Témoigner, Participer

Par­ta­ger

Femmes, com­ment pouvez-vous participer ?

Et les hommes ?

Si les hommes ne peuvent signer l’appel « nous avons avorté, tout va bien », ils ont la pos­si­bi­lité en revanche :

  • de relayer cette ini­tia­tive, par mail, sur leurs sites, leurs blogs.
  • et pour­quoi pas, de créer un appel de sou­tien. Nous nous ferons un plai­sir de le relayer ici.

Les orga­ni­sa­tions ?

Par­ta­ger

15 Responses to Témoigner, Participer

  1. lledo says:

    Bon­jour,

    Je n’arrive pas à témoi­gner dans la rubrique adé­quate alors je le fais ici, car j’y tiens.
    J’ai 23ans aujourd’hui et je suis étudiante en droit, à 14ans j’étais dans une rela­tion stable et sérieuse à laquelle je me suis vouée pour cause d’abandon fami­lial. Je suis tom­bée enceinte et j’ai avorté, s’en sont sui­vis 2ans d’humiliations fami­liales quo­ti­diennes « pour me le faire payer ». Payer de quoi? parce que j’étais jeune et que je suis une fille. Point. Même la psy­cho­logue de l’hôpital me l’a repro­chée! Ce com­por­te­ment a fait que j’ai mis 4ans à ces­ser de culpa­bi­li­ser « ma faute ». Quand je me suis par­don­née pour leur par­don­ner ensuite, d’abord moi en assu­mant mes choix et eux pour leur bétise, j’ai enfin pu me construire. Aujourd’hui, oui je vais bien et j’aide mes amies dans mon cas, avec le recul dont je bénéficie.

  2. Vanillette says:

    J’ai avorté il y a envi­ron un an et demi. J’avoue y avoir réflé­chi, non pas par scru­pules moraux, mais parce ce que j’avais peur que quelqu’un puisse l’apprendre, et me juger.
    Puis je suis allée au plan­ning fami­lial, qui a accepté d’accélérer la pro­cé­dure pour que je puisse faire une ivg médicamenteuse.

    Mon copain de l’époque (et actuel) avait peu que cela me détruise. Que je soie dévas­tée. Il était prêt à le gar­der, tout en sachant qu’un tam­bour à deux cen­ti­mètres de mon oreilles ne me réveille pas la nuit.

    On m’a reçue, sans me juger. Mes moti­va­tions étaient claires: il était hors de ques­tion que j’aie à m’occuper d’un bam­bin à 19 ans, alors que mes études étaient pre­nantes et que j’avais déjà du mal à m’occuper de moi même (bouffe, loyer, alcool qui dérape par­fois, en soi­rée…). On m’a indi­qué une gyné­co­logue, qui a tout fait pour que je souffre le moins pos­sible phy­si­que­ment comme psy­chi­que­ment… et je n’ai pas souf­fert.
    J’avais l’impression d’avoir mes règles.

    Je n’ai jamais regretté ce choix. Je sais que cer­taines per­sonnes m’en ont voulu. Je n’en ai rien à foutre. J’ai conservé ma liberté, mon indé­pen­dance. Rien ne m’empêchera, un jour, de rendre un bam­bin ou une bam­bine vrai­ment heureux(se), si j’en ai le désir, et les moyens finan­ciers pour lui offrir le meilleur départ pos­sible.
    Et si je n’ai jamais de bam­bin… tant pis. J’aurai fini mes études, réa­lisé mes passions.

    Avec mon copain, on vit au jour le jour. La seule chose qui m’aie mar­qué de l’avortement, c’est que mon chéri avait plus la trouille que moi. Et pour­tant Dieu sait que je suis par­fois sen­sible et fleur bleue, et lui prag­ma­tique à la tête froide.

  3. marie says:

    j’ai avorté il y a deux ans et je tiens a dire que je suis tom­bée sur des per­sonnes à l’écoute lorsque j’étais à l’hôpital.Cela m’a per­mis de ne jamais avoir à me sen­tir cou­pable car j’ai été accom­pa­gnée jusqu’au bout.Il existe donc des per­sonnes qui ne jugent pas cet acte et qui com­prennent par­fai­te­ment ce que l’on vit.Je ne regrette abso­lu­ment pas mon choix car je sais que cet enfant n’aurait pas eu la vie que j’aurais voulu lui don­ner.
    Aujourd’hui je vais très bien et j’avance

  4. ortuno elisabeth says:

    J’ai avorté en 1990 avec le RU et j’ai failli mou­rir car le centre d’orthogénie ne m’a pas laissé le choix ; j’avais plu­sieurs contre indi­ca­tions ( je fumais et mon age 38 ans) mais ça le méde­cin ne me l’a pas demandé…J’ai eu des hémor­ra­gies qui m’ont obli­gées à être hos­pi­ta­li­sée. Résul­tat: j’ai subi un cure­tage sous ag qui aurait été inutile si j’avais avorté par aspi­ra­tion. Heu­reu­se­ment, j’ai ren­con­tré une interne en méde­cine qui m’a pro­posé une liga­ture des trompes comme contra­cep­tion car je ne pou­vais pas prendre la pilule et mon uté­rus fai­sait des over­doses de sté­ri­lets.
    Les femmes doivent pou­voir choi­sir, la culpa­bi­lité est déjà assez lourde, elles peuvent avoir le droit d’être endor­mies avant l’aspiration.

  5. Françoise says:

    J’ai 60 ans, deux filles, et quatre petits-enfants (de 20 ans à 9
    ans). J’ai avorté trois fois, dont une de manière illé­gale grâce
    à un méde­cin, mort depuis, qui m’a pris beau­coup d’argent et m’a dit
    qu’il finan­çait ainsi sa superbe mai­son sur les hau­teurs d’une grande
    ville fran­çaise. Je me débar­ras­sais cette fois-là d’une gros­sesse
    dont je ne vou­lais pas, je venais d’accoucher. La deuxième fois, j’ai
    empê­ché un enfant de venir au monde dans un couple en cours de
    rup­ture, je l’ai vécu comme un acte d’amour, le plus beau cadeau que
    je pou­vais faire à cet enfant c’était de ne pas le lais­ser arri­ver.
    Quant au der­nier, bien des années plus tard, je me suis débar­ras­sée
    d’un corps étran­ger, d’une espèce de kyste, d’un truc qui s’était
    ins­tallé en moi sans autorisation.Chaque avor­te­ment est dif­fé­rent,
    chaque femme est dif­fé­rente, chaque moment de la vie d’une femme est
    dif­fé­rent. Je n’ai jamais eu la moindre souf­france, ni remords, ni
    honte, ni rien de néga­tif, à la suite de ces déci­sions, et je
    l’aurais refait si j’avais eu à le refaire. Il faut arrê­ter de dire
    que c’est un trau­ma­tisme; que le choix ait été fait après
    réflexion ou qu’il se soit imposé comme une évidence, il n’est
    qu’un acte de la vie comme tant d’autres, issu de nos struc­tures
    men­tales et affec­tives, et n’a pas à créer en nous un pro­fil de
    meur­trière. Je vais bien, merci !!!

  6. geslin says:

    Je suis gd-mère. J’ai avorté en 1970, j’avais un fils de 18 mois, un mari qui n’avait pas encore coupé le cor­don ombi­li­cal. Il était donc contre, par « ça ne se fai­sait pas » dans la famille. Il a menacé de me dénon­cer aux flics, ce dont il avait le droit à l’époque. Ca n’a fait que ren­for­cer ma déci­sion qui était déjà mûre­ment réflé­chie. Je me sou­vien­drai tou­jours que ça s’est passé sur une table de cui­sine et que la télé dif­fu­sait Zorro. Suite à des com­pli­ca­tions, j’ai eu la chance de « tom­ber » sur un chi­rur­gien âgé qui ne m’a ni jugée, ni ser­mon­née, à l’inverse des infir­mières. Je n’ai jamais eu de regrets, remords ou choc psy­cho­lo­gique. Je crois que quand une femme est déter­mi­née, elle va jusqu’au bout, comme dans toute action qu’elle entre­prend. Il faut arrê­ter de se lais­ser culpa­bi­li­ser en tant que femme, c’est une déci­sion per­son­nelle dont il ne faut pas avoir honte. Sur­tout ne pas se sou­cier du « qu’en-dira-t’on », c’est notre vie, et à nous de la gérer. Je suis outrée, actuel­le­ment, par le retour insi­dieux de cette bien-pensance, notam­ment par l’accroissement des manifs où ils mani­pulent des enfants qui scandent des slo­gans dont ils ne com­prennent pas le vrai sens. La reli­gion est dévas­ta­trice par son hypo­cri­sie. J’ai un petit-fils de 20 ans, et je vais bien, merci !!

  7. Angélique says:

    bon­jour,
    j’ai subit un ivg le 1er juin 2010 et aujourd’hui je vais très bien.
    j’ai appris ma gros­sesse la semaine sui­vant paques 2010 (j’ai perdu mon chien qui avait a peine 1an le lundi de paques est ce que cela a joué dans mon his­toire je ne sais pas), au début j’étais heu­reuse, j’ai mis 7 mois pour tom­ber enceinte, j’allais don­ner un petit frère ou une petite soeur a mon fils qui avait 18 mois. mais cela s’est gaté entre les nau­sées, les vomis­se­ments et la perte de poids fla­grante, j’étais au plus mal, j’ai failli etre hos­pi­ta­lisé car meme les piqures de prim­pé­ran ne don­naient rien. bref petit et a petit c’est ins­tal­lée une sorte de dépres­sion due a cette gros­sesse, je délais­sais mon fils, je reje­tais mon mari, j’ai failli faire 2 fois une TS mais mon mari a chaque fois a réus­sit a m’arréter a temps, il en a vrai­ment souf­fert et moi aussi. au bout d’un moment j’ai pris la déci­sion d’aller aux urgences et là j’ai été écouté par une infir­mière très gen­tille et a l’écoute, et je me suis rendu compte que j’étais ainsi depuis le début de ma gros­sesse mais que cela avait empli­fié en meme temps que les hor­mones. ensuite j’ai ren­con­tré un psy­chiatre qui m’a écouté et était pré­sent pour moi enfin jusqu’a l’ivg car arès il n’y avait plus per­sonne, ce psy m’a dit que si je gar­dais le bébé je ris­quais de le reje­ter et de ne pas m’occuper de lui et meme pire il m’a dit que le bébé était sur­ement malade donc avec mon mari nous avons réfle­chit et on a opté pour l’ivg. j’ai eu rdv au plan­ning le jeudi et le mardi c’était finit, j’étais a 11 semaines de gros­sesse. le dimanche avant l’ivg j’ai été voir un prêtre qui a été com­pré­hens­sif (j’ai été sur­prise d’ailleur) et il m’a dit que j’allais vrai­ment pas bien qu’il le res­sen­tait donc a par­tir de ce jour là j’ai plus eu de doute je fai­sais le bon choix. juste après l’intervention j’ai pleuré en salle de réveil et une infi­rième a été a mon écoute et m’a dit vous avez pris la meilleure déci­sion madame « pour­quoi m’a-t-elle dit ça je ne sais pas et je ne sau­rais jamais » mais quand j’ai été revoir mon méde­cin trai­tant et qu’on lui a tout expli­qué (il m’a vu en état de dépres­sion) il m’a dit vous avez pris la meilleur déci­sion, le bébé était sur­ement malade et c’est pour ça que vous avez été dans cette état car 1 semaine après l’ivg, plus de dépres­sion, plus de TS et mon fils me redi­sait maman, mon couple aujourd’hui s’en est res­sorti plus fort.
    aujourd’hui on est en essai a nou­veau pour un bébé ce sera bb3 car pour moi le bébé ivg a été bb2 et le sera tou­jours, j’ai culpa­bi­lisé au début d’avoir « tué » mon bébé mais je sais que j’avais pas le choix et main­te­nant je vais bien je regrette juste que ça se soit passé comme ça. j’ai trop peur que cela recom­mence pour bb3 mais je sais que ceette fois j’irai jusqu’au bout je serai plus forte du moins j’essayerai.
    toute ma famille est au cou­rant de ce qui c’est passé mes parents, mes soeurs, mes beaux parents (pas mon beau frère, ni ma belle soeur), ma cou­sine est au cou­rant depuis peu. j’arrive a en par­ler et je pense que c’est très impor­tant.
    mon fils a aujourd’hui 30 mois et est très proche de moi, je sais que j’ai fait le bon choix pour lui et pour moi.
    je vais bien aujourd’hui et je ne culpa­bi­lise pas. au contraire j’ai fait le bon choix.

  8. Yvette says:

    Ma grand mère a avorté en 1945 et nous n’allons pas bien.
    Abso­lu­ment clan­des­tin, bien évidem­ment.
    Elle en est morte, bien sûr.
    Depuis, des géné­ra­tions de femmes.
    Ma mère. 70 ans. De dépres­sion en psy­cha­na­lyse. Trau­ma­tisme de la perte de sa mère.
    Moi, 50 ans. La méno­pause est peut être faite. Peu importe. Je refuse abso­lu­ment de vivre sans contra­cep­tion.
    Ma fille, étudiante en bio­lo­gie. Déni total de gros­sesse jusqu’au terme. Ce n’était pas le manque d’information.
    Ma petite fille, 7 ans.
    La malé­dic­tion s’arrêtera là.
    Je milite au Plan­ning Familial.

  9. Hostein says:

    Bon­jour , j’ai avorté en 2004 et je vais bien !
    A l’epoque je n’avait que 16ans !
    Ma famille m’a poussé a le gar­der et mon cheri avait tel­le­ment peur que ca me detruise qu’il vou­lait donc le gar­der ! Mais je ne m’en sen­tai pas prete ! J’avais les finances vu que nous tra­vail­lions tt les deux a l’epoque mais ma tete n’etait pas prete !
    J’ai pris rdv et je suis tombé sur des infir­mieres com­ple­te­ment folle qui essayer de me faire chan­ger d’avis par culpa­bi­lité !
    Mais j’ai ete au bout de ma demarche !
    J’ai pleu­rer les deux jours sui­vant le cure­tage mais sans doute par fatigue puis l’acte n’est pas trop benin non plus ! Mais psy­cho­lo­gi­que­ment j’etais bien !
    Pour­tant j’etais seule ce jour la car mon cheri etait en depla­ce­ment mal­heu­reu­se­ment et ma mere etait pas loin de moi mais hos­pi­ta­li­sée donc pas pos­sible d’etre a mon che­vet .
    En 2006 , je me suis retrou­ver a nou­veau enceinte , avec le meme papa ! Et contre toute attente , tous le monde me disait , avorttt­teee !!!
    Comme une idiote j’ai pris le rdv .
    Mais arri­ver a minuit la soi­rée avant le rdv , le moment ou j’aurai du prendre les medoc pour pro­vo­quer le decol­le­ment et ben j’ai tout jet­ter a la pou­belle en accord ac mon conjoint ! Cette fois ci nous etions prets ! j’Etais enfin prete !
    Et a l’heure d’aujourd’hui je suis maman de mon petit enzo né en juillet 2007 et d’un petit Nolan né en decembre 2010 !
    Entre mes deux ptit amours j’ai perdu un bebe a 3 mois et demi mais ceci est une autre histoire !

    Enfin tout ca pour dire , l’avortement n’est pas taboo , n’est pas une tare, ni meme un echec !
    C’est un choix , un choix sou­vent plus intel­li­gent qu’on pour­rait le croire !
    Ces femmes la ont au moins le cou­rage de dire NON je n’en veux pas , ca n’est pas le moment , ni meme mon choix !
    Et cou­rage a celles qui ont du mal a ce decider !

  10. Louloute75 says:

    J’ai avorté le 15 août 2010 et je peux dire aujourd’hui que je vais bien.

    Bien sur ça n’a pas été facile de se retrou­ver entre l’envie d’avoir un enfant avec son par­te­naire que l’on aime et celle de la réa­lité qui fait que lorsque l’on à 21 et que l’on fait des études supé­rieures on ne peut pas se per­mettre d’avoir un enfant.

    Je vais bien mieux aussi car cela n’a pas détruit mon couple contrai­re­ment à ce que je pen­sais et ce que j’avais lu. J’ai été très mal mais on à reussi à remon­ter la barre. Même si l’autre ne savait pas for­ce­ment com­ment réagir et que son sou­tien n’était pas à la hau­teur de mes espé­rances j’ai réussi à par­don­ner pour la pre­miere fois de ma vie. L’ivg m’a fait murir.

    Je vais bien .

    Oui on peut sur­mon­ter un ivg ca peut prendre plus ou moins de temps mais on y arrive toutes.

    J’ai vécu 2 autres ivg par pro­cu­ra­tion (2 de mes amies) et le sou­tien est indis­pen­sable. Donc merci à vous les filles et j’espere avoir fait le neces­saire pour vous.

    Le mot d’ordre est le sou­tien, la pré­sence et je pense qu’en par­ler n’est pas for­ce­ment cathar­tique mais le simple fait de savoir que l’on pour­rait le faire si on le veut est le seul moyen de s’en sortir.

    Je vais bien , je vais mieux , je ne pleure plus devant une femme enceinte, je n’ai plus envie de taper tous les nour­ris­sons et les enfants en bas âge et ce dont je suis le plus fière c’est que je ne pleure plus quand je regarde un film ou une série dans laquelle une femme subit un ivg.

    L’ivg est un droit il faut le conser­ver. La gros­sesse est un moment mer­veilleux dans la vie d’une femme mais il se doit d’être desiré.

    Je tenais à remer­cier toutes les per­sonnes qui se battent pour que ce droit en reste un et pour que les femmes puissent deve­nir mères quand elles le désire.

    Un grand merci à vous ! (je vais bien mais j’ai les larmes aux yeux en lisant tous ces temoi­gnages qui auraient pu être les miens).

  11. Annemarie says:

    Je n’ai jamais avorté, mais…
    J’ai bien­tôt 60 ans.
    Ma vie sexuelle, en 1971, a com­mencé avec un retard de règles après un rap­port « foiré » (selon les cri­tères de l’époque : pas de péné­tra­tion, mais éjacu­la­tion).
    19 ans, étudiante, habi­tant chez mes parents (pas des psy­cho­ri­gides, plu­tôt ouverts, mais quand même pas pu leur en par­ler).
    Le mec ? Il m’avait lar­guée de toute façon, alors pas au cou­rant, pas concerné.
    Super!
    Visite chez un gynéco « sympa », mes 100 francs (100 euros d’aujourd’hui) d’argent de poche y passent.
    Test « de la lapine » en labo, les 100 francs d’argent de poche de ma meilleure copine y passent (le test de la lapine ou test de Fried­man était un pro­cédé qui per­met­tait de savoir avec une lapine si une femme était enceinte : il suf­fi­sait d’injecter de l’urine de la patiente dans l’ovaire de la lapine, ce qui pro­vo­quait l’ovulation de l’animal).
    Une semaine d’attente pour les résul­tats. Angoisse +++ dont je me sou­viens encore, 40 ans plus tard !
    Si j’étais enceinte, com­ment faire pour avor­ter ? Aucun doute sur la néces­sité de le faire, aucun état d’âme par­ti­cu­lier, juste ce gros souci : com­ment faire ?
    Je ne connais­sais pas encore le fémi­nisme et ses réseaux(c’est venu très vite par la suite) et la seule solu­tion envi­sa­geable était la Suisse. Le seul copain qui gagnait déjà sa vie (les autres étaient étudiant.e.s et fauché.e.s) et qui aurait pu me prê­ter les 1000 ou 1500 francs néces­saires, fai­sait son ser­vice mili­taire…
    Un jour, dou­leurs ter­ribles au ventre, mes règles arrivent, et j’expulse ce que (igno­rante) je croyais être un gros caillot de sang.
    Le moment fati­dique d’appeler le labo pour avoir les résul­tats du test arrive : je ne suis pas enceinte.
    Ouf !
    Mineure à l’époque, je vais consul­ter une gynéco mili­tante qui don­nait la pilule sans auto­ri­sa­tion des parents.
    Ouf !
    Ce n’est que plu­sieurs années plus tard que j’ai recons­ti­tué le puzzle :
    – oui, on pou­vait être enceinte après un rap­port sans péné­tra­tion (une goutte de sperme suf­fit)
    – oui, j’étais enceinte (le test était néga­tif parce que la fausse couche avait déjà com­mencé)
    – oui, j’avais bien fait une fausse couche spon­ta­née et expulsé un embryon (quand j’ai milité au MLAC quelques années plus tard, et par­ti­cipé à des IVG avec la méthode Kar­man, j’ai reconnu le fameux « caillot »)
    Pen­dant les années qui ont suivi, j’ai baisé comme j’en avais envie, et tou­jours eu une contra­cep­tion (pilule, sté­ri­let).
    J’ai milité au MLAC, puis dans des groupes femmes du MLF (avant récu­pé­ra­tion du sigle par Psy­chépo). J’ai signé le mani­feste des 343 *… après les 343!
    Lors d’une rela­tion… disons… « embrouillée »… avec un mec qui me fai­sait du chan­tage (entre autres) à l’enfant, la seule chose sur laquelle j’ai résisté, c’est ce qui me sem­blait le plus impor­tant : ne pas avoir d’enfant avec lui, car si j’en avais un peu (sen­ti­men­ta­le­ment) envie, je savais que c’était la der­nière chose à faire avec lui, que je ne le vou­lais pas.
    Ouf !
    Iro­nie du sort : à 35 ans, ayant une rela­tion épanouie avec un mec, nous déci­dons d’avoir un enfant ensemble.
    Pata­tras, après quelques années de jambes en l’air, de soup­çons, d’examens, le ver­dict tombe : je suis sté­rile…
    Je ne veux pas de FIV (consciente des incon­vé­nients phy­sio­lo­giques et psy­cho­lo­giques de la sur-médicalisation de la vie quo­ti­dienne et sexuelle que cette démarche implique). Nous optons pour l’adoption.
    Jimmy a 20 ans, celui-là je l’ai voulu, nous l’avons voulu. Conçu de nos ovules et sper­ma­to­zoïdes ou pas, c’est notre fils.
    Étais-je déjà sté­rile pen­dant que je pra­ti­quais scru­pu­leu­se­ment la contra­cep­tion, que je me débat­tais pour ne pas faire d’enfant avec ce mec? Je ne le sau­rai jamais. Et je m’en fous.
    Ce que je sais, c’est que, le diag­nos­tic de sté­ri­lité confirmé, je n’ai jamais éprouvé le moindre regret.
    La fausse couche à 19 ans ? Tant mieux. La déci­sion de ne pas faire d’enfant avec ce mec qui me pour­ris­sait la vie ? Je suis contente d’avoir résisté à son chan­tage. Le refus de la FIV et la déci­sion d’adopter ? C’était le bon choix pour moi, pour nous.
    Voilà. Je n’ai jamais avorté, mais je l’aurais fait s’il avait fallu.
    Et je vais bien.
    Fémi­niste, tou­jours.
    Annemarie

    *Mani­feste qui, soit dit en pas­sant, n’avait pas de nom, la cou­ver­ture du Nou­vel Obs qui le publiait titrait « La liste des 343 fran­çaises qui ont le cou­rage de signer le mani­feste « Je me suit fait avor­ter ».
    C’est Char­lie Hebdo qui la semaine sui­vante a titré avec la ques­tion « Qui a engrossé les 343 salopes? » adres­sée à Michel Debré (bien connu pour ses posi­tions rétro­grades et nata­listes) qui répon­dait « C’était pour la France..« 
      Les fémi­nistes de l’époque auraient pu (elle n’étaient pas les der­nières à manier l’auto-dérision) se dénom­mer « les 343 salopes », elles n’y ont sans doute pas pensé, et Cabu l’a fait, c’était génial.
    Que vous, dans le même esprit, ayiez choisi de vous nom­mer « Les filles des 343 salopes », j’approuve entiè­re­ment. C’est tout à fait dans l’esprit.
    Par contre, que la men­tion de ce mani­feste soit faite sys­té­ma­ti­que­ment dans les médias (par des jour­na­listes ignorant.e.s, à date fixe, sans iro­nie ni recul)sous ce titre erroné, me défrise. Sur­tout dans cette ambiance nau­séa­bonde de recul des droits à l’IVG
    Alors je me bats pour que ce mani­feste si impor­tant dans l’histoire des femmes et du fémi­nisme porte son vrai nom: « Un mil­lion de femmes se font avor­ter chaque année en France. Elles le font dans des condi­tions dan­ge­reuses en rai­son de la clan­des­ti­nité à laquelle elles sont condam­nées, alors que cette opé­ra­tion, pra­ti­quée sous contrôle médi­cal, est des plus simples. On fait le silence sur ces mil­lions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous récla­mons le libre accès aux moyens anti­con­cep­tion­nels, nous récla­mons l’avortement libre.« 
      Un peu plus long, mais moins ambigu.
    Il y a encore du bou­lot, les filles!

  12. Céline says:

    J’ai 25 ans. J’ai avorté à 23 ans et je vais bien ! Je sor­tais d’école, étais en période d’essai chez mon employeur et je savais que je n’allais pas pas­ser ma vie avec mon copain d’alors.
    Je n’ai pas réflé­chi plus de 3s, c’était évident pour moi. Mon copain lui me deman­dait quand même de réflé­chir et qu’il était tout à fait favo­rable à un chan­ge­ment d’avis. Il le vou­lait même je pense ce bébé.
    Mais moi non. Ce qui m’a fait le plus souf­frir c’est de ne pas en par­ler à mes parents, ma soeur, mes amis. J’avais honte et je ne vou­lais pas déce­voir ma famille et mon copain m’avait inter­dit de le dire à mes amies. Mon méde­cin a été bien, prag­ma­tique, effi­cace. Cela s’est rela­ti­ve­ment bien passé même si les méde­cins au bout de 10 jours n’étaient tou­jours pas sûrs que l’oeuf soit parti… Un peu de stress en bonus donc avec des echo­gra­phies tous les 3 jours pour voir si les médocs avaient enfin fonc­tionné…
    Aujourd’hui je ne regrette rien, je vis ma vie enfin, je me suis sépa­rée du copain de cette époque, j’ai re res­piré ! Je n’ai aucun regret et cherche à aider des jeunes (ou moins jeunes) filles per­dues qui ne sau­raient pas à qui en par­ler. J’ai pu me débrouiller et n’en par­ler à per­sonne parce que j’avais de l’argent mais ça aurait pu être beau­coup plus compliqué…Et cela ne m’empêche pas de pen­ser qu’un jour j’aurais des enfants, oui des enfants !

  13. Zaz says:

    Bon­jour,
    Je suis une fille, une filles des 343, comme vous, et je vais bien.
    Je n’ai jamais avorté, j’ai long­temps été ter­ri­fiée à cette idée. J’ai assisté à des IVG (je suis jeune méde­cin), j’ai entendu le dis­cours autour de moi, et j’ai long­temps été per­sua­dée que ça ne pou­vait être que dou­lou­reux et triste.
    Il y a des années, bien avant de m’avoir, ma mère a avorté. Ca n’était pas encore légal. Et elle va bien !
    Elle a mis des années avant de me le dire, pour­tant elle va bien, elle n’a jamais été culpa­bi­li­sée, elle ne regrette rien. Elle avait sim­ple­ment peur de ma réac­tion de fille, je comprend.

    Mais je suis contente qu’elle l’ait fait, ça a changé beau­coup de choses pour moi, j’ai décou­vert qu’on pou­vait bien le vivre (et quoi de plus convain­quant que le témoi­gnage d’une mère ?!).
    C’est encore plus ma mère et je suis encore plus sa fille. Elle m’avait déjà trans­mis son com­bat, mais pour la pre­mière fois j’ai com­pris. Parce que pour la pre­mière fois nous avons pu par­ler de notre fémi­nité, entre femmes.
    Je pres­cris déjà des contra­cep­tifs, et d’ici quelques années je ferai sans doute des IVG. Je sais que j’aiderai mieux toutes les femmes que je ren­con­tre­rai à la lumière de cette his­toire, je sais que mon dis­cours va évoluer avec mon entou­rage parce que je com­prend ça.

    Parlez-en à vos filles, à vos fils.

    Sur­tout si vous allez bien. N’ayez pas peur de leur réac­tion, ce sont vos enfants, vous leur avez trans­mis vos valeur et peut-être vos com­bats, expliquez-leur.

  14. mimi says:

    Bon­jour,
    moi j’ai avorté mal­heu­reu­se­ment 2 fois.
    1ère en 2005, j’avais 21 ans , un com­pa­gnon stable depuis 2 ans mais chez nos parents, moi dans mes études et lui cher­chant sa voie.…pas le tableau idéal et sur­tout AUCUNES envies d’être mère main­te­nant alors que je n’ai pas encore vécue.
    2ème il y a 1 mois à peu près; à 27 ans…je sais pas com­ment, on uti­lise le pre­ser­va­tif tout le temps, il ne craque pas et pourtant.……toujours avec mon com­pa­gnon qui est main­te­nant mon fiancé et bien­tôt mon mari.

    Et pour­tant je ne veux tou­jours pas de cette gros­sesse et lui non plus. Je me sens capable d’être mère mais tou­jours en études (longues), lui a un bon métier mais vient de com­men­cer sa carriere.

    Je ne regrette pas d’avoir avorté mais que nos situa­tions ne soient pas enclines à acceuillir un être.…voilà

  15. Laury says:

    Bien­tot la ving­taine, quand j’ai sue que j’étais enceinte ce fut le choc. Tou­jours à l’école, mon copain aussi. Même si nous somme très liés et com­plice depuis un an, même si on a pleu­rée des larmes de joie pour cet enfant qu’on avai­tas deman­dés mais qu’on aimais déjà, ce fut impos­sible pour nous de le gar­der. Sur­tout quand ma mère l’a sue elle m’a bien fait la morale. On aurait eu que de l’amour à lui offrir, mais pour suc­com­ber à ces besoins, on aurait bien galè­rés. J’ai donc avor­tée .. Moi per­son­nel­le­ment ce fut dure car je vis dans le but d’être maman, j’adore les enfants, et je rêve de don­ner la vie. J’ai beau­coup pleu­rée, regret­ter, j’ai fais une page Face­book ou j’y raconte l’histoire de À à Z, elle s’intitule BABY B0OH. Aujourd’hui avec le recul je me dis que c’était mieux pour cet enfant, en plus la vie de main­te­nant coûté chère alors voilà, si c’est pour pas­sée tout mon quo­ti­dien à me dire  » Com­ment je vais payer ci et sa ?  » c’est pas la peine. Enfin bref chaque femme à ces rai­sons. Ce dont j’aimerais par­ler ce sont les cri­tiques que j’ai reçu vis à vis de ma page Face­book ou j’y explique mon avor­te­ment. Cer­taines filles m’ont insul­tées de meu­trières, d’assassin, je pré­cise que même mes amis proches n’y ont pas été de mains morte .. Ensuite cer­taines m’ont dis que c’était vrai­ment nul de faire une page pour sa, que c’était pas la peine d’en faire un drame. Mais je n’en ai pas fais un drame c’est juste que moi j’ai ouvert ma gu*** et j’en ai par­lée aux yeux de tous. Mais grâce à cette page, des filles ayant eu recours à l’ivg m’ont contac­tés afin d’en par­ler, vu que moi je l’ai vécu je peux les com­prendre. Alors toutes ces femmes qui nous jugent c’est du grand n’importe quoi, ce n’est ni leurs corps à ce que je sache et cet enfant ce ne sont pas eux qui vont les élevés, alors qu’ils s’occupent de leurs affaires. On ne peut pas négli­ger une femme car elle a avor­tée, jus­te­ment on devrait la res­pec­ter d’avoir stop­per la vie de ce petit être juste pour le sau­ver. Avor­ter ce n’est pas reje­ter un enfant car on en veut pas, avor­ter c’est réflé­chir, pleu­rer, dou­ter, pen­ser, ima­gi­ner, être indé­cis, pas­ser à l’acte .. Avor­ter c’est quand même quelque chose qu’on oublie pas, mais les gens devraient arrê­ter de nous négli­ger, et cer­tains arrê­ter d’avoir de la pitiée. Moi per­son­nel­le­ment sa à été dure mais je ne suis pas morte, je vis, je vais bien, merci.

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