J’ai avorté dans les années 80 et je vais bien

Vous pou­vez lais­ser vos témoi­gnages en com­men­taires.  Ne lais­sez pas d’informations qui, croi­sées, per­mettent de vous iden­ti­fier (sauf si vous y tenez) mais dites-nous un peu qui vous étiez à ce moment-là (âge, caté­go­rie pro­fes­sion­nelle, situa­tion sentimentale…)

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19 réponses à J’ai avorté dans les années 80 et je vais bien

  1. celeste dit :

    Genèse d’un avortement

    1981, j’ai 25 ans et deux bébés, l’aîné a vingt mois, le second cinq. Tout mon temps leur est consa­cré. Nuits agi­tées, jour­nées épui­santes, père décevant.

    Je ne veux pas retour­ner chez le méde­cin qui a assisté à mes accou­che­ments. D’ailleurs il n’a fait que ça: assis­ter, les der­nières minutes. C’est un homme chic, pédant et expé­di­tif. Dans sa salle d’attente on patiente des heures, y com­pris pour pas­ser une écho­gra­phie, la ves­sie pleine à écla­ter, pétri­fiée de trouille à l’idée qu’elle puisse se vider inopi­né­ment, là, devant tout le monde.

    Donc je vais au Centre de Pro­tec­tion Mater­nelle et Infan­tile. Le temps file, il faut pen­ser à un moyen de contra­cep­tion. Ce sera un stérilet.

    Pas de bol, le jour de la pose, c’est la sta­giaire qui s’y colle. Le méde­cin observe du coin de l’œil. Pour elle, comme pour moi, c’est le pre­mier sté­ri­let. Elle tâtonne, trem­blote, me fait mal. Je devrais dire stop mais je reste muette, raide comme un piquet, les ongles enfon­cés dans les paumes.

    Les semaines sui­vantes, une dou­leur per­sis­tante gran­dit dans mon ventre. Je retourne au centre. On me retire le sté­ri­let. Puis on m’annonce que j’ai une inflam­ma­tion du col de l’utérus et qu’il faut cau­té­ri­ser. Sur le champ. Chair brû­lée. Dou­leur intense.

    Je saigne, des jours et des jours. Je ne saigne plus. Je saigne à nou­veau. Les règles sans doute. Comme si j’avais le temps de noter les dates! Je saigne encore. Fina­le­ment je consulte méde­cin de famille qui m’annonce que je suis enceinte. Stu­pé­fac­tion. De com­bien? Envi­ron deux mois. C’est à dire au moins trois semaines avant la pose du sté­ri­let. Cha­peau le Centre de pro­tec­tion mater­nelle et infantile!

    Immé­dia­te­ment je décide d’avorter. J’adore mes enfants mais il est hors de ques­tion d’en pondre un tous les ans. Ni mon corps ni mon men­tal ne le sup­por­te­raient . Ce serait au détri­ment de mes deux bébés, injuste pour eux. Leur père approuve illico.
    La déci­sion prise il ne reste plus qu’à pra­ti­quer l’IVG.
    Mal­heu­reu­se­ment les choses, qui n’étaient déjà pas simples, se com­pliquent quand l’infirmière de l’hôpital me déclare:
    « Déso­lée, Madame, la liste d’attente est trop impor­tante nous ne pou­vons pas pra­ti­quer l’IVG dans les délais impar­tis par la loi »
    Là-dessus elle m’indique deux solu­tions: aller chez un méde­cin privé ou gar­der le bébé après tout vous êtes jeune.

    Jeune d’accord mais déter­mi­née à avor­ter me voilà à la recherche d’un gyné­co­logue. Qui ne me fasse pas attendre encore des semaines. Qui pra­tique un tarif abor­dable. Qui soit fiable.

    Pas si facile. Fina­le­ment par le tru­che­ment de la copine d’une copine d’une copine je débarque un samedi après-midi dans le cabi­net d’un gyné­co­logue anti­bois. Ses pré­ten­tions finan­cières sont loin d’être négli­geables mais au télé­phone sa secré­taire m’a assuré que je ne sen­ti­rais rien, ou presque et que tout se pas­se­rait bien. De toutes façons, je n’ai pas le choix.

    L’homme est froid, peu aimable. Quand il parle, il s’adresse plus sou­vent à mon mari qu’à moi. Il explique briè­ve­ment, la piqure pour l’anesthésie locale, l’avortement par aspiration.

    Et c’est parti!
    Mal, très mal! À l’évidence la piquouse ne pro­voque pas l’effet escompté. Ou peut-être, ai-je pensé beau­coup plus tard, le dosage était-il trop faible. La dou­leur est atroce. Je crie. Le méde­cin me lance un regard sévère. J’ai les larmes aux yeux. Je m’agrippe au lit, les ongles dans le plastique.

    Une heure plus tard je quitte le cabi­net. Son­née. Le ventre en feu mais sou­la­gée d’en avoir fini avec cette gros­sesse que je dési­rais pas.

    Depuis je vais bien, merci!
    Huit ans plus tard j’ai donné nais­sance à ma fille. Une gros­sesse vou­lue, vécue sereinement.

    Jamais je n’ai regretté l’avortement. L’acte ne m’a abso­lu­ment pas trau­ma­ti­sée, la douleur,si! Cette souf­france inutile, injuste aurait pu, aurait dû, être évitée.

    C’était il y a trente ans. L’année sui­vante l’IVG a été rem­bour­sée par la sécu­rité sociale. Pen­dant des années j’ai pensé avec satis­fac­tion que les femmes pou­vaient désor­mais avor­ter dans de bonnes condi­tions.
    Je me suis trom­pée. Depuis quelques années les dif­fi­cul­tés se dressent autour de l’avortement. En Ita­lie c’est devenu presque impos­sible.
    C’est pour­quoi il faut à nou­veau lut­ter pour pré­ser­ver ce droit que nos mères ont acquis. Ne pas le faire serait les tra­hir et prendre le risque de retour­ner aux temps des fai­seuses d’anges!

  2. Michelle dit :

    Je viens d’avoir 24 ans et je suis enceinte je n’ai pas envie d’avoir d’enfant, pas main­te­nant, je vais voir mon méde­cin, conci­liant il me donne l’adresse de l’hôpital dans lequel je pour­rais faire une I.V.G.

    Le rendez-vous est pris, je n’ai pas d’état d’âme, je n’en veux pas point barre.

    Je suis dans un lit froid en attente dans une salle.

    On vient me cher­cher, le lit roule sous les néons.

    L’anesthésiste me prend le bras violemment.

    Je laisse sor­tir un « aie », le mâle serre encore plus fort mon bras avant d’y enfon­cer l’aiguille.

    Je l’entends me cra­cher « ce n’est pas de ma faute si vous êtes ici » …

    J’ai pensé très fort « il n y a pas de danger ».

    Les années ont passé, je n’ai jamais eu de regret mais ce mon­sieur je ne l’ai jamais oublié………

    Michelle

  3. Sylvie dit :

    C’était en 1982, j’avais 21 ans, après avoir éco­no­misé, mon ami et
    moi avions décidé de tout lais­ser et de par­tir sur les routes.
    Des­ti­na­tion, la Mar­ti­nique.
    Quelques semaines après notre arri­vée je découvre que je suis
    enceinte, un oubli de pilule.….
    Com­mence de labo­rieuses démarches pour avor­ter à l’hôpital du
    Lamen­tin à Fort de France. On me demande de l’argent, 3000 francs, je
    paie.
    Je ren­contre la conseillère qui me dit que je vais empê­cher un enfant
    de vivre, j’encaisse.
    L’intervention a lieu dans des condi­tions d’hygiène déplo­rables, une
    petite salle, avec une table de gyné­co­lo­gie, un aspi­ra­teur, et.….
    sans anes­thé­sie. Pen­dant l’intervention une jeune infir­mière me tient
    la main et je vois des larmes cou­ler sur ses joues.
    C’était une année de coupe du monde de foot, j’entendais dans la salle
    d’à côté une TV qui hur­lait et je me disais que tant que j’entendais
    cette TV, j’étais vivante…
    L’intervention ter­mi­née, on me place dans une chambre avec des mamans
    qui avaient leur bébé… Il fal­lait amené les cou­verts pour man­ger
    (oui ça parait étrange), on ne m’avait rien dit, per­sonne ne vou­lait
    me prê­ter de cou­verts.
    Le len­de­main je sors. Je ren­contre deux autres jeunes femmes qui ont
    avorté, elles n’ont pas subit le même sort que moi. Elles, ont été
    anes­thé­siées, on ne leur a pas demandé d’argent, on ne les a pas placé
    dans une chambre avec des mamans. Pour­quoi ????? J’étais la seule
    blanche, la petite tou­riste. Dif­fi­cile d’admettre que j’ai été vic­time
    de dis­cri­mi­na­tion.
    Dégoû­tée, je repars, conti­nue mon voyage, mais je me dis qu’un jour
    je m’occuperai de tout ça, le droit des femmes etc…
    Mal­gré les condi­tions ignobles de l’IVG et la dou­leur phy­sique, je
    n’ai jamais regretté ma déci­sion, je n’ai jamais culpa­bi­lisé, et
    psy­cho­lo­gi­que­ment je vais bien. La petite infir­mière a sûre­ment été
    plus trau­ma­ti­sée que moi
    C’est l’acte raciste qui m’a fait mal, pas la déci­sion de l’IVG.
    Je suis aujourd’hui conseillère conju­gale et fami­liale au plan­ning
    familial.

  4. Frédérique dit :

    J’ai avorté à 23 ans, sans regret, sans remords. Cette gros­sesse était un acci­dent — oui, cela peut arri­ver avec des pré­ser­va­tifs. J’étais — je m’en rends compte aujourd’hui -, à cet âge, irres­pon­sable, inca­pable d’assumer conve­na­ble­ment l’éducation d’un enfant. Je n’avais aucune res­source stable, mon ami d’alors était étu­diant. La mater­nité aurait signi­fié la fin d’une cer­taine forme d’insouciance, qui allait de pair avec quan­tité de décou­vertes, de ren­contres dont je mesure aujourd’hui com­bien elles ont été pré­cieuses. J’ai 43 ans aujourd’hui, deux enfants dési­rés. Je sais que je peux leur appor­ter une plus grande atten­tion, une plus grande affec­tion — l’essentiel. Culpa­bi­li­ser une femme qui avorte est infect.
    Fré­dé­rique C.

  5. Ammakoala dit :

    Tout d’abord je remer­cie celles qui font vivre ce blog car ils nous per­mettent de témoi­gner de nos expé­riences et de notre vécu et de nos com­bats pour nos liber­tés fon­da­men­tales de femmes.

    1984. J’ai 30 ans. Acci­dent de par­cours avec un par­te­naire de pas­sage. Me voilà enceinte d’une enfant que je ne dési­rais pas du tout. Je vis en Cor­rèze loin des centres urbains et vois le méde­cin de vil­lage qui me confirme que je suis enceinte. Ma gros­sesse non dési­rée bien évi­dem­ment se passe mal : nau­sées épou­van­tables, som­meil irré­pres­sible, déprime, seins dou­lou­reux. Les jours passent et je n’arrive même plus à ava­ler un verre d’eau tant les nau­sées sont fortes.
    Heu­reu­se­ment j’ai des amies à Lyon, des fémi­nistes mili­tantes. Je contacte la meilleure de mes amies qui m’obtient très vite un rendez-vous dans un hôpi­tal lyon­nais. L’avortement est prévu à une semaine de la fin de la période légale des trois mois de gros­sesse. Ouf.
    Vaille que vaille je me traîne jusqu’à Lyon et suis ‘reçue’ au ser­vice IVG où le tra­vail s’effectue à la chaîne. En atten­dant mon tour on me reçoit comme un enfant fau­tif qui devrait se repen­tir, on me rap­pelle les dif­fé­rentes méthodes de contra­cep­tion (comme si je ne les connais­sais pas…), on tente de culpa­bi­li­ser en me deman­dant pour­quoi je désire avor­ter. Air hor­ri­fié de l’infirmière lorsque je lui dis ne pas dési­rer avoir d’enfants et ma colère contre les méde­cins qui refusent de me sté­ri­li­ser. Puis c’est l’attente, assise, der­rière un rideau. J’entends tout ce qui passe der­rière le rideau bien sûr. Mais ma déter­mi­na­tion reste intacte. J’attends le sou­la­ge­ment et la libé­ra­tion du far­deau que je n’ai pas choisi ni désiré et qui m’empoisonne la vie.
    Enfin mon tour arrive. L’avortement se passe et je n’en ai aucun sou­ve­nir dou­lou­reux de l’IVG tant j’étais gal­va­ni­sée par la dou­leur d’être enceinte. J’ai juste le sou­ve­nir d’un immense bon­heur d’être enfin libé­rée des deux avor­tons que je por­tais (le chi­rur­gien a pris le soin de me pré­ci­ser que j’étais l’indigne mère de deux jumeaux). L’infirmière qui s’inquiète de mes réac­tions post opé­ra­toires est cho­quée lorsque je lui dis être très heu­reuse. ‘Vous devriez avoir honte’ me dit-elle. Quelle conne !
    1 heure après l’intervention mon amie vient me cher­cher. Je suis gaie, à nou­veau moi-même, prête à mordre la vie à pleine dents. Jamais je n’ai eu honte, jamais je n’ai culpa­bi­lisé et toute ma vie j’ai remer­cié celles et ceux qui se sont bat­tus pour que cela soit pos­sible, pour que nous les femmes ne soyons pas que des ventres por­teurs, pour que nous puis­sions choi­sir de mettre un terme à ce que nous vivons comme un drame.
    Six mois après l’IVG j’ai annoncé au père mal­gré lui que j’avais avorté. J’aurais dû m’abstenir car il n’était pas prêt à entendre ça. Ma déci­sion m’appartenait et il n’y était pas pour grand chose fina­le­ment.
    Bref je ne regrette rien de rien, je vais très bien merci et grâce à cette IVG ma vie n’a pas bas­culé dans une dimen­sion que je ne dési­rais pas car gar­der un enfant non désiré est encore plus dévas­ta­teur pour l’enfant que pour la mère.

  6. Flor dit :

    J’ai avorté il y a 25 ans, au Nica­ra­gua. J’y tra­vaillais comme coopé­rante pour la soli­da­rité, après la révo­lu­tion san­di­niste. J’y avais un com­pa­gnon du pays, et la gros­sesse fut un acci­dent. Lorsque j’ai su que j’étais enceinte, les condi­tions pour éle­ver l’enfant m’ont fait peur, je ne me sen­tais pas prête, trop iso­lée, sans res­sources stables. Pas d’hésitation, une seule solu­tion, l’IVG. Ma mère avait, elle aussi, déjà avorté, dans les années 50, en Suisse.
    On m’a aidé à trou­ver un méde­cin qui pra­ti­que­rait l’opération. Je n’étais pas très ras­su­rée, mais tout s’est très bien passé.
    Reve­nue depuis en France, j’ai fondé une famille. Mon com­pa­gnon et moi avons deux beaux col­lé­giens en qua­trième, un gar­çon et une fille, qui étu­dient cette année la contra­cep­tion et l’IVG. Je leur ai raconté très sim­ple­ment mon his­toire, sans for­fan­te­rie ni honte.
    Je n’ai jamais regretté : quand on ne se sent pas prête, quelles que soient les rai­sons, on risque son bon­heur, celui de son com­pa­gnon et celui de l’enfant.

  7. Nathalie dit :

    J’ai avorté à plu­sieurs reprises, car je ne sup­por­tais pas la pilule et aucune méde­cin ne vou­lait me mettre de sté­ri­let tant que je n’avais pas eu d’enfant. La contra­cep­tion était donc com­pli­quée pour moi. Même si avor­ter n’était pas une par­tie de plai­sir (hos­pi­ta­li­sa­tion, dou­leurs, etc…), ça ne m’a jamais posé de pro­blème psy­cho­lo­giques, je n’était pas pas prête à avoir des enfants à ce moment-là. Je n’ai jamais regretté ces avor­te­ments, je n’ai jamais pensé à ces foe­tus comme à des enfants, mais plu­tôt comme à un pro­ces­sus bio­lo­gique enclen­ché par erreur et inter­rompu. Je n’ai gardé aucune séquelle phy­sique, et le jour où j’ai décidé d’avoir un enfant, j’ai été enceinte dans le mois qui a suivi… Je suis aujourd’hui la très heu­reuse mère d’un enfant de 13 ans, et je me sens par­fai­te­ment à l’aise dans ce rôle que j’assume avec beau­coup de joie. Il m’a fallu beau­coup de temps pour me sen­tir prête à deve­nir mère, et je remer­cie infi­ni­ment toutes les femmes qui se sont bat­tues avant moi pour me per­mettre de prendre ce temps là et de réus­sir ma vie de mère.

  8. Laurence dit :

    En 1980 j’ai subie une IVG à Paris alors que je vivais à Amiens.
    Certes le dépla­ce­ment n’était pas facile mais l’accueil reçu lais­sera à jamais un sou­ve­nir « posi­tif » avec des pro­fes­sion­nels d’une grande huma­nité. Pour la petite his­toire : une tar­te­lette au citron m’attendait au retour dans la chambre et après les dou­leurs endu­rées (je n’avais pas les moyens finan­ciers pour une anes­thé­sie) c’était par­ti­cu­liè­re­ment appré­ciable. Ceci m’a donné envie de mili­ter et en
    tant qu’infirmière j’ai eu l’occasion et la chance de tra­vailler dans
    un plan­ning de l’Ouest. Merci à toutes, conti­nuons notre lutte et que
    les hommes montrent davan­tage leur enga­ge­ment à nos côtés !!!

  9. Christine M dit :

    J’ai avorté début 1983, le décret d’application concer­nant le rem­bour­se­ment n’étant pas encore passé, je n’ai pas pu être rem­bour­sée. Rageant. D’autant que nous avions battu le pavé pour que, suite à la loi Veil, l’avortement soit rem­boursé ! Mon com­pa­gnon et moi débu­tions dans la vie pro­fes­sion­nelle et n’avions pas trop de sous. Je me suis retrou­vée enceinte suite à un oubli de dia­phragme, c’était une gros­sesse non pré­vue. Je vou­lais avor­ter et je n’avait aucun état d’âme. J’ai eu le contact pour avor­ter au centre d’orthogénie de Massy Palai­seau. Le gyné­co­logue que j’ai ren­con­tré et qui a pra­ti­qué l’avortement était trés sympa. Enfin presque… Car il a jugé bon de me pla­cer des lami­naires pour ouvrir le col . Ces char­mantes petites algues ont déclen­ché des contrac­tions durant toute la nuit pas­sée en cli­nique. Peut-être voulait-il que je m’en sou­vienne? Je le ras­sure aujourd’hui grâce à ce blog et au témoi­gnage qu’il me per­met d’écrire. J’ai gardé en mémoire, la salle froide où je suis res­tée les pattes en l’air pen­dant deux bonnes heures sans autre cou­ver­ture qu’une blouse four­nie par la struc­ture et les contrac­tions qui m’ont tenue éveillée toute la nuit. Je vais bien merci car cette expé­rience à ancrer en moi de façon intime et pérenne la force de reven­di­quer ce choix et ce droit.
    J’ai remis cela 10 ans plus tard, cette fois ci avec le médi­ca­ment. J’ai été bichon­née au centre ivg du CHU avec une sage femme sta­giaire toute dévouée à nos soins. Une autre femme avor­tait avec moi, elle se disait contre l’avortement, nous avons bien dis­cuté et plai­santé de ses contra­dic­tions. Un truc entre femmes.

  10. Ava dit :

    1989, 19 ans, étu­diante, les gar­çons faciles, la contra­cep­tion connais pas, ou si peu, un pré­ser­va­tif quand le par­te­naire y pense, la pilule ça fait gros­sir, le sida ne pas­sera pas par moi. J’ai 19 ans, et je suis immor­telle, rien ne peut m’arriver.
    Et paf ! enceinte… je ne sais pas de qui… et je n’ai aucune envie de le gar­der. Atten­tion, ce n’est pas que sois insen­sible, au contraire, je ne suis pas prête, je ne gagne pas ma vie. Je la com­mence à peine.
    Vite ! chez une géné­ra­liste qui m’engueule mais me donne l’adresse d’une gyné­co­logue. Chez la gynéco, j’invente une his­toire de pré­ser­va­tif déchiré… pas envie de me refaire pas­ser un savon. Elle est assez cool, ne me juge pas, et ce sera la seule. Elle s’occupe de tout.
    Suivent la visite chez la psy­cho­logue, l’anesthésiste puis le jour de l’opération. Rien de notable. On m’a juste demandé de bien réflé­chir, dit qu’il ne fau­dra pas recom­men­cer… Oui, oui, tout ce que vous vou­lez, mais qu’on en finisse ! L’opération ter­mi­née, sans dou­leur, je me sens légère, heu­reuse, je vais même faire la fête.
    22 ans plus tard, j’ai trois magni­fiques enfants, dési­rés. Un jour je leur dirai.

  11. Albertine dit :

    J’ai avorté, 4 fois, à lire les autres j’ai eu de la chance. Je n’ai aucun sou­ve­nir d’attitude de reproche de la part des méde­cins, infir­mières. J’ai eu à chaque fois une anes­thé­sie géné­rale, ça a été simple et facile. Je me sou­viens d’être ren­trée à la cli­nique le matin et d’en être sor­tie vers 4h l’après-midi avec, à chaque fois, la sen­sa­tion d’être plus légère. Peu importe pour­quoi j’ai été enceinte ces 4 fois, je ne sup­por­tais pas la pilule, j’ai trouvé après la der­nière fois le moyen qu’il me fal­lait parce que mon méde­cin a accepté de me faire essayer le sté­ri­let alors que je n’avais pas eu d’enfants. Je ne mesu­rais pas la chance que j’avais d’avorter sans pro­blèmes. Je n’ai jamais eu de séquelles d’aucune sorte, aucun regret, encore moins de remords. Peut-être une autre péti­tion et un pro­chain appel: Je n’ai pas d’enfants, c’est défi­ni­tif et je vais bien merci ! Voire même… je suis heu­reuse ! !
    Là aussi, il y a encore du che­min et du tra­vail à faire pour ne pas voir un oeil attristé ou sus­pi­cieux vous regar­der quand vous répon­dez non à « et toi tu as des enfants ? » J’ai remar­qué que sou­vent la conver­sa­tion flotte un peu à ce moment là, les autres ont l’air gêné, soup­çon­nant un drame, for­cé­ment. Et si je n’ai pas conscience de mon désir d’enfant, c’est parce que c’est incons­cient, jus­te­ment ! La pro­chaine fois je demande si la conne­rie niaise est incons­ciente aussi. Soyons, res­tons vigilantes.

  12. sylvie dit :

    J’ai avorté trois fois en 4 ans, à Paris au début des années 80, dans une période (un peu longue!) de grande insta­bi­lité dans ma vie et d’adolescence dif­fi­cile: les années d’avant: copain régu­lier, pilule sans pro­blème, et les années d’après: vie de couple (les­bienne) sans souci et plus tard deux enfants. Mais entre les deux il y a eu cette période de tran­si­tion où je n’avais plus de contra­cep­tion régu­lière, des rap­ports hétéro occa­sion­nels mal pro­té­gés, une grande ambi­va­lence (pilule du len­de­main, à l’époque en deux temps à moi­tié prise…) et heu­reu­se­ment j’ai été plu­tôt bien reçue à chaque fois, mais j’étais étu­diante en méde­cine, ça aidait quand même… J’avais réussi à me faire poser un sté­ri­let comme nul­li­pare, et j’en veux encore à l’interne qui me l’a enlevé un jour sans me deman­der mon avis: j’étais jeune, je n’ai pas osé faire un scan­dale! Conti­nuons à tenir bon pour pro­té­ger nos droits!

  13. Domie dit :

    1984. j’ai 18 ans et je suis au Lycée. C’est mon 1er petit copain et je pends la pilule du plan­ning fami­liale car impos­sible d’en par­ler aux parents. mais je l’oublie sou­vent cette fameuse pilule et je pense que cela ne peux m’arriver.…mais après un retard de plus d’un mois, je dois me mettre à l’évidence je suis enceinte .… Com­ment le dire aux parents, je ne veux pas me mariée, je n’aime pas assez mon copain, je ne veux pas d’un bébé.… Je l’annonce à mes parents qui sont dépas­sés et c’est ma grande soeur qui m’aide à prendre la déci­sion et d’appeler le gényco.… La suite reste flou.… mais à la cli­nique ils sont gen­tils, je suis endor­mis et quand je me réveille c’est ter­miné enfin !!!! Je reprend ma vie, laisse tombé mon copain et conti­nue mes études.… Je retombe enceinte 22 ans aprés et là ce fut le plus beau cadeau de la vie .…. je ne regrette rien même si de temps en temps je compte l’age qu’il aurait.

  14. Valérie dit :

    Bon­jour
    sans lit­té­ra­ture ni faux sem­blants, j’ai avorté à 18 ans, parce que ma liberté et mon éman­ci­pa­tion en dépen­daient.
    À cette époque pour tous les pro­fes­sion­nels que j’ai ren­con­tré, du gyné­co­logue à l’assistante sociale, l’avortement devait être avant tout un acte libé­ra­teur lais­sant à mon corps et à mon esprit de jeune fille le temps de gran­dir et de s’affranchir des peurs et des fan­tasmes. Le temps de trou­ver ma place, de taire mes colères, de connaître mieux mes désirs, le temps d’être une femme. Pour cha­cun et cha­cune c’était à moi de déci­der si j’étais enceinte ou non, en toute conscience, et l’acte chi­rur­gi­cal qui en décou­le­rait devait enté­ri­ner cette déci­sion. C’est ce qui c’est passé. Et qu’a ce moment là, le corps social soit encore en phase avec mon corps gran­dis­sant, a fait que je n’ai eu ni doute ni remord quand au choix que j’avais fait.
    La suite de ma vie n’a fait que confir­mer mon choix et en ce sens il a été fon­da­teur. Rien n’ai venu contre dire l’intime convic­tion qui était la mienne à l’époque: J’étais tom­bée enceinte par igno­rance, par peur, par manque de cou­rage, en avor­tant je regar­dais mon corps et ces désirs en face, je pre­nais ma place d’être humain res­pon­sable et je me don­nais une chance d’être au monde.
    « Lorsque je me suis réveillée dans la chambre claire, tout c’était bien passé, je suis sor­tie sur mes deux pieds, j’ai regardé passé le bus qui devait me rame­ner chez moi, je ne pou­vais pas cou­rir, pas encore! J’ai souri, pas de drame, juste la vie!« 
      Merci pour votre ini­tia­tive
    Sin­cè­re­ment
    Valérie

    • elisabeth dit :

      j’ai vécu un peu la même chose au même âge et je ne regrette rien. j’ai deux enfants que j’adore et une petite fille magni­fique. Notre corps nous appar­tient!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
      Vous vous sen­tez dans la peau d’une repro­duc­trice????
      Vous devez choi­sir votre avenir!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  15. Michèle dit :

    J’ai avorté en 1980, j’avais 20 ans. A l’époque, j’habitais Mar­seille. J’étais donc allée avec une amie, au plan­ning fami­lial rue Sénac, où on m’avait reçue avec beau­coup de gen­tillesse. Rendez-vous avait été pris à l’hopital Michel Lévy (qui a été détruit depuis) pour une IVG par aspiration.

    L’intervention s’était pas­sée nor­ma­le­ment, le per­son­nel était atten­tif et à l’écoute.
    A l’époque cela n’était pas rem­boursé natu­rel­le­ment, cela coû­tait 450 francs.

    Aucun remords, aucun regret pour moi ; j’étais étu­diante, il fal­lait que je m’en débar­rasse, et point barre. Il faut dire aussi que j’étais en 1ere année de méde­cine et qu’avec les cours d’embryologie, je savais ce que je fai­sais : un tas de cel­lules à extraire.

    Et 35 ans après, lorsque que je lis tous ces témoi­gnages effa­rants sur le net, il me semble que j’hallucine … il y a eu me semble t’il une énorme régres­sion sur le sujet.

    Et 35 ans après éga­le­ment, j’en pro­fite pour remer­cier le per­son­nel du plan­ning fami­lial de la rue Sénac, et de l’hopital Michel Lévy.

    Michèle.

  16. Lysiane dit :

    J’ai avorté en 1981. J’avais 27 ans. J’avais une liai­son pas­sion­née et hou­leuse avec un homme marié. Un jour la contra­cep­tion (gélule vagi­nale) n’a pas mar­ché et je me suis retrou­vée enceinte. Il n’avait aucu­ne­ment l’intention de quit­ter sa femme. Moi aucu­ne­ment l’intention d’élever un enfant seule. Ma déci­sion a été vite prise. J’ai trouvé assez faci­le­ment un gynéco char­mant et non culpa­bi­li­sant qui s’est occupé de moi très vite dans une cli­nique à Paris, j’ai oublié où. Tout s’est bien passé et je me suis sen­tie libre, sou­la­gée, heu­reuse.
    Je n’ai jamais regretté cette déci­sion une seule seconde. Ensuite j’ai eu une fille dési­rée avec un père formidable.

  17. Isabelle dit :

    Bon­jour,

    Je suis hyper-fertile, à presque faire croire à l’ imma­cu­lée concep­tion (Mot-clé ici = presque).
    Même avec un super-stérilet, pan! Mars 1989, gros­sesse pas dési­rée, avec plein de rai­sons (santé+famille+boulot), encore que, à mon avis, on n’a pas à se jus­ti­fier.
    Plan­ning fami­lial pari­sien rapide, ami tou­bib, anes­thé­sie géné­rale parce que je suis une grande douillette, le tout fut expé­dié en quelques jours.
    Sen­ti­ment post-op’ :« ça fait du bien quand ça s’arrête ».

  18. elisabeth dit :

    Ado dans les années 70 ( née en 58) dans une famille catho et pauvre, le sexe MAL et l’intervention des seven­ties oulah!!Mon avor­te­ment avec le plan­ning fami­lial sans souci, res­pect de l’ado en 74, même pas peur! Je me sou­viens par contre que mon Frère a payé 400 frs à l’époque, vu que le père s’en fou­tait et qu’il était hors de ques­tion d’avertir les parents, mais Maman est venue me cher­cher et elle a com­pris. Depuis j’ai deux enfants mer­veilleux, je ne regrette rien sauf qu’on retourne au MOYEN AGE!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    J’ai peur pour ma fille, je veux qu« elle soit libre avec son corps et seule à déci­der, elle a une fille plus belle que tout et je me bat­trai pour sa liberté aussi, les bruits reli­gieux ou pseudo reli­gieux m’angoissent, le monde recule et je ne l’accepterai pas! Je suis réso­lu­ment révol­tée par cette société injuste mais je gar­de­rai tou­jours un regard par­ti­cu­lier pour Simone Weill qui m’a per­mis de vivre libre­ment ma vie de mère, ce que ma mère n’a pas pu vivre.

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