les bruits de l’as­pi­ra­tion. L’in­fir­mière de ser­vice a refu­sé que je l’u­ti­lise au pré­texte que « je devais bien me rendre compte de la gra­vi­té de mon acte ». Et quand ça a été fini, elle m’a agi­té la bas­sine avec le foe­tus sous le nez en me deman­dant si je vou­lais voir. Comme quoi, les hommes n’ont pas le mono­pole de la conne­rie, de l’in­to­lé­rance ou de la miso­gy­nie.

    Bref. Tout ça pour dire que mal­gré des condi­tions assez pénibles (soli­tude, culpa­bi­li­sa­tion…), cette his­toire ne m’a pas trau­ma­ti­sée. Je n’ai pas remis ma déci­sion en cause quand j’ai fini par épou­ser le géni­teur, et je me suis même féli­ci­tée de mon choix lorsque nous avons divor­cé quelques années plus tard. Je n’ai pas l’im­pres­sion d’a­voir com­mis un meurtre, et quand j’y pense en me disant « Tiens, si je l’a­vais gar­dé, aujourd’­hui il aurait tel âge », c’est avec un fris­son de sou­la­ge­ment. Je l’ai échap­pée belle. J’ai pu dis­po­ser de mon corps comme je l’en­ten­dais, et comme toute femme devrait pou­voir le faire.

    Il se trouve qu’au­jourd’­hui, le droit à l’a­vor­te­ment est remis en cause un peu par­tout: aux Etats-Unis où l’on flingue les gyné­co­logues qui pra­tiquent encore des IVG dans cer­tains états, mais aus­si en France. De plus en plus de méde­cins culpa­bi­lisent leurs patientes ou les poussent, semble-t-il, à opter pour le RU 486 même en cas d’a­vor­te­ment tar­dif, parce que la pro­cé­dure chi­rur­gi­cale est mal rému­né­rée et jugée peu valo­ri­sante. Même s’il n’y a aujourd’­hui plus que très peu de chances que je tombe enceinte, je trouve ça scan­da­leux. Les géné­ra­tions de femmes qui vien­dront après moi ne peuvent pas avoir moins de droits. C’est incon­ce­vable. Voi­là pour­quoi j’ai signé ce mani­feste. Si vous êtes dans le même cas que moi, je vous invite à en faire autant.

  2. larissa dit :

    Bon­jour.
    Mon ami de l’é­poque était en dépla­ce­ment et ne ren­trait qu’en­vi­ron tous les tout 15 js./3 semaines.
    Je suis deve­nue enceinte suite à un « retour » et j’ai eu mon enfant seule.
    Envi­ron quatre mois plus tard nou­velle grossesse.Après un accou­che­ment il est fré­quent de rede­ve­nir enceinte rapi­de­ment. A l’é­poque je ne le savais pas.
    Mon com­pa­gnon de l’é­poque n’é­tant pas sou­vent la ‚la charge n’un nou­veau né et d’une reprise de tra­vail n’é­tant pas sup­por­table ‚j’ai déci­dé d’a­vor­ter.
    J’ai pris ren­dez vous dans un plan­nig .
    après une semaine de « réflexion obli­ga­toire » j’ai été avor­tée par un méde­cin com­pé­tent .

    Je n’ai pas eu la moindre dou­leur . ni pendant,ni après Juste quelques état » d’âme  »
    Nous nous sommes sépa­ré mon ami et moi alors que ma fille avait envi­ron un an .

    Depuis je n’ai jamais eu aucun regret bien au contraire.
    Aujourd’­hui encore je me dis que j’ai très bien fait. Jamais je n’au­rais su assu­mer deux enfants en bas âge seule.

    Quelques années plus tard, j’ai eu un second enfant dans de très bonne condi­tion .

  3. Barbara dit :

    C’é­tait en automne 1999, j’a­vais 22 ans, j’é­tais depuis fin 1998 avec un homme bien plus âgé que moi, ren­con­tré sur Inter­net, une rela­tion à dis­tance qui a duré ensuite jus­qu’en 2003 (nous sommes tou­jours en excel­lents termes).
    Impos­sible de faire accep­ter cette rela­tion à ma famille! Je venais de quit­ter la mai­son paren­tale grâce à mes pre­miers salaires, j’é­tais encore en études, alors quand j’ai décou­vert que j’é­tais enceinte (coï­tus inter­rup­tus foi­reux), l’i­dée de gar­der le bébé ne m’a même pas tra­ver­sé l’es­prit! Mon com­pa­gnon a dit qu’il accep­te­rait ma déci­sion quelle qu’elle soit.
    J’ai avor­té à envi­ron 11 semaines, sous anes­thé­sie géné­rale et par aspi­ra­tion, après quelques jours de sai­gne­ments tout est ren­tré dans l’ordre phy­si­que­ment et je n’ai jamais eu de regret. Autour de 30 ans j’ai réa­li­sé que « un enfant, un jour, plus tard, on ver­ra » ne vou­lait rien dire pour moi, je me suis décou­verte child­free et heu­reuse de l’être!

  4. aléatoire dit :

    J’a­vais 23 ans en plein dans mes études. Un peu pau­mée car ayant subis une agres­sion vio­lente dans la rue. 2 étu­diants de ma pro­mo que je connais­sais à peine ont pro­fi­té de ma fra­gi­li­té. Je suis tom­bée enceinte. J’ai ten­té de concer­né l’un d’entre eux sur ce qu’ils avaient fait. Il ne me regar­dait même pas quand je lui par­lais de leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Je n’exis­tais pas, visi­ble­ment c’é­tait pas son pro­blème. Je suis allée seule à l’hôpital après une entre­vue d’un méde­cin m’ayant fait la morale sur mon « hor­loge bio­lo­gique » et que « c’est main­te­nant que je dois avoir des enfants », et que « plus tard ce sera trop tard ». J’ai dû le regar­der avec une telle conster­na­tion et une telle révolte qu’il a abré­gé l’en­tre­vue. J’ai atten­du une semaine de plus : « réflexion obli­ga­toire » pour que l’on me retire de toute urgence le pro­duit de ce viol. Je me suis débar­ras­sé de cette gros­sesse étouf­fante avec le sen­ti­ment d’une déli­vrance totale.

    à 27 ans. Une petite his­toire avec un type. Je ne pre­nais plus la pilule, trop contrai­gnante, j’ou­bliais au moins 2 fois par semaine de prendre le cachet. En plus je buvais et fumais, contre-indi­qué pour la pilule. Et ma sexua­li­té était de moins en moins liée à celle des hommes. Ce type a jeté sur moi son dévo­lu. Je devait être la mère de ses futures enfants. Bien sûr il ne m’a pas deman­dé mon avis. Hal­lu­ci­nant quand j’y pense. Après lui avoir dit que je ne pre­nais pas la pilule et que je ne vou­lais pas tom­ber enceinte, il n’en a rien fait, et m’a mise devant le fait accom­plis. Enceinte pour la deuxième fois. Les condi­tions d’a­vor­te­ment avaient chan­gés. L’en­ca­dre­ment était bien plus hos­tile que la 1er fois. Chan­ge­ment de ville peut-être…je sais pas. En tout cas les offen­sives culpa­bi­li­santes étaient bien plus fortes. Les infir­mières beau­coup plus insis­tantes sur la pilules, avec une pointe de reproche tout le long de l’interrogatoire. L’in­ter­ven­tion par aspi­ra­tion s’est moins bien pas­sée. La chi­rur­gienne, exas­pé­rée visi­ble­ment, ne m’a pas beau­coup ména­gée. J’ai mis ça sur le compte de ma deuxième fois et que là visi­ble­ment on allait me le faire payer. J’ai eu quelques contrac­tions à la sor­tie de l’in­ter­ven­tion. Et des leçons de morales des potes de ce type que je ren­dais mal­heu­reux en avor­tant de sa pro­gé­ni­ture injec­tée contre ma volon­té.

    Mais j’é­tais libre !

  5. Anik dit :

    J’a­vais trente cinq ans en 1990, deux enfants et un mari rare­ment pré­sent. Je suis tom­bée enceinte, et je ne me sen­tais pas la force d’as­su­mer ces trois enfants seule. Je n’ai eu aucun pro­blème, aucun, une gyné­co­logue femme très com­pré­hen­sive, un entre­tien très rapide avec une assis­tante sociale qui ne m’a pas culpa­bi­li­sée. Une jour­née à l’ho­pi­tal, anes­thé­sie géné­rale, aucune dou­leur. Moi j’ai regret­té car j’au­rais aimé avoir cet enfant si je n’a­vais pas été aus­si seule . J’y pense sou­vent, très sou­vent mais je reven­dique haut et fort le droit aux femmes d’avorter dans de bonnes condi­tions, dans le res­pect de leur corps, de leur choix, de leur digni­té. Les avor­te­ments ont tou­jours exis­té, per­met­tons tou­jours que ce soit fait dans la digni­té, sans aucun juge­ment. Je suis pour que les femmes avortent, mais qu’elles le fassent le moins pos­sible. Avor­ter dans des condi­tions salubres doit être un droit pour la femme.
    On ne doit abso­lu­ment pas reve­nir sur ce droit essen­tiel de la femme.
    Anik.

    • Les filles des 343 dit :

      Ce que nous com­pre­nons en te lisant, c’est que ce qu’une femme peut regret­ter, ce n’est pas l’IVG en elle-même, mais le pro­jet d’en­fant… et que ces deux choses sont très dif­fé­rentes !
      Mer­ci pour ton témoi­gnage !

  6. secondechance dit :

    J’ai été enceinte par acci­dent, négli­gence, à un moment où je ne tour­nais pas rond. J’ai appris ma gros­sesse au moment où je me sépa­rais de mon petit ami, qui me repro­chait à juste titre de ne pas être amou­reuse de lui. Il m’a deman­dé de gar­der l’en­fant, étant lui-même le fruit d’un aban­don. Mais je ne pou­vais pas envi­sa­ger un seul ins­tant cette solu­tion, ni d’ac­cou­cher sous X. Je suis donc pas­sée par le bureau du psy­cho­logue, pleu­rant sur ma détresse et à la fois sou­la­gée d’être enten­due sur mon choix. On ne m’a pas culpa­bi­li­sée, une infir­mière me tenait la main durant l’o­pé­ra­tion.
    Aujourd’­hui, j’ai trois enfants de l’homme que j’aime et ma « bles­sure » s’est refer­mée.

  7. Jess dit :

    Alors je devais avoir 14–15ans en 98. Pre­mière rela­tion avec l’a­mou­reux de l’époque,je pre­nais pas la pilule. Voi­là que le super pré­ser­va­tif faille à son rôle, je me retrouve enceinte. Je suis jeune, très jeune et sur­tout trop jeune pour pou­voir assu­mer un bam­bin. Heu­reu­se­ment j’é­tais avec un mec bien, d’ailleurs nous sommes tou­jours ami, qui est d’ac­cord que la seule et unique solu­tion c’est l’IVG. On en veut pas de ce bébé. On est trop égoïste, on a aucune situa­tion finan­cière vu qu’on est en huma­ni­té. On veut pas bou­siller nos vies et sur­tout pas la sienne! On aurait jamais pu sub­ve­nir à ses besoins, j’au­rai pas été une mère mais une soeur et encore… On inflige pas à un bébé la bêtise ou l’er­reur humaine. On a pris ren­dez-vous dans un plan­ning fami­liale. J’ai eu ren­dez-vous avec la psy et la gény­co. 1mois après c’é­tait la date fati­dique, j’a­vais juste la trouille mais je ne res­sen­tais pas de culpa­bi­li­té. J’ai pas vrai­ment eu mal juste une sen­sa­tion désa­gréable quand on m’as­pi­rait l’in­té­rieure. Je savais que je fai­sais le bon choix pour nous et sur­tout pour cet enfant. Je n’ai jamais regret­té.
    Quelques années après en 2006 je pense j’a­vais 21–22 ans, je sors avec un mec pas si cor­rect. Je prend la pilule mais j’ai une vie tota­le­ment déjan­tée donc je l’ou­blie tel­le­ment que c’est comme si je la pre­nais pas. Rebe­lote, déchi­rure du pré­ser­va­tif, je tombe enceinte sauf que là mon­sieur s’en contre balance et me quitte. De toute manière c’é­tait déjà très clair bien avant je ne vou­lais pas non plus de cet enfant.
    Donc denou­veau avor­te­ment de la même manière sauf que se fut une souf­france phy­sique atroce, je n’ai pas su pour­quoi. Cette fois-là,c’était la psy qui me don­nait la main durant l’in­ter­ven­tion. D’un point de vue médi­cale, je l’ai tou­jours fait au même plan­ning fami­liale, ils ont tou­jours été super! A l’heure actuelle, je me suis donc fait avor­té 2 fois et mer­ci je vais très bien. On dit que la troi­sième fois c’est la bonne en tout cas là je me sens presque prête, j’ai le bon jule qui faut et qui me la deman­der. On attend juste encore un peu…
    Jess.

  8. Rousseau dit :

    J’ai avor­té à 19 ans et même si cette période de ma vie n’est pas un bon sou­ve­nir je n’ai jamais, mais alors jamais, regret­té cette déci­sion.
    J’é­tais céli­ba­taire et un soir d’é­té j’ai eu une aven­ture qui ne devait pas aller plus loin que quelques bai­sers… Mal­heu­reu­se­ment, le jeune homme en ques­tion en avait déci­dé autre­ment… Je me suis un peu trou­vée prise au piège, j’é­tais faible et fra­gile, il a eu rai­son de moi… Quand j’ai com­pris que cela irait jus­qu’à l’acte sexuel, j’ai bran­di un pré­ser­va­tif… qu’il a igno­ré. J’ai alors été for­cée de ne pas en mettre.
    3 semaines plus tard, je fai­sais le test de gros­sesse et ce que je redou­tais le plus s’est affi­ché: j’é­tais enceinte.
    Le Plan­ning fami­lial m’a sou­te­nue dans toutes mes démarches. J’a­vais honte de m’être fait avoir, de n’a­voir pas géré la situa­tion, d’a­voir été abu­sée… Le centre d’IVG a très bien sui­vi mon avor­te­ment, d’au­tant plus que le gyné­co m’a­vait annon­cé que je n’at­ten­dais pas un mais DEUX bébés!
    Aujourd’­hui, j’ai deux enfants avec un homme que j’aime et qui me res­pecte. J’ai fait des études, je suis accom­plie et heu­reuse.
    Si j’a­vais eu ces deux bébés à 20 ans, je n’en serai sûre­ment pas là à l’heure qu’il est.
    Quoi qu’il nous arrive dans la vie, il nous faut faire preuve de cou­rage.
    L’a­vor­te­ment est une preuve de cou­rage.

  9. Elia dit :

    J’a­vais 19 ans. En couple depuis un an, mon com­pa­gnon avait douze ans de plus que moi, nous étions tous les deux dans des condi­tions pré­caires, tant maté­riel­le­ment que sen­ti­men­ta­le­ment.
    J’a­vais oublié de faire renou­ve­ler ma pilule, désir et urgence de nos retrou­vailles (nous nous voyions peu), il s’est reti­ré… . Un mois après, mon gyné­co m’ap­prend que je suis enceinte, et que le retrait c’est pas vrai­ment effi­cace. Pour moi c’é­tait très clair : impos­sible de le gar­der, mon com­pa­gnon dou­tait un peu au départ, mais a très bien com­pris ma déci­sion. Ça a été plus com­pli­qué lors de l’en­tre­tien préa­lable, lors duquel j’ai eu l’im­pres­sion de devoir me jus­ti­fier dans un bureau où sur le murs étaient punai­sés quelques pos­ters de foe­tus…
    Mais j’a­vais pris ma déci­sion et j’a­vais la chance d’être bien entou­rée, notam­ment par ma mère, qui plus jeune avait dû aller en Angle­terre pour avor­ter dans des condi­tions dif­fi­ciles et m’a­vait bien appris que c’é­tait mon droit, que je ne devais en res­sen­tir aucune honte.
    Je ne me suis jamais sen­tie cou­pable, et non, pour moi ça n’a pas été un trau­ma­tisme contrai­re­ment à ce que cer­tains vou­draient nous faire croire.
    Pour l’a­nec­dote, quelques années plus tard, après une rup­ture de pré­ser­va­tif je me pré­sente dans un phar­ma­cie pour ache­ter la pilule du len­de­main, et je m’en­tend dire que non, ils ne ven­daient pas ces choses là, et que dis donc, je n’a­vais qu’à m’abs­te­nir (et puis quoi encore, attendre le mariage et écar­ter les cuisses pour jouer mon rôle de femme pro­créa­trice?). Il y a encore un long che­min à faire…
    Aujourd’­hui, j’ai 32ans, j’ai fait des études, j’ai beau­coup voya­gé et j’ai plein de pro­jets et d’en­vies. Oui, je vais bien, mer­ci.

  10. Emma dit :

    c’é­tait autour de 1995, un an après avoir rom­pu, nous avons eu de nou­veau une aven­ture ensemble et bien sûr ce que nous avions su évi­ter pen­dant notre rela­tion de 6 ans, nous est tom­bé des­sus. j’é­tais enceinte. nous n’a­vions jamais eu de pro­jet d’en­fant nous étions contre tous les deux. Donc la ques­tion ne se posait même pas.
    J’ai avor­té sous RU à l’hôpital Tenon, l’é­quipe était à l’é­coute je dirais même mater­nelle, elles m’ont bien fait com­prendre que la dou­leur n’é­tait pas néces­saire que j’é­tais seule juge de ce que je pou­vais sup­por­ter. J’ai vécu plei­ne­ment mon IVG j’ai vu le résul­tat dans le fond de la cuvette j’é­tais sou­la­gée.
    Ce qui est hal­lu­ci­nant c’est que l’an­née sui­vante j’ai fait une fausse couche, je me suis retrou­vé de nou­veau à l’hô­pi­tal tenon mais aux urgences et là ce n’é­tait pas la même his­toire. j’ai du refré­ner l’ur­gen­tiste qui cher­chait à sau­ver le fœtus, je lui ai expli­qué que c’é­tait un acci­dent et que si ma gros­sesse tenait je ferais les démarches pour une IVG . j’ai alors été trai­tée avec soup­çon, mépris et indé­li­ca­tesse.
    heu­reu­se­ment l’in­fir­mière qui déli­vrait les résul­tats m’a­vait com­pris et a eu les mots adé­quats, quand je suis repas­sée elle m’a dit qu’il n’y avait pas de pro­blème que tout était par­ti.
    aujourd’­hui je n’ai pas d’en­fant et n’en désire tou­jours pas. Tout va bien.

  11. Mogette dit :

    Après la nais­sance de mon deuxième fils ma gyné­co m’a ins­tal­lé un Sté­ri­let qui a trans­per­cé la paroi uté­rine, et je suis tom­bée enceinte. Mes 2 gros­sesses pré­cé­dentes étaient dési­rées, pas celle là. J’ai avor­té, ça n’a pas été rien, mais pas non plus dra­ma­tique. Par la suite j’ai avor­té une deuxième fois dans les années 2000, après mon divorce, et cette fois ci je n’a­vais aucun moyen de contra­cep­tion : pilule plus pos­sible, mau­vaise expé­rience avec le sté­ri­let, dif­fi­cile de mettre un pré­ser­va­tif , je comp­tais alors sur le retrait de mon par­te­naire avant l’é­ja­cu­la­tion … Si l’on fait le compte à ce jour, pour moi : 2 avor­te­ments pour à peu près 350 ovu­la­tions !

  12. Claire dit :

    Je ne sais même plus en quelle année j’ai avor­té, c’est dire le trau­ma­tisme.
    Un plan cul avec deux incon­nus, pilule+capote. Une capote craque et voi­là. Je sens que je suis tom­bée enc­ceinte, j’en suis sûre. Pas de pilule du len­de­main, donc rdv chez la gyné­co (très bien sur ce coup-là), prise de sang, confir­ma­tion de la gros­sesse.
    A aucun moment je n’ai envi­sa­gé avoir une poten­tia­li­té d’en­fant dans le ventre; ce que j’a­vais dans le ventre, c’é­tait un sou­ci, c’est tout.
    Ren­dez-vous d’une heure obli­ga­toire « pour réflé­chir » à la situa­tion avec je ne sais plus qui (un assis­tant social? un psy? je ne m’en rap­pelle plus). Au bout de 5 minutes on a com­men­cé à par­ler d’autre chose pour rem­plir le temps qui nous res­tait, parce qu’il a immé­dia­te­ment com­pris que ça ne ser­vi­rait à rien de vou­loir me faire gar­der le fruit d’un plan cul.
    Ca s’est pas­sé dans le ser­vice mater­ni­té d’une cli­nique du 12ème arron­dis­se­ment de Paris, les regards étaient lourds de reproches, mais comme je n’en avais rien à foutre ça ne m’a pas plus tou­chée que ça. Ma voi­sine de chambre avait 40 ans, 5 enfants, n’en vou­lait pas de 6eme.
    Je n’ai jamais éprou­vé le moindre regret, je ne me suis jamais deman­dé quel âge il/elle aurait aujourd’­hui (vu que j’ai car­ré­ment oublié l’an­née où ça c’est pas­sé). Aucune culpa­bi­li­té, je vais très bien mer­ci.
    Et mer­ci à vous de lut­ter contre cette culpa­bi­li­sa­tion ram­pante des bien-pen­sants qui nous voient comme des ventres uni­que­ment.

  13. demain dit :

    J’a­vais 35 ans, c’é­tait en 1994, et j’a­vais un DIU depuis la nais­sance de ma 1ere fille en 1984 ( avec bien sur un arrêt pour la nais­sance de la 2ème en 1988). Ce DIU a bou­gé ( bien enten­du, impos­sible de m’en rendre compte) donc gros­sesse ni dési­rée du tout, ni envi­sa­geable. Avec mon mari, nous avions depuis long­temps déci­dé que nous étions par­fai­te­ment heu­reux avec nos 2 filles et que la construc­tion de leur bon­heur à elles était ce qui nous ani­mait doré­na­vant. J’ai vu illi­co mon gyné­co dès que j’ai com­pris les symp­tômes (10 jours de retard, seins dou­lou­reux et gon­flés à la 3ème gros­sesse ça ne trompe pas) Ce méde­cin me sui­vait depuis des années. Je ne sais pas s’il se recon­nai­tra dans ce témoi­gnage, mais je tiens à le remer­cier avec toute la cha­leur pos­sible pour l’at­ti­tude qu’il a eue envers moi. Vu la date pré­coce à laquelle je me suis pré­sen­tée, et au vu du désar­roi qui m’en­va­his­sait, mon impos­si­bi­li­té de tra­vailler dans cet état qui m’ob­sé­dait, il m’a pro­po­sé de faire pas­ser l’IVG sous le terme de « révi­sion uté­rine » pour rai­son de dépla­ce­ment de DIU. Ce qui m’a per­mis de pas­ser 3 jours après à la cli­nique au lieu d’at­tendre 2 à 3 semaines pour les entre­tiens habi­tuels. Donc, anes­thé­sie géné­rale, aspi­ra­tion, aucune séquelle ni dou­leur.
    Ce méde­cin , même s’il me connais­sait très bien, a pris un gros risque, j’en ai tou­jours été consciente et recon­nais­sante, il m’a épar­gné des jours entiers de souf­france psy­cho­lo­gique, car, même si je vais fort bien aujourd’­hui et n’ai jamais regret­té ma déci­sion, à ce moment-là pré­cis, j’é­tais anéan­tie.
    En cas de com­pli­ca­tion ou de revi­re­ment de ma part, il s’ex­po­sait à des pour­suites et pour­tant il l’a fait, comme le fai­saient cer­tains de ses confrères avant 1975…
    Mon mari a été d’un sou­tien sans faille aus­si, et c’est à signa­ler, mes col­lègues mas­cu­lins à qui j’en ai par­lé, ont été aus­si d’un récon­fort cer­tain. De quoi nous récon­ci­lier avec la gente mas­cu­line, et force est de consta­ter, que beau­coup sont main­te­nant à nos côtés dans ce com­bat. C’est tant mieux, car, le dan­ger de régres­sion est bel et bien là en ce moment.
    Il nous faut res­ter vigilants(es) et actifs(ves), rien n’est acquis, tous les jours nous en apportent la preuve et si ce blog peut aider à orga­ni­ser et sou­te­nir cette lutte, alors fon­çons!! Nos mères et nous-mêmes ne nous serons pas bat­tues en vain.

  14. Moi aussi dit :

    Bon­jour,

    en 1999, à 19 ans, je me suis fait avor­ter. Je ne dis jamais que j’ai  » subi » un avor­te­ment, parce que cet avor­te­ment-là était libre­ment consen­ti. J’é­tais étu­diante, en sépa­ra­tion d ‘avec le  » père », et je n’a­vais pas les moyens d’as­su­rer la sur­vie d’un bébé, je n’a­vais pas envie de faire un bébé dans ces condi­tions, et sur­tout je n’a­vais pas envie tout court. Je suis allée dans un centre de plan­ning fami­lial, non culpa­bi­li­sant et très sym­pa, j’ai vu une gyné­co­logue, une psy et une assis­tante sociale. La gyné­co­logue m’a dit que je pou­vais réflé­chir mais pour moi c’é­tait tout réflé­chi, on m’a don­né une réflexion de deux semaines, que j’ai réduites à une en appe­lant le plan­ning fami­lial. Je crois que ça m’au­rait bri­sée si on m’a­vait refu­sé l’a­vor­te­ment, si j’a­vais dû subir cette gros­sesse, j’au­rais vécu ça comme un viol. Je ne com­prends pas pour­quoi obli­ger à une femme subir une gros­sesse dont elle ne veut pas, alors qu’on a les moyens pour le faire dans de bonnes condi­tions, sinon pour la punir, ce qui est pour moi abu­sif.

    Heu­reu­se­ment qu’ils ont été sym­pa au centre de plan­ning fami­lial, parce qu’a­vec tout ce que j’ai enten­du sur l’a­vor­te­ment depuis, ben ça, ça m’a fait beau­coup de mal.

    Mer­ci à ce blog d’exis­ter, c’est un poids qui me tombe des épaules, je ne suis donc pas la seule me dire que non, je m’en porte mieux d’a­voir avor­té, j’ai fait le bon choix, et je ne suis pas un monstre. Ouf 🙂

    Je me suis faite avor­té en 1999 et je vais bien, mer­ci 😉

  15. Eloïse dit :

    J’ai avor­té vers 1995 ou 1996, tout s’est très bien pas­sé à part que ça fait mal au ventre. bref, si on peut évi­ter autant évi­ter mais sinon, autant le faire.
    C’é­tait inté­res­sant de pou­voir obser­ver un œuf et je ne com­prends pas com­ment les gens peuvent man­ger des œufs de poules et trou­ver hor­rible qu’on avorte d’un embryon (ça res­semble à un œuf trans­lu­cide, il fau­drait qu’au lieu de fan­tas­mer sur je ne sais quoi, les gens observent pour de vrai les trucs dont on avorte!).
    Je n’ai jamais consi­dé­ré que j’a­vais vécu un trau­ma­tisme, mais je n’ai pas non plus eu envie de recom­men­cer et les femmes ne sont pas des irres­pon­sables qui se mettent à vou­loir subir une opé­ra­tion tous les 15 jours comme moyens de contra­cep­tion!

  16. Véronique dit :

    J’ai avor­té 2 fois dans cette décen­nie. je crois que je jouais un peu avec l’i­dée d’a­voir un enfant, en ne me pré­oc­cu­pant pas trop de ma contra­cep­tion et puis au der­nier moment ça ne me parais­sait plus envi­sa­geable du tout. Je n’a­vais pas de rela­tion fixe avec un homme à cette époque, et aucun pro­jet de me mettre en couple et fon­der une famille. D’ailleurs à 50 ans main­te­nant, si je vis en couple mais sans mariage, je n’ai pas fait d’en­fant.
    Je n’ai pas un mau­vais sou­ve­nir des entre­tiens et des opé­ra­tions. Je suis allée à la cli­nique des Lilas, j’y ai eu un bon accueil et beau­coup de gen­tillesse pen­dant l’o­pé­ra­tion, un peu mal au ventre après et c’est tout. La deuxième fois, le méde­cin m’a orien­té vers une contra­cep­tion par implant et je n’ai plus eu à recou­rir à l’IVG.

  17. Sonia dit :

    J’ai avor­té en 1998, le jour de mon anni­ver­saire, pour mes 30 ans. J’a­vais déjà deux enfants, le der­nier avait 6 mois et c’é­tait pas la joie avec leur papa. Nous avons eu un acci­dent de crème sper­mi­cide, puisque ce grand gar­çon ne met­tait pas de pré­ser­va­tif. A l’ho­pi­tal, j’ai deman­dé a prendre la RU, et la psy­cho­logue et la gyné­co m’ont fina­le­ment pro­po­sé un pro­to­cole de recherche : l’IVG sous relaxa­tion. J’ai dis ban­co parce que l’anes­thé­sie me fai­sait car­ré­ment flip­per. Du coup j’ai bien « pro­fi­té » de l’IVG. Une sage femme m’a fait faire de exer­cice de relaxa­tion 3 ou 4 séances de suite, puis le matin de l’in­ter­ven­tion. La gyné­co était super atten­tive, sym­pa, la sage femme est res­tée avec moi a me faire faire des exos de res­pi­ra­tion pen­dant l’in­ter­ven­tion. Je suis res­tée lucide pen­dant tout le temps. Les canules, l’as­pi­ra­tion, et voi­la, c’est ter­mi­né. 3 heures après j’é­tais chez moi, avec mes enfants, fati­gué mais ok. Et je vais bien ! Une troi­sième gros­sesse m’au­rait épui­sée phy­si­que­ment, émo­tio­nel­le­ment c’é­tait la cata avec mon par­te­naire, c’au­rait mpi­ré les choses, et pro­fes­sion­nel­le­ment, ben ‘avais nvie de pen­ser à moi. Alors, oui, j’ai avor­té et je vais bien.

  18. Isabelle dit :

    J’ai avor­té en 1995, en Bel­gique.
    Après avoir cla­mé haut et fort que je vou­lais un bébé pen­dant des mois, je me suis retrou­vée devant le fait accom­pli suite à un acci­dent de contra­cep­tion… mais pas du père sou­hai­té.
    J’ai très rapi­de­ment pris 2 déci­sions : inter­rompre cette gros­sesse que je ne me sen­tais pas l’en­vie ni la capa­ci­té d’as­su­mer (17 ans, pas de res­sources stables, aucune envie de fon­der un « foyer » avec le géni­teur qui, lui, ne rêvait que de ça avec la pre­mière venue pour sur­mon­ter le trau­ma­tisme du décès de sa fian­cée sur­ve­nu quelques mois plus tôt, en rup­ture avec ma propre famille, l’en­vie de pour­suivre des études)… et vivre plei­ne­ment ces semaines pour n’a­voir aucun regret par la suite.

    Je me suis ren­due dans un centre de plan­ning fami­lial, où un test san­guin a confir­mé ce que je savais déjà et où l’on m’a écou­tée puis infor­mée de manière neutre et pro­fes­sion­nelle, sans me juger, me culpa­bi­li­ser. Encore une fois il ne s’a­gis­sait que d’une confir­ma­tion pour moi, puisque j’a­vais pris soin de m’in­for­mer aupa­ra­vant.
    Le méde­cin a tou­te­fois mon­tré de l’in­quié­tude lorsque j’ai deman­dé quelle était la date ultime pour pro­gram­mer l’in­ter­ven­tion, crai­gnant sans doute une fra­gi­li­té de ma part et un pos­sible revi­re­ment.
    Je me suis pré­sen­tée sereine le jour dit, l’as­pi­ra­tion s’est dérou­lée dans de bonnes condi­tions sans avoir été agréable pour autant.

    Avec la gyné­co­logue, nous avions dis­cu­té (et j’a­vais âpre­ment négo­cié) la pose d’un sté­ri­let après l’IVG, et j’ai fina­le­ment obte­nu gain de cause.
    L’a­vor­te­ment n’é­tait pas gra­tuit à l’é­poque mais pris en charge par la sécu à hau­teur de 50%. Au vu de mes res­sources limi­tées, le plan­ning fami­lial a déter­mi­né avec moi un plan d’é­che­lon­ne­ment.

    Lorsque je lui en ai par­lé, le « père » a d’a­bord cru que je le consul­tais et m’a par­lé layette et édu­ca­tion du bébé dans son pays. Puis lors­qu’il a com­pris que de bébé il n’y avait plus, il a ten­té de se mon­trer mena­çant en sai­sis­sant un cou­teau dans la cui­sine.
    Je l’ai désar­mé puis conso­lé. Je com­prends aujourd’­hui que j’au­rais pro­ba­ble­ment dû lui cacher cette gros­sesse, mais je ne sais pas men­tir sur de telles choses.

    Je repense très peu à ce jour qui ne m’a lais­sé aucun regret. Cette déci­sion était pour moi la bonne. Je vais bien, mer­ci, et je n’i­ma­gi­nais même pas que l’on puisse ten­ter de dis­sua­der des femmes en leur fai­sant croire que l’IVG est néces­sai­re­ment un trau­ma­tisme.

  19. lea dit :

    J’ai avor­té après 93, entre la nais­sance de mes 2 der­niers enfants. A ce moment là, je ne vou­lais pas d’en­fant, je n’en avais pas envie, j’é­tais enceinte, c’est tout: Donc, pas d’in­ves­tis­se­ment émo­tion­nel, pas de ques­tion­ne­ment. Avor­ter est un droit plein et entier et le pré­chi pré­cha obli­ga­toire pré inter­ven­tion sert a culpa­bi­li­ser les femmes.
    Ce n’est pas une déro­ga­tion que l’on nous accorde, c’est un droit que l’on exerce.
    J’ai été reçue en consul­ta­tion par une gyné­co­logue du Plan­ning Fami­lial. Elle m’a dit qu’elle par­tait à la retraite, qu’elle était très inquiète parce que il n’y avait pas de relève, que nos filles auraient de en plus de dif­fi­cul­té à exer­cer leur droit à avor­ter.
    Ce dont j’a­vais déjà conscience, ayant choi­si d’ étre sui­vie médi­ca­le­ment par le Plan­ning.
    Je témoigne pour que nous res­tions vigi­lantes, je le suis pour mes deux filles.

  20. Bérénice dit :

    Parents de jumeaux de deux ans ‚pas mal com­blés , nous venions de démé­na­ger , pleins de pro­jets , mais dans une période un peu incer­taine ‚parce que sans bou­lot . Gros­sesse sous sté­ri­let, à 33 ans, deux enfants tous petits …Le retrait du sté­ri­let aurait pu entrai­ner la fin de la gros­sesse , mais ce ne fut pas le cas . Le ren­dez vous a donc été pris pour une IVG ‚le ren­dez vous « psy­cho­lo­gique » expé­dié — visi­ble­ment sans pro­blème , je n en ai qu un vague sou­ve­nir -; nous vou­lions qu elle ait lieu à l’ho­pi­tal public , et pas dans la cli­nique pri­vée où le gyné­co exer­çait habi­tuel­le­ment . ( on ne se refait pas quand on défend le ser­vice public) . Visi­ble­ment , ça a aga­cé le mon­sieur ( qu’on ne connais­sait pas , on venait d’ar­ri­ver dans la région ) . On est venu tôt , tous les deux , on a jon­glé pour trou­ver des copains pour gar­der les mômes ‚pas simple, on a atten­du , long­temps …des heures . Quand le gyné­co a fini par arri­ver ‚visi­ble­ment la tête ailleurs , ener­vé , il m’a deman­dé si j’é­tais à jeun . Hon­nête , j’ai répon­du que j’a­vais pris une gor­gée de café deux heures avant ( c’était long .…) ( et même tirer deux taffes d’une clope) . Il a fait un scan­dale , il ne nous adres­sait pas la parole , par­lait au reste des soi­gnants ‚a dit qu’il ne pou­vait pas pra­ti­quer l’IVG puisque je n’é­tais pas à jeun, ce que nous ne com­pre­nions pas , puis­qu’il n’était pas ques­tion d’anesthésie géné­rale . Le méde­cin a dit qu’il n’in­ter­ve­nait que sous anes­thé­sie , que c’é­tait à prendre ou à lais­ser , que de toutes façons c’e­tait « trop tard pour aujourd hui ‚qu elle revienne ce soir ‚elle dor­mi­ra à l’hos­to , pour une inter­ven­tion demain matin « .…On a essayé d’ex­pli­quer la situa­tion, il a tour­né le dos , n’a­vait pas eu le temps de déjeu­ner , était atten­du ailleurs .…
    Pas vrai­ment le choix …
    Le soir , chambre triste , per­son­nel silen­cieux ‚le père était res­té s’oc­cu­per des mar­mots , j’ ai été seule avec ma colère , et le sen­ti­ment que je n’é­tais qu’une emmer­deuse qui com­pli­quait la vie du méde­cin.…

    Pour une qui a mili­té pour le vote de la loi ‚j’au­rai vou­lu l’en­voyer au diable , avec une rage sourde quand l’a­bus de pou­voir et l’ab­sence d’é­changes dominent , quand on sent bien que ça dérange .…Ce n ‘est pas l’ivg dont j ai le regret , mais de ne pas avoir dit plus clai­re­ment à ce mede­cin com­bien il était odieux. Je pen­sais à celles pour qui c’é­tait moins évident , plus com­pli­qué , plus caché que pour nous .

    .Les jumeaux ont une petite soeur , née trois ans après …Aujourd’­hui elle est une belle ado amou­reuse . Sa soeur aînée, quand elle était col­lé­gienne a, accom­pa­gné des copines au plan­ning ‚m’a fait jurer que les infos que je don­nais , je n’en par­le­rais pas à d’autres adultes … J’es­père que si un jour l’une d’elles , comme d’autres , a recours à l’IVG , elle le fera la tête haute , avec des méde­cins qui la res­pec­te­ront .Que dans les col­lèges , les lycées ‚près d’elles, elles trou­ve­ront des adultes à l’é­coute , sans juge­ments , comme leur infir­mière sco­laire .( vous avez vu , il n’y en a plus beau­coup d’in­fir­mière sco­laire ces temps ci).Que des femmes qui ont avor­té leur diront sans honte  » moi aus­si  » .

    La vie est belle , je vais bien, mer­ci .…et les com­bats res­tent à mener …

  21. Adrien' dit :

    A 20 ans, jeune maman, j’ai eu un amant indé­li­cat sur la ques­tion de la capote. L’a­vor­te­ment était une évi­dence, je ne vou­lais ni d’un deuxième enfant, ni sur­tout d’un enfant de ce salo­pard.

    Mon pro­blème, ça a sur­tout été d’an­non­cer à mon mec que j’al­lais devoir avor­ter alors qu’on ne cou­chait plus ensemble. Si l’a­vor­te­ment avait été plus simple à faire, j’au­rais gar­dé ça pour moi, mais aller en secret à trente-six ren­dez-vous avec un bébé à la mai­son… Pre­mier rdv, assis­tante sociale pour le dos­sier d’aide médi­cale, psy­cho­logue, écho­gra­phie, re-assis­tante sociale, deuxième rdv, puis enfin cachet de RU486 n°1 et le len­de­main cachet n°2 et obser­va­tion : pas 36 mais beau­coup quand même. Assez lâche­ment, j’ai donc eu un rap­port sexuel avec lui juste pour pou­voir ensuite lui dire que j’al­lais avor­ter sans avoir à pré­ci­ser de qui ça venait, et ça, c’est un mau­vais sou­ve­nir car je me suis sen­ti aus­si machia­vé­lique que dému­nie. Oui je le trom­pais, mais pas comme ça. La libé­ra­tion des moeurs, c’est pour quand déjà ?

    L’a­vor­te­ment en lui-même s’est pas­sé sans pro­blème. Je n’é­tais pas au mieux de ma forme morale, parce que c’est com­pli­qué de dis­so­cier embryon et pro­jet d’en­fant quand on est jeune et influen­çable dans une socié­té qui ne com­prend tou­jours pas la nuance. Mais j’ai été bien accueillie, les gens qui m’ont reçue ont pris le temps, je ne me suis pas sen­tie brus­quée, et par contre les nom­breuses for­ma­li­tés ont été menées assez vite pour que je puisse faire un avor­te­ment médi­ca­men­teux.

    Je me sou­viens de cette petite bulle dorée qui est sor­tie de moi, chose magni­fique et mys­té­rieuse que j’ai gar­dé au creux de ma main pen­dant une éter­ni­té. J’y serais peut-être tou­jours, sans la gen­tille infir­mière qui est venue me la prendre dou­ce­ment en disant qu’il ne fal­lait pas se mettre dans des états pareils et l’a jeté à la pou­belle. Ma gros­sesse non dési­rée s’est ter­mi­née à ce moment-là, grâce à ce geste qui m’a per­mis de com­prendre qu’un embryon sans désir d’en­fant n’é­tait qu’un tas de cel­lules, très beau certes, mais pas sacré.

    L’autre sou­ve­nir qui m’a mar­quée, c’est la voix d’un père qui ame­nait sa fille dans le ser­vice en la trai­tant de tous les noms. Il l’a­go­ni­sait d’in­jures, sans dis­con­ti­nuer. Tou­jours en dou­ceur, la même infir­mière lui tenait tête avec des « Oh ben non Mon­sieur, faut pas dire des choses comme ça ! ». Je n’ai pas enten­du la fille, mais je la plai­gnais beau­coup. Je vou­drais que dans sa cam­pagne, les filles aient main­te­nant d’autres solu­tions pour accé­der à l’a­vor­te­ment que de se faire ame­ner « à la ville » par leurs propres parents. Mal­heu­reu­se­ment, c’est plu­tôt l’in­verse ; les hôpi­taux de proxi­mi­té ferment ou sup­priment leur ser­vice IVG, le moins ren­table. La fin du capi­ta­lisme, c’est pour quand déjà ?

  22. Stephanie dit :

    Une IVG il-y‑a … plu de 10 ans main­te­nant !!!
    Culpa­bi­li­té à 0 , bien au contrère : mer­ci à Mme Veil , aux sufra­gettes et au MLF qui m’ont per­mis d’a­voir ce droit !!! Pas d’ou­blie de pilule ou quoi que ce soit de ce type … sim­ple­ment une inter-action médi­ca­men­teuse … sans tra­vail , avec un homme à plus de 100 km , ma pre­mière réac­tion :  » virez-moi ce truc que j’ai dans le ventre , je n’en veux pas , je n’ai rien deman­dé !!!  »
    Mer­ci au plan­ning qui m’a tout de suite prise en charge , mer­ci au gygy qui a revu son plan­ning pour me faire pas­ser en prio­ri­té car je ne sup­por­tais pas d’a­voir « cette chose  » en moi !!!
    Par contre , les IDE (infir­miers infir­mières) qui tra­vaillent dans ce type de ser­vice , essayez de com­prendre que nous ne sommes cou­pable de rien !!!
    J’ai assis­té à une séance de morale au près d’une ado de 14 ans , ça oui ça m’a éner­vée … de mm que l’at­ti­tude de l’in­fir­mière … voi­là ce qui m’a cho­quée lors de cette inter­ven­tion !!!
    Je vais très bien , et je suis ravie d’a­voir eu le droit d’a­gir ain­si .
    Mais je pense de temps à autres à cette jeune-fille à qui on s’est per­mis de faire la morale … (j’ai ouvert « ma gueule » mais … moi aus­si j’ai été sous AG et en salle de réveil) com­ment l’a-t-elle vécu ? Quand je suis par­tie , car qq venait me cher­cher et que j’a­vais le droit de signer … elle avait les yeux rouges !!!
    Alors oui pour moi a c’est bien pas­sé , oui je le vis bien , mer­ci !!! Car je savais quand , pour­quoi com­ment , où … etc .
    Mais qu’en a‑t-il été pour cette mineur ? C’est tout !!!
    Et oui , on peut choi­sir l’IVG et être bien dans ses pompes après !!! Mais cer­taines femmes ou jeune-femmes res­tent encore fra­giles fasse au dis­cours mora­li­sa­teur … !!!
    Ce n’est que mon témoi­gnage , mais oui , je vais bien , mer­ci !!!

  23. Laure dit :

    IVG le 8 aout 1999:
    Et bien voi­là, en 1999, j étais en seconde, du haut de mes 16ans je sor­tais avec un gar­çon de 20ans. Au bout de 2mois, un matin, nous nous retrou­vons sur le cana­pé et en l espace de 5s chro­no il avait fait sa petite affaire. Je ne m’é­tais ren­du compte qu il avait joui qu’en allant aux toi­lettes et en trou­vant du sperme sur ma jupe (qu il n avait pas enle­vé).
    Bref pour ma 1ere fois, au moins j ai pas eu mal. Je me rap­pel encore lui avoir dit, « bon la pro­chaine fois on se pro­tè­ge­ra ». Mais au final s’é­tait déjà trop tard.
    Évi­de­ment, quelques jours après il me quit­tait et je pars 3 semaines en vacance dans le sud. J aurais du avoir mes règles, mais elles ne viennent pas. Moi qui fai­sait un petit 38, mes jupes me serrent à la taille, et bien sur la nau­sée était de la par­tie. L plus aucun doute juste un faible espoir que je me trompe. Je finis par me confes­ser à mon père qui me dit juste une chose « quand on rentre tu fais un test ».
    Juillet, on rentre à la mai­son et 1er réflexe la phar­ma­cie. De retour à la mai­son, là ben voi­là c est réel, je suis bien enceinte. En sor­tant des toi­lettes, ma mère com­mence à me dire que c est pas nor­mal que mes règles ne soient pas là et au bout d un achar­ne­ment de 5min je lui ai lâché la bombe: « c est nor­mal je suis enceinte ». Ma mère était sous le choc, du cou je suis allée au plan­ning fami­lial en leur expli­quant ma situa­tion. Je ne connais­sais pas les délais mais au final j étais très limite. Ren­dez vous chez la gyné­co du plan­ning avec ma mère dès le len­de­main. Cela s est bien pas­sé, enfin je crois, elle était froide mais pas plus désa­gréable que d’autres que j ai eu par la suite, par contre il fal­lait faire vite j étais a 1mois et demi (date limite c était 2 mois) du cou direc­tion l anes­thé­siste. Dans le cou­loir j ai fait un malaise, c est ma mère qui m a por­té jus­qu’à l ascen­seur. Arri­vée dans son bureau et mes esprits reve­nus, je l écoute et je me rap­pelle encore ce com­men­taire, « un IVG ce n est pas un moyen contra­cep­tif vous vous en ren­dez compte ?? » (Qu’une gyné­co redon­né quelques années après, pfff). Prise de sang et ren­dez vous pris, le 8 aout je passe sur la table.
    Voi­là, le « grand jour » est arri­vée, à jeun, tou­jours avec ma maman qui m accom­pagne. Elle règle tout pen­dant que je m ins­talle dans la chambre en atten­dant mon tour, 11h allez hop on entre dans la salle d’opération, 14h je me réveille avec la même sen­sa­tion qu’un jour de règle dou­lou­reux. On me ramène à la chambre avec une intra­vei­neuse pour me sou­la­ger et un bon petit déjeu­ner. Et 17h je rentre à la mai­son et voi­là.
    Jamais je ne regret­te­rais une telle déci­sion, ma « 1ere fois » si je peux dire ca comme ca et je tombe enceinte, je ne le sou­haite à per­sonne et sur­tout ça n’arrive pas qu aux autres !
    Cela fait 10ans et je n en ai jamais eu honte, et dans mon entou­rage de copines cela est mal­heu­reu­se­ment arri­vé à beau­coup d entre elles (trop jeune, enfant mal­for­mé, ou le résul­tat d’une rela­tion d’un soir), aucune ne l’ont jamais regret­té.
    Oui j ai eu un IVG à 16ans, Oui je le vis bien !! Et sur­tout un immense mer­ci à mes parents qui ont été là et ne m’ont jamais jugés !

  24. Nathalie dit :

    Mon IVG a moi c’e­tait en 1996… j’a­vais 22 ans, des etudes a finir, un copain stable mais faut pas pous­ser, et des pro­blemes de sante m’in­ter­di­sant la pilule d’ou des « pra­tiques a risque » avec le pre­ser­va­tif
    je crois que je n’ai jamais vrai­ment doute, j’al­lais avor­ter et puis voi­la, on n’y met pas plus d’af­fect pour ne pas com­pli­quer les choses.
    ca c’est glo­ba­le­ment bien passe, si on oublie le coup de fil du plan­ning fami­lial qui a fait le tour du monde pour me joindre pour une ques­tion d’heure de ren­dez-vous — la secre­taire n’a pas reus­si a etre assez habile… for­ce­ment, com­ment elle fait pour me joindre, elle appelle ma mere (mon seul nume­ro de tele­phone stable), qui appelle ma belle-mere, qui appelle le stan­dard de la boite ou je bos­sais (a proxi­mite de la BM en ques­tion)
    ah si et cet andouille d’e­cho­gra­phiste qui me montre le coeur qui bat lors de l’e­cho de data­tion, je lui ai pour­tant dit que c’e­tait une echo avant IVG mais il etait a peine plus vieux que moi, il devait etre depasse par la situa­tion…

    je n’ai pas du tout appre­cie le cli­mat glo­ba­le­ment catas­tro­phiste — je n’en ai pas parle, mais j’ai ete agresse par tous ces mes­sages de la societe « tu as avorte, ma pauvre », « il faut etre gen­til avec les filles qui sortent d’une IVG, elles sont si fra­giles »
    et for­ce­ment une pointe d’ar­riere pen­see lorsque ma pre­miere gros­sesse s’est finie en fausse couche tar­dive (il m’a fal­lu quelques mois, bon une annee, pour com­prendre et admettre que IVG et FC n’e­taient pas lies cause-conse­quence, mais avait — de loin — la meme cause, cette fichue throm­bo­phi­lie, pas de pilule et des caillots dans le pla­cen­ta, ca fait desordre)
    je n’ai trouve qu’une per­sonne capable de rea­gir « cor­rec­te­ment » au bilan (que j’es­pere defi­ni­tif) « 2 enfants, 4 fois enceinte ». sans pathos ni curio­site, juste inter­es­see par ma sante.

    et il va sans dire que je ne regrette a aucun moment cet IVG, je ne compte pas tout ce dont ma vie man­que­rait si j’a­vais du « assu­mer »

  25. Bernie dit :

    J’ai accou­ché de ma fille en décembre 1989, après bien de longs mois d’es­sai et de ten­ta­tives vaines (fausses couches, …). Son père venait d’être muté en pro­vince et moi, je tra­vaillais sur Paris en atten­dant ma muta­tion sans date bien pré­cise. A la mater­ni­té, on ne m’a­vait pro­po­sé aucune contra­cep­tion (pilule ou sté­ri­let) dans l’im­mé­diat et je suis donc « tom­bée » enceinte bébé pré­vu pour octobre. Même si je savais que je vou­lais un autre enfant, hors de ques­tion pour moi d’a­voir un autre bébé dans la fou­lée !!! J’ai donc déci­dé d’a­vor­ter et hon­nê­te­ment, je ne garde aucun sou­ve­nir de celui-ci. Je vais bien MERCI, j’ai eu ma 2ème fille 3 ans après la pre­mière quand nous l’a­vions déci­dé. Il est pour moi INDISPENSABLE de lais­ser à cha­cune le choix d’a­voir ou non une gros­sesse. NON aux moralisateurs(trices) et aux culpabilisateurs(trices) de toutes sortes . Cha­cune doit être libre de ses choix. J’ai beau­coup mani­fes­té et conti­nue­rait à me battre pour ça et que les femmes puissent avoir comme moi le choix !!!
    J’ai avor­té OUI et je vais bien MERCI !!!

  26. Emm dit :

    Quelques mois après la nais­sance (dési­rée) de mon second fils, en 1998, je me suis ren­due compte que j’é­tais enceinte. La ques­tion ne se posait pas : je ne vou­lais pas une troi­sième gros­sesse. De nom­breuses rai­sons jus­ti­fiaient ce choix, mais même si je n’en avais eu qu’une, l’a­vor­te­ment était déci­dé. Ce que je vou­drais sou­li­gner, c’est le pro­ces­sus qu’il a fal­lu suivre pour obte­nir le droit d’a­vor­ter. À l’é­poque, on devait prendre ren­dez-vous auprès d’une assis­tante sociale (son titre exact m’é­chappe) pour jus­ti­fier sa déci­sion. Et cela m’a ren­due furieuse. Pour­quoi devais-je expo­ser ma vie pri­vée, pour­quoi me for­çait-on à racon­ter mon his­toire, à inven­ter je ne sais quelle jus­ti­fi­ca­tion pour obte­nir un petit papier disant « oui, vous pou­vez exer­cer votre droit » ? Mais si c’é­tait un droit, pour­quoi fal­lait-il que j’en jus­ti­fie l’ap­pli­ca­tion ? Je me revois, face à cette dame qui vou­lait savoir « si tout allait bien », lui rétor­quer : « pour­quoi me demande-t-on de jus­ti­fier mon avor­te­ment alors qu’on ne m’a pas deman­dé de jus­ti­fier la nais­sance de mes enfants ? Les consé­quences d’une nais­sance sont tout de même net­te­ment plus lourdes, non ? Quelle logique appli­quez-vous ? »
    Bien sûr, le but de cet entre­tien n’é­tait pas de culpa­bi­li­ser les femmes concer­nées, mais plu­tôt de déce­ler un éven­tuel pro­blème plus grave ou plus pro­fond. N’empêche. C’est ce sou­ve­nir-là que j’en garde.

  27. Julie dit :

    Bon­jour,
    En 96, alors que la rela­tion avec mon ami de l’é­poque était hou­leuse, j’ai appris avec déses­poir que j’é­tais enceinte. J’a­vais un fibrome dans le sein qui m’in­ter­di­sait de prendre une pilule nor­ma­le­ment dosée et ce qui devait arri­ver arri­va, j’ai oublié pen­dant quelques heures ma contra­cep­tion… quelques heures de trop.
    Je savais dès le départ que je ne sou­hai­tais pas cet enfant, que mon com­pa­gnon ne serait pas celui de ma vie et qu’à 25 ans je n’é­tais abso­lu­ment pas prête à éle­ver un enfant.
    J’ai été voir mon gyné­co­logue qui a été très com­pré­hen­sif et m’a orien­té vers l’ho­pi­tal qui pour­rait me prendre en charge. Mais au sein de cette struc­ture j’ai été sur­prise par un accueil miti­gé. Culpa­bi­li­sée de n’a­voir pas su prendre mon contra­cep­tif comme il le fal­lait, on m’a infli­gé une nou­velle écho­gra­phie ou l’on m’a mon­tré le coeur « du bébé ». Une « psy­cho­logue » m’a reçu et a beau­coup insis­té sur le fait que je pou­vais mener à terme cette gros­sesse et aban­don­ner l’en­fant.
    Une semaine après, on m’a enfin don­né le RU 486. Mal­heu­reu­se­ment celui-ci n’a pas fonc­tion­né et j’ai du subir un cure­tage 2 semaines plus tard.
    J’ai sou­vent pen­sé à cet épi­sode de ma vie et suis sure d’a­voir fait le bon choix.
    Depuis, je me suis mariée, j’ai eu 3 enfants, ai divor­cé et ai eu un 4ème magni­fique petit bout.
    Je ne regrette rien. J’ai eu la chance de vivre en France et d’a­voir un accès à l’IVG.

  28. Elodie dit :

    Je suis très impres­sion­née par la pré­ci­sion des témoi­gnages pré­cé­dents… J’ai avor­té en 92… ou 93? Sans doute 93, je crois que j’a­vais 20 ans.
    Bref une capote qui se déchire, une deuxième année de DEUG qui com­men­çait, un copain un peu alcoo­lo dont il parais­sait clair qu’il ne serait pas l’homme de ma vie: aucune ques­tion, juste l’é­vi­dence abso­lue de l’im­pos­si­bi­li­té de deve­nir mère aus­si tôt et avec lui.
    Pour mémoire, sa pre­mière réac­tion fut: « qu’est-ce que tu vas faire? »… Joli, non? Il l’a vite regret­té.
    Mes parents furent par­faits comme ils l’ont tou­jours été: ma mère m’a accom­pa­gnée à tous les ren­dez-vous et à l’o­pé­ra­tion, ils ont été dis­crets et pré­sents à la fois, je crois que leur seule peur était que je n’a­vorte pas!
    J’ai un sou­ve­nir assez flou de la façon dont ça s’est pas­sé, je me sou­viens glo­ba­le­ment de gens plu­tôt sym­pa­thiques mais aus­si de la dif­fi­cul­té de tout faire dans les temps — je crois que le pro­blème est bien plus grave main­te­nant d’ailleurs.
    18 ans plus tard je n’ai jamais eu l’oc­ca­sion de regret­ter ce choix, qui à dire vrai n’en fut pas un: pour qu’il y ait choix il faut que les deux pos­si­bi­li­tés soient envi­sa­geable et ce n’é­tait pas le cas. Ce n’est pas un sou­ve­nir trau­ma­ti­sant, même pas triste, juste neutre.
    Donc pleu­rer oui ou merde? Merde, bien sûr.
    Et bra­vo et mer­ci!

  29. Maud dit :

    J’ai avor­té en 92, j’a­vais 17 ans et je n’é­tais pas très régu­lière dans la prise de la pilule. Je n’é­tais pas très inquiètes non plus du retard de mes règles, ce qui fait que lorsque je me suis déci­dée à faire un test, et à avor­ter, il ne me res­tait que peu de temps pour res­ter dans les délais légaux.
    Etant mineure, je devais, à l’é­poque avoir l’a­val d’au moins un de mes parents… l’hor­reur.
    Un vrai par­cours du com­bat­tant pour par­ve­nir, en pre­mier lieu à savoir quoi faire et ensuite à le faire !
    J’ai enfin pas­sé une écho­gra­phie, l’o­pé­ra­teur, qui ne savait pas que je vou­lais avor­ter, m’a féli­ci­té avant de me deman­der si il y avait des cas de gémel­li­té dans ma famille. Je ne savais même pas ce que cela vou­lait dire.
    J’ai dû voir des méde­cins qui m’ont mon­tré les ins­tru­ments qui allaient « déchi­que­ter et aspi­rer les embryons », une assis­tante sociale qui a bien insis­té sur le fait que j’al­lais « empê­cher deux petits bébés de voir le jour » alors que mes parents pou­vaient par­fai­te­ment m’ai­der à les éle­ver, que beau­coup n’a­vaient pas ma chance et pour autant « ne tuaient pas leurs enfants » (je me sou­viens de ses paroles comme si c’é­tait hier). J’ai fait toutes ces démarches seule.
    Le jour J, mes parents ont signé les papiers et m’ont lais­sé. Je me suis retrou­vée dans une salle avec des femmes tel­le­ment plus âgées… per­sonne ne m’a par­lé alors j’ai atten­du, et puis l’anes­thé­sie géné­rale, la pre­mière de ma vie, et le réveil…
    Enfin, mon père qui vient me cher­cher et qui me récon­forte : « alors, ça t’a plu de te faire tri­po­ter les ovaires ? » Ca aus­si, je m’en sou­viens comme si c’é­tait hier.
    J’ai pas­sé mon bac fran­çais une semaine après.

    J’ai mis du temps, mais aujourd’­hui je vais très bien mer­ci.
    J’ai pu finir mes études, trou­ver un tra­vail que j’ap­pré­cie et vivre ma vie avant d’a­voir mes enfants.
    Avec quel­qu’un que j’aime et quand on l’a déci­dé.

  30. Lili dit :

    J’ai avor­té en 1999, à 17 ans. Com­bo d’er­reurs fatales: pre­mier ché­ri, pre­mier rap­port, pré­ser­va­tif qui claque, et pilule qui appa­rem­ment n’a­vait pas fait son effet suite à une gas­tro-enté­rite cara­bi­née. J’é­tais alors à la fac, prête à pas­ser un concours. Décembre 1999, règles en retard, sen­sa­tions d mal-être géné­ral. Croyant à un retour en force de sou­cis gyné­co­lo­giques, je me suis donc poin­tée aux urgences gyné­co, où un interne m’a gen­ti­ment annon­cé « Mais vous êtes enceinte, made­moi­selle! » Le monde m’est tom­bé sur la tête. J’ai tout de suite émis l’hy­po­thèse d’une IVG, sans me poser d’autres ques­tions. 17 ans, mineure, en études, à peine par­tie de chez mes parents, et déjà maman, c’é­tait non. J’ai tout de même eu droit à un ser­mon de la part de l’in­terne, qui m’a bien rap­pe­lé qu’il faut faire atten­tion (non, sans blague?), qu’à 17 ans on n’est pas capable de prendre de déci­sions par soi-même (ah tiens), et qu’en prime, vu, je cite dans le texte, « mon bel uté­rus, ma bonne san­té [je ferai] tout à fait une bonne mère ». Et m’a aus­si conseillé, par la même occa­sion, un accou­che­ment sous X. Avec l’ar­gu­men­taire, je pense, assez clas­sique: « Pen­sez aux couples sté­riles qui n’ont pas la chance de pro­créer, offrez la vie ». Me voi­là donc en ren­dez-vous avec le psy­cho­logue de l’hô­pi­tal, qui a écou­té ce que j’a­vais à dire (j’en étais arri­vée à un extrême: soit j’a­vorte, soit vous avez un cas pour votre légiste) avant de m’en­voyer vers un ser­vice d’or­tho­gé­nie qui ne deman­dait qu’une auto­ri­sa­tion écrite des parents (et non un extrait de livret de famille, et la pré­sence obli­ga­toire d’un tuteur légal – gros avan­tage, une signa­ture paren­tale, ça s’imite). J’en avais par­lé à mon copain de l’é­poque, qui n’a abso­lu­ment pas per­cu­té ce qui se pas­sait, j’y suis donc allée toute seule. Ledit copain ayant pré­fé­ré ne pas venir. C’é­tait assez bizarre, je n’ai pas sen­ti grand chose, je n’en garde que le sou­ve­nir d’un flou artis­tique. Et d’un goû­ter avec com­pote et gaufre. En revanche, je n’a­vais pas énor­mé­ment appré­cié le « Et vous vou­lez le voir? » de la part du gyné­co de ser­vice. Quand on est allon­gée, les cuisses écar­tées, sur une table, j’es­time qu’on est déjà en posi­tion de fai­blesse. Alors rajou­ter de la culpa­bi­li­té ou que sais-je, une forme de curio­si­té mal­saine, c’est pour le moins ori­gi­nal et tota­le­ment dépla­cé.
    Ren­trée à la mai­son, j’ai beau­coup pleu­ré, raté mon année d’é­tudes dans la fou­lée. Je n’ai pu réus­sir à en par­ler à mes proches qu’au bout de quelques années.
    Sur l’ins­tant, et dans les mois qui ont sui­vi, je pense que ça a été un des moments les plus dou­lou­reux de ma vie. D’au­tant qu’à ma propre culpa­bi­li­té et à mes angoisses se sont ajou­tées les pro­jec­tions du corps médi­cal, que je juge, a pos­te­rio­ri, bles­santes et tota­le­ment infan­ti­li­santes.
    Main­te­nant, j’ai trente ans, un métier, des pro­jets, une vie. Un ché­ri avec qui on parle de faire des bébés, quand le moment se pré­sen­te­ra, quand on aura déjà construit notre quo­ti­dien à deux avant de pou­voir l’en­vi­sa­ger à trois.
    Le temps a gom­mé dou­ce­ment les bles­sures; main­te­nant je vais bien. Mais j’en garde une dent très nette contre cer­tains méde­cins, qui pro­jettent leur concep­tion du monde et leurs idées sur leurs patients, et peuvent cau­ser des trau­ma­tismes dont ils ne sont sans aucun doute pas conscients.

  31. Aline dit :

    J’ai avor­té en 95, j’a­vais tout juste 15 ans.
    J’é­tais depuis six mois avec mon amou­reux et nous avons fait l’a­mour une seule fois, la pre­mière pour moi. Je ne pre­nais pas la pilule et comme c’é­tait juste à la fin de mes règles, et que j’a­vais bien appris mes cours de Sces Nat, je « savais » qu’il était impos­sible que j’o­vule à ce moment-là !
    Donc pas de capote non plus, et un mois et demi après, en vacances en famille, je flip­pais comme une malade de n’a­voir tou­jours pas de règles, mais n’o­sais rien dire… C’est heu­reu­se­ment ma mère qui a abor­dé le sujet, et m’a emme­née au plan­ning fami­lial. J’y ai ren­con­tré des femmes ado­rables et pas du tout culpa­bi­li­santes.
    Psy, délai de réflexion, j’ai beau­coup pleu­ré à ce moment-là, et je crois que ma mère encore plus ! Je crois sur­tout que j’é­tais une gamine et qu’il m’ar­ri­vait un truc d’a­dulte.
    Le gyné­co a été top, il m’a dit : « N’en par­lez pas trop, parce que les gens sont des salauds… ». Une mise en garde sym­pa, mais qui m’a juste un peu trop enfer­mée dans le silence quelques années. Alors qu’en par­ler dédra­ma­tise aus­si.
    Ca aurait peut-être été plus dif­ficle à gérer dans une famille moins ouverte, comme ce fut le cas pour une de mes amies qui s’est vrai­ment sen­tie très seule, mais j’é­tais bien entou­rée par des parents excep­tion­nels.
    C’est deux ans plus tard, dans un lycée catho, qu’à force d’en­tendre des dis­cours anti-ivg, j’ai eu une période d’an­goisse et de baisse de moral, mais même à cette époque je n’ai jamais dou­té du bien fon­dé de ma déci­sion.
    J’at­tends aujourd’­hui mon troi­sième enfant et tout va bien, mer­ci… Et je suis fin prête, quand l’heure vien­dra, pour par­ler sexua­li­té avec ma fille aînée !!

  32. Anne Falcot dit :

    en 1991 je suis tom­bée enceinte, alors que j’a­vais un dia­phragme (je ne sup­por­tais pas la pilule); mon ami était en ins­tance de divorce et n’a pas vou­lu qu’on garde cet enfant; je m’en suis aper­çue à presque trois mois; le méde­cin qui a fait l’é­cho­gra­phie m’a fait écou­ter le coeur du foe­tus (alors qu’il savait pour­quoi je venais)! le jour de l’IVG la gyné­co m’a dit qu’elle me ferait une anes­thé­sie locale pour que je me rende compte! et quand elle a com­men­cé l’as­pi­ra­tion elle m’a dit: « je n’ar­rive pas à le sor­tir il est déjà trop grand! »; quand j’y suis retour­née pour ma visite de contrôle elle m’a dit que l’IVG n’é­tait pas un moyen de contra­cep­tion!
    après je me suis mariée avec mon ami et nous avons essayé d’a­voir un enfant, trois FIV, alors que nous n’a­vions aucun pb ni l’un ni l’autre; et fina­le­ment adop­tion d’une fille de sept ans en Asie; moi qui ado­rais les bébés! et je me sens pas sa mère; voi­là les dégâts.….

  33. Stéphanie dit :

    Cela fai­sait assez long­temps que je vou­lais appor­ter mon témoi­gnage, mais les pro­pos inac­cep­tables de Mme Le Pen et de son com­pa­gnon m’ont déci­dée à sau­ter le pas. En 1994, j’a­vais 23 ans, pas de contra­cep­tion orale (triple idiote que j’é­tais), une aven­ture sans len­de­main, un pré­ser­va­tif cla­qué… Je pré­pa­rais l’a­gré­ga­tion, qui exige beau­coup de tra­vail et de dis­po­ni­bi­li­té, vivais chez mes parents, n’a­vais pas de véri­table indé­pen­dance finan­cière. J’ai eu la chance de m’a­lar­mer dès ma pre­mière semaine de retard, du fait que ça ne m’é­tait jamais arri­vé. Ma mère m’a sou­te­nue sans faire de com­men­taire (elle était pas­sée par là quelques années aupa­ra­vant, les DIU n’é­taient pas si effi­caces que cela à l’é­poque). Mon géné­ra­liste m’a orien­tée sans tar­der vers un gyné­co­logue par­fai­te­ment pro­fes­sion­nel et gen­til, la dame du plan­ning fami­lial a elle aus­si été par­faite comme il se doit, tout le monde m’a trai­tée comme un indi­vi­du adulte et conscient, capable d’as­su­mer ses choix. La jeune femme qui m’a fait pas­ser l’é­cho­gra­phie a eu la déli­ca­tesse de me deman­der préa­la­ble­ment si j’a­vais l’in­ten­tion de mener à terme ma gros­sesse, afin d’é­vi­ter les paroles mal­adroites. Par la suite, je n’ai res­sen­ti ni cha­grin, ni regrets, rien qu’un grand sou­la­ge­ment et beau­coup de recon­nais­sance pour ceux qui m’ont aidée sans y assor­tir la moindre parole bles­sante ou répro­ba­trice qui n’au­rait rien chan­gé à ma déci­sion.

    Aujourd’­hui? j’ai 41 ans, je n’ai pas d’en­fant et n’ai jamais res­sen­ti de vrai désir d’en avoir. Les enfants me paraissent char­mants lors­qu’ils courent sur la plage, exas­pé­rants lors­qu’ils courent dans les allées du super­mar­ché, mais ne sus­citent en mois aucune nos­tal­gie, aucun regret. Je n’ai jamais eu l’a­gré­ga­tion, mais ceci est une autre his­toire.

    Au vu des témoi­gnages que je lis çà et là, j’ai l’im­pres­sion d’a­voir eu beau­coup de chance, alors que cela devrait se pas­ser de cette manière pour tout le monde.

  34. Emma dit :

    Dejà, j’au­rais pu témoi­gner pour les années 80, 90 et 2000. C’est inté­res­sant, ça per­met de rap­pe­ler que la fécon­di­té d’une femme, c’est min­mum 30 ans, au mois de 15 à 45 ans, donc ça per­met de dire qu’a­vor­ter 3 fois, mal­gré les stig­ma­ti­sa­tions ce n’est pas si énorme.

    J’ai 42 ans, je ne veux pas d’en­fant, je n’en ai jamais vou­lu. Le pro­blème c’est que je n’ar­ri­vais pas à prendre ma pilule régu­liè­re­ment, d’ailleurs aucun autre médoc. J’ai biend eman­dé à avoir un sté­ri­let, mais c’é­tait non pour les nul­li­pares. Aujourd’­hui je suis sous implant, donc je ne vais plus avor­ter. j’ai enfin accès à une contra­cep­tion adap­tée, qui ne néces­site pas d’o­ber­vance stricte.

    j’ai avor­té une pre­mière fois à 17 ans, une ren­contre d’un soir, pré­ser­va­tif mal reti­ré, pas de pilule. RAS le plan­ning sym­pa, le gyné­co sym­pa, pas trop de délais un immense sou­la­ge­ment. La pro­cé­dure médi­cale est très légère, juste une 1 jour­née en ambu­la­toire. 1 jour d’ar­rêt mala­die est ample­ment suf­fi­sant.

    25 ans, oubli de pilule, pari : ça craint pas, on a pas de capote, c’est pas grave. J’es­saie le RU 486, mau­vais choix : très grosses dou­leurs, on voit vrai­ment ce que l’on explulse, per­so ca ne me trau­ma­tise pas, j’ai élé­vé des che­vaux, le sang et autres choses orga­niques gluantes ne me touchent pas. mais une jeune femme un peu fra­gile, indé­cise… pour­rait très mal vivre cette « expul­sion »

    30 et quelques années, oubli de pilule, cpotes jus­qu’à la fin du cycle, et la pas de sou­ci jus­qu’à ce que mon copain me fasse remar­quer que pas­ser du 85 microA au 90 B voire C, c’est louche, même si j’a­vais mes micro règles de sous pilule. Ver­dict enceinte de 3 moi 1/2… et oui, les rap­ports AVANT l’ou­bli de pilule peuvent être fécon­dants (en fait 4 jours avant), il faut tou­jours prendre une pilule du len­de­main.
    Direc­tion la Hol­lande, tout va bien, mais j’y suis de ma poche. La good news c’est que depuis je suis res­tée au 90B… J’ai gagné une jolie poi­trine dans l’af­faire :-))

    Ce témoi­gnage pour­rait en hor­ri­fier cer­tains, mais jamais je n’ai per­çu mes avor­te­ments comme graves, émou­vants, trau­ma­ti­sants, ma seule obses­sions : me déba­ras­ser au plus vite de ce foe­tus, retrou­ver ma séré­ni­té, et ne sur­tout pas avoir d’en­fants. Je n’en veux pas, j’au­rais été une de ces femmes capables de s’en­fon­cer une aiguille dans le corps pour ne sur­tout pas avoir un enfant, pour vivre ma vie comme je l’en­tend, contrô­ler mon des­tin. Je ne pro­fite pas d’une faveur j’exerce un droit, celui de contro­ler mon corps, ma fer­ti­li­té et ma vie.

  35. Elsa dit :

    J’ai 35 ans, j’ai avor­té quand j’a­vais 18 ans.
    Pilule pas pos­sible pour des pro­blèmes de cho­les­té­rol, à l’é­poque je n’ai­mais pas le pré­ser­va­tif et mon ché­ri me jurait qu’il « fai­sait atten­tion ». C’é­tait mon pre­mier amour, on était ensemble depuis un an. Je le soup­çonne de l’a­voir fait exprès en fait.
    Enfin bref, je tombe enceinte, c’é­tait le drame, j’é­tais prête à me sui­ci­der. Fina­le­ment, j’ai pu avor­ter tran­quille­ment avec la RU486, chance d’a­voir des méde­cins dans ma famille qui m’ont aidée et qui ont per­mis d’ac­cé­lé­rer le pro­ces­sus. Comme le dit la pré­cé­dente témoin, on voit ce que l’on expulse et per­son­nel­le­ment, cela m’a bien ras­su­rée et non hor­ri­fiée. J’é­tais assez fra­gi­li­sée par le fait d’être enceinte, mais un peu comme si j’a­vais un can­cer. Quand les gens me demandent si je ne suis pas hor­ri­fiée d’a­voir vu « ça », je réponds « vous êtes hor­ri­fiés à voir un kyste ou un can­cer? » parce que c’est à peu près la consi­dé­ra­tion que j’a­vais pour la chose qui ris­quait de me foutre en l’air comme n’im­porte quelle mala­die, incu­rable quand elle n’est pas prise à temps.

    Quand j’ai été gué­rie de ma mala­die qui était d’être enceinte, tout est ren­tré dans l’ordre. J’ai dû lou­per une jour­née de cours, j’ai pu ter­mi­ner mes études tran­quille­ment. J’ai eu la chance que les méde­cins et infir­mières aient été très sym­pas et ils m’ont trou­vée une pilule qui allait bien. Depuis je suis repas­sée au pré­ser­va­tif, ça pro­tège aus­si des IST et fina­le­ment je m’ha­bi­tue bien.
    Je ne veux pas d’en­fants, si je devais retom­ber enceinte, je ré-avor­te­rai. Si j’a­vorte 2 ou 3 fois dans ma vie, ce ne sera pas des bons sou­ve­nirs mais j’en­tends mes copines par­ler de leurs accou­che­ments, je ne pense pas que ce soit de bons sou­ve­nirs non plus.

  36. Pandora dit :

    Bon­jour

    Juste pour appor­ter ma pierre à l’é­di­fice.
    J’ai avor­té 2 fois à 1 an d’in­ter­valle en 1998 et 1999. Je sais ça peut paraitre stu­pide. On peut pen­ser que je ne suis vrai­ment pas maline et que j’ai pris l’IVG pour un mode de contra­cep­tion. Il n’en ai rien.
    La pre­mière fois, je ne pre­nais plus la pilule et nous fai­sions atten­tion avec mon copain de l’é­poque. Mal­gré tout je suis tom­bée enceinte.
    J’ai eu la chance lorsque j’ai appe­lé le plan­ning fami­liale pour un ren­dez vous pour une IVG de tom­ber sur une per­sonne com­pré­hen­sible. Elle m’a fait un exa­men m’a pro­po­sé un ren­dez-vous et m’a infor­mé qu’é­tant enceinte de moins de 5 semaines je pou­vais uti­li­ser la RU 485.
    La deuxième fois ce fut un peu plus com­pli­qué, j’ai eu droit à une écho­gra­phie pour bien que je me rende compte de ce que je fai­sais, le truc un peu culpa­bi­li­sant… mais ma déci­sion était prise et là aus­si RU 485. Sur­tout que là j’é­tais sous pilule donc je n’a­vais rien à me repro­cher.…

    Je n’ai abso­lu­ment jamais culpa­bi­li­sé de mes choix. Les mecs avec les­quels j’é­tais à ce moment là n’é­tait pas les bonnes per­sonnes. J’é­tais étu­diante et une gros­sesse impli­quait qu’à un moment ou un autre il aurait fal­lu que j’ar­rête mes études et cela n’é­tait pas envi­sa­geable pour moi.
    Iro­nie du sort j’ai aujourd’­hui 35 ans et suis en PMA depuis 5 ans. On arrive pas à avoir de gosses! Le gyné­co qui me suit m’a tou­jours dit qu’il n’y avait pas de lien.

    Mal­gré tout je ne regrette tou­jours pas, aujourd’­hui je pour­rais avoir un ou 2 enfants ado mais pas avec le bon père alors à quoi ça sert?
    De plus avec un ou 2 enfants eu très jeuns je ne suis pas sure que j’au­rai pu avoir le par­cours que j’ai actuel­le­ment.
    IVG = choix d’a­voir ou non des enfants et sur­tout avec qui.

    Bonne jour­néé

  37. Cantaremos dit :

    1998. J’ai 28 ans. Je suis déja maman d’un petit gar­çon d’un an, et en pleine pro­cé­dure de divorce. Un divorce avec un homme carac­té­riel, qui s’est avé­ré être dan­ge­reux. Je suis tom­bée dans un piège…Epuisée par le com­bat que je livre contre cet homme depuis deux ans déja, j’en­tre­vois enfin le bout du tun­nel. En deux coup de cuillères à pot, je retrouve du tra­vail, j’a­chète un appar­te­ment, je retrouve un sem­blant de liber­té, mais le divorce est loin d’être pro­non­cé, et je tremble encore pour la garde de mon fils. Dans ce contexte trou­blé, je fais la ren­contre d’un homme par l’in­ter­mé­diaire de mes amies. J’ai tant besoin de sen­tir des bras aimants autour de moi, tant besoin de ten­dresse. Bada­boum. La nature est cruelle, sotte et aveugle, par­fois. Fati­guée comme je le suis à cet ins­tant, j’ai bais­sé ma garde, et me voi­là enceinte. Je suis folle de rage. Je ne suis pas amou­reuse de cet homme ! Il serait insen­sé de gar­der cet embryon alors même que je me bats pour la garde de mon pre­mier, bien né, bien dési­ré, lui. Il faut savoir qu’à cette époque, la notion de fla­grant délit était tou­jours d’ac­tua­li­té. Hors de ques­tion donc de pour­suivre cette gros­sesse.
    Aux abois, je finis par obte­nir l’a­dresse d’un plan­ning fami­lial. Je ne désire pas infor­mer ma famille de cette épreuve sup­plé­men­taire, com­ment pour­raient-ils m’ai­der?
    Je tombe sur un doc­teur, taillé comme un grizz­ly, bar­bu, et..brut de décof­frage. Il évoque la pro­cé­dure sans états d’âme, ça sera un avor­te­ment par aspi­ra­tion, ma petite dame, avec anes­thé­sie locale. Je serai donc bien consciente…Bonhomme, mon doc­teur évoque l’une de ses amies, qui, me confie-t-il, a déjà avor­té quatre fois, et qui est « une grande consom­ma­trice de sexe ». Elle en est donc bien punie. Mer­ci pour le sous-entendu…pas très élé­gant. Il finit par me pro­po­ser une date qui me parait bien loin­taine ! trois semaines d’attente…trois semaines à sup­por­ter les nau­sées, qui se révèlent vio­lentes, façon « chi­mio », et rien pour pal­lier à ce « petit tra­cas », comme dirait Lau­rence Per­noud. Le grizz­ly ne m’a rien don­né. Je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même, après tout. Le jour J, une gen­tille infir­mière me prend la main, me parle dou­ce­ment. Lui se montre tout aus­si cava­lier que la pre­mière fois, me fai­sant part de consi­dé­ra­tions sur la taille de l’embryon, me deman­dant si je vou­lais le voir !! j’ai même droit à une petit tape sur les fesses, comme si j’é­tais une pou­liche rétive…
    J’ai eu mal. L’anes­thé­sie locale est très insuf­fi­sante, un hor­rible pin­ce­ment m’a déchi­ré le ventre. Rien à voir avec la dou­leur d’un accou­che­ment, néan­moins. Je saigne abon­dam­ment, mais je suis libre. Libre ! J’ai fini par appe­ler ma mère, qui me prend dans ses bras, les larmes aux yeux. « C’est fini », me dit-elle…Oui, c’est fini.
    J’ai réa­li­sé à quel point nous avions de la chance de pou­voir avor­ter. J’ai avor­té, et moi aus­si, je vais bien, mer­ci. Je ne res­sens pas de trau­ma­tisme psy­cho­lo­gique, je n’ai aucu­ne­ment souf­fert de dépres­sion ensuite.Le soi-disant syn­drome post-avor­te­ment est une inven­tion. Soit une femme ne désire pas réel­le­ment avor­ter, et y a été for­cée, soit elle a été culpa­bi­li­sée à mort. Faites pas­ser l’in­fo, encore et encore…

  38. CHRISTELLE dit :

    Jan­vier 1999,j’avais 19 ans ‚un same­di soir ‚une soi­rée chez une amie,voila pour plan­ter le décors.
    Lors de cette soi­rée je me suis retrou­vée seule avec un gar­çon que je connais­sais un peu ‚il a vou­lu ‚moi non ‚non et non . Il me l’a fait mal­gré mes refus ‚il m’a vio­lé.
    Suite à ça je me suis retrou­vée enceinte ‚chose que je ne pou­vais pas sup­por­ter .
    Je suis donc aller voir mon méde­cin de famille ‚un grand mer­ci à lui pour m’a­voir écou­té ‚sou­te­nue …
    Avor­te­ment par prise de médi­ca­ments en cabi­net .
    Je ne garde aucun trau­ma­tisme de cet avor­te­ment ‚mais un réel sou­la­ge­ment .
    Alors ces­sons de vou­loir nous faire croire que ce der­nier est tou­jours mal vécu ‚mais aidons plu­tot les femmes à avor­ter dans de bonnes condi­tions .

  39. claire dit :

    J’ai avor­té en 99, six mois après la nais­sance de mon pre­mier enfant. Autant je le vou­lais celui-là, autant il n’y avait pas de place pour un autre. J’a­vais arrê­té la came et le shoot — suite à un viol à 17 ans. A 24 ans je me retrou­vais donc mère célib, sor­tie de la rue. Mon fils m’a per­mis de renaître à moi-même, mais je ne pou­vais pas avoir un deuxième enfant dans ces condi­tions — en plus j’ai pas mal d’hé­pa­thites, mon fils n’a rien, mais si… Trans­mettre la mort en même temps que la vie, c’é­tait trop com­pli­qué pour moi, là, déjà j’a­vais eu de la chance — j’ai su que j’é­tais enceinte à trois semaines, alors que celà fai­sait quatre ans que je n’a­vais plus mes règles. D’ailleurs une gyné­co m’a­vait assu­ré que je ne pour­rais avoir d’en­fants à moins de prendre des trai­te­ments.
    Elle s’est trom­pé…
    Ensuite, vous allez hal­lu­ci­ner, mais chez moi, on ne par­lait pas, de rien — ça tapait et ça gueu­lait, sur­tout ^^ Le sexe, c’é­tait sale et tabou. Catho­lique pra­ti­quant et bonne bour­geoi­sie par devant, père mal­trai­tant et mère fer­mant les yeux par der­rière. Bref, j’ai pas­sé deux ans dans une pen­sion en lor­raine où une bonne soeur nous fai­sait des cours de « morale » : elle nous a pas­sé un film atroce qui s’ap­pe­lait le cri muet où l’on voyait un avor­te­ment par aspi­ra­tion en gros plan, à 14 ans, his­toire d’être sûre que l’on serait bien trau­ma­ti­sées !! Et en sor­tant de là, j’é­tais per­sua­dée qu’une femme ne pou­vait tom­ber enceinte pen­dant ses règles…
    L’a­vor­te­ment s’est très bien pas­sé, chru, tout le monde a été très res­pec­tueux de mes dési­rs — lors de la pre­mière écho j’ai deman­dé à ne pas voir l’é­cran. Ils m’ont pro­po­sé le choix entre avor­te­ment médi­ca­men­teux ou par aspi­ra­tion sous anés­thé­sie géné­rale — comme une copine m’a­vait par­lé de ses avor­te­ments médi­ca­men­teux, et que je sou­hai­tais « ne rien voir », j’ai choi­si l’a­nés­thé­sie géné­rale. Tout s’est très bien pas­sé — je n’ai pas eu mal, je ne me suis pas sen­tie vide, ni rien, je savais que je fai­sais le bon choix. Pour moi, pour mon fils, pour le père — qui pour­tant vou­lait que je le garde, mais deux enfants si proches, deux enfants tout courts, je ne pou­vais pas. C’é­tait très clair dans ma tête, si clair que je n’y pense que très rare­ment.
    J’ai avor­té, cela s’est très bien pas­sé, je n’ai pas souf­fert, l’é­quipe a été extra, de bout en bout, vive l’hô­pi­tal public !! Ils m’ont per­mis de vivre plei­ne­ment ma mater­ni­té et d’é­le­ver mon fils comme je le sou­hai­tais.

  40. Delphine dit :

    Bon­jour,
    Moi j’ai avor­té en 1997, j’a­vais 19 ans. J’é­tais en 2ème année d’é­tudes aprés le bac, mon ché­ri avec qui j’é­tait depuis déjà 2 ans avait 24 ans et était prés à assu­mer un enfant mais me lais­sait le choix.

    J’ai pris la déci­sion d’a­vor­ter. Je ne ren­tre­rais pas dans les détails des ren­dez-vous et com­pa­gnie, j’ai été orien­tée par une gyné­co femme enceinte jus­qu’aux yeux vers un confrère car « moi je ne fait pas ça »,…

    C’est le seul moment vrai­ment ou je me suis sen­tie ter­ri­ble­ment hon­teuse et humi­liée. Car ce fameux confrère est res­tée mon gyné­co­logue jus­qu’à sa retraite (et a sui­vi mes 2 pre­mières gros­sesse 😉 ). Il est res­té trés pro, ne m’a jamais mon­tré l’é­cho, alors que la gros­sesse était trés pré­coce, il n’a pas vou­lut pas­ser par l’a­vor­te­ment médi­ca­men­teux qui d’a­prés lui était plus dou­lou­reux et plus ris­qué, une semaine aprés notre ren­dez-vous, je suis allée dans une cli­nique pri­vée ou il m’a fait un cure­tage, sur mon dos­sier il a mis « cure­tage thé­ra­peu­tique », car selon lui le pour­quoi ne regar­dait que moi. Bon sang il m’a man­qué ce mec quand j’é­tais enceinte de ma 3ème fille !!

    La période la plus dure pour moi a été cette attente entre le test posi­tif, les rdv et l’ivg. Je suis pas­sée par des mon­tagnes russes émo­tion­nelles, c’é­tait hor­rible. Par contre aprés l’ivg (qui phy­si­que­ment c’est trés bien pas­sé, sans aucune dou­leur), le res­sen­ti prin­ci­pal était le sou­la­ge­ment.

    Dés que j’ai finit mes études et trou­vé un bou­lot en cdi, nous avons déci­dé d’a­voir un enfant (tou­jours avec le même ché­ri 😉 ), je crois que quelque part j’a­vais peur d’être « punie » et de ne jamais réus­sir à tom­ber enceinte, c’est pour ça que j’ai eu mon pre­mier enfant assez jeune. A 22 ans donc je me suis trou­vée maman d’une magni­fique petite fille, à qui nous avons don­né une petite soeur 3 ans plus tard.

    Avec le recul, je me rend compte à quel point la déci­sion d’a­vor­ter était la bonne. parce qu’à 22 ans, c’é­tait déjà pas évident, j’ai du gran­dir et mur­rir d’un coup, je n’ose pas ima­gi­ner quelle mère j’au­rais été à 19 ans O‑0 !

    Fina­le­ment à l’age de 32 ans, alors que mes filles avait 10 et 7 ans, je suis tom­bée enceinte sous pilule,…

    La ques­tion de l’a­vor­te­ment s’est à nou­veau posée, mais notre situa­tion n’é­tait pas la même, et aprés un gros débat inté­rieur, nous avons déci­dé de mener à terme cette gros­sesse et une 3ème prin­cesse et venue agran­dir la famille :).

    Et fran­che­ment cela m’a encore confor­té dans le fait qu’a­voir des enfants trop jeunes, ne me cor­res­pon­dait pas. Avec cette petite der­nière j’ai été d’une patiente et d’une zéni­tude incroyables !

    J’ai aujourd’­hui 35 ans, 3 filles magni­fique, le même ché­ri, qui est entre­temps deve­nu mon mari, depuis 17 ans. J’ai fait de bonnes études, j’ai un bou­lot de cadre dans une grosse boite avec un bon salaire et pas mal d’a­van­tages, et sur­tout aucun regret, ni remord !

    J’es­père que mon témoi­gnage pour­ra en aider cer­taines. Et sur­tout si je peux me per­mettre un conseil de vieille rou­tadre ;), n’al­lez sur­tout pas sur les soit disant sites d’é­coute et d’en­traide ivg, ce ne sont que des ramas­sis de fana­tiques reli­gieux qui trés insi­dieu­se­ment vont ten­ter de vous convaincre que l’embryon que vous por­tez est un enfant qua­si déjà for­mé (ce qui est tota­le­ment faux !!), et sur­tout que l’ivg pro­voque for­cé­ment un syn­drôme psy­cho­lo­gique dont vous souf­fri­rez toute votre vie, et ça je peux vous l’af­fir­mer, à par­tir du moment ou la déci­sion viens de vous, il n’y a pas de rai­son d’en souf­frir.

  41. Eloïse dit :

    J’ai avor­té à 16 ans, en 96 …
    acci­dent de capote, un petit copain amou­reux mais récent du même âge que moi … tout les deux au lycée, bref, je lui en ai par­lé et il a immé­dia­te­ment dit, « si tu veux le gar­der, j’ar­rête les études et je trouve un taff, mais avant tout, ça reste ton choix, tu n’es pas obli­gée. »
    Pour moi la ques­tion ne se posait pas, même si j’ai tou­jours vou­lue être mère et ça depuis mes 12 ans, je n’étais pas incons­ciente au point de détruire ma vie et celle d’un enfant en me lan­çant dans l’é­du­ca­tion à cet age.
    La pre­mière per­sonne à qui j’en ai par­lé était ma mère, pour lui deman­der d’al­ler chez le gyne­co pour prendre la pilule parce que j’a­vais un copain et que ça deve­nait néces­saire (en pré­ci­sant que j’a­vais deux jours de retard sur mes règles … et oui c’é­tait déjà trop tard …)
    Elle a été géniale, pré­sente, elle m’a accom­pa­gnée du début à la fin à tout les ren­dez vous ( et le « papa » aus­si d’ailleurs) elle a avan­cée tout les frais (envi­ron 3000fr à l’é­poque) et mon copain a bos­sé pen­dant ses vacances pour rem­bour­ser la moi­tié des frais …
    J’a­voue que j’ai peu de sou­ve­nir des ren­dez vous, gyne­co et psy … je me sou­vient juste de ma déter­mi­na­tion à ne pas me lais­ser flé­chir. J’ai eu la pos­si­bi­li­té de béné­fi­cier d’un RU tech­nique toute nou­velle à l’é­poque. Mon ché­ri m’a tenu la main pen­dant les 4h de dou­leurs à l’ho­pi­tal.
    Je n’ai jamais eu aucun regret, j’ai 38 ans aujourd’­hui, j’ai déjà deux enfants et je suis enceinte du petit 3ème. Cet enfant que je n’ai pas eu ne m’a jamais empê­ché de dor­mir, pas une seule fois. et j’ai heu­reu­se­ment bien été entou­rée.

  42. Virginie dit :

    J’ai avor­té en 98.

    Acci­dent de contra­cep­tion, deux enfants dont le der­nier âgé de 8 mois. Pas de sou­cis de couple, nous sommes tou­jours marié 15 ans après, mais NON ce n’é­tais pas vou­lu, pas dési­ré à ce moment là.

    Je n’ai eu aucun sou­cis, j’ai eu de la chance que ma gyné­co de ville tra­vaillait éga­le­ment pour un centre d’or­tho­gé­nie, prendre un rdv en fai­sant par­ti de la clien­tèle pri­vé du D. X a été facile.
    Un rdv avec le psy­cho­logue stan­dard, ma situa­tion devait être simple, cette gros­sesse n’é­tait pas dési­rée, ce n’é­tait pas un pro­blème de couple, pas du pro­blème d’argent, pas un pro­blème d’age, juste qu’elle n’é­tait pas dési­rée.
    Une petite sen­sa­tion de malaise quand même le ser­vice fai­sait par­ti de la mater­ni­té, pour moi qui ne me posait pas de ques­tion, qui était déjà mère 2 fois, cela ne chan­geait rien. Mais j’ai pen­sé aux jeunes filles, à celle qui ne se sen­taient pas avoir le choix de cette déci­sion.

    Shoo­tée par l’anes­thé­sie, même légère je ne me sou­viens de rien, juste d’a­voir enten­du des râles.
    Ma sœur était venue avec moi, mon mari tra­vaillait, le len­de­main je bos­sais.

    Depuis, je n’y pense pas de temps à autre quand le débat se pré­sente, mais c’est tout et sur­tout jamais avec des regrets ou des ques­tions, comme un fait.
    Depuis j’ai eu volon­tai­re­ment un 3ème enfant, 4 ans plus tard, quand c’é­tait le moment.

    Je suis là ce soir par un hasard de lien en lien, à l’oc­ca­sion du site ivg.gouv.fr, cet acte a été tel­le­ment natu­rel que je ne me sens même pas l’âme d’une mili­tante.
    Mais je mesure la chance d’a­voir pu le mener à bien tran­quille­ment, et donc je tiens à ce droit, à ce choix et je tiens à le défendre.

  43. BBK.mel dit :

    Nous sommes au début des années 90, Mar­seille. Enceinte par négli­gence de mon copain de l’é­poque dont je savais per­ti­nem­ment qu’il ne serait jamais le père de mes enfants ni le com­pa­gnon de toute une vie. Je me retrouve donc seule (le géni­teur ayant trou­vé que filer de l’argent était beau­coup plus facile que sou­te­nir mora­le­ment sa nana), dans une ville que je connais peu, à essayer de trou­ver qui peut pra­ti­quer un avor­te­ment.
    Parce que le droit je le connais ; j’ai le droit d’a­vor­ter, de dis­po­ser de mon corps comme je l’en­tends. Par contre, faire valoir ce droit quand on n’y connait rien relève du par­cours du com­bat­tant. Visite dans le pre­mier hôpi­tal du coin : « bon­jour, c’est pour un avor­te­ment. Ça se passe où? ». Encais­ser le regard mi-hor­ri­fié, mi-mora­li­sa­teur de la dame à l’ac­cueil. J’ai outre­pas­sé la bien­séance qui veut que l’on ne parle pas de ces choses là en public, aus­si ouver­te­ment. Elle me ren­voie sur un autre éta­blis­se­ment public. Qui m’ac­cueille en entrou­vrant la porte de la mater­ni­té, sans même me lais­ser entrer. Et qui me ren­voie encore ailleurs. Je crois que j’ai fait tous les éta­blis­se­ments de soins de Mar­seille, publics ou pri­vés. Le der­nier m’a don­né un numé­ro à appe­ler, une gyné­co. J’ai fon­du en larmes au télé­phone. Pas par ma situa­tion, je savais très bien ce que je vou­lais faire. Mais par le déni qui était fait de mon droit, le mépris que l’on m’op­po­sait. Une fois le contact éta­bli avec cette gyné­co, tout s’est pas­sé comme cela aurait du : prise en charge, entre­tiens, quelques heures à l’hô­pi­tal (vive le RU !). Aucun regret.

    Et un jour, alors que j’at­ten­dais pour régler la consul­ta­tion chez mon obs­té­tri­cien qui sui­vait ma deuxième gros­sesse, une femme s’est appro­chée de l’ac­cueil et a deman­dé com­ment faire pour un avor­te­ment. Le regard de mépris que lui a lan­cé l’hô­tesse d’ac­cueil m’a ren­voyée 10 ou 12 ans en arrière. Fina­le­ment, les choses n’ont pas évo­lué…

  44. Mélanie dit :

    J’ai avor­té en 93 et je vais bien, mer­ci.
    J’é­tais jeune, 17 ans, sans emploi, lycéenne, inca­pable de sub­ve­nir aux besoins d’un enfant. Je ne vou­lais pas de cet enfant, je ne vou­lais pas être mère.
    Acci­dent de contra­cep­tion.
    Mon petit ami m’a accom­pa­gné dans ma déci­sion et dans les démarches. J’en ai par­lé à ma mère qui a essayé de me convaincre de le gar­der. Elle vou­lait se char­ger de l’é­le­ver. C’é­tait impos­sible pour moi. Je sais qu’elle y repense encore aujourd’­hui et le regrette.
    Pas moi.
    Mal­gré tout, elle a pris les rdv et a pris les soins en charge sans me juger ou me faire de reproche. Elle a pris soin de moi.
    Le per­son­nel de l’hô­pi­tal a été poli et cour­tois, se per­met­tant de me dire que la pro­chaine fois, ce serait bien d’é­vi­ter et d’a­voir une contra­cep­tion digne de ce nom. (Ah bon ?? je ne savais pas !)
    Je me suis sen­tie sou­la­gée d’a­voir avor­té. Légère, comme si ma vie m’ap­par­te­nait à nou­veau.

    Cela n’a peut-être rien à voir mais je me suis mariée avec mon petit ami de l’é­poque pour divor­cer quelques années plus tard vic­time de vio­lences psy­cho­lo­giques, viols conju­gaux et autres joyeu­se­tés.
    10 ans après mon divorce, je repense par­fois à cet avor­te­ment et je suis tou­jours sou­la­gée voire plus : si j’a­vais gar­dé cet enfant, il aurait été en contact avec cet homme pour tou­jours et moi aus­si. Dans quel état serai-je aujourd’­hui ?

    Aujourd’­hui, je n’ai pas d’en­fant. Je sais que cet avor­te­ment me per­met de vivre plei­ne­ment ma vie, de me réa­li­ser en tant que femme.
    Ce qui a failli me détruire, c’est la vio­lence de mon ex conjoint. Je pense que je n’au­rai pas d’en­fant (vu mon grand âge !). J’ai un petit pin­ce­ment au coeur lorsque je pense à cela, mais JAMAIS je n’ai regret­té cette déci­sion.
    C’est un droit qui ne doit jamais être remis en cause.
    Toute femme est maî­tresse de son corps.

  45. NADIA dit :

    Bon­jour,
    J’ai avor­té en 1998, j’a­vais déjà un enfant de 9 ans et com­men­çais une nou­velle vie, avec un autre que le père de mon enfant. Bien que chô­meuse, j’a­vais des pro­jets et entre­pris une for­ma­tion, je vou­lais deve­nir autre chose que cais­sière dans la grande dis­tri­bu­tion, j’en avais la volon­té mais aus­si les capa­ci­tés. Ce par­cours était un peu long et en fin de droit entre deux for­ma­tions je tra­vaillais dans une usine, pour assu­rer le mini­mum. On était bien, pas riches du tout mais bien, mon com­pa­gnon bos­sait en inté­rim, tant bien que vaille. Quand je suis tom­bée enceinte, je pre­nais la pilule, mais n’é­tais pas sui­vie par un gyné­co; Quoi­qu’il en soit le ciel m’est tom­bé sur la tête: Je ne vou­lais pas de cet enfant, mon com­pa­gnon non plus. Nous vou­lions un enfant, oui mais pas là, pas dans cette situa­tion de pré­ca­ri­té, pas d’un autre enfant tant que nous arri­vions tout juste à éle­ver mon grand. En plus mes pro­jets pro­fes­sion­nels avan­caient bien, je bos­sais en usine tout en sachant que j’at­tein­drai bien­tôt mon objec­tif : avoir un tra­vail sûr, qui me per­mette de gagner ma vie cor­rec­te­ment et d’être dis­po­nible (j’a­vais aupa­ra­vant tra­vaillé les dimanches, jours fériés, same­di jusque 22h et mon enfant était bla­que­bou­lé à droite à gauche, je lui man­quais, il me man­quait). Bref cet enfant je n’en vou­lais pas. Le simple fait d’y pen­ser me révul­sait. J’ai donc, en accord avec « le père » pris la déci­sion d’a­vor­ter. Cette idée ne me cho­quait pas plus à l’é­poque que main­te­nant, c’est com­ment dire, pour moi un fait: on fait tout pour pas être enceinte, mais si cela arrive et bien nous avons un der­nier recours. Trés fran­che­ment, je m’en veux plus d’être tom­bée enceinte alors que je ne vou­lais pas d’en­fant que d’a­voir avor­té. J’ai contac­té l’hô­pi­tal public de mon sec­teur; Consul­ta­tions gyné­co qui atteste que la gros­sesse n’est pas trop avan­cée; Consul­ta­tion psy­cho seule: pas trés long, j’é­tais déter­mi­née, je ne res­sen­tais rien, rien pour cette vie qui se déve­lop­pait en moi, pour moi de vie il n’y en pas si moi, mère je n’en veut pas. Puis Psy­cho  » père » même déter­mi­na­tion puis tous les deux. C’est ok, l’é­quipe médi­cale consent à mon avor­te­ment. Je suis extrê­me­ment sou­la­gée. Je n’ai pas peur de l’acte médi­cal, j’ai confiance, je suis à l’hô­pi­tal public. La suite c’est entrer à l’hô­pi­tal, une chambre, choyée par une équipe médi­cale au top. Je me suis réveillée dans ma chambre, tout c’é­tait bien pas­sé. A côté de moi une jeune fille de 17 ans, avec oui, oui ses parents à sons che­vet, qui s’ex­cu­saient presque pour elle.. Une amou­rette, manque de pré­cau­tion et la voi­là. J’ai été tou­chée par la pré­sence de ses parents et de son père tout atten­tion­né avec ce regard plein de ten­dresse, on a dis­cu­té un peu. elle était trés triste; Elle du haut de ses 17 ans avec son roman­tisme, et sa dou­leur, moi avec mes 31 ans, moins roman­tique avec cette envie d’en­fant quand je veux. Je suis sor­tie le jour même. Nous n’en avons par­lé qu’à trés peu de per­sonnes : une amie proche et ma soeur. Plus tard, je l’ai dit à tous mes proches, c’é­tait assez étrange, ils avaient l’air sou­la­gés de le savoir après. Nous avons eu un enfant en 2001, c’est une mer­veille. Il sait que j’ai avor­té, je lui ai par­lé ( il m’a dit je l’ai échap­pé belle ) à son frère aus­si. Je pense qu’ils ont com­pris que le droit d’a­voir un enfant ne regarde que celles et ceux qui sont concer­nés, qu’une maman n’est une maman que si elle a le désir de son enfant, que si on en veut pas il vaut mieux pou­voir avor­ter serei­ne­ment médi­ca­le­ment assis­tée. Mais que aus­si cela les regarde eux, parce que en se bat­tant pour l’a­vor­te­ment c’est aus­si les hommes qu’ils défendent. Je n’ai ni remords, ni regrets, je n’y pense plus. Je n’au­rais pas aimé cet enfant, la simple pen­sée de lui don­ner vie me révul­sait. Je témoigne là parce que en ces temps obs­curs, nous devons expri­mer haut et fort que nous n’ accep­te­rons aucun retour en arrière. Aucun.
    Bien enten­du, j’ap­prends a mes gar­çons le pré­ser­va­tif. Bien enten­du, depuis la nais­sance du der­nier, j’u­ti­lise un moyen de contra­cep­tion, sûr pour moi et qui me convient et qui fonc­tionne.. mais c’est aus­si parce que j’ai les moyens d’être sui­vie par un gyné­co. Il n’empêche que je pense sou­vent à la gamine que j’ai été , sans moyens, sans écoute et qui a eu recours au plan­ning fami­lial à 17 ans. Je trouve lamen­table qu’ils ferment les uns aprés les autres et je vais les sou­te­nir. Tout comme je vais contre mani­fes­ter face aux anti IVG devant les hôpi­taux. ça c’é­tait cal­mé mais les revoi­là alors soyons prêtes…

  46. amandine dit :

    J’ai avor­té en février 98. J’al­lais avoir 20 ans et je finis­sais un Deug. Mon ami avait eu l’an­née pré­cé­dente un can­cer des tes­ti­cules metas­ta­sé. Le méde­cin avait été clair avant la chi­mio­thé­ra­pie sur ses capa­ci­tés à pro­créer après le trai­te­ment et il avait donc conge­lé ses sper­ma­to­zoïdes. Nous ne pre­nions donc plus de pré­cau­tions. .. Je me suis aper­çue très vite de ma gros­sesse et j’ai pris la déci­sion de ne pas la pour­suivre. Mon ami était par­ta­gé entre la sur­prise de n’être pas sté­rile et le fait qu’il ne dési­rait pas non plus d’en­fant. J’en ai par­lé à ma mère qui m’a accom­pa­gnée au plan­ning fami­lial. Un seul gyné­co­logue accep­tait de pra­tu­quer les Ivg dans toute la ville ! Heu­reu­se­ment pour moi ma gros­sesse etait pré­coce et j’ai pu me per­mette d’at­tendre le rdv pre­pa­ra­toire plus de 2 semaines. L’as­sis­tante sociale qui m’a reçue s’ est mon­trée pro­fes­sion­nelle et ne m’a pas jugée. L’in­ter­ven­tion a eu lieu en ambu­la­toire. J’é­tais dans la même salle que des femmes enceintes qui venaient pour être soi­gnées mais cela ne m’a pas gênée car je ne me sen­tais pas moi même enceinte. Je n’ai jamais regret­té cette déci­sion me si par­fois j’y pense avec un pin­ce­ment au coeur mais depuis j’ai eu un petit gar­çon avec un autre homme et je sais que je n’au­rai jamais pu accueillir un enfant à cette époque de ma vie.

  47. Laurence dit :

    J’a­vais à peine 19 ans quand je suis tom­bée enceinte bête­ment. Il était hors de ques­tion que j’ai un enfant à cet age, sans avoir pu faire des études et me construire en tant que femme, et encore moins pour le lais­ser à ma mère. Dès le début de notre rela­tion, nous étions d’ac­cord: avor­te­ment si gros­sesse. Il n’au­rait pas été d’ac­cord, ça n’au­rait d’ailleurs rien chan­gé. l’acte s’est bien pas­sé, mal­gré les ques­tions imbé­ciles du gyné­co­logue qui m’a exa­mi­née avant et l’en­tre­tient post-opé­ra­toire sur la contra­cep­tion, dis­pen­sé par une femme d’une arro­gance incroyable der­rière son diplôme. 23 ans plus tard, je suis tou­jours avec le même homme, nous somme mariés et notre fils a été dési­ré, atten­du et accueilli dans la joie.
    Quand j’y repense, 3 à 4 fois par ans, je me dis que j’ai bien fait et que si c’é­tait à refaire, je ferais pareil.
    L’a­vor­te­ment est une affaire per­son­nelle, qui ne concerne que la femme enceinte, quelle que soit la cause de la gros­sesse. On a trop dis­po­sé du corps de la femme sans son consen­te­ment pour lais­ser le patriar­cat et les dif­fé­rentes reli­gions se mêler de la légis­la­tion. Qu’une femme choi­sisse ou non d’a­vor­ter, c’est son choix, à elle et à elle seule, puis­qu’elle sera tou­jours seule à en assu­mer les consé­quences.

  48. Gerri dit :

    J’ai avor­té à l’âge de 19 ans, je suis tom­bée enceinte pen­dant des vacances à l’é­tran­ger entre ma 1ère et ma 2ème année d’é­tude après un acci­dent de pré­ser­va­tif. Lorsque je suis ren­trée en France, je me suis tour­née vers une gyné­co qui, sur un ton répro­ba­teur, m’a indi­quée la démarche à suivre: prise de sang, écho­gra­phie et RV à l’hô­pi­tal.

    L’é­cho­gra­phie a été assez dif­fi­cile à vivre car l’é­cho­gra­phiste a insis­té pour que je regarde l’é­cran pour voir battre le cœur du bébé, ce que je n’ai pas fait. Je n’a­vais pas de pro­jet de vie pour ce petit être et en même temps j’é­tais très en colère contre ce soi­gnant qui, lui ayant fait les études néces­saires pour accé­der à une qua­li­té de vie conve­nable, essayait d’in­fluer sur la jeune femme en deve­nir que j’é­tais.
    A l’hô­pi­tal, l’en­tre­tien avec l’as­sis­tante sociale s’est bien pas­sée, elle s’est mon­trée à l’é­coute et récon­for­tante. Selon la pro­cé­dure, elle m’a rap­pe­lée la loi et le clause de détresse, qui de manière trou­blante ne s’ap­pli­quait cer­tai­ne­ment pas à mon cas: j’au­rais très bien pu assu­mer cette gros­sesse jus­qu’au bout, mes parents auraient étaient très en colère mais se seraient sûre­ment ral­liés à ma cause émo­tion­nel­le­ment et finan­ciè­re­ment. Non, cette clause ne s’ap­pli­quait réso­lu­ment pas à mon cas, je n’a­vais juste pas envie d’en­fant, je n’é­tais pas prête.
    Après le délai légal, je me suis ren­due à l’hô­pi­tal pour la pro­cé­dure avec une amie. L’o­pé­ra­tion chi­rur­gi­cale s’est bien pas­sée et le méde­cin s’est mon­tré cour­tois, c’é­tait un homme d’o­ri­gine asia­tique, nous n’a­vons pas beau­coup com­mu­ni­qué mais le ton était serein et sans juge­ment.
    Aujourd’­hui, je sais que j’ai fait le bon choix, j’ai pu vivre ma jeu­nesse, me for­mer et mettre en oeuvre tous les pro­jets aux­quels une jeune femme peut pré­tendre (4 ans à l’é­tran­ger et un Mas­ter en poche).
    J’ai, sans doute, mis un peu plus de temps à fon­der ma famille qu’une autre femme car je n’ai eu ma fille qu’à 33 ans mais cet enfant a été accueilli dans les condi­tions aux­quelles j’as­pi­rais: un couple stable et émo­tion­nel­le­ment prêt.

  49. Gal dit :

    Allez, je me lance, j’ai sor­ti les « archives » ma grosse pochette avec tous mes papiers médi­caux, j’ai cher­ché jusqu’au fond du fond de la pile. Un bilan fait le 16 juin 1997, b HCG posi­tif, date des der­nières règles : 15/05/1997.

    J’avais 18 ans. Je sor­tais avec le pre­mier copain avec qui j’avais des rap­ports sexuels. Depuis plus d’un an je crois. Sans contra­cep­tion. Pré­ser­va­tifs, puis sans pré­ser­va­tifs mais il se reti­rait, puis un jour il a déci­dé sans m’en par­ler de ne pas se reti­rer. Je crois que j’ai su tout de suite que j’allais tom­ber enceinte… D’ailleurs je n’ai pas atten­du d’avoir plus de 24h de retard de règle. Je suis allée faire le test de gros­sesse tout de suite, puis après avoir récu­pé­ré le résul­tat je me sou­viens m’être pré­ci­pi­tée chez la gyné­co­logue de ma mère, que je n’avais jamais vue avant. Je me vois dire à la secré­taire, toute essouf­flée encore d’avoir mon­té les étages à pied que j’étais enceinte, m’entendre lui répondre que non, je ne sou­hai­tais pas de ren­dez-vous de sui­vi de la gros­sesse mais que j’avais besoin de voir le doc­teur pour qu’elle me dise ce que je devais faire pour m’en débar­ras­ser. J’ai été reçue. Bien reçue même. Elle m’a don­né les coor­don­nées du CIVG et je suis par­tie.
    Et j’ai avor­té. Ca s’est bien pas­sé. Mes parents étaient au cou­rant. Ma mère m’a accom­pa­gnée au pre­mier ren­dez-vous alors que étant déjà majeure rien ne m’y obli­geait, puis le copain est venu le jour de l’IVG. Je me sou­viens d’avoir eu un peu mal, d’avoir vomi.
    Dans cette même période, en ce même mois de juin 1997 j’ai pas­sé mon bac S. Je ne retrouve pas les dates exactes mais j’ai faire cette IVG juste avant ou juste après les épreuves. Et comble du hasard, le sujet de SVT cette année là a por­té sur le mode de fonc­tion­ne­ment du RU 486 !

    J’ai avor­té, je vais très bien mer­ci. Je n’ai jamais eu l’ombre d’un regret.
    Si je ne l’avais pas fait, j’aurai aujourd’hui un enfant de 17 ans…

    J’en ai deux, de 5 et 3 ans… Que j’emmène à l’école et à la crèche le matin avant d’aller tra­vailler à mon cabi­net. Je suis méde­cin géné­ra­liste et je reçois des femmes à qui je donne le RU 486 quand elles sont enceintes et qu’elles ne veulent pas de cette gros­sesse.

  50. celmine dit :

    Je suis tom­bée enceinte à 18 ans: je pre­nais la pilule, j’a­vais un copain régu­lier et puis je me suis ratée.. Oubli de pilule jus­qu’au len­de­main, début d’a­près midi. Sur l’ins­tant, je ne me suis pas affo­lée et puis au bout d’une dizaine (?) de jours, j’ai res­sen­ti les pre­mières nau­sées, la ten­sion dans les seins.…
    Ok, j’é­tais enceinte, pas de doute. Je suis allée consul­ter le méde­cin de famille qui me connais­sait depuis tou­jours, elle m’a alors pres­crit un test en labo­ra­toire qui s’est bien évi­dem­ment révé­lé posi­tif.
    J’é­tais par­ta­gée entre la joie et la panique la plus totale, mais très vite j’ai réa­li­sé que j’é­tais si jeune . Nous en avons dis­cu­té avec mon copain qui, bien sûr, était tout à fait d’ac­cord pour que je me fasse avor­ter.
    Je suis retour­née voir mon méde­cin de famille. C’é­tait une femme d’une cin­quan­taine d’an­nées, qui m’a­vait tou­jours sem­blé ouverte, moderne,… Je lui expli­quais mon désir de ne pas pour­suivre cette gros­sesse, et c’est alors qu’elle me dit :« Il faut que tu com­prennes ce que tu vas faire exac­te­ment ». Et là voi­là qui me sort des images de foe­tus pour bien me faire savoir que je met­tais fin à une vie! J’é­tais écœu­rée et ce fut ma der­nière ren­contre avec elle.
    J’ai pris ren­dez-vous dans le centre IVG de ma ville, cela a été très rapide.
    Je me sou­viens encore du matin de l’in­ter­ven­tion. Je suis arri­vée en com­pa­gnie de mon copain , on m’a accueillie assez froi­de­ment. J’ai subi une aspi­ra­tion, j’é­tais consciente, anes­thé­sie locale. je me sou­viens le stress, la tris­tesse de ce moment, je me sou­viens des dis­cus­sions tech­niques du gyné­co­logue et de ses assis­tants, je me sou­viens des com­men­taires à voie basse « voyez, il y a deux embryons », je me sou­viens la dou­leur pin­çante au niveau de l’u­té­rus, je me sou­viens des remarques de l’a­près : » et sur­tout, ne croyez pas qu’il s’a­gisse d’une méthode de contra­cep­tion », je me sou­viens de l’en­vie de vomir en retrou­vant la lumière du jour, dans la rue.
    Je me sou­viens sur­tout de la soli­tude de cet ins­tant et de la culpa­bi­li­té que j’ai res­sen­tie ou qu’on a vou­lu me faire res­sen­tir : les per­sonnes du centre IVG qui ont cru bon de me rap­pe­ler que la pilule n’é­tait pas faite pour les chiens, mon com­pa­gnon qui m’a deman­dé de sur­tout ne rien dire, de bien gar­der le silence (parce que c’est hon­teux) et qui a pas­sé les mois sui­vants a me deman­der si j’a­vais bien pris ma pilule. Mais je n’ai jamais, jamais regret­té d’a­voir choi­si de ne pas don­ner la vie tout sim­ple­ment parce que ce n’é­tait pas le choix que j’a­vais fait.

  51. charlotte dit :

    bon­jour

    J’ai avor­té le 1er avril 1996 et je vais bien!

    J’ai 21 ans et je suis fol­le­ment amou­reuse.
    On fait beau­coup l’a­mour, je n’ai pas encore repris la pilule car ça ne fait pas long­temps qu’on se connait et puis aus­si j’aime pas trop prendre des hor­mones (d’ailleurs je com­pren­drais plus tard que sous pilule, mon désir dis­pa­rait, et ce fut comme ça à chaque prise de pilule),
    et puis je suis jeune et je me sens invin­cible.
    On fait un peu n’im­porte quoi en se disant qu’on fait attention..mais je ne connais pas bien mon corps et mon cycle
    Retard de règles, je suis tel­le­ment sur mon petit nuage que je ne fais pas atten­tion et c’est mon amou­reux qui me fait remar­quer que je suis peut être enceinte.
    et je le suis!! merde!

    Heu­reu­se­ment, ce jour là, je pars chez ma meilleure amie dans ma ville d’adolescence..j’appelle ma gyne­co qui me reçoit, très compréhensive…elle me rassure…ne me juge pas du tout… elle fait un cour­rier pour l’hôpital pari­sien où je devrais me rendre plus tard…elle me dit aus­si d’en par­ler à ma mère.…qui a été sa patiente…mais je n’ai pas pu (ce que ce méde­cin ne sait pas c’est que ma mère est une femme vio­lente et dépres­sive, cela ne se voit pas mas­qué sous son ver­nis bour­geois)

    Heu­reu­se­ment mon amou­reux me soutient…et à aucun moment nous n’en­vi­sa­geons de gar­der ce bébé…c’est tel­le­ment évident que je ne me rap­pelle pas m’être posée cette question…il m’ac­com­pagne à l’hôpital, il paye les frais, il vient chez le psychologue…mais il a lui aus­si un vécu dif­fi­cile et il est par­fois très dur.

    Pre­mier rv avec le gyne­co de l’hôpital, un jeune type, plu­tôt mignon, mais n’ayant visi­ble­ment pas envie d’être là, il m’aus­culte violemment…il dit que cet embryon est à un stade beau­coup plus avan­cé que ne l’é­crit le courrier…j’ai peur qu’il me refuse l’avortement…il tient un dis­cours qui montre qu’il est clai­re­ment contre.

    Heu­reu­se­ment, il a signé le papier d’hos­pi­ta­li­sa­tion.

    Le jour arrive, nous sommes 3 jeunes femmes à avor­ter en même temps…toutes les 3 dans des situa­tions très dif­fé­rentes, de milieux et d’o­ri­gines dif­fé­rents.

    Heu­reu­se­ment, le jeune gyné­co n’est pas là fina­le­ment. Le méde­cin est une femme plu­tôt âgée avec un fort accent slave, sou­riante, encou­ra­geante, posi­tive, on la sent fémi­niste et mili­tante.
    je suis ras­su­rée.

    une des infir­mières ne sera pas aus­si agréable…mais j’a­vorte!!

    Au réveil de l’anes­thé­sie, j’ai des visions très pai­sibles.

    3 ans plus tard, étran­ge­ment j’ai ren­con­tré et vécu long­temps avec un homme qui a un fils ayant exac­te­ment l’âge de cet enfant avor­té.

    Main­te­nant j’ai 40 ans, et je n’ai pas d’enfant…non pas parce que je n’en vou­lais pas, bien au contraire..mais je n’ai jamais ren­con­tré d’homme avec lequel faire ce pro­jet.
    Je vou­lais pour mon enfant le mieux: être dési­ré par ses deux parents, et bien sûr que ces deux parents puissent lui offrir un cadre ras­su­rant et bien­veillant.

    Peut être que je n’au­rais pas d’en­fant car j’ai bien­tôt pas­sé l’âge mais…

    Je n’ai jamais regret­té

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