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Il est pré­facé par Carine Favier, pré­si­dente du Mou­ve­ment fran­çais pour le plan­ning fami­lial et Danielle Gau­dry, membre du bureau confé­dé­ral du plan­ning fami­lial, char­gée de la com­mis­sion avortement.

Voici le début de l’introduction :

Avant 1975, en France, les femmes avortent dans la clan­des­ti­nité et à leurs risques et périls. Beau­coup en meurent ou sont muti­lées à vie. Cha­cune fait ce qu’elle peut, en fonc­tion de son car­net d’adresse et de ses moyens. Cer­taines ont assez d’argent pour aller avor­ter dans quelque cli­nique suisse ou anglaise, tan­dis que d’autres se retrouvent sur la table de cui­sine « d’une fai­seuse d’anges », entre la mar­mite de pot-au-feu et le buf­fet en for­mica, en échange de quelques billets. D’autres encore sont obli­gées de se débrouiller seules et uti­lisent ce qu’elles peuvent pour s’avorter : « aiguille à tri­co­ter, baleine de para­pluie ou de cor­set, épingle à che­veux » mais aussi « des bigou­dis, des scou­bi­dous, des tuyaux d’aquarium, des piques (que les ven­deuses uti­li­saient pour mar­quer les prix) […] des ciseaux, des four­chettes, des branches d’arbre, des tiges de lierre ou de per­sil, des os de pou­let, du fil de fer, du fil élec­trique, un bout de bois » (GAUTHIER (Xavière), Paroles d’avortées, quand l’avortement était clan­des­tin, La Mar­ti­nière, 2004, pages 20–21.).

Quelles que soient les condi­tions, avant 1975,lorsqu’une femme est déter­mi­née à avor­ter, elle doit sup­por­ter le pire. Com­bien d’entre elles sont allées tra­vailler avec une sonde intro­duite dans l’utérus, souf­frant le mar­tyre dans l’espoir d’interrompre une gros­sesse dont elles ne veulent pas ? Gisèle Halimi raconte ainsi qu’elle a plaidé des jours entiers au tri­bu­nal, avec une sonde sous sa robe d’avocate. Pen­dant le pro­cès, elle se tient debout, mal­gré « une dou­leur intolérable,fulgurante », des « ver­tiges [qui lui] brouillaient la vue » et « une fatigue atroce » (HALIMI (Gisèle), La cause des femmes, Gras­set, 1973, pages 47.). Pour déclen­cher l’avortement, les femmes essaient de pro­vo­quer une infec­tion. Cer­taines arrivent à l’hôpital à temps :la gros­sesse est inter­rom­pue et l’infection peut se soi­gner ;d’autres arrivent trop tôt, et repartent avec leur gros­sesse etquelques médi­ca­ments pour soi­gner l’infection. Et puis il y acelles qui n’arrivent jamais à l’hôpital ou qui arrivent trop tard, alors que l’infection ne peut plus être enrayée : elles perdent alors leur uté­rus, leurs trompes ou leur vie, à la suite d’une sep­ti­cé­mie, d’une hémor­ra­gie ou d’une embolie.

De nombreux-ses militants-es luttent contre cette situa­tion into­lé­rable. En avril 1971, 343 femmes prennent le risque de décla­rer publi­que­ment avoir avorté, et ainsi enfreint l’article 317 du code pénal fran­çais. Ce fai­sant, elles s’exposent à une peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement si le Minis­tère public­choi­sit de les pour­suivre – ce qu’il ne fit pas. Par cet acte de déso­béis­sance civile, les femmes signa­taires du Mani­feste des 343ont contri­bué à faire de l’avortement une ques­tion poli­tique. Il fau­dra encore quatre années d’âpres luttes (Ces luttes furent menées par des femmes, des méde­cins, des avocat-es… On se sou­vient par exemple du MLAC (Mou­ve­ment pour la liberté de l’avortement et de lacon­tra­cep­tion), du MFPF (Mou­ve­ment fran­çais pour le plan­ning fami­lial), ou encore de l’association « Choi­sir la cause des femmes », fon­dée notam­ment par Gisèle Halimi.) pour que soit – dif­fi­ci­le­ment – votée une loi auto­ri­sant le recours à l’avortement.

Cette loi, d’abord votée pour un temps défini (cinq années) est arra­chée dans un cli­mat d’une grande vio­lence, notam­ment vis-à-vis de la ministre de la Santé, Simone Veil, qui essuie de nom­breuses insultes. Mais la loi est là. Elle per­met enfin aux femmes d’avorter dans de bonnes condi­tions sani­taires, au sein d’hôpitaux fran­çais et sans ris­quer leur vie. Mieux, dès 1982, l’acte est enfin rem­boursé par la Sécu­rité sociale. Mais l’avortement est sou­mis à de nom­breuses condi­tions : les femmes doivent obli­ga­toi­re­ment se rendre à un « entre­tien social » avant chaque IVG, l’avortement n’est auto­risé que dans un délai de 12 semaines d’aménorrhée (absence de règles), soit dix semaines de gros­sesse, et les jeunes femmes mineures doivent obte­nir le consen­te­ment de leurs parents pour béné­fi­cier d’une IVG. Il fau­dra attendre 2001 pour que le délai légal passe de 12 à 14 semaines d’aménorrhée (soit de 10 à 12 semaines de gros­sesse), que l’entretien préa­lable obli­ga­toire soit sup­primé pour les femmes majeures, et que les mineures puissent avor­ter sans le consen­te­ment de leurs parents.

Dix années après la loi de 2001, trente-cinq ans après la loi Veil et plus de qua­rante années après le Mani­feste des 343, où en sommes-nous avec l’avortement ? C’est ce que nous vous pro­po­sons de décou­vrir à tra­vers les témoi­gnages de femmes, de militant-es et de soignant-es.

« Vous devez vous sen­tir cou­pable » Notre action a débuté à l’occasion des 40 ans du Mani­feste des 343, en avril 2011. Nous, filles des 343, avons sou­haité don­ner à nou­veau la parole aux femmes, pour lut­ter contre la culpa­bi­lité et le silence dans les­quels, encore actuel­le­ment, sont enfer­mées celles qui décident d’interrompre volon­tai­re­ment leur gros­sesse. À tra­vers les témoi­gnages que vous allez lire, se des­sine l’image de l’avortement aujourd’hui en France – et cette image est, c’est le moins que l’on puisse dire, contrastée.

Com­men­çons par ce qui est encou­ra­geant. Les femmes venues témoi­gner sur le site IVG : je vais bien, merci !  sont com­ba­tives et lucides. Conscientes que ce droit fon­da­men­tal est sans cesse menacé, elles ne semblent pas prêtes à bais­ser la garde.

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