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J’ai avorté dans les années 80 et je vais bien

Vous pou­vez lais­ser vos témoi­gnages en com­men­taires.  Ne lais­sez pas d’in­for­ma­tions qui, croi­sées, per­mettent de vous iden­ti­fier (sauf si vous y tenez) mais dites-nous un peu qui vous étiez à ce moment-là (âge, caté­go­rie pro­fes­sion­nelle, situa­tion sen­ti­men­tale…)

20 réponses sur « J’ai avorté dans les années 80 et je vais bien »

Genèse d’un avor­te­ment

1981, j’ai 25 ans et deux bébés, l’aî­né a vingt mois, le second cinq. Tout mon temps leur est consa­cré. Nuits agi­tées, jour­nées épui­santes, père déce­vant.

Je ne veux pas retour­ner chez le méde­cin qui a assis­té à mes accou­che­ments. D’ailleurs il n’a fait que ça: assis­ter, les der­nières minutes. C’est un homme chic, pédant et expé­di­tif. Dans sa salle d’at­tente on patiente des heures, y com­pris pour pas­ser une écho­gra­phie, la ves­sie pleine à écla­ter, pétri­fiée de trouille à l’i­dée qu’elle puisse se vider inopi­né­ment, là, devant tout le monde.

Donc je vais au Centre de Pro­tec­tion Mater­nelle et Infan­tile. Le temps file, il faut pen­ser à un moyen de contra­cep­tion. Ce sera un sté­ri­let.

Pas de bol, le jour de la pose, c’est la sta­giaire qui s’y colle. Le méde­cin observe du coin de l’œil. Pour elle, comme pour moi, c’est le pre­mier sté­ri­let. Elle tâtonne, trem­blote, me fait mal. Je devrais dire stop mais je reste muette, raide comme un piquet, les ongles enfon­cés dans les paumes.

Les semaines sui­vantes, une dou­leur per­sis­tante gran­dit dans mon ventre. Je retourne au centre. On me retire le sté­ri­let. Puis on m’an­nonce que j’ai une inflam­ma­tion du col de l’u­té­rus et qu’il faut cau­té­ri­ser. Sur le champ. Chair brû­lée. Dou­leur intense.

Je saigne, des jours et des jours. Je ne saigne plus. Je saigne à nou­veau. Les règles sans doute. Comme si j’a­vais le temps de noter les dates! Je saigne encore. Fina­le­ment je consulte méde­cin de famille qui m’an­nonce que je suis enceinte. Stu­pé­fac­tion. De com­bien? Envi­ron deux mois. C’est à dire au moins trois semaines avant la pose du sté­ri­let. Cha­peau le Centre de pro­tec­tion mater­nelle et infan­tile!

Immé­dia­te­ment je décide d’a­vor­ter. J’a­dore mes enfants mais il est hors de ques­tion d’en pondre un tous les ans. Ni mon corps ni mon men­tal ne le sup­por­te­raient . Ce serait au détri­ment de mes deux bébés, injuste pour eux. Leur père approuve illi­co.
La déci­sion prise il ne reste plus qu’à pra­ti­quer l’IVG.
Mal­heu­reu­se­ment les choses, qui n’é­taient déjà pas simples, se com­pliquent quand l’in­fir­mière de l’hô­pi­tal me déclare:
« Déso­lée, Madame, la liste d’at­tente est trop impor­tante nous ne pou­vons pas pra­ti­quer l’IVG dans les délais impar­tis par la loi »
Là-des­sus elle m’in­dique deux solu­tions: aller chez un méde­cin pri­vé ou gar­der le bébé après tout vous êtes jeune.

Jeune d’ac­cord mais déter­mi­née à avor­ter me voi­là à la recherche d’un gyné­co­logue. Qui ne me fasse pas attendre encore des semaines. Qui pra­tique un tarif abor­dable. Qui soit fiable.

Pas si facile. Fina­le­ment par le tru­che­ment de la copine d’une copine d’une copine je débarque un same­di après-midi dans le cabi­net d’un gyné­co­logue anti­bois. Ses pré­ten­tions finan­cières sont loin d’être négli­geables mais au télé­phone sa secré­taire m’a assu­ré que je ne sen­ti­rais rien, ou presque et que tout se pas­se­rait bien. De toutes façons, je n’ai pas le choix.

L’homme est froid, peu aimable. Quand il parle, il s’a­dresse plus sou­vent à mon mari qu’à moi. Il explique briè­ve­ment, la piqure pour l’anes­thé­sie locale, l’a­vor­te­ment par aspi­ra­tion.

Et c’est par­ti!
Mal, très mal! À l’é­vi­dence la piquouse ne pro­voque pas l’ef­fet escomp­té. Ou peut-être, ai-je pen­sé beau­coup plus tard, le dosage était-il trop faible. La dou­leur est atroce. Je crie. Le méde­cin me lance un regard sévère. J’ai les larmes aux yeux. Je m’a­grippe au lit, les ongles dans le plas­tique.

Une heure plus tard je quitte le cabi­net. Son­née. Le ventre en feu mais sou­la­gée d’en avoir fini avec cette gros­sesse que je dési­rais pas.

Depuis je vais bien, mer­ci!
Huit ans plus tard j’ai don­né nais­sance à ma fille. Une gros­sesse vou­lue, vécue serei­ne­ment.

Jamais je n’ai regret­té l’a­vor­te­ment. L’acte ne m’a abso­lu­ment pas trau­ma­ti­sée, la douleur,si! Cette souf­france inutile, injuste aurait pu, aurait dû, être évi­tée.

C’é­tait il y a trente ans. L’an­née sui­vante l’IVG a été rem­bour­sée par la sécu­ri­té sociale. Pen­dant des années j’ai pen­sé avec satis­fac­tion que les femmes pou­vaient désor­mais avor­ter dans de bonnes condi­tions.
Je me suis trom­pée. Depuis quelques années les dif­fi­cul­tés se dressent autour de l’a­vor­te­ment. En Ita­lie c’est deve­nu presque impos­sible.
C’est pour­quoi il faut à nou­veau lut­ter pour pré­ser­ver ce droit que nos mères ont acquis. Ne pas le faire serait les tra­hir et prendre le risque de retour­ner aux temps des fai­seuses d’anges!

Je viens d’avoir 24 ans et je suis enceinte je n’ai pas envie d’avoir d’enfant, pas main­te­nant, je vais voir mon méde­cin, conci­liant il me donne l’adresse de l’hôpital dans lequel je pour­rais faire une I.V.G.

Le ren­dez-vous est pris, je n’ai pas d’état d’âme, je n’en veux pas point barre.

Je suis dans un lit froid en attente dans une salle.

On vient me cher­cher, le lit roule sous les néons.

L’anesthésiste me prend le bras vio­lem­ment.

Je laisse sor­tir un « aie », le mâle serre encore plus fort mon bras avant d’y enfon­cer l’aiguille.

Je l’entends me cra­cher « ce n’est pas de ma faute si vous êtes ici » …

J’ai pen­sé très fort « il n y a pas de dan­ger ».

Les années ont pas­sé, je n’ai jamais eu de regret mais ce mon­sieur je ne l’ai jamais oublié………

Michelle

C’é­tait en 1982, j’a­vais 21 ans, après avoir éco­no­mi­sé, mon ami et
moi avions déci­dé de tout lais­ser et de par­tir sur les routes.
Des­ti­na­tion, la Mar­ti­nique.
Quelques semaines après notre arri­vée je découvre que je suis
enceinte, un oubli de pilule.….
Com­mence de labo­rieuses démarches pour avor­ter à l’hô­pi­tal du
Lamen­tin à Fort de France. On me demande de l’argent, 3000 francs, je
paie.
Je ren­contre la conseillère qui me dit que je vais empê­cher un enfant
de vivre, j’en­caisse.
L’in­ter­ven­tion a lieu dans des condi­tions d’hy­giène déplo­rables, une
petite salle, avec une table de gyné­co­lo­gie, un aspi­ra­teur, et.….
sans anes­thé­sie. Pen­dant l’in­ter­ven­tion une jeune infir­mière me tient
la main et je vois des larmes cou­ler sur ses joues.
C’é­tait une année de coupe du monde de foot, j’en­ten­dais dans la salle
d’à côté une TV qui hur­lait et je me disais que tant que j’en­ten­dais
cette TV, j’é­tais vivante…
L’in­ter­ven­tion ter­mi­née, on me place dans une chambre avec des mamans
qui avaient leur bébé… Il fal­lait ame­né les cou­verts pour man­ger
(oui ça parait étrange), on ne m’a­vait rien dit, per­sonne ne vou­lait
me prê­ter de cou­verts.
Le len­de­main je sors. Je ren­contre deux autres jeunes femmes qui ont
avor­té, elles n’ont pas subit le même sort que moi. Elles, ont été
anes­thé­siées, on ne leur a pas deman­dé d’argent, on ne les a pas pla­cé
dans une chambre avec des mamans. Pour­quoi ????? J’é­tais la seule
blanche, la petite tou­riste. Dif­fi­cile d’ad­mettre que j’ai été vic­time
de dis­cri­mi­na­tion.
Dégoû­tée, je repars, conti­nue mon voyage, mais je me dis qu’un jour
je m’oc­cu­pe­rai de tout ça, le droit des femmes etc…
Mal­gré les condi­tions ignobles de l’IVG et la dou­leur phy­sique, je
n’ai jamais regret­té ma déci­sion, je n’ai jamais culpa­bi­li­sé, et
psy­cho­lo­gi­que­ment je vais bien. La petite infir­mière a sûre­ment été
plus trau­ma­ti­sée que moi
C’est l’acte raciste qui m’a fait mal, pas la déci­sion de l’IVG.
Je suis aujourd’­hui conseillère conju­gale et fami­liale au plan­ning
fami­lial.

J’ai avor­té à 23 ans, sans regret, sans remords. Cette gros­sesse était un acci­dent — oui, cela peut arri­ver avec des pré­ser­va­tifs. J’é­tais — je m’en rends compte aujourd’­hui -, à cet âge, irres­pon­sable, inca­pable d’as­su­mer conve­na­ble­ment l’é­du­ca­tion d’un enfant. Je n’a­vais aucune res­source stable, mon ami d’a­lors était étu­diant. La mater­ni­té aurait signi­fié la fin d’une cer­taine forme d’in­sou­ciance, qui allait de pair avec quan­ti­té de décou­vertes, de ren­contres dont je mesure aujourd’­hui com­bien elles ont été pré­cieuses. J’ai 43 ans aujourd’­hui, deux enfants dési­rés. Je sais que je peux leur appor­ter une plus grande atten­tion, une plus grande affec­tion — l’es­sen­tiel. Culpa­bi­li­ser une femme qui avorte est infect.
Fré­dé­rique C.

Tout d’a­bord je remer­cie celles qui font vivre ce blog car ils nous per­mettent de témoi­gner de nos expé­riences et de notre vécu et de nos com­bats pour nos liber­tés fon­da­men­tales de femmes.

1984. J’ai 30 ans. Acci­dent de par­cours avec un par­te­naire de pas­sage. Me voi­là enceinte d’une enfant que je ne dési­rais pas du tout. Je vis en Cor­rèze loin des centres urbains et vois le méde­cin de vil­lage qui me confirme que je suis enceinte. Ma gros­sesse non dési­rée bien évi­dem­ment se passe mal : nau­sées épou­van­tables, som­meil irré­pres­sible, déprime, seins dou­lou­reux. Les jours passent et je n’ar­rive même plus à ava­ler un verre d’eau tant les nau­sées sont fortes.
Heu­reu­se­ment j’ai des amies à Lyon, des fémi­nistes mili­tantes. Je contacte la meilleure de mes amies qui m’ob­tient très vite un ren­dez-vous dans un hôpi­tal lyon­nais. L’a­vor­te­ment est pré­vu à une semaine de la fin de la période légale des trois mois de gros­sesse. Ouf.
Vaille que vaille je me traîne jus­qu’à Lyon et suis ‘reçue’ au ser­vice IVG où le tra­vail s’ef­fec­tue à la chaîne. En atten­dant mon tour on me reçoit comme un enfant fau­tif qui devrait se repen­tir, on me rap­pelle les dif­fé­rentes méthodes de contra­cep­tion (comme si je ne les connais­sais pas…), on tente de culpa­bi­li­ser en me deman­dant pour­quoi je désire avor­ter. Air hor­ri­fié de l’in­fir­mière lorsque je lui dis ne pas dési­rer avoir d’en­fants et ma colère contre les méde­cins qui refusent de me sté­ri­li­ser. Puis c’est l’at­tente, assise, der­rière un rideau. J’en­tends tout ce qui passe der­rière le rideau bien sûr. Mais ma déter­mi­na­tion reste intacte. J’at­tends le sou­la­ge­ment et la libé­ra­tion du far­deau que je n’ai pas choi­si ni dési­ré et qui m’empoisonne la vie.
Enfin mon tour arrive. L’a­vor­te­ment se passe et je n’en ai aucun sou­ve­nir dou­lou­reux de l’IVG tant j’é­tais gal­va­ni­sée par la dou­leur d’être enceinte. J’ai juste le sou­ve­nir d’un immense bon­heur d’être enfin libé­rée des deux avor­tons que je por­tais (le chi­rur­gien a pris le soin de me pré­ci­ser que j’é­tais l’in­digne mère de deux jumeaux). L’in­fir­mière qui s’in­quiète de mes réac­tions post opé­ra­toires est cho­quée lorsque je lui dis être très heu­reuse. ‘Vous devriez avoir honte’ me dit-elle. Quelle conne !
1 heure après l’in­ter­ven­tion mon amie vient me cher­cher. Je suis gaie, à nou­veau moi-même, prête à mordre la vie à pleine dents. Jamais je n’ai eu honte, jamais je n’ai culpa­bi­li­sé et toute ma vie j’ai remer­cié celles et ceux qui se sont bat­tus pour que cela soit pos­sible, pour que nous les femmes ne soyons pas que des ventres por­teurs, pour que nous puis­sions choi­sir de mettre un terme à ce que nous vivons comme un drame.
Six mois après l’IVG j’ai annon­cé au père mal­gré lui que j’a­vais avor­té. J’au­rais dû m’abs­te­nir car il n’é­tait pas prêt à entendre ça. Ma déci­sion m’ap­par­te­nait et il n’y était pas pour grand chose fina­le­ment.
Bref je ne regrette rien de rien, je vais très bien mer­ci et grâce à cette IVG ma vie n’a pas bas­cu­lé dans une dimen­sion que je ne dési­rais pas car gar­der un enfant non dési­ré est encore plus dévas­ta­teur pour l’en­fant que pour la mère.

J’ai avor­té il y a 25 ans, au Nica­ra­gua. J’y tra­vaillais comme coopé­rante pour la soli­da­ri­té, après la révo­lu­tion san­di­niste. J’y avais un com­pa­gnon du pays, et la gros­sesse fut un acci­dent. Lorsque j’ai su que j’é­tais enceinte, les condi­tions pour éle­ver l’en­fant m’ont fait peur, je ne me sen­tais pas prête, trop iso­lée, sans res­sources stables. Pas d’hé­si­ta­tion, une seule solu­tion, l’IVG. Ma mère avait, elle aus­si, déjà avor­té, dans les années 50, en Suisse.
On m’a aidé à trou­ver un méde­cin qui pra­ti­que­rait l’o­pé­ra­tion. Je n’é­tais pas très ras­su­rée, mais tout s’est très bien pas­sé.
Reve­nue depuis en France, j’ai fon­dé une famille. Mon com­pa­gnon et moi avons deux beaux col­lé­giens en qua­trième, un gar­çon et une fille, qui étu­dient cette année la contra­cep­tion et l’IVG. Je leur ai racon­té très sim­ple­ment mon his­toire, sans for­fan­te­rie ni honte.
Je n’ai jamais regret­té : quand on ne se sent pas prête, quelles que soient les rai­sons, on risque son bon­heur, celui de son com­pa­gnon et celui de l’en­fant.

J’ai avor­té à plu­sieurs reprises, car je ne sup­por­tais pas la pilule et aucune méde­cin ne vou­lait me mettre de sté­ri­let tant que je n’a­vais pas eu d’en­fant. La contra­cep­tion était donc com­pli­quée pour moi. Même si avor­ter n’é­tait pas une par­tie de plai­sir (hos­pi­ta­li­sa­tion, dou­leurs, etc…), ça ne m’a jamais posé de pro­blème psy­cho­lo­giques, je n’é­tait pas pas prête à avoir des enfants à ce moment-là. Je n’ai jamais regret­té ces avor­te­ments, je n’ai jamais pen­sé à ces foe­tus comme à des enfants, mais plu­tôt comme à un pro­ces­sus bio­lo­gique enclen­ché par erreur et inter­rom­pu. Je n’ai gar­dé aucune séquelle phy­sique, et le jour où j’ai déci­dé d’a­voir un enfant, j’ai été enceinte dans le mois qui a sui­vi… Je suis aujourd’­hui la très heu­reuse mère d’un enfant de 13 ans, et je me sens par­fai­te­ment à l’aise dans ce rôle que j’as­sume avec beau­coup de joie. Il m’a fal­lu beau­coup de temps pour me sen­tir prête à deve­nir mère, et je remer­cie infi­ni­ment toutes les femmes qui se sont bat­tues avant moi pour me per­mettre de prendre ce temps là et de réus­sir ma vie de mère.

En 1980 j’ai subie une IVG à Paris alors que je vivais à Amiens.
Certes le dépla­ce­ment n’é­tait pas facile mais l’ac­cueil reçu lais­se­ra à jamais un sou­ve­nir « posi­tif » avec des pro­fes­sion­nels d’une grande huma­ni­té. Pour la petite his­toire : une tar­te­lette au citron m’at­ten­dait au retour dans la chambre et après les dou­leurs endu­rées (je n’a­vais pas les moyens finan­ciers pour une anes­thé­sie) c’é­tait par­ti­cu­liè­re­ment appré­ciable. Ceci m’a don­né envie de mili­ter et en
tant qu’in­fir­mière j’ai eu l’oc­ca­sion et la chance de tra­vailler dans
un plan­ning de l’Ouest. Mer­ci à toutes, conti­nuons notre lutte et que
les hommes montrent davan­tage leur enga­ge­ment à nos côtés !!!

J’ai avor­té début 1983, le décret d’ap­pli­ca­tion concer­nant le rem­bour­se­ment n’é­tant pas encore pas­sé, je n’ai pas pu être rem­bour­sée. Rageant. D’au­tant que nous avions bat­tu le pavé pour que, suite à la loi Veil, l’a­vor­te­ment soit rem­bour­sé ! Mon com­pa­gnon et moi débu­tions dans la vie pro­fes­sion­nelle et n’a­vions pas trop de sous. Je me suis retrou­vée enceinte suite à un oubli de dia­phragme, c’é­tait une gros­sesse non pré­vue. Je vou­lais avor­ter et je n’a­vait aucun état d’âme. J’ai eu le contact pour avor­ter au centre d’or­tho­gé­nie de Mas­sy Palai­seau. Le gyné­co­logue que j’ai ren­con­tré et qui a pra­ti­qué l’a­vor­te­ment était trés sym­pa. Enfin presque… Car il a jugé bon de me pla­cer des lami­naires pour ouvrir le col . Ces char­mantes petites algues ont déclen­ché des contrac­tions durant toute la nuit pas­sée en cli­nique. Peut-être vou­lait-il que je m’en sou­vienne? Je le ras­sure aujourd’­hui grâce à ce blog et au témoi­gnage qu’il me per­met d’é­crire. J’ai gar­dé en mémoire, la salle froide où je suis res­tée les pattes en l’air pen­dant deux bonnes heures sans autre cou­ver­ture qu’une blouse four­nie par la struc­ture et les contrac­tions qui m’ont tenue éveillée toute la nuit. Je vais bien mer­ci car cette expé­rience à ancrer en moi de façon intime et pérenne la force de reven­di­quer ce choix et ce droit.
J’ai remis cela 10 ans plus tard, cette fois ci avec le médi­ca­ment. J’ai été bichon­née au centre ivg du CHU avec une sage femme sta­giaire toute dévouée à nos soins. Une autre femme avor­tait avec moi, elle se disait contre l’a­vor­te­ment, nous avons bien dis­cu­té et plai­san­té de ses contra­dic­tions. Un truc entre femmes.

1989, 19 ans, étu­diante, les gar­çons faciles, la contra­cep­tion connais pas, ou si peu, un pré­ser­va­tif quand le par­te­naire y pense, la pilule ça fait gros­sir, le sida ne pas­se­ra pas par moi. J’ai 19 ans, et je suis immor­telle, rien ne peut m’ar­ri­ver.
Et paf ! enceinte… je ne sais pas de qui… et je n’ai aucune envie de le gar­der. Atten­tion, ce n’est pas que sois insen­sible, au contraire, je ne suis pas prête, je ne gagne pas ma vie. Je la com­mence à peine.
Vite ! chez une géné­ra­liste qui m’en­gueule mais me donne l’a­dresse d’une gyné­co­logue. Chez la gyné­co, j’in­vente une his­toire de pré­ser­va­tif déchi­ré… pas envie de me refaire pas­ser un savon. Elle est assez cool, ne me juge pas, et ce sera la seule. Elle s’oc­cupe de tout.
Suivent la visite chez la psy­cho­logue, l’anes­thé­siste puis le jour de l’o­pé­ra­tion. Rien de notable. On m’a juste deman­dé de bien réflé­chir, dit qu’il ne fau­dra pas recom­men­cer… Oui, oui, tout ce que vous vou­lez, mais qu’on en finisse ! L’o­pé­ra­tion ter­mi­née, sans dou­leur, je me sens légère, heu­reuse, je vais même faire la fête.
22 ans plus tard, j’ai trois magni­fiques enfants, dési­rés. Un jour je leur dirai.

J’ai avor­té, 4 fois, à lire les autres j’ai eu de la chance. Je n’ai aucun sou­ve­nir d’at­ti­tude de reproche de la part des méde­cins, infir­mières. J’ai eu à chaque fois une anes­thé­sie géné­rale, ça a été simple et facile. Je me sou­viens d’être ren­trée à la cli­nique le matin et d’en être sor­tie vers 4h l’a­près-midi avec, à chaque fois, la sen­sa­tion d’être plus légère. Peu importe pour­quoi j’ai été enceinte ces 4 fois, je ne sup­por­tais pas la pilule, j’ai trou­vé après la der­nière fois le moyen qu’il me fal­lait parce que mon méde­cin a accep­té de me faire essayer le sté­ri­let alors que je n’a­vais pas eu d’en­fants. Je ne mesu­rais pas la chance que j’a­vais d’a­vor­ter sans pro­blèmes. Je n’ai jamais eu de séquelles d’au­cune sorte, aucun regret, encore moins de remords. Peut-être une autre péti­tion et un pro­chain appel: Je n’ai pas d’en­fants, c’est défi­ni­tif et je vais bien mer­ci ! Voire même… je suis heu­reuse ! !
Là aus­si, il y a encore du che­min et du tra­vail à faire pour ne pas voir un oeil attris­té ou sus­pi­cieux vous regar­der quand vous répon­dez non à « et toi tu as des enfants ? » J’ai remar­qué que sou­vent la conver­sa­tion flotte un peu à ce moment là, les autres ont l’air gêné, soup­çon­nant un drame, for­cé­ment. Et si je n’ai pas conscience de mon désir d’en­fant, c’est parce que c’est incons­cient, jus­te­ment ! La pro­chaine fois je demande si la conne­rie niaise est incons­ciente aus­si. Soyons, res­tons vigi­lantes.

J’ai avor­té trois fois en 4 ans, à Paris au début des années 80, dans une période (un peu longue!) de grande insta­bi­li­té dans ma vie et d’a­do­les­cence dif­fi­cile: les années d’a­vant: copain régu­lier, pilule sans pro­blème, et les années d’a­près: vie de couple (les­bienne) sans sou­ci et plus tard deux enfants. Mais entre les deux il y a eu cette période de tran­si­tion où je n’a­vais plus de contra­cep­tion régu­lière, des rap­ports hété­ro occa­sion­nels mal pro­té­gés, une grande ambi­va­lence (pilule du len­de­main, à l’é­poque en deux temps à moi­tié prise…) et heu­reu­se­ment j’ai été plu­tôt bien reçue à chaque fois, mais j’é­tais étu­diante en méde­cine, ça aidait quand même… J’a­vais réus­si à me faire poser un sté­ri­let comme nul­li­pare, et j’en veux encore à l’in­terne qui me l’a enle­vé un jour sans me deman­der mon avis: j’é­tais jeune, je n’ai pas osé faire un scan­dale! Conti­nuons à tenir bon pour pro­té­ger nos droits!

1984. j’ai 18 ans et je suis au Lycée. C’est mon 1er petit copain et je pends la pilule du plan­ning fami­liale car impos­sible d’en par­ler aux parents. mais je l’ou­blie sou­vent cette fameuse pilule et je pense que cela ne peux m’arriver.…mais après un retard de plus d’un mois, je dois me mettre à l’é­vi­dence je suis enceinte .… Com­ment le dire aux parents, je ne veux pas me mariée, je n’aime pas assez mon copain, je ne veux pas d’un bébé.… Je l’an­nonce à mes parents qui sont dépas­sés et c’est ma grande soeur qui m’aide à prendre la déci­sion et d’ap­pe­ler le gény­co.… La suite reste flou.… mais à la cli­nique ils sont gen­tils, je suis endor­mis et quand je me réveille c’est ter­mi­né enfin !!!! Je reprend ma vie, laisse tom­bé mon copain et conti­nue mes études.… Je retombe enceinte 22 ans aprés et là ce fut le plus beau cadeau de la vie .…. je ne regrette rien même si de temps en temps je compte l’age qu’il aurait.

Bon­jour
sans lit­té­ra­ture ni faux sem­blants, j’ai avor­té à 18 ans, parce que ma liber­té et mon éman­ci­pa­tion en dépen­daient.
À cette époque pour tous les pro­fes­sion­nels que j’ai ren­con­tré, du gyné­co­logue à l’as­sis­tante sociale, l’a­vor­te­ment devait être avant tout un acte libé­ra­teur lais­sant à mon corps et à mon esprit de jeune fille le temps de gran­dir et de s’af­fran­chir des peurs et des fan­tasmes. Le temps de trou­ver ma place, de taire mes colères, de connaître mieux mes dési­rs, le temps d’être une femme. Pour cha­cun et cha­cune c’é­tait à moi de déci­der si j’é­tais enceinte ou non, en toute conscience, et l’acte chi­rur­gi­cal qui en décou­le­rait devait enté­ri­ner cette déci­sion. C’est ce qui c’est pas­sé. Et qu’a ce moment là, le corps social soit encore en phase avec mon corps gran­dis­sant, a fait que je n’ai eu ni doute ni remord quand au choix que j’a­vais fait.
La suite de ma vie n’a fait que confir­mer mon choix et en ce sens il a été fon­da­teur. Rien n’ai venu contre dire l’in­time convic­tion qui était la mienne à l’é­poque: J’é­tais tom­bée enceinte par igno­rance, par peur, par manque de cou­rage, en avor­tant je regar­dais mon corps et ces dési­rs en face, je pre­nais ma place d’être humain res­pon­sable et je me don­nais une chance d’être au monde.
« Lorsque je me suis réveillée dans la chambre claire, tout c’é­tait bien pas­sé, je suis sor­tie sur mes deux pieds, j’ai regar­dé pas­sé le bus qui devait me rame­ner chez moi, je ne pou­vais pas cou­rir, pas encore! J’ai sou­ri, pas de drame, juste la vie! »
Mer­ci pour votre ini­tia­tive
Sin­cè­re­ment
Valé­rie

J’ai avor­té en 1980, j’a­vais 20 ans. A l’é­poque, j’ha­bi­tais Mar­seille. J’é­tais donc allée avec une amie, au plan­ning fami­lial rue Sénac, où on m’a­vait reçue avec beau­coup de gen­tillesse. Ren­dez-vous avait été pris à l’ho­pi­tal Michel Lévy (qui a été détruit depuis) pour une IVG par aspi­ra­tion.

L’in­ter­ven­tion s’é­tait pas­sée nor­ma­le­ment, le per­son­nel était atten­tif et à l’é­coute.
A l’é­poque cela n’é­tait pas rem­bour­sé natu­rel­le­ment, cela coû­tait 450 francs.

Aucun remords, aucun regret pour moi ; j’é­tais étu­diante, il fal­lait que je m’en débar­rasse, et point barre. Il faut dire aus­si que j’é­tais en 1ere année de méde­cine et qu’a­vec les cours d’embryologie, je savais ce que je fai­sais : un tas de cel­lules à extraire.

Et 35 ans après, lorsque que je lis tous ces témoi­gnages effa­rants sur le net, il me semble que j’hal­lu­cine … il y a eu me semble t’il une énorme régres­sion sur le sujet.

Et 35 ans après éga­le­ment, j’en pro­fite pour remer­cier le per­son­nel du plan­ning fami­lial de la rue Sénac, et de l’ho­pi­tal Michel Lévy.

Michèle.

J’ai avor­té en 1981. J’a­vais 27 ans. J’a­vais une liai­son pas­sion­née et hou­leuse avec un homme marié. Un jour la contra­cep­tion (gélule vagi­nale) n’a pas mar­ché et je me suis retrou­vée enceinte. Il n’a­vait aucu­ne­ment l’in­ten­tion de quit­ter sa femme. Moi aucu­ne­ment l’in­ten­tion d’é­le­ver un enfant seule. Ma déci­sion a été vite prise. J’ai trou­vé assez faci­le­ment un gyné­co char­mant et non culpa­bi­li­sant qui s’est occu­pé de moi très vite dans une cli­nique à Paris, j’ai oublié où. Tout s’est bien pas­sé et je me suis sen­tie libre, sou­la­gée, heu­reuse.
Je n’ai jamais regret­té cette déci­sion une seule seconde. Ensuite j’ai eu une fille dési­rée avec un père for­mi­dable.

Bon­jour,

Je suis hyper-fer­tile, à presque faire croire à l’ imma­cu­lée concep­tion (Mot-clé ici = presque).
Même avec un super-sté­ri­let, pan! Mars 1989, gros­sesse pas dési­rée, avec plein de rai­sons (santé+famille+boulot), encore que, à mon avis, on n’a pas à se jus­ti­fier.
Plan­ning fami­lial pari­sien rapide, ami tou­bib, anes­thé­sie géné­rale parce que je suis une grande douillette, le tout fut expé­dié en quelques jours.
Sen­ti­ment post-op’ :« ça fait du bien quand ça s’ar­rête ».

Ado dans les années 70 ( née en 58) dans une famille catho et pauvre, le sexe MAL et l’in­ter­ven­tion des seven­ties oulah!!Mon avor­te­ment avec le plan­ning fami­lial sans sou­ci, res­pect de l’a­do en 74, même pas peur! Je me sou­viens par contre que mon Frère a payé 400 frs à l’é­poque, vu que le père s’en fou­tait et qu’il était hors de ques­tion d’a­ver­tir les parents, mais Maman est venue me cher­cher et elle a com­pris. Depuis j’ai deux enfants mer­veilleux, je ne regrette rien sauf qu’on retourne au MOYEN AGE!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
J’ai peur pour ma fille, je veux qu« elle soit libre avec son corps et seule à déci­der, elle a une fille plus belle que tout et je me bat­trai pour sa liber­té aus­si, les bruits reli­gieux ou pseu­do reli­gieux m’an­goissent, le monde recule et je ne l’ac­cep­te­rai pas! Je suis réso­lu­ment révol­tée par cette socié­té injuste mais je gar­de­rai tou­jours un regard par­ti­cu­lier pour Simone Weill qui m’a per­mis de vivre libre­ment ma vie de mère, ce que ma mère n’a pas pu vivre.

j’ai vécu un peu la même chose au même âge et je ne regrette rien. j’ai deux enfants que j’a­dore et une petite fille magni­fique. Notre corps nous appar­tient!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Vous vous sen­tez dans la peau d’une repro­duc­trice????
Vous devez choi­sir votre ave­nir!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

1986
Je vis avec l’homme de ma vie depuis 5 ans. Nous avons une ado­rable fille de 3 ans.
J’ai tou­jours dit que j’aurai, peut-être, un deuxième enfant, mais pas avant dix ans.

Je com­mence à me retrou­ver, la mater­ni­té et ce qu’elle implique, pour moi, d’oubli de soi a été certes heu­reuse mais pas facile. J’ai un nou­veau bou­lot, en ten­sion, mon homme est mal dans le sien et a besoin de mon sup­port. Erreur de contra­cep­tion et pour moi aucun doute sur l’avortement. Mon com­pa­gnon n’en a même pas dis­cu­té, il sou­tient mon choix.

Entre­tien à l’ecoute et bien­veillant. Aspi­ra­tion sous anes­thé­sie géné­rale.

En 1994, nous avons eu une deuxième fille, parce que nous en avions un désir très fort.

Je ne suis pas par­ti­cu­liè­re­ment fière, c’est quand même une erreur de contra­cep­tion, qui dans mon cas rele­vait d’un peu de légè­re­té.
Mais
Je n’ai jamais eu ni regret, ni culpa­bi­li­té. C’est un acte ano­din, le fœtus à cette époque est une espèce de chose minis­cule et indif­fé­ren­ciée.
Sans cet avor­te­ment, ma vie pour d’autres rai­son que je ne détaille­rai pas ici, n’aurait pas été la même, et elle a été très heu­reuse et comme j’aurais pu la sou­hai­ter.

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