J’ai avorté entre 1976 et 1980 et je vais bien

Vous pou­vez lais­ser vos témoi­gnages en com­men­taires.  Ne lais­sez pas d’in­for­ma­tions qui, croi­sées, per­mettent de vous iden­ti­fier (sauf si vous y tenez) mais dites-nous un peu qui vous étiez à ce moment-là (âge, caté­go­rie pro­fes­sion­nelle, situa­tion sen­ti­men­tale…)

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12 réponses à J’ai avorté entre 1976 et 1980 et je vais bien

  1. christine dit :

    J’a­vais 20 ans, j’é­tais étu­diante. Des pro­blèmes de sein et des méde­cins trop pru­dent-es me pri­vaient de pilule, je n’a­vais pas encore pen­sé au sté­ri­let et on ne par­lait pas encore du SIDA. Sans par­te­naire régu­lier, je pro­fi­tais de la vie en comp­tant les jours, méthode contra­cep­tive peu fiable mais qui avait fonc­tion­né pen­dant plus d’un an. A l’ins­tant où il est sor­ti de mon stu­dio, cette ren­contre de fête dan­sante, j’ai réa­li­sé que je m’é­tais plan­tée dans mes cal­culs. Joué une fois, per­du ! Heu­reu­se­ment, celui-là savait faire l’a­mour (ie connais­sait l’exis­tence du cli­to­ris et savait en jouer).

    J’ai avor­té très tôt. Après une consul­ta­tion chez un méde­cin encore incon­nu qui a dit « faut en par­ler au père » (Au quoi ?) et l’en­tre­tien de rigueur. A la poly­cli­nique de ma ville. J’en garde seule­ment le sou­ve­nir de l’in­fâme ser­viette hygié­nique qu’illes don­naient aux impré­voyantes.

    Je n’ai pas hési­té une seconde, je n’ai pas regret­té une seconde, je vais bien.

    • Durin dit :

      C’é­tait en 1975. J’é­tais étu­diante et javais 19 ans. Je ne pre­nais pas la pilule. Insou­ciante, imma­ture. Puis j’ai eu plu­sieurs rela­tions sexuelles avec le même homme de 26 ans. Et ce qui devait arri­ver arri­va. J’ai été enceinte. Aus­si­tôt nau­sées, ver­tiges, dégoût, panique. J’en ai par­lé à cet homme. Il m’a pro­po­sé de « gar­der l’en­fant », puis le mariage tout en conti­nuant mes études. Au moins n’é­tait-il pas un gou­jat ! Mais ce n’é­tait pas l’a­ve­nir que je me pré­pa­rais. J’é­tais en Bel­gique lorsque cela m’est arri­vée. J’ai tout pla­qué et suis ren­trée dare-dare chez ma ma mère à qui j’ai tout confié. Elle m’a deman­dé ce que j’en­vi­sa­geais et m’a pro­po­sé de m’ai­der si je sou­hai­tais avor­ter. Il est évident que c’é­tait ma volon­té abso­lue !! La loi Veil venait juste d’être votée. Je me suis donc ren­due chez un gyné­co dont j’é­tais sûre qu’il ne m’op­po­se­rait pas sa « conscience » et qui pra­ti­quait les IVG. C’est avec le per­son­nel de la cli­nique dans laquelle il opé­rait que les choses se sont gâtées : aides-soi­gnantes pen­dant la pré­pa­ra­tion pré-opé­ra­toire, infir­mières. Mépris, condes­cen­dance, morale. Insup­por­table et humi­liant. Mais bon, l’IVG avait eu lieu. Une hui­taine de jours après, je suis retour­née en consul­ta­tion chez le gyné­co pour véri­fier que tout allait bien. Je lui ai deman­dé de me pres­crire la pilule et là, il m’a pro­po­sé un sté­ri­let. J’ai accep­té, pour évi­ter la contrainte de la prise quo­ti­dienne de la pilule à la même heure et le risque d’ou­bli. Et en 1 an, j’ai déve­lop­pé un sta­phy­lo­coque doré (ce qui avait été diag­nos­ti­qué à l’é­poque) dans l’u­té­rus. Dou­leurs vio­lentes pen­dant des mois dans le bas-ventre. Et je me suis deman­dée, si en fait, le gyné­co ne l’a­vait pas fait volon­tai­re­ment. Ma « puni­tion » ! car tous ceux que j’ai consul­tés après ont insis­té sur le fait que l’on ne pose jamais un sté­ri­let juste après une IVG. J’ai cou­ru le risque d’être sté­rile à cause d’un gyné­co et de son sté­ri­let expia­toire . Ce ne fût pas le cas car j’ai aujourd’­hui un grand gar­çon que j’ai vou­lu et dési­ré. Et mal­heu­reu­se­ment il y a quelques années, me pen­sant déjà dans l’âge de la pré-méno­pause (tou­jours imma­ture dans mes capa­ci­tés de repro­duc­tion !), j’ai été à nou­veau enceinte. Nous étions dans les années 90 et j’ha­bi­tais une grande métro­pole fran­çaise ! Et là, le par­cours du com­bat­tant fût pire qu’en 1975, 20 ans à peine après le vote de la loi Veil. J’ai dû répondre à un véri­table inter­ro­ga­toire inqui­si­to­rial devant le gyné­co, le plan­ning fami­lial (si, si !) avant, enfin, d’at­ter­rir dans la cli­nique qui pra­ti­quait les IVG. Tout cela dans un délai si long que je me deman­dais si à la fin, je res­te­rais dans la période des 10 semaines légales. A la cli­nique l’ac­cueil fût agréable et tout s’est bien dérou­lé. Aujourd’­hui, il est scan­da­leux que cette loi Veil soit si peu et si mal appli­quée. Que des méde­cins opposent leur « clause de conscience » ! Mais il est cho­quant éga­le­ment que bon nombre de femmes, l’air pin­cé et la morale au coin des lèvres condamnent l’IVG. Cha­cune d’entre nous aurait pré­fé­ré évi­té d’en arri­ver là. Ce n’est pas un acte banal ; mais à ce moment de notre vie, nous n’é­tions pas prête. Pas en mesure d’é­le­ver un enfant, de le recon­naître en deve­nir, pas apte à l’ai­mer. Aujourd’­hui je ne regrette rien. Je n’ai pas de remords. Don­ner la vie est un acte trop grave pour ne pas le subir, ni le faire subir.

      • Léa dit :

        Bon­jour,

        Je suis une jeune jour­na­liste qui réa­lise actuel­le­ment un docu­men­taire sonore de 20 minutes sur l’avortement à par­tir de témoi­gnages de trois géné­ra­tions de femmes.
        Je suis donc à la recherche de femmes comme vous qui accep­te­raient de témoi­gner à mon micro.
        Votre témoi­gnage est très tou­chant et montre bien aus­si les lacunes du sys­tème de prise en charge.

        Vous pou­vez me contac­ter à cette adresse mail : ballea@orange.fr

        Mer­ci beau­coup pour votre réponse !

  2. Chantal dit :

    J’é­tais au pair à Rome où la pilule ne se ven­dait pas contrai­re­ment à la France, et en ren­trant en France, les retrou­vailles avec une ancienne rela­tion m’ont fait oublier les règles de pru­dence. Ma situa­tion était encore pré­caire et je ne vou­lais pas de cet homme pour père de mon ou mes enfants. Je n’ai pas hési­té une seconde (j’a­vais 22 ans) mais l’a­vor­te­ment n’é­tait pas encore léga­li­sé. Aus­si, c’est grâce au Plan­ning fami­lial où j’ai été bien accueillie, moi qui débar­quais à Paris, que j’ai eu l’a­dresse d’un méde­cin qui a fait ça de façon tout à fait cor­recte dans son cabi­net, en toute illé­ga­li­té, mais avec beau­coup d’hu­ma­ni­té, me disant que quand je le vou­drais, j’au­rais un enfant que je sou­hai­te­rais et que ce serait bien. Depuis, je me suis mariée, ai eu deux beaux gar­çons et suis grand-mère d’un magni­fique petit enfant. Je n’ai jamais regret­té cet avor­te­ment et n’en ai jamais souf­fert. Il vaut mieux me semble-t-il avoir un enfant dési­ré et atten­du avec amour plu­tôt que l’ac­ci­dent qui s’ac­com­pagne trop sou­vent de mal-être et de regrets. Bien sûr, le mieux, c’est d’é­vi­ter l’ac­ci­dent.

  3. Rita dit :

    j’ai avor­té un mois après le vote de la loi. J’ai donc eu droit à une vraie cli­nique, mais, curieu­se­ment, j’ai tout de même du retour­ner cher­cher des espèces pour payer le chi­rur­gien. Je n’ai eu qu’une insen­si­bi­li­sa­tion, pas une vraie anes­thé­sie. Je ne me sen­tais pas cou­pable du tout, en mon âme et conscience, et je n’ai pas fini d’être sur­prise par la pres­sion culpa­bi­li­sante ou api­toyée de l’en­tou­rage de l’é­vè­ne­ment. On touche là à un tabou irra­tion­nel, tan­dis que tout le monde est habi­tué à consi­dé­rer la guerre comme inévi­table, voire néces­saire. J’ai du taire et gar­der pour moi ce qui était une immense joie et non un drame: évi­ter à une mère (moi) et à son enfant non dési­ré le mal­heur affec­tif et finan­cier, le temps de leur vie entière.
    Depuis, j’ai eu quatre enfants (ils vont bien, mer­ci) et j’ai du avoir encore recours plu­sieurs fois au RU 486 parce que ma phy­sio­lo­gie est com­plexe et que la contra­cep­tion pour moi est une chose très com­pli­quée. Pour autant, je ne sou­hai­tais pas avoir douze enfants et n’au­rais certes pas été capable de les assu­mer, ni finan­ciè­re­ment, ni affec­ti­ve­ment. Ma san­té non plus ne me l’au­rait pas per­mis. Je pré­fère m’oc­cu­per cor­rec­te­ment des quatre que j’ai là. Une nais­sance est par­fois dra­ma­tique mais l’a­vor­te­ment l’est très rare­ment.

  4. Françoise dit :

    J’ai avor­té en 1979 à l’Hô­pi­tal Beau­jon (Cli­chy). Je n’ai pas eu l’im­pres­sion qu’on ait essayé de me culpa­bi­li­ser. Juste que l’en­tre­tien pré­li­mi­naire avec une assis­tante sociale m’a sem­blé un peu inutile car le pas­sage en revue des moyens de contra­cep­tion m’a sem­blé inutile dans mon cas : je connais­sais déjà, j’a­vais juste arrê­té la pilule pen­dant 2 ou 3 mois parce que j’en avait marre qu’elle me fasse mal au seins (après, j’en ai trou­vé qui m’ont fort satis­faite, jus­qu’à ma méno­pause, mer­ci le pro­grès !). Bien trai­tée, infi­mières et méde­cins sym­pas, un confort de soins « comme une mala­die nor­male ». Alors je pro­fite de l’oc­ca­sion que m’offre ce blog pour remer­cier tous ceux qui ont pu faire en sorte que je puisse vivre comme je le sou­hai­tais. Mais c’é­tait il y a long­temps ! Le dis­cours actuel me désole.
    Je n’ai culpa­bi­li­sé ni avant ni après. Et 35 ans après, je ne regrette tou­jours pas ce choix.

  5. Pascale dit :

    Je me suis retrou­vée enceinte en 1978 ; j’a­vais 18 ans, je com­men­çais mes études d’en­sei­gnante. Cette gros­sesse non dési­rée était une catas­trophe. Sans hési­ta­tion, j’ai avor­té. A 30 ans, j’ai dési­ré et eu un enfant. Quel bon­heur de vivre cette gros­sesse et cette mater­ni­té vou­lue. Aucun regret, aucune culpa­bi­li­sa­tion. J’ai 51 ans. Je vais bien.

  6. Chantal dit :

    J’a­vais 20 ans en 79. J’ai béné­fi­cié d’un avor­te­ment thé­ra­peu­tique à l’hô­pi­tal Bru­net à Tou­lon. Un chan­ge­ment de pilule avec l’ar­ri­vée des mini, peut être un oubli, bref gros­sesse enfin diag­nos­ti­quée à 15 semaines ! Par chance le foe­tus n’é­tait pas cor­rect, ce qui m’é­vi­ta un avor­te­ment à l’é­tran­ger.
    Plan­ning fami­lial, leçon de moral à toutes les étapes du long che­min qui me mena enfin au bloc. Sou­ve­nirs flous de réflexions mau­vaises des aides soi­gnantes. Dila­ta­tion du col avec  » crayons » toute la nuit pré­cé­dant l’in­ter­ven­tion. Pas de cal­mants. J’a­vais un com­pa­gnon, vivait déjà en couple, ne vou­lait pas d’en­fants et n’en ai pas eu. Le soir de l’in­ter­ven­tion, j’é­tais en boîte de nuit, tout allait pour le mieux. J’é­tais trop jeune pour me défendre, mais quelles garces ces soi­gnantes, je pense que la morale judéo chré­tienne était encore très puis­sante à cette époque. Mais que je suis contente d’a­voir pu vivre ma vie comme je le sou­hai­tais, sans être mère. Je pense que je pou­vais subir bien pire sans me plaindre pour­vu que l’on me débar­rasse de cet impré­vu.…

  7. Doumé dit :

    J’a­vais 21 ans en 1976, étu­diante à Stras­bourg, j’ai fait une pause-pilule, et zut (zut ? plus si sûre main­te­nant, je vou­lais sans doute savoir si je pou­vais, moi aus­si, être enceinte —pas faire un bébé. On se glis­sait entre copines que l’hô­pi­tal, c’é­tait l’en­fer, l’in­ter­ro­ga­toire, la culpa­bi­li­sa­tion, et le nom d’un doc­teur com­plai­sant (ou cou­ra­geux ?) cir­cu­lait. Ma mère a été un énorme sou­tien, à dis­tance, par télé­phone. La veille de l’IVG: « Ah, tu sors ce soir avec tes amis, c’est bien, change-toi les idées ». Elle savait que ce n’é­tait pas « une lettre à la poste ». Le méde­cin a deman­dé que mon copain soit là parce qu’il me trou­vait trop ten­due. Il a été là… mais il a vite sou­la­gé son anxié­té en tom­bant dans les pommes. Il va bien main­te­nant. Moi aus­si d’ailleurs. Hap­py ending: nous avons trois superbes gar­çons, on a fait exprès de les avoir ces trois là.

  8. Béatrice dit :

    J’a­vais 25 ans , mère de deux enfants âgés de 6 et 5 ans , dans un contexte de vie
    conju­gale  » de fin de par­cours ! « A cette époque , seul l’a­vor­te­ment dit « thé­ra­peu­tique »
    était pris en charge par la SS . Ma situa­tion éco­no­mique d’a­lors ne me per­met­tait pas
    de le finan­cer , mais le gyné­co­logue-obs­té­tri­cien qui était en charge du sui­vi de mes
    deux gros­sesses et qui m’a­vait éga­le­ment accou­chée , a pra­ti­qué cet avor­te­ment en le
    décla­rant comme tel . C’é­tait à l’é­poque une démarche qui fai­sait preuve d’un enga­ge­ment cer­tain ( car prise de risque pour fausse décla­ra­tion ) et dont à ce jour
    encore , je lui suis infi­ni­ment recon­nais­sante .

  9. Faller dit :

    Je suis née 13 mois après mon frère et ma mère m’a tou­jours dit que je n’é­tais pas dési­rée…
    J’ai eu une pre­mière fille « sté­ri­let ». Je ne pou­vais plus prendre la pilule Sté­di­ril qui aug­men­tait de façon catas­tro­phique mon cho­les­té­rol.
    Alors, lorsque j’é­tais enceinte, pour la deuxième fois avec un sté­ri­let « de Lippes », je n’ai pas hési­té à avor­ter. Le gyné­co­logue qui avait posé le sté­ri­let a pra­ti­qué l’a­vor­te­ment par la méthode Kar­man. En 1980, je connais­sais la sophro­lo­gie et une sage-femme m’a pro­po­sé de me relaxer pour cette inter­ven­tion. Tout s’est par­fai­te­ment dérou­lé, dans une ambiance sereine, sans anes­thé­sie. Mer­ci encore à ces pra­ti­ciens gre­no­blois.
    Plus tard j’ai eu une seconde fille qui a été plei­ne­ment dési­rée.
    Lorsque mes filles ont été adultes je leur ai racon­té cette his­toire.
    Mais je ne leur ai pas dit que le gyné­co­logue à qui je deman­dais la liga­ture des trompes après mes accou­che­ments m’a dit : « C’est contraire à mes convic­tions. Et, vous n’y pen­sez pas : s’il arri­vait quelque chose à votre mari, en ne pou­vant plus faire d’en­fants, vous ne pour­riez pas vous reca­sez ». Ce sont des phrases que l’on oublie pas.

    Je n’ai jamais eu de regrets.
    Je crois — qu’au contraire — j’en aurais vou­lu à cet enfant qui, à ce moment-là, aurait entra­vé ma car­rière et m’au­rait ren­due dépen­dante d’un mari, comme ma mère !

    Aujourd’­hui j’ai peur de la régres­sion que veulent ces gens qui s’ar­rogent le droit de déci­der pour les autres. Les rai­sons qui poussent une femme à avor­ter sont tel­le­ment diverses. J’es­père que mes filles et petites filles ne se lais­se­ront pas faire.

  10. isabel dit :

    j’a­vais 16 ans en 1980, j’é­tais lycéenne. Ma mère avait prit un rdv chez son gyné­co­logue de l’hôpital de Sen­lis pour que je prenne la pilule. c’est là que j’ai décou­vert que j’é­tais enceinte. ensuite ça a été très rapide (il me res­tait peu de temps pour res­ter dans le délais légal).
    un entre­tien préa­lable au plan­ning fami­lial, sans culpa­bi­li­sa­tion ni rien de ce genre.
    j’ai eu le choix entre l’IVG avec ou sans anes­thé­sie. quand j’en­tend com­ment cer­tain IGV se passe en 2016 c’est acca­blant, rien n’est acquis il faut tou­jours lut­ter !
    je découvre qu’elle chance j’ai eu il y a 36 ans. je remer­cie ma mère, ce gyné­co­logue et l’é­quipe médi­cale.
    j’ai 52 ans, j’ai main­te­nant 2 enfants choi­sit, dont une fille qui ne se lais­se­ra pas faire.
    je vais bien.

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