J’ai avorté dans les années 2000 et je vais bien

Vous pou­vez lais­ser vos témoi­gnages en com­men­taires.  Ne lais­sez pas d’informations qui, croi­sées, per­mettent de vous iden­ti­fier (sauf si vous y tenez) mais dites-nous un peu qui vous étiez à ce moment-là (âge, caté­go­rie pro­fes­sion­nelle, situa­tion sentimentale…)

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124 réponses à J’ai avorté dans les années 2000 et je vais bien

  1. ko dit :

    J’avais 27 ou 28 ans, un bou­lot en CDI assez pre­nant (cadre for­fait jour, l’arnaque), et je vivais, très cor­rec­te­ment, à Paris. Cela fai­sait à peine deux ou trois mois que je vivais une his­toire d’amour pas­sion­née avec cet homme, en train de divor­cer, père de deux jeunes enfants. On venait de « faire le test » et donc, d’abandonner la capote. Je ne pre­nais pas la pilule, on se conten­tait de « faire atten­tion ». Pas suf­fi­sam­ment, évi­dem­ment… Quand je lui ai annoncé cette « gros­sesse » non vou­lue, il a été très clair d’entrée de jeu, il n’en vou­lait pas. De mon côté, je me suis posé la ques­tion le plus hon­nê­te­ment pos­sible : non, je n’en vou­lais pas non plus, ça n’avait rien d’opportun, à aucun niveau. Ça n’a pas été une déci­sion dif­fi­cile à prendre.
    Ce qui a été dif­fi­cile, c’est le trai­te­ment de cette déci­sion et de ses consé­quences phy­siques par l’équipe médi­cale. Ma gynéco était super, elle m’a trouvé rapi­de­ment une place dans une cli­nique pri­vée. En revanche, l’échographiste, quand il a com­pris que j’allais faire une IVG, s’est com­porté comme un malo­tru, bru­tal, froid — limite mal­poli. J’ai été tel­le­ment sur­prise que je n’ai rien dit.
    Ensuite, la cli­nique : les IVG étaient toutes regrou­pées le samedi matin, dans une salle d’attente à part, his­toire sans doute qu’on ne se mélange pas aux autres patientes. L’équipe était au mieux indif­fé­rente, tra­vaillant méca­ni­que­ment, rapi­de­ment, comme à la chaîne, au pire visi­ble­ment exas­pé­rée d’être là et hos­tile. Il s’agissait pour moi d’une IVG par aspi­ra­tion. J’ai res­senti des dou­leurs inte­nables dès mon réveil. Au début, j’ai serré les dents, me disant que ça allait pas­ser. De toute façon, l’équipe n’était clai­re­ment pas dis­po­nible ou à l’écoute. Au bout de 2h, je me tor­dais sur le lit, en proie à des dou­leurs très intenses, vomis­sant… Mal­gré ce, il a fallu que mon com­pa­gnon s’énerve tout rouge et en arrive à qua­si­ment mena­cer l’infirmière en chef pour qu’elle me donne des anti-douleurs (l’anesthésiste était déjà ren­tré chez lui).
    Je suis sor­tie de cette cli­nique dès que les anti-douleurs ont com­mencé à agir, j’étais dans une rage noire, com­ment l’équipe médi­cale avait-elle pu lais­ser une patiente souf­frir ainsi, sans prendre en charge sa dou­leur phy­sique ?!?
    Aujourd’hui, j’attends un enfant, désiré, et qui va arri­ver au moment choisi par ses futurs parents.
    De cette IVG pas­sée, je ne conserve pas d’autre sou­ve­nir que cette colère contre des soi­gnants qui n’avaient pas su, voulu ou pu assu­mer leur rôle.

  2. ponyo dit :

    Je tra­vaillais dans un hôtel pour l’été, au Royaume-Uni. J’ai eu une aven­ture avec un col­lègue, le temps de la sai­son. Je ne pre­nais pas la pilule, nous n’utilisions pas de capotes. Nous fai­sions atten­tion, i.e. il se reti­rait avant d’éjaculer… jusqu’au jour où il n’a pas senti l’éjaculation arri­ver. Sur le moment, j’ai bien sen­tie qu’il avait dérapé mais lui m’a dit qu’il avait géré, je lui ai fait confiance. Je me suis ren­due compte que j’étais enceinte une fois ren­trée en France. Hors de ques­tion, évi­dem­ment, de mener la gros­sesse à terme : encore étu­diante, situa­tion éco­no­mique pré­caire, pas de rela­tion stable. L’avortement était une évi­dence. Ça s’est très bien passé. Je n’en garde aucun trau­ma­tisme. Par contre, quand j’ai réa­li­sais que j’étais enceinte et que j’allais devoir avor­ter, je me suis sen­tie bien bête de ne pas pris de pilule du len­de­main par pré­cau­tion ou même de ne pas avoir imposé le pré­ser­va­tif lors de nos rap­ports sexuels. Depuis, je suis intrai­table sur ce point.

  3. Mèmène dit :

    J’avais 22 ou 23 ans, à l’époque j’étais au chô­mage, et dépres­sive sévère. Je sor­tais avec un gars qui, au fur et à mesure, avait fini par faire de moi une loque, il n’avait aucune consi­dé­ra­tion pour moi. Et moi je n’étais qu’une pauvre fille qui ne se ren­dait pas compte du tout de la situa­tion, abru­tie par les médi­ca­ments, sans aucun recul. Bref, une période pas glop du tout.
    Je suis tom­bée enceinte suite à un oubli de pilule. Et la ques­tion de le gar­der ou pas ne se posait même pas, je n’ai pas réflé­chi plus de 5 min. Com­ment gar­der un enfant alors que je n’avais pas de tra­vail, deux loyers en retard, et alors que j’étais si mal que j’avais fait plu­sieurs séjours à l’hopital ? Sans comp­ter le père qui ne vou­lait abso­lu­ment pas d’enfant, qui s’inquiètait plus de savoir si j’allais avor­ter qu’autre chose, qui ne m’a pas sou­te­nue ni accom­pa­gnée, et qui m’avait fait énor­mé­ment de mal. Je me voyais mal avoir un enfant sans père, à lui dire à l’âge de 15 ans : ‘je suis déso­lée, chéri, ton père n’a jamais voulu de toi, il m’a fait beau­coup de mal’, et sur­tout à voir sur son visage les traits de son père qui me font tant hor­reur aujourd’hui. A impo­ser un enfant du mec que je hais le plus au monde à mon copain actuel, qui l’aurait certes accepté, mais peut-être difficilement.

    J’ai avorté dans un centre et tout s’est très bien passé. Mon méde­cin a été super com­pré­hen­sif, m’a aidée dans toutes les démarches, et tous les inter­ve­nants (éco­gra­phistes, infir­miers, méde­cin) ont été exem­plaires. J’ai eu très mal pen­dant l’IVG (par aspi­ra­tion), j’avais la sen­sa­tion que l’on m’aspirait les tripes, mais il y avait une infir­mière d’une très grande gen­tillesse qui était à côté de moi pour me ras­su­rer. Je me sen­tais mal non pas par rap­port à l’avortement en lui-même, mais par rap­port à toute la situa­tion, je me ren­dais compte que je tou­chais le fond, et en ce sens l’avortement fut un déclic salvateur.

    Aujourd’hui, tout va bien, je suis gué­rie de ma dépres­sion depuis quelques temps déjà, je suis en couple et je n’ai jamais été aussi heu­reuse. Je ne pense qua­si­ment jamais à l’avortement, je n’ai pas été trau­ma­ti­sée. J’ai tou­jours consi­déré cet IVG comme étant une chance de ne pas plon­ger un peu plus à une époque où je ne volais pas bien haut. Bien évi­dem­ment, de temps en temps je m’imagine quel âge il pour­rait avoir aujourd’hui, ce bon­homme non-né, mais rien de bien sérieux. Point barre.

    J’ai eu la chance d’avoir été entou­rée, et sur­tout de ne pas avoir été jugée, d’avoir vécu celà dans des condi­tions très décentes. Je sou­haite à toutes celles qui pas­se­ront par ça que ça se passe aussi bien. J’ai mal au coeur de voir que toutes ces années après la bataille pour la léga­li­sa­tion de l’IVG, on en soit encore à faire des péti­tions, créer des sites pour dépo­ser des témoi­gnages, mani­fes­ter dans les rues. J’ai mal au coeur de me voir écrire mon his­toire, tel­le­ment banale, pour faire entendre aux gens ‘ouvrez-les yeux, nous ne sommes pas trau­ma­ti­sées, ou dépres­sives, ou mortes, parce que nous avons avorté’. J’ai 26 ans et j’ai mal au coeur de voir que les condi­tions de l’IVG en 2011 peuvent être si excé­crables. J’ai mal au coeur de devoir gueu­ler aux gens qui ne me com­prennent pas : ‘oui, j’ai avorté, et je vais bien’.

  4. Johanne dit :

    J’avais 24 ans, en der­nière année de Sciences-po. Je sor­tais depuis quelques mois seule­ment avec un gar­çon de mon âge dont j’étais en train de tom­ber amou­reuse. Lui aussi ter­mi­nait ses études. Une soi­rée trop arro­sée au nou­vel an et un acci­dent de capote plus tard, j’étais enceinte. Ma toute pre­mière pen­sée a été : » ça va tout chan­ger entre nous ! ». Pas une seule fois je n’ai songé à le gar­der, ce petit amas de cel­lules : je n’avais pas investi des années dans mes études (sans par­ler de l’effort finan­cier de mes parents) pour tout foutre en l’air au milieu de la der­nière ligne droite. Et je n’allais cer­tai­ne­ment pas me lier à vie avec un homme que je connais­sais à peine, quelques soient mes sen­ti­ments pour lui !

    J’ai eu de la chance : je m’en suis ren­due compte très tôt, donc j’ai pu faire ça par voie médi­ca­men­teuse. Je n’ai qua­si­ment rien senti. Le moment le plus pénible a été la consul­ta­tion avec la gynéco (de ville), qui m’a trai­tée comme une pauvre petite chose seule face à cette hor­rible déci­sion. Elle m’a même pro­posé d’attendre encore quelques semaines, alors que j’étais par­fai­te­ment sûre de moi.

    Je n’ai jamais regretté ma déci­sion, je n’y pense qua­si­ment jamais, sauf quand j’apprends les dif­fi­cul­tés qui s’accumulent pour les femmes qui veulent, comme moi, avoir la liberté de déci­der de leur vie. Un jour pro­chain je devien­drai mère, mais c’est moi qui choi­si­rai ce jour

  5. un droit inaliénable dit :

    un copain de pas­sage. un oubli de pilule.
    déjà, j’avais un petit, conçu dans l’amour mais élevé sans son père, parti entretemps.

    hors de ques­tion de conce­voir un être humain sans pro­jet pour lui !
    la galère finan­cière aussi, mais pas seulement.

    beau­coup, beau­coup pleuré. Oui parce qu’on a aussi le droit de pleu­rer, hein, les filles, c’est pas comme arra­cher une dent. Même si ça fai­sait genre 2 semaines (la chance de m’en aper­ce­voir vite, d’être dans une ville où on peut faire ça vite).

    La sale gueule de cer­taines connasses du centre hos­pi­ta­lier. La com­pas­sion de celle qui me remet les cachets. L’obligation de faire ça en « mater­nité » : quelle héré­sie. Croi­ser des jeunes mères rayon­nantes, quand je connais la joie que pro­cure une nais­sance, l’immense amour.

    Psy­cho­lo­gi­que­ment on peut avoir besoin d’un suivi. J’ai un jour rêvé de ce « bébé » nul et non avenu, c’était étrange… je croyais l’affaire clas­sée… jusqu’à ce que je réa­lise que c’était 9 mois pile poil après mon avor­te­ment. Etrange !

    Bref ! C’est la meilleure déci­sion que j’aie pu prendre dans ma vie. La plus dure aussi.

    Je suis aujourd’hui en couple, heu­reuse, épa­nouie. Nous avons eu 2 enfants, vécu en couple des gros­sesses magni­fiques (sans gynéco, merci, il y a les sages-femmes pour un suivi bien fait), nous en éle­vons donc 3, à qui j’expliquerai en long, en large, en tra­vers, les mul­tiples pos­si­bi­li­tés de CONTRACEPTION aux­quelles nous avons la chance d’avoir accès en 2011.

    Le top, c’est quand même de pou­voir évi­ter. Alors, sou­te­nons les plan­nings, inves­tis­sons les col­lèges, appre­nons aux jeunes à décou­vrir leurs corps et le PLAISIR sans vivre une ivg derrière…

  6. Rose dit :

    J’avais 16 ans, ( à pré­sent 21) j’étais en couple avec un gar­çon de 19 ans, qui ne vivait pas dans la même ville que moi.Un oubli de pilule et trois semaines après je com­mence à me poser des ques­tions… J’achète un test de gros­sesse et m’enferme dans les toi­lettes de l’appartement familiale.Le test ne fonc­tionne pas.Je suis sor­tie et j’ai fait par de mes doutes à ma mère qui m’a aus­si­tôt envoyé faire des analyses.Analyses avé­rées positives.Ensuite tout est allé très vite, le gynéco qui m’a regardé en disant  » et bien madame votre fille sort défi­ni­ti­ve­ment de l’enfance », le plan­ning fami­liale de ma ville qui devait me signer un cer­ti­fi­cat pour que je ne doive pas patien­ter pen­dant 15 jours, eux ce sont mon­trés très désa­gréables, ce qui m’avait beau­coup cho­qué à l’époque.
    J’ai avorté par voie médi­ca­men­teuse, dans une petite clinique.Ma mère était là ainsi que mon copain, l’atmosphère n’était pas déten­due, ma mère et moi nous nous sommes dis­pu­tées, j’ai fini par m’enfermer dans les toi­lettes en atten­dant la fin.Je n’ai pas trop souffert.Sortie de là, j’ai oublié rapi­de­ment cette his­toire, je n’ai pas une seule fois hésité à avor­ter et heureusement.je connais beau­coup de filles de mon âge qui ont des enfants, qui le vivent bien, mais non, ce n’est pas le bon moment pour moi.Je reste lucide , il me reste beau­coup de che­min à faire et bien des per­sonnes à rencontrer.

  7. Elle va bien, merci dit :

    J’étais étu­diante et en couple avec des hauts et des bas. Après un « break » et des retrou­vailles concré­ti­sées par un rap­port sans contra­cep­tion, je suis tom­bée enceinte.

    Après un test en phar­ma­cie (faux) néga­tif, je suis allée faire une prise de sang dans un labo. Lors de la remise des résul­tats, j’ai demandé à la secré­taire médi­cale si j’allais savoir inter­pré­ter les résul­tats seule ou s’il fal­lait que je retourne voir un méde­cin. Elle m’a pris l’enveloppe des mains, l’a ouverte en levant les yeux au ciel et en sou­pi­rant « c’est posi­tif ». Le sol s’est dérobé sous mes pieds. J’en ai parlé à mes amis, à mes parents, j’ai pris rdv chez ma gynéco pour enta­mer au plus vite les 7 jours de réflexion.

    J’ai avorté par voie médi­ca­men­teuse, dans un hôpi­tal public génial, où je n’ai pas été jugée, où on m’a expli­qué tout ce que mes profs de bio du lycée n’avaient pas expli­qué (non, non, l’ovulation n’a pas sys­té­ma­ti­que­ment lieu le 14ème jour du cycle).

    J’ai eu un peu mal le jour même, j’ai été un peu triste, mais j’ai tout de suite su que c’était la bonne décision.

    Cet avor­te­ment a été déci­sif dans mon enga­ge­ment et mon mili­tan­tisme fémi­niste, et quelques années après (je ne me sou­viens plus de l’année exacte, c’est dire), je vais bien, merci!

  8. Petit Rat dit :

    J’avais 24 ans, en couple depuis 7 mois. Une contra­cep­tion dif­fi­cile (ne sup­por­tant pas les trai­te­ments hor­mo­naux, c’est com­pl­qiué de trou­ver une solu­tion autre), un déra­page et je me retroure enceinte. L’angoisse! J’ai beau­coup pleuré, mais la solu­tion était évi­dente. J’avais beau être amou­reuse je savais que si je le gar­dais, je fini­rais mère céli­ba­taire, non merci! J’ai donc pris rendez-vous au plan­ning fami­lial, où tous le monde a été très com­pré­hen­sif sauf la gynéco qui m’a fait la morale. Très désa­gréable dans un moment où j’étais déja assez débous­soulé.
    Par ailleurs l’IVG s’est fait sous anes­thé­sie géné­rale, je n’ai pas souf­fert et le per­son­nel hos­pi­ta­lier a bien fait son tra­vail.
    Je ne regrette rien, même si ça n’a pas été facile. Si je l’avais gardé je serais dans une situa­tion mer­dique, et avec un gamin mal­heu­reux!
    Je suis main­te­nant avec un homme mer­veilleux, un job très inté­res­sant, et nous devien­dront parents lorsque nous le déci­de­ront.
    Je vais très bien, merci!

  9. Sophie dit :

    J’ai avorté en 2000. Je venais d’avoir mon 2e enfant. Ma contra­cep­tion à l’époque n’était pas effi­cace (pré­ser­va­tif). Je ne vou­lais pas d’autre enfant, j’ai décidé d’avorter, mon com­pa­gnon m’a dit que c’est mon choix et dans tous les cas le sou­tien­dra.
    j’ai avorté par voix médi­ca­men­teuse, le méde­cin m’a pres­crit tout cequ’il fal­lait, et j’ai avorté chez moi, le len­de­main je suis retour­née le voir dans la cli­nique (pri­vée) pour contrô­ler que tout c’était bien. Rendez-vous au petit matin dans un bâti­ment à l’écart, c’était glauque à sou­hait. Mais dans tous les cas, le méde­cin était très bien.
    Je vais très bien et pas de regret, aucun si ce n’est de n’avoir pu avor­ter à l’hôpital public mais chez moi, sans suivi réel…
    et oui je vais et vis bien!

  10. Hélène dit :

    J’avais 17 ans quand je me suis ren­due compte que j’étais enceinte du gar­çon que je venais de quit­ter, à quelques jours du bac de fran­çais.
    Je n’ai pas voulu en par­ler à ma famille, je me suis ren­due au plan­ning fami­lial suf­fi­sam­ment tôt pour pou­voir pra­ti­quer un avor­te­ment médi­ca­men­teux.
    C’est éton­nant comme des choix peuvent chan­ger une vie. Si j’étais tom­bée enceinte à 15 ans, j’aurais pro­ba­ble­ment pour­sui­vie la gros­sesse, car à cette époque je n’avais aucune pers­pec­tives, aucune envie de faire des études, et sur­tout, j’étais dans ma période « les-enfants-c’est-trop-mignon ». Puis j’ai eu un déclic au début du lycée, j’ai vu qu’en tra­vaillant en cours (pour la pre­mière fois de ma vie), je pou­vais obte­nir de bons résul­tats, et cette gros­sesse est arri­vée juste au moment où je com­men­çais à avoir de vrais pro­jets pour mon orien­ta­tion après le bac. Je n’ai pas hésité une seconde, j’ai tout de suite su qu’il fal­lait que j’avorte.
    Je n’ai rien regretté, ni sur le moment, ni par la suite. En dehors du carac­tère désa­gréable de l’avortement en lui même (qui rend d’ailleurs absurde les dis­cours sur le soit disant dan­ger que des per­sonnes sen servent comme « moyen de contra­cep­tion régu­lier »), je n’ai pas vécu cette période comme dif­fi­cile, ni même mar­quante. C’est comme ça, c’était un choix entre moi et moi, et le phoe­tus avait la taille de l’ongle de mon petit doigt, il ne m’est pas venu à l’idée de culpa­bi­li­ser.
    C’est seule­ment par la suite, devant la réac­tion de cer­taines amies plus « conser­va­trices » à qui j’ai parlé de cet avor­te­ment que j’ai pu sen­tir la pres­sion sociale qui entourent les femmes qui avortent et me sen­tir culpa­bi­li­sée (ou en tous cas, sen­tir que les gens auraient trouvé nor­mal que je le sois).
    Aujourd’hui, j’ai 25 ans, et je pour­suis tou­jours mes études. Je n’ai vrai­ment pas l’intention d’avoir un enfant avant un bon moment, et si je devais à nou­veau avor­ter un jour pour pou­voir mener ma vie comme je l’entends, je n’hésiterai pas.
    Merci pour cet espace de par­tage déculpabilisant.

  11. m. dit :

    J’avais 19 ans, c’était au tout début des années 2000. Je démar­rais la fac. Je pre­nais la pilule, mais l’avais oubliée deux ou trois jours d’affilée. Ce n’était pas dra­ma­tique pour moi car nous uti­li­sions éga­le­ment un pré­ser­va­tif avec mon ami, or celui-ci a cra­qué. J’ai pris la pilule du len­de­main, n’ayant pas été suf­fi­sam­ment régu­lière dans la prise de la pilule.

    Pre­mière épreuve à subir, je n’ai pas retrouvé le pré­ser­va­tif et ai dû aller chez le méde­cin pour le faire reti­rer. Et puis quelques temps plus tard j’ai com­mencé à aller très mal phy­si­que­ment sans avoir la moindre idée de ce qu’il m’arrivait. Le méde­cin de nuit m’ayant aus­cul­tée devait, elle, avoir la sienne, car elle m’a pres­crit une prise de sang.

    « Féli­ci­ta­tions, vous êtes enceinte » m’a-t-on dit. A 19 ans, en début de fac, avec un copain qui ne vou­lait pas d’enfant (on habi­tait ensemble), ça m’a abat­tue. Pour mon géné­ra­liste, il était évident qu’il fal­lait que j’avorte. Presque aucun de mes proches n’a été mis au cou­rant, et notam­ment per­sonne de ma famille. Je vou­lais des enfants, à l’époque, mais pas comme ça, dans la pré­ci­pi­ta­tion, à 19 ans.

    Ma mère m’avait assez repro­ché le fait qu’elle ait dû arrê­ter ses études jeune, à cause de sa gros­sesse, je ne vou­lais pas de ça. De plus, si je le gar­dais, il était convenu que mon copain s’en irait et que je devrais l’assumer seule. Vou­lant des enfants, cette déci­sion a été très dif­fi­cile à prendre. J’ai décidé d’avorter par RU486.

    Le par­cours du com­bat­tant a com­mencé. Géné­ra­liste, plan­ning fami­lial, trou­ver un RDV dans un hôpi­tal pas trop sur­chargé (à l’époque ce n’était pas pos­sible à domi­cile). Une fois à l’hôpital, mon dis­cours à des­ti­na­tion de la psy­cho­logue était rôdé. En fait, elle n’a pas tant que ça testé ma volonté. J’ai avalé mes pilules. On m’a ins­tal­lée dans une salle où nous étions deux filles en train d’avorter, sur un fau­teuil où l’on pou­vait allon­ger ses jambes, à Paris. Nous étions sépa­rées par un simple paravent. C’était très glauque.

    Ça a duré plu­sieurs heures. La fille d’à-côté a réussi avant moi. Moi, ça a duré toute la mati­née et le début de l’après-midi. J’ai souf­fert comme je n’avais jamais souf­fert de ma vie. J’étais à la limite de perdre connais­sance. J’avais mal, je vou­lais des anti-douleur, mais le méde­cin n’était pas très coopé­ra­tif. Là j’ai res­senti que j’étais consi­dé­rée comme une fau­tive : c’était de ma faute après tout si j’étais dans cette posi­tion, si je souf­frais, je n’avais pas assez pris mes pré­cau­tions. La dou­leur phy­sique était comme une manière de me faire expier mes pêchés. La fille méde­cin n’en avait rien à faire de ma situa­tion, elle venait me voir lorsque c’était néces­saire tout en m’ignorant. J’étais tel­le­ment mal que je n’avais plus aucun moyen de me défendre, moi qui d’habitude ne suis pas du genre à me lais­ser faire (bien qu’à 19 ans, un peu plus qu’aujourd’hui tout de même).

    Et puis une infir­mière est venue me voir. Je lui ai dit à quel point j’avais mal. Elle a eu pitié. Elle m’a fait venir avec elle et m’a fait une piqûre intra-musculaire pour me sou­la­ger. J’ai vomi. Ni ça, ni même les sup­po­si­toires de Lama­line ne pou­vaient me cal­mer. Je vou­lais juste un lit, des draps, m’allonger, attendre que ça passe. Mais non, quand on avorte, on n’a pas droit à un lit.

    Et puis c’est arrivé. Je suis allée dans les toi­lettes, au moment de l’évacuation de l’oeuf. On m’avait dit de le don­ner au per­son­nel soi­gnant, ce que j’ai fait. C’était bizarre, quelque chose qui sor­tait de moi et qui devait tout de suite être « éva­cué » de ma vue, de mes mains. Je ne l’ai jamais revu. J’ai lu par la suite cer­tains articles men­tion­nant que les hôpi­taux avaient par­fois gardé ce genre de trucs dans du for­mol, ça m’a fait mal au coeur.

    J’avais tou­jours très mal. L’infirmière m’a dit que je pou­vais m’allonger dans la salle d’attente. La salle d’attente, quand même… Mais je l’ai fait. Je suis res­tée là, une heure, deux ou peut-être trois. Je suis par­tie lorsque j’ai été en mesure de mar­cher. J’ai repris mon train de ban­lieue, mes par­tiels, quitté mon job ali­men­taire. On m’avait parlé de suivi psy­cho­lo­gique, je n’ai jamais rien eu.

    J’étais très mal après mon avor­te­ment. D’une part, l’avortement est traité comme un sujet gra­vis­sime, on encense la vie, le fait de don­ner la vie. Je n’avais pas beau­coup songé à la ques­tion avant d’y être confron­tée. Peu de per­sonnes ayant été au cou­rant de ma gros­sesse, je n’ai pas eu à subir la réac­tion des gens. Mais je la connais­sais. Les cathos « pro-vie » d’abord, ceux pour qui avor­ter c’est voler une vie, tuer, égoïste, etc. Eux, j’en avais pas grand chose à faire.

    Ce qui était plus dur à sup­por­ter, c’était le regard sup­posé des gens bien pen­sant prô­nant l’auto-responsabilité : si l’on avorte, c’est qu’on a fait quelque chose de mal. On n’a pas fait atten­tion, donc il faut bien en payer les consé­quences. Ça, ce sen­ti­ment dif­fus qui ne s’exprimait pas en paroles autour de moi mais que je sen­tais pré­sent, était déran­geant. Je l’ai vrai­ment vécu à l’hôpital auprès du méde­cin à qui j’ai eu affaire. Pilule, pré­ser­va­tif, pilule du len­de­main : que pouvais-je faire de plus ? Ce qui me gênait donc, ce n’était pas les radi­caux, les « pro-vie », enten­dez « contre-choix », mais tous les autres : ceux qui sont pour l’avortement mais en défi­nissent les fron­tières, les res­pon­sa­bi­li­tés, ceux qui alour­dissent au maxi­mum la charge psy­cho­lo­gique que cela peut représenter.

    Je l’ai très mal vécu. Je vou­lais un enfant, j’en avais presque un, je l’ai perdu. Je ne le regrette pas, mais il m’arrive tou­jours de me deman­der quel âge il aurait aujourd’hui, et la vie que j’aurais. Il aurait 10 ans, et j’aurais sans doute arrêté mes études bien plus tôt. Je l’ai très mal vécu pour trois rai­sons majeures.

    1/ Phy­si­que­ment. J’ai eu de nom­breuses com­pli­ca­tions durant plus de 6 mois après l’avortement : infec­tions à répé­ti­tions, que je n’arrivais pas à soi­gner par le biais d’ovules. Ces séquelles phy­siques m’ont mar­quée sur la durée, je ne pou­vais pas oublier ce qui était sorti de moi.

    2/ Rela­tion­nel. J’ai posé un ulti­ma­tum à mon ami : il fal­lait qu’il se décide, res­ter avec moi quoi qu’il arrive, ou bien qu’on se quitte après cette épreuve. Ayant trop peur que je ne garde l’enfant, il a décidé de me quit­ter. C’était très dif­fi­cile à accep­ter. Nous sommes fina­le­ment res­tés ensemble mais ça n’a plus jamais été pareil. Déjà, les rela­tions sexuelles étaient ren­dues très dif­fi­ciles à cause de mes pro­blèmes phy­siques (infec­tions). Par ailleurs, je n’avais plus confiance en lui, j’avais été trop déçue par son com­por­te­ment. Je n’éprouvais plus aucun plai­sir sexuel avec lui et je suis allée voir d’autres hommes pour savoir si ce pro­blème était phy­sique (mes sou­cis d’infection) ou psy­cho­lo­gique (plus d’attirance pour l’homme qui m’avait aban­don­née). Je lui ai caché ces rela­tions, et j’ai décou­vert que mes pro­blèmes étaient plus psy­cho­lo­giques que phy­siques. Il s’est rendu compte que je le trom­pais, m’a trom­pée à son tour, et petit à petit nous nous sommes quit­tés. Ca, je le regrette encore aujourd’hui.

    3/ Psy­cho­lo­gi­que­ment. Un avor­te­ment, ce n’est pas ano­din. Avor­ter, ça ne doit être fait que dans des cas assez spé­ci­fiques : trop jeune, viol, etc. J’avais bien en tête tous ces dis­cours. L’avortement était pour moi ce que la société dans son ensemble m’avait fait com­prendre que cela devait être. J’avais inté­gré ces normes, et je me suis beau­coup mon­tée la tête à pro­pos de tout ça. Ca a été dra­ma­tique pour moi. Après avoir avorté, j’ai lu sur un forum fémi­niste une fille qui par­lait de son avor­te­ment de manière très déta­chée. Elle disait que ça avait été comme si elle était allée chez le den­tiste se faire arra­cher une dent. J’ai été pro­fon­dé­ment cho­quée. Je venais de sor­tir de l’hôpital, et j’ai trouvé ça hor­rible. J’ai dit à la fille ce que je pen­sais de son raisonnement.

    Et puis j’ai réflé­chi. Pour­quoi l’avortement devrait-il être consi­déré comme un acte odieux ? Si l’on consi­dère que ce n’est pas un être humain que l’on tue, alors pour­quoi se mon­ter autant la tête à pro­pos de cet acte ? Si on n’a pas du tout investi affec­ti­ve­ment cet oeuf, en quoi aurait-il plus de valeur qu’une dent ? La dent on en a besoin pour man­ger, l’oeuf on peut fina­le­ment assez bien s’en pas­ser. Le dis­cours de cette fille a été extrê­me­ment violent pour moi à une époque où j’étais très mal mais il m’a mise en face de ces questionnements.

    Pour­quoi vivais-je l’avortement comme une tra­gé­die ? Certes, il y avait ces pro­blèmes phy­siques, dif­fi­ciles à sup­por­ter, mais si je n’avais pas inté­gré tous ces dis­cours mora­li­sa­teurs à pro­pos de l’avortement qui est *for­cé­ment* vécu comme une tra­gé­die, peut-être l’aurais-je vécu dif­fé­rem­ment. Vous par­lez de pro­phé­tie auto-réalisatrice sur votre site, c’est tout à fait cela. Ces dis­cours ont éveillé chez moi de la souf­france, et cette souf­france a eu pour effet les pro­blèmes rela­tion­nels que j’ai eus avec mon amis. Si je ne l’avais pas mis au pied du mur, si je n’avais pas été si peu sûre de moi à une époque où l’avortement était encore pour moi ce que le sens com­mun nous rap­porte, je ne l’aurais pas vécu comme une telle épreuve. Et peut-être que nous ne nous serions pas quittés.

    Aujourd’hui, j’ai près de 30 ans. Je ne veux plus avoir d’enfants. J’en ai rêvé toute mon ado­les­cence, et puis j’ai décou­vert le monde. Pour cer­tains, avor­ter est égoïste car c’est pri­ver un être de la vie sur terre. Pour moi, enfan­ter est égoïste, quand j’observe ce qu’est la vie sur terre. Lorsque j’ai envie d’avoir un enfant — ce qui arrive par­fois -, c’est sur­tout pour me retrou­ver un peu moins seule, fon­der quelque chose avec quelqu’un. Peut-être changerai-je un jour d’avis et me déci­de­rai à avoir des enfants. En atten­dant, je regrette tou­jours la norme visant à poser plus volon­tiers la ques­tion « Pour­quoi tu ne veux pas d’enfants ? » plu­tôt que « Pour­quoi tu veux des enfants ? ».

  12. On ne naît pas dans les roses dit :

    C’était en 2004, j’avais 24 ans, à peine sor­tie d’une his­toire dou­lou­reuse avec un gar­çon de mon âge. Dépres­sion, séjour à l’hôpital… En sor­tant, je recom­mence à fré­quen­ter les boites de nuits et j’y ren­contre un char­mant jeune homme avec qui je suis aujourd’hui en couple. Lors de nos pre­mières amours, j’ai oublié une pilule, je m’en suis ren­due compte alors par pré­cau­tion, nous uti­li­sions des capotes. L’une d’elles à cra­qué. Je me suis dit « ce serait vrai­ment un gros coup de mal­chance de tom­ber enceinte avec une pilule oubliée et une capote per­cée… » Sauf que… Deux semaines plus tard, je n’ai tou­jours pas mes règles.
    Je télé­phone à mon méde­cin trai­tant qui me suis depuis 3 ans. Il me pres­crit une prise de sang. Au résul­tat posi­tif, je lui demande les moda­li­tés pour avor­ter et il me répond qu’avant tout, il fal­lait des exa­mens pour véri­fier qu’il ne s’agit pas d’une gros­sesse extra-utérine. Je refuse et lui demande de m’orienter vers un hôpi­tal pra­ti­quant l’ivg.
    Il me rétorque que le ser­ment d’Hippocrate le lui inter­dit, qu’il doit sau­ver des vies et non les tuer. Je repars chez moi, et je regarde sur inter­net. Pen­dant ma recherche, le méde­cin m’appelle sur mon por­table et me fait un dis­court de près d’une heure sur « mes res­pon­sa­bi­li­tés de femme qui doit por­ter la vie et non la détruire ». Je lui explique que je connais mon copain depuis trois semaines seule­ment et qu’il va me quit­ter si je garde cette gros­sesse, il me dit que c’est mon rôle, que je dois assu­mer. Voyant que je ne veut vrai­ment pas d’enfant, il essaie de me convaincre d’accoucher sous x. Puis voyant que je ne cède rien, il me traite d’assassin et rac­croche…
    S’en suit une longue pro­cé­dure, à cause des délais « de réflexion » qu’on m’impose, je dépasse la date limite pour la solu­tion médi­ca­men­teuse. Dans deux hôpi­taux, il n’y a pas de place de libre avant que je ne dépasse le délais légal pour l’aspiration… Der­nière chance, je me tourne vers une cli­nique.
    L’aspiration fut la dou­leur la plus insup­por­table qu’il m’aie été « donné » d’endurer. Mon copain, venu me sou­te­nir n’a pas été auto­risé à entrer avec moi et m’a entendu hur­ler de l’extérieur… En face de moi : indif­fé­rence, mépris. On me dit fran­che­ment qu’il faut que je « réflé­chisse la pro­chaine fois » et que l’on « avor­tait une fois mais pas deux si on ne vou­lait pas être trai­tée comme une irres­pon­sable ». On me demande pour­quoi je pleure, si je regrette et je répond, acide que j’ai mal et que je ne regrette rien.
    Je suis douillette parait-il.
    Quand j’en parle libre­ment aujourd’hui, il y a un malaise, on ne parle pas de ces « choses-là » quand on est une bonne fille… On me dit que « tout le monde n’est pas prêt à sup­por­ter ce que je raconte ».
    La seule chose que je regrette c’est la honte et le trai­te­ment que l’on m’a infligé. Je plains les femmes qui ont encore et auront encore à subir ces épreuves.

    • Milou en juin dit :

      Edi­fiant. Merci pour ton témoi­gnage, qui fait froid dans le dos. Les droits des femmes sont à ce point-là en régres­sion ? Je n’ai jamais avorté, mais des copines l’ont fait, et l’une d’entre elles notam­ment m’a raconté un peu la même chose que toi, avec des infir­mières presque insul­tantes et un méde­cin qui semble prendre un malin plai­sir face à l’insupportable dou­leur de sa patiente… Nous devons res­ter unies, si nous vou­lons être des femmes libres, et sur­tout des êtres humains dont on res­pecte la dignité.

    • Cantaremos dit :

      Je suis tom­bée sur votre récit par hasard. Les atti­tudes que vous décri­vez sont tota­le­ment odieuses, empreintes de MACHISME. Cet immonde, hypo­crite méde­cin qui pré­tend réduire une femme à un « incu­ba­teur sur pattes »…un rôle? quelle incroyable pré­ten­tion qu’à cette per­sonne qui pré­tend impo­ser un far­deau aussi lourd que la prise en charge NON DESIREE d’un être, qui se moque de votre vie détruite et de votre iso­le­ment. C’est d’une VIOLENCE sans nom. Cette per­sonne uti­lise le droit à la vie comme pré­texte, il est très pro­ba­ble­ment sim­ple­ment une per­sonne qui cherche à contrô­ler les autres, à les mani­pu­ler. Bravo de l’avoir com­pris, de n’être pas tom­bée dans le pan­neau. D’autres n’ont pas eu cette force de carac­tère. Je déteste ces gens qui veulent nous faire croire qu’ils se pré­oc­cupent de simples foetus…quel men­songe. Ils dési­rent juste asser­vir les femmes. Les femmes qui sont pro-life sont soit des per­sonnes qui ont subi elles-mêmes un lavage de cer­veau, et sont furieuses de voir que d’autres ne se laissent pas faire, soit des femmes très jeunes qui ava­lisent un dis­cours sans réa­li­ser en réa­li­ser la por­tée et les consé­quences. Et ce sont les mêmes qui ridi­cu­lisent le fémi­nisme. Lorsque j’entends Alain Soral dire que le fémi­nisme trau­ma­tise les hommes, qu’il est à l’origine de l’augmentation de choix de sexua­lité dif­fé­rents tels l’homosexualité, j’ai envie de hur­ler. Et que dire des femmes qui se défendent d’être fémi­niste, elles ne com­prennent même pas ce que cela signi­fie. Lâches…

  13. Lucie dit :

    C’était il y a envi­ron 5 ans. J’avais 22 ans. Si je témoigne aujourd’hui c’est sur­tout pour dénon­cer les com­por­te­ments et mépris dont j’ai été vic­time, qui plus est , com­por­te­ment qui a failli me cou­ter la vie.

    Je me suis retrou­vée enceinte. Bizar­re­ment, je l’avais pres­senti dés la pre­mière semaine. Un jour ou je ne me sen­tais pas bien, je me suis dit « je ne suis pas seule »… Allez savoir pour­quoi?
    Bref 1 mois plus tard, j’ai fait un test et celui-ci s’est révélé posi­tif. J’en ai tout de suite fait part à mon ami. La déci­sion a été rapide à prendre: nous étions jeunes, en couple depuis peu, étu­diants, sans le sou.
    Je suis donc allée trés rapi­de­ment prendre un rdv pour un avor­te­ment à l’hôpital. La liste d’attente était telle que j’ai eu un rdv 1 mois plus tard, soit à 11 semaines de grossesse!

    J’ai trés mal vécu ce mois d’attente. Non que j’étais mal psy­cho­lo­gi­que­ment (bien que par­fois prise par des doutes…) mais sur­tout j’étais mal phy­si­que­ment: trés fati­guée, à perdre du poid, des sai­gne­ments… (je n’était pas suivi par une gynéco: des mois d’attente pour les conven­tion­nées et sinon des tarifs exagérés!)

    Bref, mon ami et moi nous sommes rendu au rdv (c’était un 18 février: cette date m’a pro­fon­dé­ment mar­quée et tout les 18 février depuis, je me dis: « tiens, j’ai pas oublié qqchose cette année). Non qu’elle m’est mar­quée parce que j’allais me faire avor­ter, mais cette date m’a mar­qué pour la suite.

    Le gynéco me reçoit (un homme, d’une cin­quan­taine d’année). Il nous a posé qq ques­tions à mon ami et moi même puis à mis manu mili­tari mon ami à la porte. Il était trés mépri­sant (le gynéco, pas mon ami!) . Il m’a demandé de m’allonger et m’a fait l’examen (en cachant bien evi­dem­ment l’écran, comme si de voir un foe­tus de la taille d’un ongle aller nous trau­ma­ti­ser). Je lui ai expli­qué que l’examen était dou­lou­reux (echo­gra­phie intra-vaginale) et que depuis un mois j’avais des petite perte de sang (détail qui a son impor­tance, vous le com­pren­drez par la suite) . Je me tor­dais de dou­leur, c’étais comme si on me don­nais des coup de cou­teau dans le bas ventre. Il m’a rétor­qué « arrê­ter de gigo­ter sinon j’arrête l’examen et vous ren­trez chez vous ». J’ai pris sur moi (quand j’y repense je ne sais pas com­ment, j’avais tel­le­ment mal!). Et là il m’annonce: « je ne vois pas de foe­tus, ou du moins celui-ci fait 6mm (pour une gros­sesse de 11 semaines, c’est sur­pre­nant: je lui ai d’ailleurs fait la réflexion): vous faite une fausse couche ». La je lui demande si c’est pour ça que j’ai si mal et que je saigne, il me répond (ima­gi­nez le scé­na­rio: un homme, méde­cin (toute puissance)méprisant; auto­ri­taire, anti­pa­thique face à une gamine apeu­rée) : « vous croyez quoi? qu’une fausse couche est une par­tie de jambe en l’air! fal­lait y pen­ser avant made­moi­selle ». Sur ces belles paroles, il me demande de me rha­biller et me met à la porte.
    Mon ami m’attendait dehors. Je lui explique. La, nous somme reçu par une psy­cho­logue qui nous tend des mou­choirs (j’avais envie de pleu­rer, oui, mais pas parce que avor­ter c’est dur, parce que j’avais HORIBLEMENT mal dans le bas ventre depuis l’examen) . Elle nous explique que du fait de notre situa­tion (fausse couche) c’était moins dif­fi­cile, puisque le bébé n’était pas amené à vivre de toute manière (une petite dose de culpa­bi­lité!!!) Nous la regar­dions, un peu attéré, je dois vous avouer.. D’un air de dire: qu’est ce qu’on fous là?? Vrai­ment je me suis posée la ques­tion. C’était tel­lemnt hors nos pré­oc­cu­pa­tions. Il FALLAIT pleu­rer. L’institution nous OBLIGE à pleurer.

    On rentre. Je ne me sou­viens plus vrai­ment de la jour­née, seule­ment de la nuit car c’est la pire que j’ai passé jusqu’à aujourd’hui. C’est simple j’ai déliré, j’ai eu des accés de fièvre, j’avais mal au ventre, comme si on me tor­dais de l’intérieur tout mes organes et par­ti­cu­liè­re­ment mes ovaires. Heu­reu­se­ment mon ami était là. Il m’a obligé à appe­ler ma mère le len­de­main pour qu’elle m’emmène aux urgences. Moi je ne vou­lais pas, puisque « c’étais nor­mal d’avoir mal, je fai­sait une fausse couche ». Il a insisté, il ne vou­lait pas par­tir tra­vailler tant que je n’appelais pas ma mère (vous pou­vez vous dire, pour­quoi ne l’a –t-il pas emmené lui même: sa direc­trice atten­dait un faux pas de sa part pour le foutre à la porte) . J’ai capi­tulé et appelé ma mère. Elle m’a emme­née aux urgences gyné­co­lo­giques.
    J’ai été reçu par un jeune méde­cin, beau­coup plus sym­pa­thique et empa­thique que son trou du c… de col­lègue. Je lui explique ma situa­tion. Il m’osculte en pre­nant soin de ne pas me faire mal (OUFFFF). Et là, il me semble assez sur­pris, il me pose pas mal de ques­tion quant à l’examen de la veille. Je lui demande ce qu’il y a. Et là, il m’explique qu’il sem­ble­rait que je fasse une gros­sesse extra-utérine, que mon oeuf est tel­lemnt gros, qu’au départ, il l’a pris pour mon uté­rus et que visi­ble­ment, le méde­cin d’hier a confondu mon uté­rus et mon oeuf, alors même que je lui avais fait part de tout les symp­tôme de la gros­sesse extra-utérine: maux de ventre, saignement!

    J’ai été opéré en urgence et j’ai perdu une trompe.

    Si mon ami n’avait pas autant insisté pour que j’aille aux urgences et si j’avais écouté ce trou du c… d’incompétent j’aurai pu perdre bien plus qu’une trompe et faire une hémor­ra­gie interne.

    J’ai entamé une pro­cé­dure aprés ça mais ils ont inter­prété mon cour­rier dans le sens que ça les arran­geait… J’ai laissé tom­ber, j’en avais pas la force à ce moment, j’avais envie d’oubliais toute cette his­toire. Aujourd’hui je le regrette. L’avortement est le seul acte pour lequel les méde­cin signe une clause de conscience (quelle conne­rie! c’est scan­da­leux). Ce méde­cin m’a mal­traité et a mis ma vie en dan­ger. Pour­quoi? Pour­quoi? Parce que je me fai­sait avor­ter sans l’ombre d’un regret? Parce que je ne pleu­rais pas? Parce que je savais que cette déci­sion était la bonne?

    Je vais bien aujourd’hui, oui!!! mais pas grâce à l’institution hos­pi­ta­lière qui nous méprise et nous juge! Dans quel siècle vivons nous? Le droit de dis­po­ser de son corps est bien loin d’être acquis dans la tête de nom­breuses personnes!

    Peut être que le jour où ce droit inaliè­nable sera acquis dans les faits et dans les têtes, nous irons nous faire avor­ter en vivant bien cette expé­rience parce que per­sonne ne nous jugera et atten­dra de nous que nous pleu­rons. On res­pec­tera et com­pren­dra notre choix!

  14. Lucie dit :

    Un conjoint depuis 7 ans, une vie de couple simple, pleine d’amour, mais je ne veux pas d’enfants. Alors j’ai avorté. C’est plu­tôt simple, et là merci pour ce blog, ça me per­met de ne pas être déso­lée : non, je ne suis pas désolée !

  15. Pas midinette dit :

    Moi j’ai du avor­ter quatre fois dans les années 1995–2005… Oui je ne suis pas douée avec la pilule, et oui mon corps est très peu tolé­rant aux écarts ! Et je dois dire que j’ai eu mau­vaise conscience… de ne pas en faire de cas de conscience. Cette pres­sion de l’institution pour nous obli­ger à trou­ver ça grave, à consi­dé­rer que ce soit obli­ga­toi­re­ment trau­ma­ti­sant, que l’on doive culpa­bi­li­ser de sup­pri­mer une vie (puta­tive mais bon, on sent bien le regard des soignant-e-s et ce qu’il y a der­rière…)
    Donc oui je vais bien ! J’ai eu trois fausses couches et deux bébés en pleine forme après mes 4 IVG, merci de nous don­ner l’occasion de nous expri­mer ici.

  16. Cha dit :

    Voici mon témoi­gnage en vidéo. J’ai avorté en Février 2003.

    http://www.dailymotion.com/video/x40g84_temoignage-d-un-avortement_news

    « D’un côté, on fait les gorges chaudes du pré­tendu droit à la dif­fé­rence, et de l’autre on exclut le pre­mier qui sort de l’alignement ». (YoshiharuTsuge)

  17. C'est plus facile de devenir enceinte que l'inverse. dit :

    Je ne vois pas pour­quoi je devrais me jus­ti­fier et expli­quer pour­quoi je suis tom­bée enceinte. Ne PAS tom­ber enceinte est dif­fi­cile, pas l’inverse. C’est vivre et faire l’amour des années sans tom­ber enceinte l’exception, pas l’inverse.
    Mon mec ne se pose pas la ques­tion non plus, et pour­tant on était deux res­pon­sables, alors pour­quoi tout le monde me demande pour­quoi ou com­ment je suis tom­bée enceinte? (Que répondre: Un ange blanc? Un miracle? Du sperme dans l’eau de la pis­cine?? Mais non, j’ai fait l’amour, c’est dingue, tu connais d’autres moyens toi?)

    Je suis d’accord sur le fait de dire qu’on va bien, qu’on a avorté et qu’on va bien. Merci. J’ai pas trop l’impression d’ailleurs qu’il y’ait des gens qui s’apitoient sur mon sort. J’aurais bien aimé un peu plus de sou­tien tiens, un peu plus de cha­leur, ou bien avoir du temps, mais…

    Mais j’ai quand même plein de coups de gueule à pousser:

    Je ne vais pas bien quand je pense à ces trois imbé­ciles de gyné­co­logues que j’ai vu, à ces doc­teurs tota­le­ment froids et inhu­mains, per­sua­dés de tout savoir et d’avoir rai­son, et qui se per­met­taient de juger mes déci­sions (contra­cep­tives ou autres), ou de pal­per mon ventre comme un steak chez le boucher.

    Je ne vais pas bien quand je pense que j’ai pré­féré payer 500 euros pour avor­ter dans un pays où les trai­te­ments, les méde­cins, les infir­mières étaient ado­rables, humaines, et m’ont donné mes pilules de myfé­gine en me disant: ‘tiens, si vous vou­lez vous pou­vez faire ça chez vous, avec votre copain, à l’abri, en sécu­rité’, plu­tôt que de ren­trer chez moi avor­ter en France, ou déjà au télé­phone les méde­cins étaient désa­gréables, et où j’aurais dû attendre jambes écar­tés et sexe à l’air, concen­trée sur mon mal de ventre que ‘ça se passe’. Merci j’étais mieux sous ma couette, j’ai pris un anti dou­leur, et je me suis endor­mie devant un film.

    Je ne vais pas bien quand je pense que selon les pays les gyné­cos peuvent vous dire une chose où son contraire, et que c’est pas du tout facile d’avoir de l’information claire, et d’entendre un mes­sage res­pon­sa­bi­li­sant sur la ques­tion. Et quand je vois que dans mon bled il n’y a qu’un seul gynéco qui accepte de faire les avor­te­ments et que les autres ne veulent pas. L’attente, les reculs, les bâtons dans les roues.

    Je ne vais pas bien quand ma belle mère me demande: ’ mais pour­quoi tu me dis ça’, quand je lui raconte que je me suis faite avor­ter. Parce que j’ai envie de gueu­ler à la terre entière que c’est bon, que je suis nor­male. J’ai l’impression que c’est qua­si­ment social de tom­ber enceinte, qu’on s’y est mis à plu­sieurs, qu’il n’y avait pas que moi dans l’histoire. Qu’on a fait ça en société, et j’aimerais bien qu’on le partage.

    Mais je vais bien quand je vois qu’il y’a de l’espace pour les filles qui gueulent.
    J’espère qu’elles n’en oublient pas de chu­cho­ter, de mur­mu­rer d’autres choses à d’autres oreilles.
    Va fal­loir conti­nuer la lutte.

    le front des matrices en colère passe à l’action. Ca va chauffer

  18. La Fille dit :

    J’ai avorté en 2007.

    Récem­ment sépa­rée du père de mon enfant, une liai­son qui tenait plus à du copi­nage que de l’amour, abru­tie de tran­quilli­sants et d’anti-dépresseurs suite à mon divorce, un pré­ser­va­tif qui lâche et… l’erreur.
    Je ne me par­don­ne­rai jamais mon incons­cience (j’avais 34 ans, pas 16!), prendre la pilule du len­de­main ne m’a même pas tra­versé l’esprit. J’adoucis un peu mon propre juge­ment en me disant que cette cami­sole chi­mique m’avait embru­mée à tel point que je ne voyais plus clair. J’ai cessé tout trai­te­ment ensuite.
    Je n’ai rien dit au père. Ma déci­sion était ferme (pas d’amour, aucune envie ni cou­rage d’élever un second enfant seule, une situa­tion finan­cière peu sûre) donc je n’ai pas jugé utile de le faire souf­frir pour quelque chose qui était de toutes façons défi­ni­tif. Rien n’aurait pu me faire gar­der ce petit bout.

    Ce moment res­tera une bles­sure, tou­jours. Un acte grave. « Je vais bien », oui, mais. On va plu­tôt dire que je vis très bien avec.

    Quoiqu’il en soit, j’ai eu la chance de tra­ver­ser cette épreuve dans d’excellentes condi­tions. Gyné­co­logue très pro­fes­sion­nel, per­son­nel soi­gnant très atten­tif, gen­til et doux. Suivi psy­cho­lo­gique pro­posé d’emblée, ce que je n’ai pas fait. Je vis bien cette bles­sure. Je l’assume. Sans doute parce que j’ai été très bien reçue, écou­tée, encadrée.

    Merci à toutes celles qui se sont bat­tues pour que ce sale moment se déroule le mieux pos­sible.
    Merci à celles qui ont, de ce fait, souf­flé sur ma plaie.

  19. Simplement dit :

    J’avais 37 ans, je sor­tais juste d’une longue his­toire avec quelqu’un qui n’avait pas plus que moi voulu s’engager ni avoir d’enfants, et les der­niers temps (années!) avaient été de dis­putes, des­truc­teurs et penibles sur fond de depres­sion, mais la rup­ture s’est très bien pas­sée. Et là, je sor­tais depuis un petit mois, presque par hasard, par coup de tete, avec un mec génial, qui est tombé raide amou­reux tout de suite. J’avais arreté la pilule suite à ma rup­ture, mais il y avait une telle inten­sité dans ma nou­velle rela­tion qu’on a été incons­cients… je me rap­pelle la fois ou en pen­sant à où on était dans mon cycle, je lui ai dit en rigo­lant« va fal­loir qu’on fasse gaffe sinon je vais finir par tom­ber enceinte :) ))) ». En fait, je l’étais déjà, ce jour là. Pour moi, vu mon age, j’étais moins fer­tile, plus la pilule des années « qu’il parait que ça dimi­nue la fer­ti­lité », et en prime, oui, sou­ve­nirs des cours du lycée, « avant Jour 14, pas de craintes »… bref, tout faux.
    J’ai com­mencé a me sen­tir bizarre,fatigue, nau­sées, et un jour je me suis dit, stop, ecoute ton corps.. et j’ai filé ache­ter un test, alors que je n’avais que 3j de retard. Je le savais avant de faire le test…
    Donc, enceinte du pre­mier coup, à 37 ans, apres 20 ans de pilule arre­tée qq mois avant, et fecon­da­tion à J10 ou 11 du cycle.
    Je n’ai pas envi­sagé de le gar­der, ca ne fai­sait un mois et demi qu’on etait ensemble, pour moi cet amou­reux ris­quait fort de n’etre qu’un « pan­se­ment », je refu­sais abso­lu­ment l’idée de me remettre « vrai­ment  » avec quelqu’un, alors, un enfant…
    J’ai été accom­pa­gnée, com­prise et écou­tée par ma famille, et par lui. Il était d’accord, il pen­sait que ce n’etait pas une bonne idée de mettre des enfants en plus sur terre.
    J’ai eu un ren­dez vous très rapide chez ma gyneco, qui a com­mis la seule phrase limite de tout l’accompagnement médi­cal de mon IVG: « mais à 37 ans, c’est une chance d’etre enceinte! ». Mais quand j’ai expli­qué, elle a par la suite été très bien, sans juger. Elle m’a adres­sée au ser­vice de l’hopital de ma ville « tres bien » m’a t’elle dit.
    Et c’etait vrai, a part une echo un peu bru­tale car sans pre­ve­nir par voie interne (il s’est excusé), et le fait que la « zone IVG » (je ne me sou­viens plus du nom spe­cial attri­bué à cela) est der­rière le ser­vice, qu’il faut pas­ser par la petite entrée, et c’est un peu bizarre et glauque, sur­tout le matin de l’opération, j’ai été accueillie, écou­tée, conseillée, ope­rée, de facon par­faite, par des gens com­pre­hen­sifs, com­pe­tents, sans juge­ment, cer­tains doux voire car­re­ment sym­pas. On m’a conseillé l’anesthesie gene­rale et aspi­ra­tion, alors que je pen­sais plu­tot medi­ca­ment, vu que cela ne fai­sait un mois et demi. Et avec du recul, meme si l’anesthesie m’a impac­tée phy­si­que­ment, je crois qu’en effet, c’etait mieux psy­cho­lo­gi­que­ment pour moi, j’étais encore fra­gile (ce n’est pas le cas pour toutes!).
    Très rapide, sor­tie l’apres midi, peu sai­gné (sauf les quelques heures apres, oui, quand meme). Coté phy­sique, j’ai été fati­guée, j’ai eu des dou­leurs au dos, et j’ai eu un gros « coup de mou » qui m’a nuit pour pas mal de choses: exer­cice phy­sique, tra­vail, mais avec du recul c’etait plus que jus­te­ment, dans ma tete, je pen­sais qu’il FALLAIT que je ne sois pas bien.
    J’avais été sidé­rée de voir, avant l’operation,autant de femmes autour de moi qui étaient pas­sées par la. Peu l’avaient bien vécu, toutes meme si elles vou­laient m’aider, y allaient de leur sale expe­rience et de leurs conseils (comme pour une femme enceinte!), j’ai fini par évi­ter d’en par­ler et évi­ter les ren­dez vous qu’elles me pro­po­saient.
    Mais je pense que vrai­ment suite a tout ça, j’attendais « le retour de baton ».
    J’ai juste hésité, et pleuré, la veille, quand le père d’un coup a réa­lisé qu’en fait il le vou­lait, cet enfant de moi, et m’a har­ce­lée. Mais du coup, j’ai du vrai­ment poser en moi tout cela, et j’ai pu etre com­ple­te­ment sure que non, moi je n’en vou­lais pas.
    Après dis­cus­sions et mal­gré ses doutes mon mec avait accepté et res­pecté ma deci­sion et était la à l’hopital (en fait il vou­lait cet enfant juste parce qu’il aurait été de moi, dont il etait pas­sion­ne­ment amou­reux, pas pour l’enfant lui meme)
    Par la suite, dans ma tete, ca allait tres bien, le corps un peu moins, donc.
    Et on m’a pous­sée a reprendre la pilule, donc j’ai fini avec une pilule « juste pro­ges­te­rone », qui elle, m’a abi­mée. Cycles en vrac, prise de poids, libido anean­tie, bou­tons, bref, la, très très moyen. Mais ce n’etait pas du à l’IVG!
    Un moment étrange à 9 mois, oui :) Mais pas dou­lou­reux, juste je me sen­tais bizarre et je repen­sais (alors que cela n’arrivait pas avant) a cet enfant poten­tiel qui ne serait jamais. Et j’ai réa­lisé que cela fai­sait 9 mois…
    Et après, j’ai eu de grandes dif­fi­cul­tés dans ma rela­tion avec cet homme, auquel je m’etais pro­fon­de­ment atta­chée, d’amour. C’est lui qui s’est éloi­gné. A un moment, il m’a dit que quand meme nous n’avions pas assez parlé avant que j’avorte et que la déci­sion avait été la mienne seule­ment. Et oui, bien sur, après la rup­ture, je me suis deman­dée si cela aurait changé quelque chose,et j’ai eu peut etre des regrets de ne pas l’avoir gardé, puis je ne sais pas si j’aurais un jour un enfant, du coup, et j’ai peur de regret­ter.
    Mais en fait cela n’aurait rien voulu dire, on ne fait pas un enfant pour gar­der le père, ni parce que la pres­sion sociale dit qu’une femme doit etre mere pour exis­ter.
    Ni pour faire plai­sir à un des geni­teurs.
    Donc main­te­nant, ça fait deux ans et demi, je ne suis plus avec l’ex futur pere meme si on a tou­jours beau­coup d’amour l’un pour l’autre et que rien n’est écrit.
    Mais je peux dire que meme si j’etais instable, fra­gile, meme si je ne serais peut etre jamais mère, meme si j’ai eu suite à cela des sou­cis phy­siques.
    J’ai avorté dans les années 2000, et je vais bien.

  20. chuuuttt dit :

    J’ai avorté dans les années 2000 et je vais bien, merci.
    Gros­sesse sous pilule, sans oubli qui arrive à 27 ans, comme ca, sans pré­ve­nir. Peu de rela­tions avec celui qui étais mon amant, pas de signes, des « pseudo règles » pen­dant 4 mois… et un jour, le choc, enceinte, enceinte de 4 mois et demie, enceinte et seule, enceinte et sur­tout pas envie de l’être, enceinte, et trom­pée par ce corps qui de tout temps était mon allié, enceinte et décou­vrant que j’avais un sérieux pro­blème psy­chia­trique, celui du déni de gros­sesse.
    Action, gynéco, qui refuse de m’aider, refuse d’entendre mes argu­ments, me parle de la « bou­che­rie en Hol­lande », d’usine à avor­ter, pre­mière écho, et un méde­cin qui ne com­prends pas que j’ai besoin de « voir », non ca ne fait pas mal, cela me per­met juste de réaliser(j’avais besoin de voir, et de toutes manières tu n’avais pas éteins le son et ça je n’en avais pas besoin, vrai­ment).
    La PMI toute proche, qui passe plein de coups de fils pour moi, merci madame, j’voulais t’envoyer des fleurs et des cho­co­lats, j’ai pas pu, par­don. Une heure après j’ai un ren­dez vous au plan­ning fami­lial, et je rentre avec le numéro de la cli­nique en hol­lande, pour les avor­te­ments tar­difs.… En une jour­née, j’ai appris que j’étais enceinte, pris une leçon de morale mémo­rable, décou­vert une PMI for­mi­dable et le plan­ning fami­lial.
    Une semaine plus tard, je pars en hol­lande, où je pas­se­rait deux jours, car à mon stade l’avortement se fait en deux anes­thé­sie géné­rale.
    J’arrive dans un endroit où il est nor­mal d’avorter, aucun juge­ment, on vous parle d’après l’avortement, de ce qui se pas­sera, on vous fait rire, on est entou­rée, ni cajo­lée, ni jugée. La dou­leur est prise en charge, je me suis limite fait engueu­lée d’avoir attendu pour deman­der quelque chose, bref… la per­fec­tion.
    Le len­de­main matin je sors, sou­la­gée, comme jamais, heu­reuse, et on entame la route du retour. Tout va bien, je suis entou­rée, je me demande quand même quand les choses chan­ge­ront…
    Je me rac­croche à mon bou­lot, j’avance comme une folle, dans tout ce que je peux faire, et tran­quille­ment mon état psy­cho­lo­gique se dégrade. Sur le coup, c’est évident je ne sup­porte pas l’avortement… Bon ca va mal mais les choses vont bien pas­ser d’elles même, je me débrouille pour conti­nuer d’avancer, je suis entou­rée, amis, famille…
    Avorté en mai, c’est en juillet que les choses deviennent grave. Dou­leurs, ter­ribles dans le bas ventre, l’utérus qui fait des 8 dans mon ventre, et des sai­gne­ments, urgences, écho­gra­phie, et là : madame, vous avez avorté?
    Hummmm oui pour­quoi? parce que vous faites une réten­tion.
    Là je lui donne les détails de mon che­mi­ne­ment, et elle me pres­crit des gouttes (je crois) pour déclen­cher des contrac­tions qui per­met­trons d’évacuer le truc collé sur ma paroi uté­rine aux pro­chaines règles. Je rentre chez moi sous le choc, et com­mence mon par­cours du com­bat­tant, en France, car peu de méde­cins acceptent de prendre en charge les com­pli­ca­tions d’un avor­te­ment hol­lan­dais. J’ai eu droit à « ah oui mais faut pas être sur­prise non plus » j’ai bien com­pris que j’avais fait un acte hors la loi, j’ai vu 14 gyné­cos dif­fé­rents, en ville, à l’hôpital, on me pres­cri­vait des cachets pour « éva­cuer », je fai­sais une écho après 4 jours de souf­frances nuit et jour, et le mor­ceau était tou­jours là (une réten­tion est un résidu d’avortement qui reste accro­ché à la paroi uté­rine). Je souffre le mar­tyr, de ne pas être prise en charge, d’avoir ces trai­te­ments, on me ment pour ne pas me suivre : un méde­cin en ville me sors que je fais une gros­sesse extra uté­rine et qu’il ne peut me soi­gner, quand j’arrive moi même à lire l’échographie que je lui pré­sente. Le cure­tage a eu lieu fin sep­tembre, en ser­vice mater­nité à l’hôpital public, enfin prise en charge par un interne très jeune, sans doute ori­gi­naire des Pays Bas qui s’est battu pour moi. J’apprendrai plus tard que les deux mois à souf­frir ont été com­plè­te­ment inutiles, que la réten­tion aurait du être vue à l’écho de contrôle, cela n’a pas été le cas, les cachets ne servent à rien 3 mois après.
    Je chu­tais peu après dans une dépres­sion, que j’attribuais à l’IVG, à tord car aujourd’hui rele­vée, je sais que ce n’est pas cet avor­te­ment même tar­dif qui a déclen­ché cette dépres­sion, mais bien un état pré­exis­tant à mes aven­tures, le déni vécu comme une tra­hi­son, et cette culpa­bi­li­sa­tion du corps médical.

    OUI j’ai avorté, je vais bien!

  21. Taupinette dit :

    J’avais tout juste 18 ans, un copain stable depuis 6 mois et un rendez-vous pris pour aller chez le gyneco et com­men­cer la pilule. Mais dans l’euphorie du pre­mier amour, nous avons négligé la capote…Et bim! Quand je me suis rendu compte que quelque chose clo­chait, j’étais déjà enceinte (je trouve que le terme ne s’applique pas bien dans ce cas) de 3 semaines.

    C’était l’été et je me trou­vais chez mes parents dans la cam­pagne picarde. Mes parents sont très com­pré­hen­sifs (ma mère a avorté dans les années 70…et elle va bien!!) et m’ont sou­te­nus.
    Par contre, l’hôpital du coin…On ne m’a pas fait la morale, non… J’ai avorté grâce à la pilule RU. On m’a laissé seule, le jour dit, dans une chambre. Dans un cou­loir quasi vide (été + hôpi­tal peu recom­man­dable oblige). Sans rien pour apai­ser la dou­leur phy­sique. Ça été vrai­ment vrai­ment dou­lou­reux.
    L’expulsion ter­mi­née, on m’a donné une ser­viette hygié­nique, qui a pu à peine conte­nir pen­dant 3 min le flot de sang qui conti­nuait de sor­tir de moi. Je me suis donc retrou­vée devant l’hôpital, le pan­ta­lon plein de sang, le ventre hur­lant de dou­leur, à attendre que ma maman vienne me chercher.

    Halala, heu­reu­se­ment qu’elle était là ma maman, on a beau­coup dis­cuté et je n’ai jamais culpa­bi­lisé de cette opé­ra­tion. J’étais étu­diante en bio­lo­gie et j’avais des cours d’embryologie, ça m’a aidé à visua­li­ser ce qui c’était passé, ce qui était sorti de mon ventre. Je n’ai jamais consi­déré ce magma de tis­sus comme un être vivant. Mon copain de l’époque a été très bien aussi, il m’a sou­tenu dans la mesure de ses moyens.

    Par contre j’en ai long­temps voulu à cet hôpi­tal, à cette équipe qui m’a laissé souf­frir seule, sans expli­ca­tion, à ce gynéco qui ne m’a pas donné de rendez-vous pour véri­fier que tout était bien parti après (il par­tait en vacance après). Enfin bref…

    Et donc : j’ai avorté mais je vais bien!!

    Je pense même à faire un bébé…

  22. Chloé dit :

    On est en l’an 2000, j’ai à peine 19 ans, je viens juste de le ren­con­trer, et avec lui, c’est mes « vraies » pre­mières fois. La pilule je la pre­nais déjà depuis plu­sieurs années, pour d’autres rai­sons que des « rap­ports régu­liers avec un par­te­naire », donc au moins ça tom­bait plu­tôt bien: pas besoin de pas­ser par la case gynéco pour pou­voir vivre libre­ment nos ébats. Oui mais voila, j’ai eu rapi­de­ment le plai­sir [iro­nie] de pou­voir cocher la case des sta­tis­tiques mor­bides « je fais parti des femmes qui prouvent les 0,5% d’inefficacité de la pilule ». Alors qu’on vivait notre élan amou­reux, notre jeu­nesse et notre enthou­siasme sexuel débor­dant, ce gros coup de mas­sue est venu nous frap­per… sans pré­ve­nir, évi­dem­ment (sinon c’est pas drôle !).

    Je viens d’une famille ouverte, édu­quée et où le dia­logue est sommes toutes assez libre. J’étais plu­tôt « infor­mée » sur des sujets tels que la sexua­lité, la repro­duc­tion, les rela­tions hommes/femmes, la psy­cho­lo­gie, l’avortement (expé­riences vécues par mère, tante, grand-mère et même arrière-grand-mère!), les lois, etc. Et pour­tant, j’ai accu­mulé les « erreurs » qui ont trans­formé un par­cours déjà pas natu­rel­le­ment facile à vivre, en par­cours de la com­bat­tante déchue.

    Com­ment je m’en suis ren­due compte? Tout sim­ple­ment grâce à ma grand-mère, qui a tou­jours répété qu’elle savait qu’elle était enceinte ins­tan­ta­né­ment car il lui deve­nait impos­sible de fumer et de boire du café. Alors… quand mon odo­rat est devenu un beau matin sur­puis­sant et que j’ai été écœu­rée par la clope, le café et toutes les odeurs exis­tantes… J’ai su. D’ailleurs, cet odo­rat hyper déve­loppé ne m’a pas quit­tée depuis. Weird. Mais comme l’intuition fémi­nine ne fait pas tout, je suis quand même allée ache­ter un test en phar­ma­cie, his­toire de. Prise d’angoisse et de doute, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que d’aller aux toi­lettes de la fac… Si vous connais­sez les locaux de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, alors vous com­pren­drez pour­quoi j’aurais lar­ge­ment pu attendre de ren­trer chez moi!

    D’abord j’ai été prise de panique, j’ai res­senti de la honte, de la culpa­bi­lité, du dégout, de la décep­tion, de la tris­tesse, j’étais dépi­tée, dés­œu­vrée. « MON PÈRE VA ME TUER ». En par­ler à ma mère (à qui je dis pour­tant tout) ?! JAMAIS DE LA VIE ! A mes ami(e)s?! Ah non alors, trop la honte. Du coup il ne me res­tait plus per­sonne à qui en par­ler… et donc je n’ai rien dit, à per­sonne. Là, je suis encore assise sur la cuvette des chiottes de la fac avec le fameux bâton­net devant les yeux. Les pen­sées vont vite, les images défilent, le corps lui, est téta­nisé. Bon cocotte, va fal­loir pas­ser à l’action là. Car oui, je n’ai jamais hésité et je ne me suis jamais posée la ques­tion quant à l’issue pos­sible de « la chose ». Pour moi, c’était sim­ple­ment impen­sable et impos­sible d’avoir un enfant à 19 ans avec un gar­çon que je connais­sais depuis 1 mois !

    D’ailleurs, bah oui, tiens, et le gar­çon? ou dois-je dire le « père »? Je suis tou­jours dans les toi­lettes. Il est chez ses parents en Nor­man­die. Je vais dehors, je sors mon por­table, je m’allume une clope. Coup de poing olfac­tif. Haut le cœur. « Yüüüüürk, c’est dégueu­lasse, écrase-moi cette chose que je ne sau­rai sen­tir ». Je l’écrase. Je l’appelle. Je tremble. Il répond. Je ne dis même pas bon­jour. J’éructe un mal­adroit et bru­tal « je crois que je suis enceinte ». Gros silence, puis « Et… ». Ma pre­mière pen­sée (inté­rieure): t’as vrai­ment pas de couille mon pauvre, même pas capable d’énoncer les deux pos­si­bi­li­tés qui se pré­sentent à nous tel­le­ment tu as peur. Je réponds: « et… il va fal­loir faire ce qu’il faut ». Et oui: moi non plus je n’avais pas les « couilles » de le dire à voix haute, bien fait: telle est prise qui croyait prendre! Réponse : « ok ». Moi : « … ». Pen­sées inté­rieures: OK ?! C’est tout ? C’est quoi ça ?! Espèce de gros connard de merde !! Euh… tu ne comptes pas reve­nir en cou­rant à Paris pour… je ne sais pas moi: être avec moi, m’accompagner, me sou­te­nir, même silen­cieu­se­ment. Gros naze. J’hallucine, et en plus tu es prêt à rac­cro­cher, là main­te­nant, comme ça. Moi je vais bien à part ça, merci d’avoir demandé. Évi­dem­ment, je n’ai rien dit de tout ça à voix haute. J’ai encaissé. J’ai assumé. Seule… comme une grande, que je n’étais pas, bien entendu.

    Bon, à par­tir de là tout s’est enchai­née en mode « free­style j’accumule la mal­chance ». Mon gynéco — qui a confirmé la gros­sesse 5 minutes aupa­ra­vant avec un eupho­rique « ah oui! ça, vous êtes bien enceinte! je dirais même d’environ 5/6 semaines » — me parle main­te­nant comme si j’étais une men­teuse incons­ciente, car je lui ai dit que je sou­hai­ter avor­ter. Il m’explique qu’à par­tir de là il ne peut rien faire de plus pour moi et que je dois contac­ter un hôpi­tal ou une cli­nique. Merci. Au revoir.

    Que faire, dans quel ordre, qui, quoi, où? À l’ère de l’hyper-information, de l’Internet, des asso­cia­tions de sou­tien en tout genre, etc. on pour­rait croire que tout est acces­sible. Pour­tant, je dois déplo­rer qu’à l’époque, com­plé­te­ment pétri­fiée et cho­quée, je n’ai pas réussi à trou­ver un havre qui m’aurait accueillie, gui­dée et conseillée. En grande par­tie de ma faute, c’est vrai. Naï­veté? Incons­cience? Dra­ma­ti­sa­tion ado­les­cente? Manque de débrouillar­dise? Je ne sais pas, sur­ement un peu de tout. Fina­le­ment, ça sera les Pages jaunes. Requête: « hôpi­tal — ser­vice obs­té­trique — le plus proche ». J’appelle. L’appel le plus sympa que j’ai eu à faire de ma vie. Rendez-vous est pris pour dans 3 jours avec M. Obs­té­trique, M. Écho­gra­phie et Mme Psy­cho­lo­gie (c’est la loi). Ok.

    Le jour J. J’attends 2h (ça com­mence bien). Récep­tion gla­ciale, du per­son­nel admi­nis­tra­tif aux méde­cins. Pas un regard, et sur­tout, sur­tout, pas de com­pas­sion. Il me pose les ques­tions de son for­mu­laire, coche des cases, ne com­mente rien. J’atterris ensuite chez M. Écho­gra­phie, pas un mot. Bbrrrr, ce gel est froid… essuyez-vous. Il sort. Ok. Je passe ensuite dans le bureau de Mme Psy­cho­lo­gie: « il faut éta­blir votre pro­fil psy­cho­lo­gique afin d’évaluer votre capa­cité à prendre une telle déci­sion en conscience des consé­quences lourdes qu’elle peut avoir ». Autre série de ques­tions, autres cases cochées. Ver­dict: je pense que vous réa­li­sez ce que vous vous apprê­tez à faire, j’autorise donc la pro­cé­dure. La loi nous obli­geant à vous don­ner un délai de réflexion d’une semaine… je vous revois mer­credi pro­chain. Je suis ravie d’apprendre qu’en plus de ça, j’en ai encore au moins pour 10 jours à « être enceinte ». De manière très naïve, je ne m’étais même pas vrai­ment ima­gi­née les détails pré­cis, et pour­tant: ça parait évident que ça ne se fait pas par l’opération du saint esprit, pas comme ce qui m’a mis dans cet « état ». Je vais bien. Tout va bien. Je suis au top.

    Retour devant M. Obs­té­trique, il a mon dos­sier dans la main, le lis silen­cieu­se­ment pen­dant ce qui me semble être de très longues minutes. Un ange passe. J’espère que c’est lui qui vien­dra cher­cher et accom­pa­gner mon bébé dans la lumière. J’arrive à lire à l’envers une des cases « mono-embryonnaire ». PAF. Et si ça avait été des jumeaux? Est-ce que cela aurait changé quelque chose? Bizar­re­ment, je crois que oui, mais pour­quoi : c’est « plus pire »? moins sup­por­table? Aucune idée…

    Ah, le mon­sieur me parle main­te­nant, tout en grif­fon­nant dans mon dos­sier. Comme per­sonne ne m’explique rien, je com­mence à déli­rer inté­rieu­re­ment: qu’est-ce qu’il peut bien écrire (la liste de courses que Monique lui a demandé de faire avant de ren­trer ce soir)? fait-il des mots croi­sés (H9: des­ti­na­tion exo­tique en 7 lettres)? un gri­bouillage (ceux qu’on fait machi­na­le­ment quand on parle au télé­phone)… Il com­mence à m’expliquer, las­ci­ve­ment, qu’il existe 2 méthodes d’interruption volon­taire de gros­sesse. Aaaaah, là tu m’intéresses, vas-y: déve­loppe, explique, cause (je t’autorise à gri­bouiller en même temps). Soit je prends des médi­ca­ments qui pro­vo­que­ront une fausse couche, soit je passe sur le billard pour une « aspi­ra­tion ». C’est la même chose. La pre­mière est plus dou­lou­reuse que la deuxième, mais plus natu­relle, avec une pos­si­bi­lité d’échec certes, mais faible sur des sujets jeunes comme vous. Vous pré­fé­rez quoi ? On dirait un cais­sier de McDo : « bon, made­moi­selle, ça sera le menu 1 ou le menu 2? Avec ou sans frites? » (à pro­non­cer à voix haute à la Élie Kakou). Est-ce que j’ai le droit de dire un WetMc­Chi­cken ? Nan hein? Ça ferait mau­vais genre quand même, et je ne pense pas qu’il cap­te­rait le jeu de mot consis­tant à insis­ter sur le fait que j’ai les cho­cottes, grave de chez grave. Je poule-mouille dans ma culotte.

    Mon approche d’écriture humoristique-caustique-sarcastique n’enlève rien au fait que je ne prends pas du tout l’avortement comme une inter­ven­tion, un choix ou une action à la légère, bien au contraire. C’est ce qui explique que j’aie choi­sis l’option no. 1. J’ai estimé qu’une « simple » opé­ra­tion était un peu trop « facile » (je m’endors, je me réveille, et hop là on n’en parle plus, comme par magie). J’ai donc pré­féré l’option « natu­relle » qui me per­met­trait de sen­tir mon corps et par-là même de par­ti­ci­per acti­ve­ment au pro­ces­sus de deuil. Donc, mer­credi pro­chain, je reviens ici, je revois Mme Psy­cho­lo­gie, et si je décide de pro­cé­der à l’intervention, ils me don­ne­ront les 2 pre­mières pilules. Ensuite je devrai reve­nir le ven­dredi pour prendre la pilule « active » et res­ter sous sur­veillance envi­ron une 1/2 journée.

    Mer­credi. Je passe, je parle, je décide, je prends les 2 pilules, je rentre chez moi.

    Jeudi. Je ne me sens pas très bien. J’ai des pous­sées de tachy­car­die. J’ai peur. Et si quelque chose clo­chait. Ma mère est dans le salon… Si elle savait. Ma sœur est au télé­phone… Insou­ciante ado­les­cente. Je suis aux toi­lettes (déci­dé­ment… on y revient sou­vent à ces fameux WC)… vic­time d’une hémor­ra­gie assez colos­sale. Grosse flippe. MAMAN. Pas le choix, là je dois lui dire, et on doit aller dare-dare à l’hôpital. Je lui vomis la nou­velle en 4 mots, elle encaisse, elle assure, je ne suis plus seule, mal­gré l’angoisse, quel sou­la­ge­ment ! Fina­le­ment plus de peur que de mal, rien d’anormal. Je suis ren­voyée chez moi à 2h du mat’ et dois être de retour à 8h. Mais cette fois, je dors bien pour la pre­mière fois depuis 15 jours: car demain matin, ma maman m’accompagne. Je ne suis plus seule.

    Ven­dredi. J’ai pris la der­nière pilule, main­te­nant il fait attendre le déclen­che­ment de fausse couche. On est dans la chambre, ma mère me fait rire avec des bla­gou­nettes, mais sur­tout: elle me tient la main. Je passe les détails de ce qui a suivi, un peu trop gore et hard­core à mon gout. Résu­mons sim­ple­ment en disant qu’en effet, je l’ai bien senti et vécu à fond. Et sur­tout: je ne regrette abso­lu­ment pas d’avoir choisi de le faire par cette méthode. Par rap­port à ma per­son­na­lité, c’est ce qui m’a per­mis de faire les choses bien, d’entamer mon deuil de manière posi­tive et construc­tive, et de l’avoir accom­pa­gné –à ma manière– ce p’ti bonhomme.

    Bon, la suite de l’histoire –car l’aventure hos­pi­ta­lière ne s’est pas arrê­tée là– est que j’ai gagné 2 avor­te­ments en 1… c’était pas Noël, mais appa­rem­ment c’était ma fête! L’échographie de contrôle a mon­tré que je devais quand même subir une aspi­ra­tion car l’avortement n’était pas fina­lisé, donc pour évi­ter tout risque de sep­ti­cé­mie. Vous deviez bien le savoir made­moi­selle, le taux d’échec de cette méthode est de l’ordre de 30%. Ah oui, 30% quand même? Ah si seule­ment j’avais pensé à deman­der le chiffre exact cor­res­pon­dant à l’expression « faible taux d’échec » (ou si on m’avait mieux infor­mée…), j’aurais peut-être pon­dé­rée ma déci­sion dif­fé­rem­ment… Donc bon, 6 jours après, rebelote-pelote. Anes­thé­sie géné­rale, opé­ra­tion, salle de réveil. DOULEUR. La putain de sa maman (par­don). DOULEUR.

    Bon, je pas­se­rai aussi sur le fait qu’ils ont laissé par­tir ma mère ce matin-là sans nous dire que je ne serai pas auto­ri­sée à quit­ter l’hôpital seule en taxi le soir. Je me suis donc retrou­vée, dans la salle des urgences, groggy comme pas deux, à devoir déci­der à quel ami j’allais pas­ser un coup de fil sym­pa­thique et sur­pre­nant. « Salut (ton le plus enjoué pos­sible), dis-moi, je t’expliquerai, mais: tu peux venir me cher­cher à l’hôpital là tout de suite? Non, rien de « grave », ne t’en fais pas. Tu peux? Super, merci, je t’attends ici, merci, mille fois merci, je t’expliquerai oui, encore merci ».

    Quoi qu’il en soit, voici les détails qui consti­tuent mon témoi­gnage concer­nant mon avor­te­ment. « Suis-je une mère? » … « Ai-je bien fait mon deuil? » … « Pourrais-je encore avoir des enfants? » … « Bla­bla­blu bla­bli ». À par­tir du moment où on veut aller bien, alors on va bien. Point barre. Au-delà des détails « tech­niques » trau­ma­ti­sants de mon avor­te­ment, je n’ai jamais eu aucun trouble du som­meil par la suite, ni aucun souci d’étique, ou de pro­blème envers ma mora­lité ni mes valeurs. Par la suite, j’ai fina­lisé mon deuil de cette âme qui a voulu s’incarner et arri­ver sur Terre un peu trop tôt en fai­sant notam­ment un enter­re­ment sym­bo­lique. Je l’ai éga­le­ment pré­nommé. Il s’appelle Erwann, il fait par­tie de moi pour tou­jours, et aujourd’hui il aurait bien­tôt 11 ans. Je suis une femme stable et équi­li­brée, j’ai subi un avor­te­ment, et je le vis bien.

    Pour­quoi racon­ter mon expé­rience, et ce, à visage décou­vert qui plus est? Je dois l’avouer, j’ai d’abord com­mencé à écrire sous mon pseudo et sans mettre de lien vers mon blog. Puis je me suis ravi­sée, car après avoir signé l’appel d’un « Miss K. » ano­nyme, je m’en suis immé­dia­te­ment vou­lue de res­sen­tir encore le besoin de « m’en cacher », j’ai de nou­veau res­senti de la honte et de la culpa­bi­lité, comme si j’étais sale, pas pré­sen­table. Or, cette démarche (indi­vi­duelle autant que col­lec­tive) cherche jus­te­ment à décons­truire ce mythe de la honte, de la culpa­bi­lité, du silence, du poids et des tabous entou­rant encore en 2011 l’avortement.

    J’avais donc com­mencé à (d)écrire mon expé­rience par envie et besoin de cathar­sis thé­ra­peu­tique, je ne pen­sais même pas for­ce­ment le mettre en ligne. Au fur et à mesure mon geste est devenu un peu plus engagé, voire même très engagé. Je sou­haite appuyer la démarche ini­tiée par les filles des 343. Je vais donc publier mon témoi­gnage ici même, le publier sur mon blog avec un lien ren­voyant sur ce site, et je publie­rai le lien sur mes réseaux sociaux. Ce n’est qu’un modeste apport, certes, mais j’y tiens, car si tout le monde se disait « ce n’est pas assez alors pour­quoi le faire? », alors on n’arriverait jamais à aucun résul­tat, chan­ge­ment ou évo­lu­tion dans nos sociétés.

    Par contre, et au risque d’en cho­quer cer­taines, je ne sou­haite pas asso­cier mon enga­ge­ment à du mili­tan­tisme fémi­niste. Sans for­cé­ment pou­voir expli­quer pour­quoi, cela me dérange. Peut-être que c’est parce que de mon point de vue, l’avortement est un acte intrin­sè­que­ment à la condi­tion « d’être femme » (un homme, par défi­ni­tion, n’avorte pas). Il va donc au-delà de la lutte des genres en ce qu’il touche de manière com­plexe et intri­quée à de nom­breux domaines : repro­duc­tion des espèces, méde­cine, sciences, reli­gions, étique, psy­cho­lo­gie, poli­tique, bio­gé­né­tique, etc. Quoi qu’il en soit, je sou­haite que mon témoi­gnage vienne sou­te­nir les rang d’une voix sourde qui sou­haite pro­vo­quer une évo­lu­tion psycho-sociétale. Avoir une grande gueule et s’exprimer libre­ment : oui. Se battre pour une cause qui nous tient à cœur : oui.

    Mon his­toire est banale, nous sommes beau­coup à l’avoir vécue, et d’autres vien­dront éga­le­ment; mais nous sommes éga­le­ment toutes uniques et spé­ciales, et il est bon de se le rap­pe­ler. Alors aujourd’hui, c’est décidé: plu­tôt que de vivre cachée et en dis­si­mu­lant ce « passé » qu’on n’est sup­po­sées ne dévoi­ler qu’avec une cer­taine gêne et stric­te­ment dans notre sphère intime, je le dis haut et fort: J’AI AVORTÉ DANS LES ANNÉES 2000 ET JE VAIS BIEN !

    • Les filles des 343 dit :

      « Par contre, et au risque d’en cho­quer cer­taines, je ne sou­haite pas asso­cier mon enga­ge­ment à du mili­tan­tisme fémi­niste. Sans for­cé­ment pou­voir expli­quer pour­quoi, cela me dérange.  »

      Cela est sans doute dû à la mau­vaise image média­tique du fémi­nisme, dont on oublie com­mo­dé­ment qu’il est au-delà d’une lutte pour amé­lio­rer la condi­tion « d’être femme », c’est une lutte glo­bale pour un monde sans dis­cri­mi­na­tions et inéga­li­tés, une lutte pour toustes.

      Au sujet d’une éven­tuelle ‘âme’ de l’embryon, consi­déré comme étant déjà un ‘être’ à qui l’on parle : nous pen­sons qu’il s’agit de croyances qui peuvent être opé­rantes pour cer­taines femmes, et leur per­mettre de se sen­tir bien, et non pour d’autres.

      Nous tenons à pré­ci­ser que nous ne sou­hai­tons pas entrer dans ce débat.
      Notre but est que les femmes ayant choisi de faire une IVG ne soient pas culpa­bi­li­sées et se sentent sereines et en paix avec leur choix.

  23. Pour abor­der la ques­tion de « com­bat fémi­niste ou pas », il faut se sou­ve­nir que jusqu’en 1975 l’avortement pro­vo­qué était inter­dit et pou­vait être puni de pri­son, voire par la peine de mort puisque ça s’est pro­duit sous Pétain. Par ailleurs, les méde­cins qui le pra­ti­quaient étant mena­cés de radia­tion par le Conseil de l’ordre, seuls des non-professionnels, sou­vent des femmes qui avaient acquis leur expé­rience par la « pra­tique » s’y ris­quaient. Cer­taines étaient très incom­pé­tentes, ce qui explique les nom­breuses consé­quences graves: infec­tions pou­vant aller jusqu’à la sep­ti­cé­mie ou à la mort, en tous cas géné­ra­trices de sté­ri­li­tés défi­ni­tives, hémor­ra­gies avec éga­le­ment un risque mor­tel. Les femmes assu­maient sou­vent seules, dans la culpa­bi­lité, la honte et la souf­france phy­sique et psychique.

    Quand elles ont décidé de s’opposer col­lec­ti­ve­ment à cette situa­tion catas­tro­phique, le com­bat pour l’IVG est devenu DE FAIT un com­bat fémi­niste. Il est en train de le rede­ve­nir dans la mesure où cette liberté, dure­ment acquise, est menacée.

    A cha­cune de nous de déci­der si elle s’associe ou pas à ce com­bat. A condi­tion de ne pas oublier que la situa­tion actuelle, pour impar­faite qu’elle soit, est bel et bien le résul­tat d’un com­bat fémi­niste. Moi qui ai par­ti­cipé à ce com­bat, modes­te­ment, je suis tou­jours un peu bles­sée quand j’entends pro­non­cer le mot « fémi­niste » avec réti­cence ou mépris. Nous avons lutté pour la vie des femmes et pour le bon­heur d’enfants vrai­ment désirés.

  24. Maria dit :

    Il y a quelques années, j’avais 21 ans, j’ai décou­vert que j’étais enceinte à deux jours de la ren­trée. Après trois ans de tra­vail acharné en classe pré­pa­ra­toire, je m’apprêtais à inté­grer l’une des Ecoles les plus pres­ti­gieuses de ce pays. Je le dis parce que lorsque j’ai appelé le pre­mier numéro d’info IVG que j’ai trouvé sur le net, j’ai trouvé au bout d’une fil une « Marie », voix de mère, qui m’a gen­ti­ment expli­qué qu’à vingt-et-un ans, j’avais par­fai­te­ment les capa­ci­tés de le gar­der. A l’aube de ces études pour les­quelles j’avais tant bossé et qui fai­saient l’orgueil d’une famille modeste ? Inutile de dire que l’avortement était une évi­dence ! A part cette scan­da­leuse pre­mière démarche, je n’ai ren­con­tré que sol­li­ci­tude et com­pré­hen­sion sur mon che­min des hôpi­taux et des labo­ra­toires d’analyse. Men­tion spé­ciale au plan­ning de Saint-Vincent-de-Paul, Paris 5ème (pour­tant, quand j’y suis allée, je redou­tais l’accueil : il avait tout l’air d’un éta­blis­se­ment crypto-catho !…) : des sages-femmes dévouées et d’une dou­ceur extra­or­di­naire. Les anti-douleurs n’ont pas mar­ché pour moi, et comme j’avais choisi d’avorter chez moi et pas à l’hôpital (erreur…), j’ai bien cru mou­rir de dou­leur pen­dant deux heures… et puis, c’était fini ! A l’instant de la fausse couche, tout s’est dis­sipé, jusqu’au sou­ve­nir même de cet épi­sode.
    Depuis, mes études suivent un cours heu­reux, je n’y pense jamais, et je vais très bien, merci !
    PS : j’ai décou­vert au pas­sage que les mères de mes toutes meilleures amies avaient aussi avorté, jadis… à com­men­cer par ma propre mère… et elles ont toutes l’air d’aller bien, merci !

  25. Anne dit :

    J’ai avorté en 2005. J’étais depuis 6 ans avec mon petit ami et je ne me sen­tais pas bien avec lui, mais comme il était lui-même dans une situa­tion dif­fi­cile, je n’osais pas m’avouer que j’avais envie de le quit­ter. J’ai décro­ché mon pre­mier job à l’étranger et je suis par­tie pen­dant 1 an. C’était tem­po­raire, une manière de faire le point sur ma vie. Là, j’ai arrêté la pilule, parce que j’avais envie de res­sen­tir mon corps, sans les effets médi­ca­men­teux. De retour en France pen­dant les vacances, nous uti­li­sions les pré­ser­va­tifs, sauf une fois, mais il m’avait assuré qu’il avait compté les jours par rap­port à mon cycle et qu’il n’y avait pas de pro­blème. Comme il fai­sait des études de méde­cine, je l’ai bête­ment cru. De retour de vacances, j’ai attendu mes règles, mais elles ne sont pas venues. J’ai très vite com­pris que j’étais enceinte. Quelle panique ! Moi qui son­geais enfin à le quit­ter pour prendre mon envol, j’attendais un enfant de lui. J’ai tout de suite su que je vou­lais avor­ter. J’ai donc appelé une cli­nique et pris un rendez-vous. Une amie m’a accom­pa­gnée. Arri­vées à la cli­nique, des mani­fes­tants qui bran­dis­saient des pan­cartes avec des foe­tus nous ont prises à parti en par­lant de Jésus et du diable. J’étais aux Etats-Unis et Bush venait de se pro­non­cer pour une inter­dic­tion de l’avoretement. Je suis ren­trée dans la cli­nique comme on entre dans une ambas­sade en pleine guerre civile.

    A l’intérieur, je me suis sen­tie accueillie et écou­tée. J’avais beau par­ler par­fai­te­ment anglais, je butais sur les termes tech­niques, et tout me sem­blait d’autant plus sor­dide. Comme j’avais le choix entre la solu­tion médi­ca­men­teuse et l’aspiration, j’avais choisi la solu­tion médi­ca­men­teuse. Je vou­lais res­sen­tir le foe­tus qui quit­tait mon corps, je vou­lais res­sen­tir la dou­leur, ne pas être endor­mie, mais vivre cette déci­sion. J’ai donc tout effec­tué moi-même dans ma chambre, n’ayant pour salle de bain que les douches et les toi­lettes com­munes. Tous mes amis étaient par­tis en vacances, je me suis donc retrou­vée seule et pen­dant 4 jours, je n’ai pas arrêté de pleu­rer. La dou­leur était sup­por­table, je me sen­tais libé­rée, mais quelle tris­tesse ! J’ai pleuré pour le bébé, mais aussi pour moi. Peu de temps après, j’ai trouvé le cou­rage de rompre.

    Une fois ren­trée en France, j’ai eu l’opportunité de repar­tir, mais j’ai senti qu’il fal­lait que je reste pour me recons­truire. La vie n’avait plus vrai­ment grand sens pour moi et je res­sen­tais une grande déchi­rure. J’ai donc consulté une psy­cha­na­lyste. Je me suis aper­çue que l’avortement n’était que le der­nier acte d’une série de renon­ce­ment à la vie. Depuis mon enfance, je n’avais cessé de me renier en vou­lant être aimée. Je m’étais construite une vie d’obligations morales, de bar­rières et d’impossibles. Je me suis aper­çue que je ne vivais pas vrai­ment, que je n’avais jamais vrai­ment pris la parole pour moi. Ce fut une révé­la­tion. L’avortement reste tou­jours un épi­sode dif­fi­cile, à jamais gravé dans mon corps. Mais il fut éga­le­ment révé­la­teur de l’énergie vitale qui gisait en moi et qui vou­lait s’exprimer. J’ai changé de vie, je me suis aven­tu­rée dans un métier qui me fai­sait réver mais que je pen­sais inac­ces­sible. J’ai aussi donné un nom au bébé et à chaque anni­ver­saire de l’avortement et de la nais­sance, je res­sens l’appel de mon corps au sou­ve­nir et à la réflexion sur tout le che­min par­couru. J’ai aussi ren­con­tré quelqu’un de mer­veilleux qui m’a accepté mal­gré l’avortement et qui a fait de moi sa femme.

    Aujourd’hui, je ne regrette pas l’avortement. Ca a été un moment extrê­ment dur à vivre, une grande période de tris­tesse, mais aussi un acte fon­da­teur pour mon être, grâce à l’accompagnement de la psychanalyse.

  26. AucunRegret dit :

    J’ai avorté en 2008 (ivg médi­ca­men­teuse à 6 SA et 5 jours), j’avais 24 ans, mon diplôme en poche, en CDD de 2 mois (et avec le chô­mage comme seule pers­pec­tive d’avenir), en couple depuis seule­ment 4 mois (il était encore étudiant).

    A la lec­ture du test posi­tif, j’ai fondu en larmes, le monde s’est écroulé en un ins­tant. Je ne vou­lais abso­lu­ment pas d’un bébé (le « papa » n’en aurait pas non plus voulu) alors ma réac­tion a été ins­tinc­tive, je devais avorter.

    J’ai entre­pris les démarches le len­de­main même du résul­tat du test (à cause des horaires d’ouverture du centre de pla­ni­fi­ca­tion assez res­treints). Tout s’est déroulé en 10 jours donc je trouve que j’ai eu de la chance.

    L’attitude du corps médi­cal a été assez variable. La dame du centre de pla­ni­fi­ca­tion a été assez froide mais tota­le­ment neutre, elle n’a pas cher­ché à orien­ter ma déci­sion et m’a fourni les infor­ma­tions de base dont j’avais besoin. Le méde­cin écho­graphe ne m’a adressé la parole une seule fois (ni même un regard) et « com­mu­ni­quait » avec moi par l’intermédiaire d’une infir­mière mais le son était coupé et l’écran tourné pen­dant la l’examen. Le géné­ra­liste qui m’a fait enta­mer la pro­cé­dure a été tota­le­ment neutre et plu­tôt com­pa­tis­sant (il m’a conseillé d’en par­ler à quelqu’un pour avoir du sou­tien). Le méde­cin (une femme) qui m’a donné la RU486 a été très gen­tille, elle a pris le temps de répondre à toutes mes ques­tions. En revanche, l’infirmier qui s’est « occupé » de moi pour la prise du 2ème médi­ca­ment a été hor­rible. Il n’avait qu’une seule idée en tête, que je m’en aille pour qu’il puisse retour­ner en pause café avec les col­lègues… Le médi­ca­ment ne sem­blait pas faire effet alors j’étais assez pani­quée mais il n’a pas cher­ché à me ras­su­rer, il n’a jamais voulu regar­der le peu que j’avais expulsé pour confir­mer ou non la « réus­site » de l’ivg. J’ai dû récu­pé­rer moi même au fond des toi­lettes ce qui me sem­blait être l’oeuf pour qu’il daigne me répondre un « peut-être que oui, peut-être que non, de toute façon, ça ne sert à rien de cher­cher, c’est micro­sco­pique »… Mon oeuf mesu­rait 2 cm…

    Enfin bref, je ne regrette pas d’avoir avorté, c’était la meilleure chose à faire, et je n’ai pas hésité une seule seconde. A la visite de contrôle, j’ai res­senti un grand sou­la­ge­ment, j’ai souri à la lec­ture du résul­tat et j’ai repris serei­ne­ment le cours de ma vie, contrai­re­ment à ce que « tout le monde » pense généralement.

    Avant d’avorter, je pen­sais que c’était obli­ga­toi­re­ment une épreuve dif­fi­cile à vivre (vu comme on en parle d’habitude), et en fait j’ai été fina­le­ment sur­prise de voir que je le vivais très bien. A un moment donné, j’ai même culpa­bi­lisé de ne pas culpa­bi­li­ser, mais en lisant cer­tains témoi­gnages, j’ai com­pris que ma réac­tion n’était pas anormale.

    Aujourd’hui je vais très bien, je suis tou­jours avec le « papa », on est très heu­reux, et je ne veux tou­jours pas d’enfant (peut-être un jour?). Je n’ai pas res­senti ce fameux « ins­tinct mater­nel », comme quoi, ce n’est pas si ins­tinc­tif que ça! Et quand on est sûre de soi, rien ne pré­dis­pose à mal vivre son ivg.

  27. Oups dit :

    Novembre 2006 : j’ai 29 ans, suis en CDI et sors avec quelqu’un depuis 3 mois. Avec lui, on ne s’entend sur rien sauf le sexe, et encore…

    Lui n’aime pas mettre des pré­ser­va­tifs et moi, sachant que cette his­toire ne durera pas, je refuse de prendre la pilule pour lui. Deux têtes de mules = une gros­sesse non dési­rée. Il ne m’a pas fallu plus de 2 semaines pour m’en rendre compte (nau­sées, plus du tout envie de fumer, dégôut de cer­tains aliments…).

    Je n’ai pas envie de gar­der l’enfant sachant que le géni­teur et moi ne feront pas long feu ensemble. Je lui en parle et il me dit qu’il s’en fiche, qu’on « ne va pas m’enlever un truc de 15 cms non plus, et qu’il n’y a pas de rai­son d’en par­ler ! ». Fin de la dis­cus­sion.
    Je me débrouille donc seule : rendez-vous chez le méde­cin, puis 3 rendez-vous à l’hôpital.

    Je n’ai pas grand chose à repro­cher au per­son­nel hos­pi­ta­lier, sin­cè­re­ment : dis­cus­sion décul­pa­bi­li­sante avec la psy­cho­logue (entre­tien de 5 minutes tout au plus, cela dit), autre dis­cus­sion tout aussi décul­pa­bi­li­sante avec le méde­cin chargé de l’échographie. Le per­son­nel a été glo­ba­le­ment sym­pa­thique, ou indif­fé­rent dans le pire des cas (mais, hè, ils sont débor­dés de tra­vail, donc on ne va pas non plus s’attendre à ce qu’ils vous donnent des petites tapes sur l’épaule).

    Comme je m’y suis prise assez tôt, l’avortement se fait par médi­ca­ments. On m’a demandé de prendre un médi­ca­ment la veille. Arri­vée à l’hôpital le len­de­main matin, je vômis et m’évanouis dans la salle d’attente. Peu importe, on me trans­porte dans une chambre et on me donne LE com­primé. S’en suivent des dou­leurs assez fortes, puis un sai­gne­ment abon­dant. Appa­rem­ment, là, on m’a oubliée puisque l’infirmière, ou le méde­cin n’est revenu qu’un bout de temps après… Peu importe, je n’étais pas à l’article de la mort, et comme je l’ai men­tionné avant, le per­son­nel a énor­mé­ment de tra­vail dans cette struc­ture. Et ça n’a fran­che­ment pas été si atroce que ça : pour preuve, je suis retour­née tra­vailler l’après-midi même.

    Le plus dur dans cette his­toire aura été la honte (une gros­sesse non dési­rée à 16 ans, on peut le com­prendre… à 29 ans, beau­coup moins), et le fait d’avoir été seule pour affron­ter ça.

    Conclu­sion : cha­peau bas au per­son­nel soi­gnant et… j’ai avorté dans les années 2000 et je vais bien, merci ! :)

  28. makous dit :

    J’ai 20 ans je crois, c’est en 2009, l’année de l’élection d’Obama. Le jour de la concep­tion, l’élection du Pré­sident Obama. ma cou­leur de peau? Je suis noire, mon copain de l’époque est blanc. On a fait la fête toute la nuit en sui­vant le résul­tat des élec­tions, Etat par Etat, petits fours, vins, bières, vodka et cham­pagne, soi­rée avec des amis de science po et de droit, à la limite de la pédan­te­rie je sup­pose. On fini saoul dans un bar rem­pli d’américains, à dan­ser à la vic­toire d’un pré­sident qui n’est même pas le notre, dans l’espoir qu’il aurait pu être le notre. Fin saoul, on fait l’amour sans capote, gueule de bois le len­de­main, j’oublie la pilule du len­de­main, je vais me cou­cher en espé­rant que ce mal de tête parte un jour. Ca aurait pu être un bébé Obama, déci­dem­ment quelle blague.
    Trois semaines plus tard, j’ai deux jours de retard dans mes règles, en me réveillant de la sieste je sais que je suis enceinte, je le sens, comme j’ai pu le lire dans d’autres com­men­taires, cette sen­sa­tion dans le ventre qui ne peut vou­loir dire qu’une seule chose. Je fonce chez mon copain, on achète un test, posi­tif, on va en rache­ter un second ( au cas où :S) la phar­ma­cienne nous toise « vous savez ça ne va pas chan­ger mira­cu­leu­se­ment », quand on pense au prix des tests de gros­sesse, elle aurait juste pu nous bai­ser les pieds d’être pani­qués et stu­pides.
    Déci­sion prise de ne pas le gar­der, ques­tion qui ne s’est jamais posée, un ami en méde­cine me conseille un méde­cin, qu’il consi­dère de confiance.
    Une de mes très bonnes amies m’accompagne à ce rdv qui reste encore aujourd’hui une grande blague dans notre cercle d’amis. Tout d’abord il m’abreuve de pro­pa­gandes pro vies (petites ima­ge­ries du déve­lop­pe­ment du foe­tus et tutti quanti) puis me raconte l’histoire de cer­taines de ses patientes qui ne s’en sont jamais remises, il déduit –je sup­pose de ma cou­leur de peau– que j’habite dans un foyer, je lui affirme le contraire, il est sur­pris que je fasse des études, et dit ne pas pou­voir me conseiller qui que ce soit pour ce genre d’intervention. Il me fait quand même payer, du grand rêve,
    Pas­sage par le plan­ning fami­lial, je ne peux pas me faire avor­ter avant noël, après ce sont mes partiels,je prend donc ren­dez vous le 21 jan­vier soit presque à trois mois de gros­sesse pour l’avortement. Au plan­ning fami­lial les gens sont com­pré­hen­sifs, aucu­ne­ment infan­ti­li­sant, aucu­ne­ment dans le pathos, ils posent les bonnes ques­tions et acceptent les réponses. Mais je me rap­pelle de ces trois mois d’horreurs, que j’ai passé à vomir constam­ment, quand je ne pou­vais plus sup­por­ter l’odeur de quoi que ce soit, quand chaque effort était un sup­plice, j’ai perdu 5 kilos, je révi­sais en même temps, pen­dant le dérou­le­ment des par­tiels, je buvais des litres et des litres d’eau au citron pour ne pas sor­tir de la salle pour vomir et je vomis­sais entre chaque épreuve. Lorsque tout a été fini, j’ai res­senti un énorme sou­la­ge­ment, une liberté immense à me réap­pro­prier mon corps qui était à nou­veau MON corps, et ce que j’ai trouvé insup­por­table alors et ce que je trouve tou­jours insup­por­table aujourd’hui c’est le regard plein de malaise quand je dis avoir subi un avor­te­ment, d’ailleurs je ne l’ai jamais subi, je l’ai voulu, je le vou­drais encore aujourd’hui si c’était à refaire, je me sen­tais cou­pable de ne pas me sen­tir cou­pable, de ne pas avoir voulu vou­loir un enfant, comme si tous ces regards me ren­voyaient cette peine que j’aurais du res­sen­tir. Et merci, merci pour ce blog, parce que je com­prend que je ne suis pas un monstre de ne pas avoir de peine à avoir avor­ter, de ne pas consi­dé­rer que j’ai tué un enfant, par­fois je suis un peu triste en repen­sant à cette période, mais je ne me sens pas moins une femme d’avoir choisi de ne pas avoir d’enfant, je m’en sens d’autant plus une d’être capable de me choi­sir, et je me sens d’autant plus fière d’être dans un pays où mal­gré une masse d’ignards, encore trop sou­vent des femmes, bien sou­vent des hommes qui n’y com­prennent pas la moi­tié d’une pel­li­cule à ce que ça veut dire d’être enceinte, de vou­loir ou de ne pas vou­loir l’être, de vou­loir ou de ne pas vou­loir un bébé, jamais, pas main­te­nant, d’avoir dans son corps un autre corps etc. que mal­gré ces imbé­ciles, on ai le droit d’avorter et de le faire gra­tui­te­ment.
    Alors j’ai avorté et je vais bien merci.

  29. Rosetta dit :

    Mais quelle bonne idée, ce blog !

    Moi, j’ai avorté deux fois dans le même hôpi­tal, en 2006 et en 2008. La pre­mière fois, c’était à cause d’un oubli de pilule. L’IVG s’est très bien passé, l’entourage médi­cal était au top, j’ai décou­vert d’autres moyens de contra­cep­tion, etc… La deuxième fois, la capote avait cra­quée et la pilule du len­de­main n’avait pas mar­ché. Je suis retour­née dans le même hôpi­tal en me disant que comme pour la fois, ça allait bien se pas­ser. Mais je suis tom­bée sur une sage-femme qui a lit­té­ra­le­ment tenté de me désta­bi­li­ser et de me trau­ma­ti­ser. Comme c’était la deuxième fois, elle m’a dit qu’il fal­lait que j’arrête d’être irres­pon­sable, de me mettre en dan­ger et de croire que la pilule du len­de­main était un moyen de contra­cep­tion. « Le coup de la capote qui craque, on connaît… C’est pas sérieux, vous pen­sez qu’on peut, comme ça, faire une erreur, et hop! ça dis­pa­raît. Vous ne vous ren­dez pas compte… C’est irres­pon­sable… » Bon, pas­sons. Je me suis dit qu’elle était de mau­vaise humeur.

    Le jour de l’intervention, je suis arri­vée sereine. J’ai pris les médi­ca­ments et je me suis posée sur un fau­teuil. Ça m’a fait beau­coup plus mal que la pre­mière fois. Et je devais être hos­pi­ta­li­sée 4h. Au bout de ces 4h, je me tor­tillais de dou­leur sur mon siège et je n’avais tou­jours pas éjecté le foe­tus. Je demande à une infir­mière ce que je dois faire. Elle me donne un doli­prane et me dit de ren­trer chez moi, que ça sor­tira tout seul. Je demande si je ne peux pas res­ter un peu. Pas pos­sible, d’autres attendent. Ok. Je pars et je l’éjecte dans ma culotte en che­min. Super… je rentre, dégou­tée. Ensuite, je devais par­tir voir mes parents. Alors, je m’organise par rap­port aux rdv’s pour le suivi de l’IVG (prise de sang et exa­men gyné­co­lo­gique). La semaine sui­vante, la veille du rdv pour la prise de sang, je rate le train. Je ne peux donc me rendre à l’heure au rdv le len­de­main matin. J’appelle le stan­dard de l’orthogénie pour les pré­ve­nir et m’excuser. Je cours dans un labo de ma ville pour faire la prise de sang de contrôle, his­toire d’avoir quand même des résul­tats à pré­sen­ter à l’examen gyné­co­lo­gique. (j’ai demandé au stan­dard si je pou­vais le faire mal­gré la recom­man­da­tion de faire toutes les prises de sang dans le mêmes labos, ils m’ont dit que ce n’était pas grave, qu’on ver­rait le lendemain…)

    Le len­de­main, j’arrive à l’examen et je me fait aboyer des­sus par la même sage-femme qui m’avait reçu au pre­mier rdv. Elle crie au scan­dale parce que je n’ai pas fait la prise de sang dans le même labo­ra­toire, me traite de men­teuse par rap­port au coup de fil que j’ai passé, me dit que je ne suis pet me laisse avec une interne qui me regar­dait de tra­vers et qui me dit qu’il fau­drait que je sois un peu plus réflé­chie et plus mature. Dégou­tée, je suis sor­tie car pour moi, je n’avais rien fait de mal et dans ma tête, c’était clair. C’était pas du tout un acte irré­flé­chi, je n’étais pas une gosse imma­ture (j’avais 25 ans) qui ne com­pre­nait rien à la contra­cep­tion et je n’étais pas en train de me mettre en danger.

    Sur le coup, j’ai eu un peu de mal à la digé­rer et en plus, il y avait des gens autour de moi qui com­men­çait à uti­li­ser mon his­toire pour dire que l’IVG pou­vait être psy­cho­lo­gi­que­ment des­truc­teur, qu’il fal­lait faire gaffe à la pilule du len­de­main… Tout un tas d’idées qui défor­mait mon his­toire et qui fai­sait de l’IVG un acte com­plè­te­ment néga­tif. Mais main­te­nant, cette his­toire est loin et votre blog est une bonne occa­sion de la racon­ter. Je ne regrette pas du tout ce que j’ai fait, je ne culpa­bi­lise pas, mais s’il y a une pro­chaine fois et que je tombe encore sur une per­sonne comme cette sage-femme, je n’hésiterai plus à lui dire ce que je pense et à me défendre plus et lui dire : ÇA VA, JE VAIS BIENMERCI !

  30. Clémentine dit :

    J’ai avorté deux fois, la pre­mière fois à 18ans et la seconde l’année der­nière (j’ai aujourd’hui 24ans).

    Pre­mière fois, glis­se­ment du pré­ser­va­tif avec mon petit ami de l’époque. J’ai pris la pilule du len­de­main dans les meilleurs délais pos­sibles… elle n’a pas fonctionné.

    Pour moi, c’était abso­lu­ment évident que je ne gar­de­rais pas ce bébé, je n’ai pas hésité une seconde.

    J’avais 18 ans et trois jours, je me suis pré­sen­tée au plan­ning fami­lial, il m’ont envoyé bou­ler froi­de­ment sous pré­texte que j’étais majeure, sans me don­ner la moindre piste de per­sonnes à contac­ter.
    Je n’avais pas de méde­cin trai­tant, ni de gynéco.
    Je me suis tour­née vers le méde­cin de famille, qui ne m’avait plus vu depuis mes 13 ans. Elle m’a immé­dia­te­ment donné toutes les infos et contacts néces­saires et je me suis pré­sen­tée à l’hopital, où j’ai été reçue par un gyné­co­logue com­pé­tent et com­pré­hen­sif.
    Ni culpa­bi­li­sa­tion, ni morale à deux balles, il m’a demandé si je sou­hai­tais qu’on mette en place une contra­cep­tion après l’avortement, j’ai dit oui.

    Le jour J je me suis pré­sen­tée à l’hopital seule (mon ami tra­vaillait et étant apprenti, on lui avait refusé de prendre un jour de congé !), avec mon walk­man et une pile de livres.
    J’ai vécu un avor­te­ment médi­ca­men­teux tran­quille, sans dou­leurs par­ti­cu­lières, toute seule entre mon lit et les toi­lettes, entre les­quels je fai­sais de fré­quents aller-retour mon bou­quin à la main.

    Je n’ai res­senti aucune forme de culpa­bi­lité ou de souf­france psy­cho­lo­gique.
    Mon petit ami m’a sou­tenu dans mon choix, mes parents l’ont su et m’ont approuvé, ainsi que mes amis.

    Mon second avor­te­ment a été plus com­pli­qué.
    Je pre­nais la pilule en continu (donc pas de règles) et j’habitais en Ita­lie avec mon petit ami ita­lien. Quelques semaines avant Noel, je me suis mise à vomir inex­pli­ca­ble­ment. Je n’ai pas tout de suite envi­sagé une gros­sesse, puisque je n’avais eu aucun oubli de pilule. Mais plus les semaines pas­saient, plus je dégueu­lais, plus j’avais des doutes… J’avais très peur et mon ami aussi. Sur­tout lui en fait. Il était hors de ques­tion qu’il devienne père.… mais hors de ques­tion qu’il me laisse tom­ber… et hors de ques­tion que sa famille (cathos réacs) l’apprenne, sans quoi ou je me serais fait chas­ser de chez lui, ou j’aurais du l’épouser (et dans les deux cas son père lui aurait cassé la gueule). Un test de gros­sesse m’a confirmé ce que je redou­tais.
    J’ai sauté sur le pré­texte des fetes de fin d’année pour ren­trer en France (avor­ter en Ita­lie est un véri­table par­cours du com­bat­tant, et je devais le faire en toute dis­cré­tion afin que mon entou­rage ita­lien ne se doute de rien) et aller à l’hopital en qua­trième vitesse.

    Je suis tombé sur le pire des gyné­co­logues, réac, mora­li­sa­teur et men­teur : il m’a asséné lors de l’échographie « ah mais vous arri­vez trop tard made­moi­selle, vous etes à plus de 11 semaines, c’est fla­grant ! » (puisque je ne pou­vais pas dire à quand remon­taient mes der­nières règles, l’échographie devait faire foi).
    Il m’a ensuite mon­tré le foe­tus dans les moindre détails, « regar­dez, il a déjà des pieds ! et son coeur bat ! ».
    Lorsque j’ai confirmé que je sou­hai­tais avor­ter à n’importe quel prix, meme si ça signi­fiait aller en Bel­gique, en Angle­terre ou sur Mars s’il la fal­lait, il m’a gra­ti­fié d’un dis­cours suant de pédan­te­rie et de pater­na­lisme :
    « Allons made­moi­selle, si vous venez aussi tard ce n’est pas par hasard. Quelque part, vous le vou­lez ce bébé, non ?« 
      Je ne me suis pas démonté et face à mon insis­tance il a fini par m’orienter vers un ser­vice pour « les cas d’urgences comme vous » en insis­tant bien sur le fait que « de toutes façons c’est trop tard ils ne vous pren­dront pas, ils sont surbookés ».

    Une heure plus tard j’étais réexa­mi­née par une gynéco ras­su­rante et com­pré­hen­sive, qui m’a confirmé que j’étais ENCORE dans les temps et que l’opération aurait lieu dans la semaine.
    Mon avor­te­ment s’est déroulé sous anes­thé­sie géné­rale, sans soucis.

    Là aussi, aucun regret ni remors.… si, un seul, ne pas etre retourné voir le pre­mier gynéco pour lui col­ler mon poing dans la gueule !

    Je pré­cise que dans les deux cas je suis allé seule me faire avor­ter, non pas parce que j’étais aban­don­née, mais par choix.….
    Parce que je ne res­sen­tais pas le besoin d’etre sou­te­nue : j’allais TRES BIEN.

    Et aujourd’hui, je vais BIEN.

  31. Perhana dit :

    D abord, un petit mot pour dire qu en lisant cer­tains témoi­gnages, ca me fait chaud au coeur car je com­prends exac­te­ment ce que les filles veulent dire par {perdu la confiance en son mec qui n a pas eu les couilles de venir pour l ivg}, {période ado­les­cente les-enfants-c-est-trop-chou}, etc.. Je n ai pas beau­coup parle de cette his­toire et il n y a, a ma connais­sance, aucune pote de mon entou­rage qui a avorte.

    Pour ma part, jetais en couple depuis un bail mais je ne pre­nais la pilule que quand j y pen­sais. Je suis tom­bee enceinte en debut de 2eme annee de prepa HEC. D une part, prio­rite aux etudes et juste aucun moyen d entre­te­nir un gamin. D autre part, un couple ban­cal et ado­les­cent avec des tres hauts et des tres bas. On etait tous les deux d accord pour l ivg, mais quand je lui ai demande de venir avec moi a l hopi­tal, j ai eu droit a un {desole, je peux pas}. Ah, cest du joli, le soi disant homme de ma vie, tsss.. Impar­don­nable, de me lais­ser tom­ber juste quand jai besoin de sou­tien. On est quand meme restes ensemble pour se dechi­rer encore 1 ou 2 ans avant de se sepa­rer pour de bon, mais bref.

    IVG medi­ca­men­teuse, je ne sais pas ce qu ils m ont donne avec la 486 mais jetais car­re­ment stone, dans le gaz total, je n avais qu une envie cetait de dor­mir, et l infir­miere qui me har­ce­lait pour me tenir eveillee et me faire mar­cher pour faire des­cendre. Fina­le­ment ejecte dans les toi­lettes, et basta. En fait jetais tel­le­ment high que je nai pas vrament de sou­ve­nir de l ivg, cest bru­meux. Apres, ca a ete un peu dur a cause de la tour­nure que ca a pris avec ce mec dont j etais tres amou­reuse. Les quelques jours qui ont suivi, j y pen­sais pas mal, puis plus du tout, puis un gros coup de bad quand {il aurait eu un an}.

    Mais la, presque 3 ans apres, je suis bien dans ma vie, bien dans ma tete, plus de doute ni de culpa­bi­lite : c etait le bon choix, sil le fal­lait je refe­rais tout pareil. J y pense occa­sion­nel­le­ment quand je tombe sur des articles sur le sujet ;)

  32. korrigan dit :

    J’avais 20 ans, étu­diante en 2ème année de BTS, en couple depuis quelques mois avec un gar­çon qui, je le savais, n’aurait jamais été l’homme de ma vie…
    Je pre­nais la pilule et suis tombé enceinte. Je m’en suis rendu compte assez tard, 10 semaines, ayant déjà d’avance des cycles irré­gu­liers et pre­nant la pilule en fai­sant atten­tion. C’est au moment des nau­sées que j’ai fais le test et merde, je suis enceinte!!!
    Pas de ques­tions à se poser, c’était irres­pon­sable de gar­der un enfant dans ma situa­tion et je n’en avais pas du tout envie.
    Je me suis rendu au plan­ning fami­lial, la femme méde­cin était très très froide et m’affirmait qu’il était impos­sible que je puisse tom­ber enceinte sous pilule. L’anesthésiste m’a aussi fait des leçons de moral et m’a, par sous-entendu, trai­ter de meur­trière. L’opération (cure­tage) a été une épreuve assez trau­ma­ti­sante, les infir­mières de la salle de réveil ne me par­lait pas et je suis parti sans avoir le droit à un repas, n’ayant pas man­ger depuis la veille au soir.

    Ces regards et ces atti­tudes ont rendu cette épreuve beau­coup plus trau­ma­ti­sante.
    4 après, je peux dire oui je vais bien merci mais vous ne m’avez pas aidé.

  33. Olivia dit :

    J’ai appris que j’étais enceinte en 2009, j’avais prévu de par­tir en angle­terre en sep­tembre pour un an, et on était début aout.
    Heu­reu­se­ment, des signes peu trom­peurs se sont tout de suite révé­lés (chan­ge­ment d’humeur, seins hyper dou­lou­reux, maux de ventre inha­bi­tuels, vomis­se­ments mati­naux) et le test s’est révélé posi­tif au bout de deux semaines de gros­sesse.
    J’avais 21 ans, je devais par­tir en angle­terre, mon copain était un connard de pre­mière qui venait de pas­ser son été à me détruire et que je venais de quit­ter, j’avais meme pas encore décro­ché ma licence… Je n’ai à aucun moment pensé à gar­der ce truc qui pous­sait en moi… mais pour­tant j’ai pleuré. J’ai pleuré parce que je res­sen­tais que ma vie était mar­quée main­te­nant, et qu’il n’y avait pas de moyen de retour­ner en arrière. Il fal­lait que je sois forte, j’avais encore des exams à pas­ser et il fal­lait que je jongle entre mes pré­pa­ra­tifs pour le voyage, les exams jus­te­ment et l’avortement.
    J’ai pu avoir droit à l’avortement médi­ca­men­teux. Mal­heu­reu­se­ment, il n’y avait pas de place à l’hôpital, j’ai donc du appe­ler un gyné­co­logue privé. J’ai du en appe­ler une dizaine avant d’en avoir une qui pou­vait me prendre avant que je parte, j’ai eu de la chance. Fran­che­ment, je pense à toutes ces filles qui se retrouvent à la limite pour avor­ter, et je me dis que le sys­tème essaie de nous empê­cher d’y avoir recours le plus qu’il peut. Les délais sont impres­sion­nants.
    J’ai avalé le pre­mier cachet le matin de mon exam. J’ai trouvé ça dou­lou­reux psy­cho­lo­gi­que­ment, mais pas aussi dou­lou­reux d’être contrainte de por­ter ce truc pen­dant deux semaines. La gyné­co­logue a été sympa et d’ailleurs, le per­son­nel de l’hopital qui s’est chargé des prises de sang et autres ana­lyses a été sympa aussi.
    J’ai donc passé mon exam l’après midi et le len­de­main, alors que je fai­sais les courses pour pré­pa­rer mon départ, j’ai fait une fausse couche dans le maga­sin. Je suis ren­trée chez moi et j’ai expulsé l’oeuf, avant la prise du deuxieme cachet. Lorsque je suis retour­née voir la gynéco, elle m’a dit que le plus gros était passé et que le deuxieme cachet ne devrait pas me pro­vo­quer grand chose (ce phé­no­mène est raris­sime car le deuxieme cachet est censé pro­vo­quer la fausse couche, pas le pre­mier). Je suis res­tée chez une copine toute la jour­née après la prise du second cachet, et tout s’est bien passé. La gynéco m’a appe­lée pour voir si tout allait bien, et m’a dit que je pou­vais par­tir en angle­terre tran­quille. Je suis par­tie en sai­gnant encore et avec une ordon­nance pour une prise de sang de contrôle deux semaines après.
    Or voilà, la France c’est la France et on s’en plaint beau­coup mais l’Angleterre c’est encore plus hor­rible.
    Le jour où je me suis poin­tée au centre médi­cal pour faire ma prise de sang, on m’a infor­mée que ce genre de prise de sang ne se fai­sait qu’à l’hopital et que la modique somme de 300 livres (soir 350 euros) me serait deman­dée. Impos­sible donc pour moi de la faire.
    Un soir, je sors boire une bière, cela fai­sait une semaine que je ne sai­gnais plus, et là je me remets à sai­gner (beau­coup). Je pars à l’hopital d’urgence, il est 23H. Les méde­cins me reçoivent à 5h du matin. Ils me prennent la tem­pé­ra­ture (37.9), la ten­sion (je tachy­charde, nor­mal un peu non ?). Ver­dict : je fais une infec­tion de l’utérus. Par­don??? « des dou­leurs au ventre made­moi­selle ? » « Non pas du tout » « ah bon ».
    Ils m’imposent de faire un test de gros­sesse clas­sique, celui que l’on trouve dans les phar­ma­cies. Je leur explique que les hor­mones de gros­sesse sont encore en moi et qu’il sera posi­tif. « Non non » me répond-on « aucun risque, il sera néga­tif ».
    Ver­dict (comme attendu), le test est posi­tif.
    Le méde­cin me dit que je suis encore enceinte, pro­ba­ble­ment un jumeau qui n’aurait pas été expulsé. Je suis com­plè­te­ment cho­quée et atter­rée par ce qu’il me dit. Je n’y crois pas, je demande à pas­ser une écho­gra­phie. « Non, désolé mais les écho­gra­phies ne se pra­tiquent pas avant le 7eme mois de gros­sessse ».
    Je sors de l’hopital, je vomis à cause du choc… j’appelle ma gynéco le len­de­main, elle rigole de l’incompétence de ces méde­cins anglais, et me ras­sure.. Non je ne suis pas enceinte, non je n’ai pas d’infection. Et elle a rai­son.
    Tout ça pour dire que la france a des dys­fonc­tion­ne­ments certes, mais il y a des pays où c’est le cau­che­mar pour se faire suivre, vrai­ment.… Je me serais bien pas­sée de ce trau­ma­tisme anglais.
    Je n’ai jamais regretté mon geste, j’en tire une immense force à pré­sent, et je reste extrê­me­ment fière d’avoir décro­ché ma licence et pu réa­li­ser mon année outre manche tout en tra­ver­sant cette épreuve désa­gréable. J’ai avorté et je vais bien, merci !

  34. Clo Vélo dit :

    J’ai pu vivre une IVG dans un centre de plan­ning en Bel­gique en 2002 et j’y ai été extrê­me­ment bien accueillie et accom­pa­gnée. La sécu rem­bourse l’intervention. Mais ce qui m’a le plus tou­chée c’est la liberté qui m’était don­née avec beau­coup de sol­li­ci­tude et de pro­fes­sio­na­lisme. Je me suis bien remise de l’IVG et ne regrette rien.

  35. Youck dit :

    J’ai avorté 3 mois avant mon mariage en 2008. Mon futur mari et moi vivions sur un petit nuage, et par le plus grand des hasards, je me suis retrou­vée enceinte alors que j’avais un sté­ri­let depuis 3 ans. Ma gynéco a hal­lu­ciné, m’a dit que c’était rare, mais que ça exis­tait. Elle était très enthou­siaste, ravie pour moi et mon petit ‘bébé sté­ri­let’. Moi j’ai fondu en larme. Car même si j’avais envie de fon­der une famille avec mon mari, je vou­lais le faire plus tard, pas main­te­nant, pas me marier enceinte.
    Mon mari a été ferme : on ne le gar­de­rai pas. Mais au fur et à mesure des conver­sa­tions, il m’a sou­te­nue et m’a dit qu’il accep­te­rai ma déci­sion, même si lui pré­fé­re­rai ne pas le gar­der.
    Moi j’ai eu beau­coup plus de mal que lui à me résoudre d’avorter. Cela n’était pas dans mon ‘schéma men­tal’. Dans la pro­cé­dure d’un avor­te­ment médi­ca­men­teux, ma gynéco m’a envoyée voir une psy­chiatre. Et c’est grâce à elle que j’ai vécu un avor­te­ment facile. Elle m’a ras­su­rée sur ma plus grosse crainte : j’avais peur qu’en avor­tant, ensuite j’ai un blo­cage psy­cho­lo­gique et je n’arrive plus à avoir d’enfant. Elle m’a assu­rée que si c’était ma déci­sion, mon choix, je n’aurai jamais de blo­cage.
    Ainsi fut fait. Ma déci­sion prise, ma gynéco m’a fait avor­ter à 8 semaines grâce aux médi­ca­ments. A prendre devant elle, et le len­de­main matin pour l’expulsion à la mai­son. Dou­leur super bien gérée grâce à des anti-douleurs très effi­caces qu’elle m’avait pres­crits.
    Aujourd’hui je le dis haut et fort. J’ai avorté et je vais très très bien, merci.
    En 2010 je suis retom­bée enceinte par choix cette fois, 2 ans 1/2 plus tard. Mon petit bébé va très bien. Mon mari est ravi, et moi encore plus.
    D’ailleurs, quand je vois les conces­sions qu’un enfant oblige à faire dans une vie de couple, je regrette encore moins mon choix d’avorter. Si l’arrivée d’un bébé n’est pas vou­lue, tous les petits tra­cas que sa nais­sance peut appor­ter doivent paraître encore plus insurmontables !!

  36. Kataryna dit :

    J’ai avorté et je vais bien, merci! Quand je lis les autres témoi­gnages, je met dis même que j’ai eu beau­coup de chance.
    J’ai avorté en 2004, j’avais 19 ans, je ne pre­nais pas la pilule car j’avais perdu du poids et j’avais très peur de regros­sir, mais j’avais pour­tant l’ordonnance… Je cal­cu­lais mais mes cycles n’étaient pas régu­liers, et j’ai fini par tom­ber enceinte.
    J’ai été très sou­te­nue par mère, qui a été m’acheté le test quand j’ai eu des doutes. Elle m’a dit qu’elle me sou­tien­drait quelle que soit ma déci­sion. Au début j’étais ten­tée de le gar­der, bien qu’étudiante, j’avais des moyens finan­ciers suf­fi­sants et j’avais envie d’être maman. C’est le père qui m’a convaincu, il n’en vou­lait abso­lu­ment pas et je ne le voyait pas s’occuper d’un enfant, d’autant plus qu’il avait de gros pro­blèmes avec le cana­bis.
    Mon géné­ra­liste m’a aussi sou­tenu et m’a dit que j’avais pris la meilleure déci­sion au vu de mes études. Il m’a recom­mandé à un gynéco de l’hopital local.
    J’ai télé­phoné, il n’y avait pas de temps d’attente, mais j’ai pris un rendez-vous volon­tai­re­ment plus tard afin de pou­voir pas­ser mes par­tiels avant.
    Le gynéco a été très com­pré­hen­sif, ne m’a pas jugé, il m’a mon­tré l’embryon à l’échographie sans me faire la morale, j’en étais à 8 SA. Il a fixé l’intervention pour la semaine sui­vante. Le père n’est pas venu, mais j’étais avec mes 2 meilleurs amis qui ont été là et m’ont chou­chouté, ils ont poi­reauté long­temps avec moi dans la salle d’attente.
    Le jour J tout le monde a été très gen­til avec moi, les infir­mières, l’anesthésiste (qui m’a même com­pli­menté sur mes che­veux en me met­tant la char­lotte). Anes­thé­sie géné­rale, je n’ai abso­lu­ment eu aucune dou­leur, le soir même je man­geais au res­tau­rant avec mes parents. J’ai appris le même jour que j’avais validé mes par­tiels et que j’étais accep­tée en 3ème année.
    A la visite de contrôle, je suis tom­bée sur un autre gynéco, très gen­til lui aussi, il a vite détecté qu’il res­tait des rési­dus et m’a donné un trai­te­ment pour les éva­cuer. C’est peut être la seule par­tie où j’ai un peu souf­fert, j’ai perdu beau­coup de sang, mais à la visite d’après tout était ren­tré dans l’ordre.
    Fina­le­ment, le seul qui n’a pas été exem­plaire, c’était le père.
    J’ai eu peur pen­dant long­temps d’avoir laissé pas­ser ma chance d’être maman, mais aujourd’hui j’ai un beau ptit bout en pleine forme pour lequel j’ai vécu une gros­sesse for­mi­dable et sans aucun sou­cis, qui a un papa mer­veilleux (pas le même bien sûr) et un bon bou­lot qui me per­met de lui offrir tout ce dont j’ai envie!
    Alors voilà je vais bien merci!

  37. Ally dit :

    J’ai appris ma gros­sesse en novembre 2009, j’avais alors 26 ans et mon fiancé 24 ans. Nous avions les moyens finan­ciers de gar­der cet enfant, mais ce n’était tout sim­ple­ment pas le moment, et je n’ai pas hésité une seconde avant de prendre ma déci­sion.
    Venant à peine de démé­na­ger, je ne connais­sais aucun méde­cin. J’ai télé­phoné à presque tous les cabi­nets de gyné­co­lo­gie, et à chaque fois la même réponse: « Nous ne fai­sons pas ce genre de chose! ». Per­sonne pour m’orienter. J’ai mis deux jours avant d’avoir un rdv au plan­ning fami­lial.
    Une fois devant le sage-femme, j’ai eu pitié en pen­sant à toutes les jeunes filles poten­tiel­le­ment impres­sion­nables qui ont dû pas­ser avant moi. J’y suis allée avec mon fiancé, et elle nous a parlé comme si on était des ado­les­cents attar­dés, elle ne com­pre­nait pas notre déci­sion étant donné la sta­bi­lité de notre couple, notre âge, et notre situa­tion finan­cière. Tout cela à demi-mot bien-sûr, en ponc­tuant son dis­cours de « Je n’essaie pas de vous faire chan­ger d’avis »…
    Quand j’ai posé des ques­tions à un méde­cin (hors du ser­vice du plan­ning) sur les risques d’infertilité de l’IVG, il m’a répondu que la seule femme qu’il connais­sait qui avait avorté n’avait pas pu avoir d’enfant quand elle a essayé qlq années plus tard…
    Sinon au moment de ren­trer dans le ser­vice pour faire pra­ti­quer l’IVG, je n’ai eu que du per­son­nel sympa, vrai­ment rien à dire! Tout s’est très bien passé, et aujourd’hui, tout va tou­jours très bien, nous nous sommes mariés 6 mois après! On va bien, merci!

  38. aurélia dit :

    j’ai avorté à 22 ans et ça a été libé­ra­teur… le terme est assez violent, j’en conviens, mais il reflète bien mon état d’esprit de l’époque. J’ai oublié ma pilule 2 fois dans le même mois et avec mon ami, nous n’avons pas pris de pré­cau­tions par­ti­cu­lières. Je sais que ce n’est pas pru­dent et on me l’ a suf­fi­sam­ment répété… Sim­ple­ment, nous étions trop per­dus l’un et l’autre pour gérer ces oublis « cor­rec­te­ment » (comme on nous l’a dit). J ai su tout de suite que j’étais enceinte. je l’ai senti phy­si­que­ment et « mora­le­ment », comme une espèce de fata­lité qui ferait coïn­ci­der l’implantation dans mon ventre de cet embryon que je ne dési­rais pas –et n’avais jamais désiré– avec une des pires périodes de ma vie sociale, pro­fes­sion­nelle et fami­liale. Avor­ter a été une évi­dence. Ma gynéco l’a com­pris tout de suite, sans que j’aie besoin de me jus­ti­fier. Grâce à elle, à ses com­pé­tences, sa déon­to­lo­gie mais aussi sa vision de son tra­vail et son impact sur la vie des femmes, mon par­cours a été rapide, effi­cace et dénué d’embûches. Mais pas de réflexions insi­dieuses… Le fait que je sois maté­riel­le­ment en mesure d’élever un enfant m’a valu quelques remarques acerbes et beau­coup d’incompréhension. Le fait que je dise aussi ne pas vou­loir d’enfant dans l’absolu, et non juste à cet ins­tant T a aussi été mal com­pris. Ceci étant, pour moi, il n’y avait pas d’autre alter­na­tive. Je ne vou­lais pas être mère, ni enceinte, ni rien… A cette époque, je n’ai parlé de cet avor­te­ment à per­sonne d’autre qu’à mon ami, sa mère et ma soeur; les autres per­sonnes de mon entou­rage proche n’auraient pas com­pris ce refus. encore main­te­nant, quand j’évoque cette part de mon his­toire, je vois les têtes se pen­cher sur le côté et les com­mis­sures des lèvres s’abaisser légè­re­ment, dans un signe uni­ver­sel de com­pas­sion qui m’agace, comme si je devais for­cé­ment comp­ter l’âge qu’aurait eu mon « bébé » ou me tordre dans les affres de la culpa­bi­lité et des regrets éter­nels. Cet avor­te­ment a été pour moi une bonne chose, tant par liberté qu’il m’a don­née de pour­suivre ma vie telle que je l’ enten­dais que par la réflexion sur ladite vie qu il a entraî­née après. Je ne l’ai jamais regretté et je n’ai même jamais pensé réel­le­ment, concrè­te­ment, à l’éventuel enfant à venir qui n’est jamais venu. cela fait sim­ple­ment par­tie de mon par­cours, au même titre qu’une expé­rience amou­reuse, qu’un chan­ge­ment d’orientation pro­fes­sion­nelle ou que n’importe quel autre fait qui sort du quo­ti­dien. Ni plus trau­ma­ti­sant, ni plus anxio­gène, encore moins plus culpa­bi­li­sant. point. Aujourd’hui, je vais bien, merci… :-)

  39. Sabrina dit :

    J’ai avorté en 2006,en mars quelques mois après la nais­sance de mon 2ème enfant,
    J’avais 24 ans.
    Un oublie de capote bête ..et pas de contra­cep­tif .
    Pour moi il étais hors de ques­tion d’avoir cet enfant,ma vie étais assez mer­dique comme ça, un ex qui c’est avé­rée être un pervers-narcissique,une dépres­sion qui m’as conduite en hopi­tal psy et mon bébé placé en famille d’accueil .
    Je n’aurais pas pu bien m’occuper de ce 3 éme enfant,je n’en avait pas les capa­ci­tés finan­cière ni morale.
    Heureusement,je m’en suis aperçu très tôt et j’ai pu béné­fi­cier d’un avor­te­ment par voie médi­ca­men­teuse. le per­son­nel de l’hôpital à été très bien et compréhensif,la psy n’as suivi et accom­pa­gné avec dou­ceur sans cher­ché à m’orienter dans mon choix et je n’ai pas été confronté au femmes enceinte qui étais dans la mater­nité.
    J’ai pu expul­ser l’oeuf chez moi.. j’ai juste senti en allant au toi­lette quelque chose qui C’est détaché.Je n’ai pas souf­fert , j’ai juste eu l’impression d’avoir mes règles.
    A mon retour à l’hôpital, j’ai eu droit à un exa­men de contrôle pour voir si tout avait été bien expul­ser.
    Ce qui n’as éton­ner au final c’est que je pen­sais culpa­bi­lisé et qu’en fait non.. j’étais sure de mon choix.
    Mon entou­rage et ma mère qui est pour­tant très croyante, ne n’as pas jeter de pierres. Aucun n’est venu me voir en me disant que j’étais une hor­rible meur­trière. Les seules à avoir ten­ter de me culpa­bi­lisé sont les folles qui traine sur les forums dont je tai­rais le nom.Pour elles ce n’étais pas nor­mal que j’aillent aussi bien.
    A elles je veux leur dire; je vais très bien merci!!

  40. Adèle dit :

    Tout s’est passé pen­dant l’année 2007. Je suis tom­bée amou­reuse d’un col­légue alors que j’étais déja en couple avec mon ami depuis 4 ans. J’ai com­pris le sens du mot pas­sion… Pour la pre­mière fois de ma vie, à 24 ans, je n’ai plus rien contrôlé. J’ai laissé mes sen­ti­ments me gui­daient. J’ai vécu pen­dant quelques mois une magni­fique his­toire d’amour cachée. Le secret la ren­dait encore plus belle et roma­nesque. Enivrée par la pas­sion, je me suis lais­sée glis­sée dans une double vie. Le col­légue en ques­tion ne soup­çonné pas un ins­tant l’existence de mon ami. Je men­tais aux deux, mais para­doxa­le­ment j’avais vrai­ment l’impression d’avoir deux vies bien dis­tinctes, bien cloi­son­nées… Je crois que je les aimais tous les deux. Et puis, tout a dérappé, j’ai perdu le contrôle… je suis tom­bée enceinte. Je n’ai plus donné de nou­velle à mon col­légue du jour au len­de­main. C’était comme si cette par­tie de moi, celle qui était tom­bée sous le charme de cet homme si sen­sible et si déli­cat, avait dis­paru avec l’horreur de la situa­tion. Je n’ai jamais envi­sagé même un ins­tant de conti­nuer cette gros­sesse. Mon ami m’a accom­pa­gnée le jour de l’avortement. Il n’a jamais sû la vérité… Mon col­légue n’a jamais sû que je suis tom­bée enceinte. Nous tra­vaillons dans une grande entre­prise divi­sée en agences et je ne l’ai jamais revu. Per­sonne ne connaît la vérité dans son inté­gra­lité. C’est la pre­mière fois que je l’écrit, que je l’admets. La culpa­bi­lité ? Je la res­sents mais pour ce que vous pen­sez. Je ne regrette pas une seconde d’avoir aimé et été aimée par cet homme. Je n’ai pas le moindre remord de l’avoir laissé du jour au len­de­main. Je conti­nue à vivre et aimer mon ami, l’homme de ma vie, mon pre­mier amour et mon pre­mier amant. Ne rien lui dire n’est pas dou­lou­reux juste néces­saire. Mais j’éprouve une pro­fonde culpa­bi­lité dans le fait de ne rien regret­ter. Dans la conscience col­lec­tive, un IVG est un acte trau­ma­ti­sant et dévas­ta­teur. Je me croyais anor­male de ne rien regret­ter. Ce blog m’a ras­suré et ouvert les yeux. La contra­cep­tion doit res­ter une prio­rité abso­lue, mais non, l’IVG ne m’a pas détruite. Au contraire, sans ce droit ma vie aurait été rava­gée. Merci à toutes ces femmes qui se sont bat­tues pour nous.

  41. Ariane dit :

    J’ai avorté 3 fois dans ma vie. Je dois faire par­tie de celles que cer­tains dési­gne­raient comme pre­nant l’avortement pour une contra­cep­tion. Cette idée quand elle ne me met pas en colère me fait mar­rer : non mais est-ce qu’ils s’imaginent vrai­ment qu’en 20 ans de vie sexuelle je n’ai baisé que 4 fois en comp­tant mon môme?

    La pre­mière fois j’avais 17 ans. Quand je m’en suis aper­çue, j’ai été au plan­ning fami­lial, la per­sonne qui m’a reçue, une femme assez douce, m’a expli­qué qu’il fal­lait l’autorisation de mes parents pour pou­voir avor­ter. C’est cette annonce qui a été le plus dur, j’ai trainé… mais je n’ai pas hésité un ins­tant sur la déci­sion à prendre. Je ne vou­lais pas être mère à 17 ans point.

    La deuxième fois j’avais 27 ans. Suite à l’obtention d’un concours de la fonc­tion publique, entre la prise de poste et le démé­na­ge­ment 15 jours avant, uti­li­sant tou­jours une pilule comme contra­cep­tion, une période agi­tée a suffi cer­tai­ne­ment à ce que je merde dans la prise sans m’en rendre compte. J’avais déjà un enfant avec mon com­pa­gnon de l’époque, nous étions ensemble depuis quasi 10 ans. lui n’avait pas de désir d’un autre enfant, et moi, plus vrai­ment, et sur­tout ce n’était pas le moment, l’envie n’était pas là.
    J’ai pris rendez-vous avec le plan­ning après avoir été vue par un méde­cin géné­ra­liste. J’ai ren­con­tré un femme, assis­tante sociale je crois, entre­tien obli­ga­toire avant le délai de 7 jours de « réflexion ». Je me sou­viens avoir pleu­rer. Pas parce que j’avais peur, ni que je souf­frais de cette déci­sion, mais parce que je me sen­tais nulle et hon­teuse d’avoir mer­der ma contra­cep­tion. L’avortement a eu lieu 10 jours plus tard, sous anes­thé­sie géné­rale. J’ai signé une décharge et je suis repar­tie cher­cher mon fils à l’école.

    En fait, ce qui a été pénible, c’est que tout le temps où j’ai été enceinte, entre le moment de l’annonce et quelques temps après l’avortement, mon com­pa­gnon de l’époque ne m’a quasi pas adressé la parole, en dehors des phrases inévi­tables liées au quo­ti­dien. Il ne s’est occupé de rien,surtout pas de moi, je ne crois même pas qu’il ait su quel jour j’avais avorté. Je me dis après coup que si jamais j’avais eu des doutes sur ma déci­sion, ce qui n’était pas le cas, il me les aurait enlevé direct! ;-)

    Je l’ai quitté 2 ans plus tard ( je sais je suis lente ;-) ) et ai mené ma vie en ayant quelques his­toires ou aven­tures avec d’autres hommes, ce qui m’a conduit il y a 6 ans à avor­ter à nou­veau. Un bête acci­dent de capote avec un mec que je voyais depuis 1 ou 2 mois de manière épi­so­dique. Il était évident que j’allais avor­ter, je n’avais pas envie d’un enfant, et encore moins avec ce mec là que je connais­sais à peine et avec qui je m’amusais bien au lit et ailleurs, mais sans plus. Fina­le­ment ce fut le même scé­na­rio, même cli­nique, et sur­tout même silence de la part du mec : il ne m’a pas rap­pelé, j’ai fini par le faire parce que j’avais besoin que quelqu’un vienne me cher­cher, ça m’évitait de signer une décharge comme la der­nière fois, ainsi que le taxi. Il a dit oui, mais il est jamais venu.

    Ce qui m’a mar­qué, c’est le silence. Le silence de ces deux hommes oui, mais aussi le silence des soi­gnants. Je n’ai pas vrai­ment subi de pro­pos désa­gréable, pas vrai­ment de froi­deur non plus, juste une espèce d’économie de mots dans les échanges. l’échographiste, le méde­cin qui d’un coup n’ont plus rien à dire lorsque tu leur annonces que tu comptes avor­ter, le sou­rire qui s’efface et le visage qui devient grave. Le drame imposé.

    Je me sou­viens par contre avec une cer­taine recon­nais­sance du méde­cin que j’ai ren­con­tré au plan­ning avant le troi­sième IVG. Elle n’était pas silen­cieuse, et on a pu parlé de contra­cep­tion, lon­gue­ment et sans juge­ment. Cette entre­vue avec elle m’a libéré de l’espèce de tabou dans lequel j’étais à pro­pos de la contra­cep­tion. Le silence, je me le suis imposé long­temps, comme une sorte de fata­lité, je méri­tais cer­tai­ne­ment puisque j’étais une incons­ciente pas fou­tue de prendre une pilule cor­rec­te­ment. A part elle, je n’ai pas de sou­ve­nir de méde­cin avec qui j’ai pu par­ler de contra­cep­tion, que ce soit avec mes pré­cé­dents avor­te­ments, à la mater­nité, les méde­cins géné­ra­listes ou les quelques gyne­cos que j’ai pu voir. Ca a tou­jours été : voilà une ordon­nance pour 3 mois de pilule merci au revoir. C’est bien la seule qui m’ait offert un choix réel en me pré­sen­tant ce qui exis­tait, mais aussi en dis­cu­tant avec moi pour conve­nir de ce qui serait le plus adapté à qui je suis et à ma vie.
    Avoir été aussi long­temps dans le silence, peu­plé d’évidence erro­née qui ne mérite pas de mots et encore moins d’échange, ça fait un drôle de bilan. Je ne suis ni une idiote, ni une incon­sé­quente. Mais ça a pu m’arriver, peu importe les rai­sons ou leurs absences. Et alors? Prendre un trai­te­ment sans faille pen­dant au moins 30 ans , elle est là la difficulté!

    Ces avor­te­ments furent un sou­la­ge­ment à chaque fois.
    Je les ai voulu, je ne les ai jamais regretté, et je vais très bien merci!

  42. audrey dit :

    J’ ai avorté en 2002! J’avais 16 ans à l’époque. Comme toutes ado qui vit cette situa­tion j’avais peur de la réac­tion de mes parents… En par­ti­cu­lier celle de ma mère! Pour­tant c’est la per­sonne qui m’a le plus sou­te­nue, sans elle je l’aurais très mal vécu!
    Le gyné­co­logue n’a pas été tendre avec moi j’ai bien sen­tis que sans la pré­sence de ma mère (qu’il a voulu faire sor­tir mais que nous avons refu­sés) il ne se serait pas retenu!! Il fait par­tit des per­sonnes qui ne com­prennent pas et qui n’acceptent pas l’IVG! J’avais une boule énorme dans la gorge et je n’arrivais pas à par­ler, ma mère a vou­lue m’aider et le gynéco m’a dit d’un ton sec qu’en gros si j’étais assez grande pour avorté j’étais assez grande pour m’exprimer toute seule!!il est resté froid pen­dant tout l’entretien!Je n’ai pas voulu par­ler à la psy­cho­logue, je lui ai sim­ple­ment demandé de signer les papiers!!après avoir dis­cuté avec ma mère (je ne serai pas capable de vous dire ce qu’elles se sont dit!!à ce moment là, mon corps était là mais mon esprit était ailleurs!!)Elle a signé, deux jours après j’étais à l’hopital dans une chambre en maternité!!!(sans com­men­taire!) . Ma maman était là! Je n’ai pas de mau­vais sou­ve­nir vis à vis du per­son­nel hos­pi­ta­lier mise à part le manque d’information!Quand on est des­cendu à la salle d’opération le cou­loir entre l’ascenseur et la salle était lugubre j’avais l’impression d’être dans un sous sol avec toute la tuyau­te­rie au plafond!J’ai attendu devant la porte pen­dant qu’ils finis­saient avec la jeune fille avant moi!!D’où j’étais je pou­vais entendre la voix d’un tout petit gar­çon pleu­rer sa maman, il hur­lait à la mort sans arrêt! Une infir­mière d’un ton neutre lui disait « elle va arri­ver!!! » Je vous laisse ima­gi­ner la scène toi qui attends pour avor­ter et le gamin hur­ler « maman » sur un cri de douleur…bref!Tout c’est bien passé!J’ai due mettre au moins un an pour accepter…9 ans après je suis heu­reuse d’avoir pris cette déci­sion par­fois je me dis il devrait avoir tel âge…Mais je ne regrette vrai­ment pas!car j’ai eu la chance de pou­voir vivre ma vie sans cette res­pon­sa­bi­lité 9 ans de plus!!Je veux des enfants plus tard…Quand JE déci­de­rai que je suis prète pour cela!!Merci mille fois à toutes ces femmes qui m’ont per­mis de pou­voir conti­nuer mes études nor­ma­le­ment et qui aujourd’hui encore me per­mettent de prendre le temps de choi­sir un métier qui me plaise sans devoir pen­ser à quelqu’un d’autre que moi!!

  43. Françoise dit :

    J’ai avorté l’été 2003, j’avais 32 ans, je vivais en couple depuis 4 ans avec un gar­çon dont j’étais vrai­ment amou­reuse et dont je suis tou­jours amou­reuse et qui est tou­jours mon com­pa­gnon de vie. Seule­ment, j’étais au chô­mage depuis plus d’un an sans espoir de retrou­ver un emploi dans un proche ave­nir et mon com­pa­gnon allait se retrou­ver au chô­mage peu après et nous vivions plus que chi­che­ment dans un tout petit appar­te­ment. Nous avions une contra­cep­tion uni­que­ment via le pré­ser­va­tif, car épi­lep­tique et pre­nant un trai­te­ment quo­ti­dien lourd, j’avais eu de gros pro­blèmes et effets secon­daires avec dif­fé­rentes pilules, sans comp­ter que leur effet était atté­nué par le trai­te­ment anti­épi­lep­tique que je prends. Sans nous en rendre compte, un pré­ser­va­tif a dû avoir cra­qué un tout petit peu et cela a suffi à me retrou­ver enceinte, au plus mau­vais moment.
    Et pour cou­ron­ner le tout, dès que j’ai appris ma gros­sesse, je me suis retrou­vée très malade, vomis­sant quasi sans dis­con­ti­nuer, de la fièvre, ne pou­vant plus man­ger sans rendre et avec l’impression d’être à la fois vio­lée et dévo­rée de l’intérieur. J’en ai conçu rapi­de­ment un désir d’avortement mais aussi des pen­sées à la fois sui­ci­daires et meur­trières assor­ties d’une immense dose de culpa­bi­lité. Com­ment pouvais-je réagir ainsi alors que j’avais une image de la mater­nité, de la gros­sesse plu­tôt idéale, bon­bon rose, atten­dris­sante mais aussi des convic­tions reli­gieuses plu­tôt oppo­sées à l’avortement?
    C’était un choc de décou­vrir que mon corps ne sup­por­tait pas cet état, le reje­tait pro­fon­dé­ment, le consi­dé­rait comme un viol, une atteinte à mon inté­grité phy­sique, psy­chique et déclen­chait tout une pano­plie de réac­tions à la fois phy­sio­lo­giques mais aussi psy­chiques pour dire que je n’étais pas prête à vivre une gros­sesse, une mater­nité.
    J’ai donc immé­dia­te­ment pensé à l’IVG. Il n’était pas ques­tion pour moi de pour­suivre une gros­sesse dans des condi­tions pareilles. J’aurais eu l’impression à la fois d’un sui­cide per­son­nel, d’un rejet pro­fond de l’enfant à naître donc l’impossibilité de pou­voir envi­sa­ger de res­sen­tir de l’amour pour lui ou elle mais aussi l’impression d’une condam­na­tion à la misère per­pé­tuelle.
    Je savais que finan­ciè­re­ment, la situa­tion que je vivais avec mon com­pa­gnon était très dif­fi­cile. Qu’un enfant aurait consi­dé­ra­ble­ment grévé notre ave­nir à tous les deux et ne nous aurait pas per­mis de pou­voir retrou­ver cha­cun une auto­no­mie finan­cière via un métier qui nous épa­nouisse. Et je savais qu’avec un jeune enfant, à l’âge que j’avais, ça aurait été encore plus com­pli­qué pour retrou­ver un emploi et encore plus dans le sec­teur publi­ci­taire créa­tif dans lequel aupa­ra­vant je travaillais.

    J’ai donc sol­li­cité l’avortement auprès de mon méde­cin qui a refusé d’accéder à ma demande. J’ai trouvé son atti­tude odieuse et mora­li­sa­trice, d’autant que c’était mon méde­cin de famille et aussi celui qui me sui­vait pour mon épi­lep­sie et qui donc connais­sait les pro­blèmes que j’avais eu avec les dif­fé­rentes pilules et qui avait dit que c’était très bien le pré­ser­va­tif dans ce contexte. Seule­ment pour lui, je ne devais pas avoir d’accident. En gros mon com­pa­gnon et moi avions fait une faute. Et pour lui nous devions pour­suivre cette gros­sesse, d’autant que j’étais suf­fi­sam­ment âgée pour ça. Peu impor­tait pour lui qu’à l’époque, je sois au chô­mage et finan­ciè­re­ment dans la gêne. Mais aussi peu lui impor­tait que je refuse cette gros­sesse. Pour lui, c’était un caprice, il reje­tait , niait en bloc le sen­ti­ment de détresse et d’horreur que j’éprouvais pro­fon­dé­ment et que je lui avais livré.
    Conster­née par son atti­tude, je me suis donc ren­due avec mon com­pa­gnon au Plan­ning Fami­lial qui nous a reçus avec une belle écoute et une ouver­ture que nous avons beau­coup appréciées.

    Ensuite j’ai heu­reu­se­ment pu avoir rapi­de­ment un rdv avec le ser­vice gynéco de l’hôpital pour l’avortement. Seul mau­vais sou­ve­nir: l’échographie avant l’IVG en cli­nique, avec un tou­bib qui fai­sait exprès de me faire mal en appuyant très fort et qui m’a lais­sée un moment à gre­lot­ter et à vomir mes tripes, sans doute pour me faire payer mon désir d’avorter.
    Autre mau­vais sou­ve­nir: ma mère qui a tout fait pour me culpa­bi­li­ser à la fois d’être enceinte et en même temps d’avorter. Mais elle m’a culpa­bi­li­sée aussi d’exprimer le fait que ce début de gros­sesse pour moi était plus un enfer qu’une béné­dic­tion. Pour elle, reli­gieu­se­ment, humai­ne­ment par­lant, c’était inac­cep­table, atroce, abject. C’était pour­tant mon vécu, mon res­senti, ma personne.

    A part ces décon­ve­nues, mon com­pa­gnon a été auprès de moi et m’a assis­tée dans mes déci­sions (j’ai eu à ce titre énor­mé­ment de chance car c’est très peu cou­rant), les a res­pec­tées. Il a pu voir à quel point j’étais malade phy­si­que­ment et com­plè­te­ment mal aussi psy­chi­que­ment et émo­tion­nel­le­ment à cause de cette gros­sesse. Il m’a accom­pa­gnée quand j’ai avorté (sous anes­thé­sie géné­rale et par aspi­ra­tion). Aucune dou­leur phy­sique, mais au contraire au réveil, un puis­sant sen­ti­ment de libé­ra­tion, de renais­sance, de retrou­vailles avec une inté­grité phy­sique et psy­chique dont ce début de gros­sesse m’avait pri­vée. Alors que j’avais l’impression d’être anéan­tie, dévo­rée de l’intérieur quand j’étais enceinte, je me suis sen­tie après l’avortement, comme eupho­rique tant j’avais plai­sir à retrou­ver mon corps sans vomir tout le temps, et mon esprit apaisé sans avoir des envies de sui­cide et de meurtre.

    Pour moi, le début de gros­sesse a été un vrai trau­ma­tisme, alors que l’IVG a été une renais­sance, une libé­ra­tion. Cela a cho­qué pro­fon­dé­ment cer­taines femmes à qui j’en ai parlé. Mais c’était vrai­ment ce que j’ai vécu. Et je n’ai pas culpa­bi­lisé du tout d’avoir avorté. Même pas reli­gieu­se­ment. Pour moi, c’était tel­le­ment insup­por­table ce début de gros­sesse que je ne pou­vais pas ima­gi­ner que Dieu m’en veuille d’avorter. J’ai un rap­port à Dieu suf­fi­sam­ment épa­noui et posi­tif depuis toute petite fille pour savoir qu’il ne juge pas ni n’est sadique mais aime pro­fon­dé­ment ce que nous sommes et ne veut pas nous voir souf­frir.
    J’ai en quelque sorte sauvé ma vie (phy­si­que­ment et psy­chi­que­ment) en avor­tant. J’en ai conscience. Comme j’avais conscience qu’avorter allait me per­mettre de pou­voir me réou­vrir des portes pro­fes­sion­nel­le­ment ainsi qu’à mon com­pa­gnon. Et ça a été vrai. Même si ça a pris encore du temps, nous sommes mon com­pa­gnon et moi sor­tis tous deux de la misère et avons trouvé un job qui nous plait et que nous exer­çons avec bon­heur et pas­sion depuis main­te­nant 8 ans.
    Nous n’avons pas encore d’enfant, mais nous y pen­sons de plus en plus car main­te­nant, nous avons à la fois le désir d’en avoir un et les moyens de pou­voir le nour­rir, l’accueillir et l’élever cor­rec­te­ment sans res­sen­tir que cela consti­tue­rait une ampu­ta­tion per­son­nelle, professionnelle.

    Par contre, étant donné les symp­tômes de panique, de vomis­se­ments et les pul­sions sui­ci­daires et meur­trières que j’ai res­sen­ties lors de mon seul début de gros­sesse, j’ai déve­loppé une ter­reur d’être enceinte. J’ai décou­vert il y a deux ans que ça s’appelle la toko­pho­bie et j’ai com­pris pour­quoi je souf­frais de ce pro­blème à la fois psy­chique et phy­sique: j’ai été vio­lée par mon père à 17 ans et abu­sée enfant pen­dant deux ans par ma grand-tante. Je ne pou­vais donc pas res­sen­tir une gros­sesse comme posi­tive.
    Aussi, depuis l’an der­nier et parce que j’ai mal­gré ces paniques, un vrai désir d’enfant avec mon com­pa­gnon, j’ai entamé une thé­ra­pie EMDR (Mou­ve­ment des yeux, désen­si­bi­li­sa­tion et retrai­te­ment (de l’information)) avec un psy­chiatre et avec le sou­tien de ma gyné­co­logue.
    C’est une démarche qui me per­met d’une autre façon que l’IVG, de me libé­rer et aussi de retrou­ver une inté­grité, un équi­libre inté­rieur et une séré­nité. Je soigne à la fois mes bles­sures d’enfant et d’adolescente abu­sée sexuel­le­ment, je me recon­necte avec celle que j’ai été ado­les­cente en éva­cuant toute la dou­leur que je vivais pour ne gar­der que les choses posi­tives. Et cela m’aide à avan­cer dans le pro­jet de paren­ta­lité et d’équilibre plein au plan per­son­nel que je vise depuis toujours.

    Et je mesure à quel point, parce que beau­coup de femmes se sont mobi­li­sées mais aussi de méde­cins sur ces ques­tions, j’ai de la chance de pou­voir béné­fi­cier de ces avan­cées médi­cales (l’IVG a été pour moi sans dou­leur alors qu’avant tant de femmes ont souf­fert et par­fois sont mortes) mais aussi de vivre dans un pays où les thé­ra­pies psy liées aux trau­ma­tismes graves d’enfance et d’adolescence sont pos­sibles, enca­drées et rem­bour­sées inté­gra­le­ment. Le sec­teur public si honni par nos poli­tiques et si mal­mené aujourd’hui est gran­de­ment utile pour pou­voir à la fois édu­quer, secou­rir, soi­gner tout le monde dans la dignité et avec des rem­bour­se­ments corrects.

    Tant de femmes ont souf­fert, se sont par­fois sui­ci­dées de déses­poir ou ont avorté dans des condi­tions atroces…juste parce la société civile, les reli­gions ont tou­jours comme volonté d’enfermer les femmes dans la mater­nité à tous prix et aussi dans une cer­taine fata­lité qui les ren­voie à un sta­tut d’objet sou­mis en leur déniant d’être des sujets pou­vant déci­der de leur vie et de leur corps.
    Nous ne sommes pas des objets mais des sujets pen­sants qui avons droit à déci­der ce que nous vou­lons faire de nos vies, de nos corps. Qui avons droit d’accorder nos vies à nos désirs ou non-désirs. Et nous avons droit à la dignité, à un res­pect de nos choix sans juge­ment. A un accom­pa­gne­ment dans notre par­cours santé, sexua­lité sans juge­ment moral non plus ni volonté de nous asser­vir, de nous contrô­ler ou de nous faire payer finan­ciè­re­ment et mora­le­ment, socia­le­ment nos choix.

    Je milite pour la conser­va­tion du droit à l’IVG, à la contra­cep­tion, à dis­po­ser de son corps et à pou­voir être soi­gnée et rem­bour­sée pour les soins de santé aussi bien géné­siques que de santé glo­bale. Je milite pour le main­tien des ser­vices publics tous sec­teurs confon­dus.
    Je remer­cie chaque jour dans mon coeur toutes les femmes qui ont per­mis que ces droits puissent être exer­cés et accom­pa­gnés médi­ca­le­ment sans dou­leur.
    Par contre, j’ai conscience que ces droits sont très atta­qués et qu’on cherche à les sup­pri­mer en France comme ailleurs en Europe. Tous les gou­ver­ne­ments réac­tion­naires alliés des reli­gions (reli­gions qui se sont beau­coup radi­ca­li­sées ces vingt der­nières années) tentent de nous reti­rer ces droits qui nous per­mettent de choi­sir nos vies.
    Et je n’oublie pas que le droit à l’IVG est lié direc­te­ment aussi au droit à la contra­cep­tion. Les inté­gristes qu’ils soient catho­liques, pro­tes­tants, juifs, musul­mans, hin­douistes, ani­mistes qui pré­tendent n’être qu’opposés à l’IVG sont tout autant oppo­sés à toute forme de contra­cep­tion. Sim­ple­ment pour que les hommes puissent conti­nuer à contrô­ler les femmes et le corps des femmes, l’assujettir. Et cela est inac­cep­table. Je le dis en tant que femme et aussi en tant que croyante pra­ti­quante.
    Dieu n’est pas pour que la femme soit inféo­dée à l’homme. Il est pour la liberté des indi­vi­dus, aussi bien femmes que hommes. Ceux et celles qui pensent que la femme doit être tota­le­ment sou­mise à l’homme, sont des inté­gristes, des fous qui n’ont rien com­pris ni à Dieu ni à la vie ni à l’amour.

    On ne naît pas femme, on le devient. On ne naît pas mère, on le devient ou pas, selon son désir, ses pro­jets, son équi­libre inté­rieur.
    Comme on ne naît pas homme, on le devient. On ne ne naît pas père, on le devient ou pas selon son désir, ses pro­jets, son équi­libre inté­rieur.
    Chaque être humain quel que soit son sexe a besoin de temps, de désir pro­fond, de se sen­tir sécu­risé, aimé, com­pris pour accé­der tant à l’état d’homme, de femme, que de père ou de mère. Et cela n’est pas obli­ga­toire d’être parent pour être un adulte com­blé et complet.

    Ne pas confondre non plus mater­nité avec fémi­nité.
    Et ce n’est pas la mater­nité, la gros­sesse qui feront qu’une fille sera une femme.
    Ca n’a rien à voir. On peut res­ter une petite fille dans sa tête et dans ses com­por­te­ments en ayant des enfants, en étant en couple. On peut être mère, épouse sans jamais pour autant atteindre un équi­libre et une séré­nité inté­rieure ni avoir une vie de couple épa­nouie et vrai­ment épa­nouis­sante. Mais ça, la société omet à des­sein le plus sou­vent de le dire aux filles, aux femmes, aux hommes. Il en va de même pour les hommes. Ce n’est pas avoir une sexua­lité et deve­nir père qui va faire la matu­rité inté­rieure et la pater­nité dans ce que cela sup­pose d’engagement et de res­pon­sa­bi­lité. Il faut que déjà il y ait une sta­bi­lité per­son­nelle et un vrai désir, des pro­jets. Sans cela, rien n’est possible.

    Il y a une telle fré­né­sie à vou­loir que l’humain se repro­duise comme si c’était la quin­tes­sence du bon­heur. Ca ne l’est pas auto­ma­ti­que­ment. Et ça n’est pas l’unique façon d’être heureux.

    Je vis avec mon com­pa­gnon depuis plus de 12 ans sans enfants et je suis très heu­reuse, lui aussi. Parce que nous nous réa­li­sons d’une autre façon, pro­fes­sion­nel­le­ment, artis­ti­que­ment, socia­le­ment. Et c’est une vraie joie d’être bien dans nos vies. Parce que ça pro­cède d’une démarche à la fois per­son­nelle et de couple, d’un vrai par­tage. Et c’est ça le bon­heur pour nous…

    J’ai avorté, je vais très bien et je ne me sens cou­pable de rien, au contraire très heu­reuse parce que je sais que c’était vrai­ment LA chose à faire dans le contexte de souf­france à la phy­sique, psy­chique et maté­rielle que je vivais.
    Oui on peut très mal vivre sa gros­sesse et la res­sen­tir très mal, comme une atteinte à son inté­grité phy­sique, psy­chique et morale. Et ce n’est pas hor­rible d’éprouver cela. Ca peut arri­ver à plein de femmes et de jeunes filles quand on est pas prête (phy­si­que­ment, psy­chi­que­ment, affec­ti­ve­ment, maté­riel­le­ment) et/ou quand on a vécu comme moi des incestes, un ou des viols. Parce qu’aussi une gros­sesse n’est pas tou­jours bien­ve­nue, qu’on peut tom­ber enceinte même si on fait très atten­tion (sim­ple­ment parce que nous ne sommes pas des machines) et qu’entre faire l’amour et deve­nir parent dans tous les sens du terme, il y a un fossé abys­sal, même si bio­lo­gi­que­ment, ça pour­rait se faire poten­tiel­le­ment à chaque rap­port sexuel.

    Donc bien choi­sir sa contra­cep­tion, vrai­ment la par­ta­ger avec son ou sa par­te­naire.
    A ce titre, je trouve qu’il serait bien que le col­lec­tif fémi­niste uni­ver­sa­liste se mobi­lise par rap­port à la contra­cep­tion mas­cu­line qui per­met­trait, quand les femmes ne peuvent pas, comme moi, avoir une contra­cep­tion hor­mo­nale, dis­po­ser d’un moyen de contra­cep­tion qui soit aussi sécu­ri­sant que peuvent l’être nos contra­cep­tions fémi­nines. Le pré­ser­va­tif c’est déjà pas mal, mais que les labos puissent éla­bo­rer mieux, ce serait vrai­ment bien.
    En plus, je pense vrai­ment que la par­ti­ci­pa­tion par­ta­gée à la contra­cep­tion dans un couple per­met d’engager le couple beau­coup plus dans une res­pon­sa­bi­lité à la fois sexuelle, amou­reuse et paren­tale.
    Si les gar­çons pou­vaient, comme nous les filles, à l’adolescence, dis­po­ser de visites chez un méde­cin qui pour­rait à la fois les infor­mer, les ras­su­rer sexuel­le­ment mais aussi les gui­der dans une contra­cep­tion, je pense que nous autres filles, avor­te­rions moins, serions aussi plus à l’aise dans nos sexua­li­tés et dans notre rap­port à notre corps.
    Encore trop de contra­cep­tions hor­mo­nales entraînent chez nous les filles une baisse de la libido et des effets secon­daires pas for­cé­ment très agréables pour pou­voir prendre plai­sir à la sexua­lité. Cela j’ai pu le mesu­rer sou­vent en en dis­cu­tant avec dif­fé­rentes femmes et jeunes filles. La contra­cep­tion aujourd’hui devrait rele­ver des deux par­te­naires et ne pas rele­ver de l’exclusive res­pon­sa­bi­lité des filles et des femmes.

    Car si la contra­cep­tion, l’accès à l’IVG médi­ca­lisé et dépé­na­lisé ont été une for­mi­dable avan­cée dans la libé­ra­tion des femmes mais aussi dans la trans­for­ma­tion de vies de couples, je trouve que cela n’a hélas pas suf­fi­sam­ment libéré les femmes pour qu’elles s’autorisent à jouir plei­ne­ment sexuel­le­ment. Le poids de la res­pon­sa­bi­lité contra­cep­tive qu’elles portent encore le plus sou­vent seules, a ten­dance à enter­rer assez rapi­de­ment leur libido et aussi leurs espé­rances de sexua­lité épa­nouie. Et ça c’est vrai­ment très dommage.

    Je milite donc pour que la contra­cep­tion soit par­ta­gée dès l’adolescence pour que les jeunes filles, les femmes, les jeunes hommes, les hommes puissent accé­der ensemble à une sexua­lité plus sereine, plus épa­nouie et puissent com­prendre les mer­veilles d’énergie et de régé­né­ra­tion psy­chique, émo­tion­nelle, affec­tive, un rap­port sexuel amou­reux consenti et atten­tif tant à son plai­sir qu’à celui de l’autre, peut appor­ter de ver­té­bra­tion inté­rieure et de joie.

    Je laisse un petite réfé­rence qui parle de ce sujet:

    Femme dési­rante, femme dési­rée, du doc­teur Danièle Flaumenbaum.

    Et, parce que femme fon­taine depuis l’âge de 23 ans, fière et heu­reuse de l’être, j’ai pu mesu­rer à quel point l’accès à l’orgasme qu’il soit ou pas fon­taine, est plus com­pli­qué avec une contra­cep­tion hor­mo­nale, qui a ten­dance à res­treindre la libido.
    Donc je milite aussi en faveur de moyens contra­cep­tifs qui génèrent moins d’effets secon­daires sur l’appétit sexuel des femmes. Et aussi sur moins de tabous sur le plai­sir sexuel fémi­nin y com­pris l’orgasme fontaine.

    • LaMarguerite dit :

      Je viens de lire ton témoi­gnage et il m’a tota­le­ment scotchée !

      Je suis ravie que l’avortement t’aie libé­rée. Ravie que tu sois une femme qui a la conscience de son corps, de son esprit, de ses choix. Ravie que la thé­ra­pie te fasse avancer.

      Mais aussi et sur­tout ravie de tom­ber sur le témoi­gnage d’une croyante, qui, pour une fois n’est ni fana­tique, ni inté­griste, ni tota­le­ment mou­ton endoc­triné par le Vati­can et sa concep­tion étri­quée de la croyance, du Dieu auquel tu crois, et de ce qu’il pense ou pas de ce que nous faisons.

      De voir une per­sonne croyante et res­pec­tueuse de la femme, qui voit sa foi autre­ment que dans un car­can. Une per­sonne croyante qui ne débite pas de ser­mons pro-vie sans prendre en compte que c’est men­son­ger et contre productif.

      Pour ce témoi­gnage, bravo, pour tes croyances toutes en nuances et com­pré­hen­sion, respect.

      Et je te sou­haite cet enfant qu’à pré­sent tu désires et attends ;)

    • Madame dit :

      Magni­fique témoi­gnage. Ton mili­tan­tisme est par­ti­cu­liè­re­ment bien placé il faut le dire ;)

      J’ai vécu mon début de gros­sesse de la meme facon que toi et je pense que j’aurais pu en cre­ver si je l’avais gardé. Mais je pense aussi que c’était une ques­tion de cir­cons­tances et que, le moment venu, ce sera une expé­rience enri­chis­sante et épa­nouis­sante de por­ter la vie. J’espère qu’il en sera ainsi pour toi. En tout cas merci d’avoir par­tagé ton expé­rience, ca m’a aidé à com­prendre pour­quoi ca avait été aussi hor­rible pour moi.

      Je par­tage éga­le­ment ton avis sur la contra­cep­tion hor­mo­nale, je trouve qu’elle prive les femmes d’une vie sexuelle épa­nouie et décom­plexée, d’autant plus qu’elle peut avoir des effets secon­daires graves pour la santé. C’est une honte que les femmes ne soient pas mieux infor­mées des ris­quse qu’elles prennent en s’imposant ce genre de traitements.

      Et p***** comme je t’envie d’etre une femme fon­taine ! :D

      Avec toute mon approbation

  44. Claire dit :

    C’est arrivé en 2007, j’avais 17ans.
    C’était il y a presque trois ans. J’avais un copain depuis quelques mois et puis pas envie de le dire aux parents, pas envie de deman­der la pilule, pas envi de leur éta­ler ma vie…
    Donc pen­dant ces quelques mois rap­ports peu voir pas pro­tégé, pour­tant je suis d’un milieu social moyen donc tout à fait au cou­rant des risques encou­rus. Pas assez appa­re­ment puisque je suis tombé enceinte en sep­tembre, j’avais pris la pilule du len­de­main… trop tar­di­ve­ment.
    Deux semaines plus tard les rêgles qui n’arrivent pas, la peur qui com­mence à se faire sen­tir.
    J’ai donc pris rendez-vous au plan­ning famil­liale de ma ville puisqu’il était hors de ques­tion pour moi de par­ler de quoi que se soit avec mes parents.
    Le fameux rendez-vous arrive: le test aussi, on vous fait faire pipi dans un bocal, la « gen­til » infir­miere y trempe un petit bout de papier… il faut attendre… C’est a se moment qu’elle me regarde, l’air plein de com­pas­sion avant de me dire :  » ah bah oui, parce que la vous etes enceinte ! « 
      Merci pour le tact, même s’il n’y a pas 100 facons d’annoncer se genre de chose j’imagine qu’elle aurait pu s’y prendre autre­ment.
    J’encaisse le coup, je pleurs, et la elle me demande se que je sou­haite faire .
    Je doit avouer que sur le moment je n’ai même pas com­pris sa ques­tion: « com­ment ca se que je veux faire ?« 
      -« Bah oui, vous sou­hai­tez le gar­der ou pas ?« 
      -« NON !« 
      -« Vous ne vou­lez pas y refle­chir ?« 
      -« Ah mais non mais c’est deja tout vu pour moi !« 
      Aprés ca, elle vous annonce qu’elle va vous exa­mi­ner pour confir­mer le diag­nos­tique. Ima­gi­nez , moi gamine de 17ans qui n’a jamais vu un gynéco de sa vie.…
    Pour faire une paren­thèse je dirait que ce qui m’as le plus mar­qué dans toute cette his­toire ce n’est pas l’avortement en sois, ni l’acte en lui même (ça c’est fait pas médi­ca­ment) ni le coté éthique de tout ca mais bien toutes les démarches et la facon dont vous etes traité. Du betail. Dans la salle d’attente minus­cule où les murs sont peint rouges sang (très sub­til comme colo­rie) on été bien une 10aines à attendre deux heures qu’un gyneco nous exa­mine.
    Suite à ca, l’infirmiere me demande com­ment je compte en par­ler à mes parents; je lui répond que je n’ai pas l’intention de leur en par­ler.
    Voila que cette trés chère madame m’explique que je suis obli­gée etc… Or m’étant tout de même ren­sei­gné avant je savais qu’il suf­fi­sait d’être accom­pa­gné de quelqu’un de majeur.
    La conver­sa­tion close, je doit ren­con­trer une psy quelques jours plus tard pour voir si je confirme ma deci­sion ( avec du recul ‚j’ai eu l’impression que tout était fait pour dis­sua­der les femmes d’avorter)
    Le ren­dez vous avec la psy:
    Pour le coup, j’ai eu à faire avec une per­sonne agréable, com­pré­hen­sive et qui m’a bien expli­qué mes droits. Sou­la­ge­ment.
    Sou­la­ge­ment aussi de savoir que comme j’avais réagie rapi­de­ment, il n’y aurait pas d’intervention chi­rur­gi­cale mais une prise de médi­ca­ment en deux etapes.
    Avant la pre­miere prise qui doit per­mettre à la muqueuse ute­rine de se déta­cher et donc d’emporter les indé­si­rables cel­lules avec elle, j’ai dut faire une prise de sang.
    La prise de sang:
    Nou­veau pro­blême, ayant tout payé, je demande à ne rien rece­voir chez moi. Mais un beau jour en ren­trant des cours, je trouve un mes­sage sur le répon­deur de la secre­taire de mon méde­cin disant qu’elle ne pou­vait rien dire à ma mère et que celle ci devrait voir avec moi.
    Affo­lée, j’appel le méde­cin, et sous cou­vert de celui ci j’ai pu racon­ter que cette prise de sang allé ser­vir à ce que je puisse prendre la pilule.
    Mini savon de la part des parents… rien de bien méchant en com­pa­rai­son de ce que je leur caché.
    A se moment là, je n’avais plus qu’une hâte: en finir et vite.
    Je ne sup­por­tais plus de savoir que quelque chose était en train de pous­ser dans mon ventre.
    J’ai donc pris à l’hopital les pre­miers médi­ca­ments et 48h apres j’ai passé une mâtiné à l’hopital pour la deuxième prise.
    Autant vous dire que se ne fut pas une par­tie de plai­sir, je pense n’avoir jamais autant souf­fert de ma vie. Entre les bouf­fées de cha­leurs dut aux hor­mones et la dou­leur du aux contrac­tions j’était plu­tot mal !
    Le soir même ca allé deja mieux et j’avais mes règles « clas­siques », c’est aussi la que j’ai com­mencé la pilule.
    Par la suite j’ai eu une visite de controle pour voir que tout allé bien.

    A aucun moment je n’ai eu de regret mais le sen­ti­ment qui m’habite même après 3ans c’est tou­jours celui de la honte.
    Honte d’avoir cru que ca ne pou­vait arri­ver qu’aux autres, aux « pauvres filles », et honte de se que les gens pour­raient pen­ser de moi s’ils le savaient.
    La plu­part de mes amies étaient au cou­rant, je n’ai jamais été jugé.
    Pour ce qui est du gar­çon et bien il a été absent de toute ces démarches comme s’il ne se ren­dait pas réele­ment compte des enjeux. La seule chose qu’il a pu faire pour m’aider c’est me prê­ter de l’argent pour les médoc.
    Là ou je fus agréa­ble­ment sur­prise c’est lorsque je dut par­ler de tout ca à une Cpe de mon lycée car le len­de­main de l’intervention j’était tres mal en cours (merci les hor­mones).
    La Cpe vou­lait me faire voir l’infirmière mais je lui ai sim­ple­ment dit que sa ne ser­vait à rien et que si j’était comme ca c’est parce que je venais d’avorter.
    Elle m’as sim­ple­ment dit en sou­riant que si je l’avais gar­der j’aurais été comme ca pen­dant 9mois! Ca légè­reté ma fait du bien.
    Der­nier (faux) pro­blème, quelques jours plus tard elle me convoque et me res­sort tout les mots d’absences fait et signé par mes soins , en me disant qu’elle sup­pose que mes parents ne sont pas der­rière tout ca.
    Effec­ti­ve­ment.
    Elle m’a juste dit que j’aurais dut lui en par­ler plus tôt. Et puis c’est tout.

    Quand j’y repense j’ai eu de la chance car mes parents n’ont jamais rien su de tout ca, en France on peu « soit disant » avorté sans leur en par­ler mais dans les faits c’est un vrai par­cours du com­bat­tant.
    J’ai été aidé par de bonnes per­sonnes: mon méde­cin, sa secre­taite, mes amies, la Cpe,la psy, cer­taines infir­mières…
    Mais les lour­deurs admi­nis­tra­tives rendent le tout trés com­pli­qué, l’attente aussi auront été le plus dur pour moi.
    Fina­le­ment toutes ces choses ont fait que je m’inquiété plus de gar­der mon secret que de me poser réel­le­ment la ques­tion de l’avortement.
    Je n’ai jamais res­senti de regret, de peine ou d’hésitation, depuis le depart tout était trés clair pour moi et je pense que cette expe­rience m’aura fait gran­dir et murir.
    Certes si j’avais pu l’éviter cela aurait été mille fois mieux mais bon.…
    C’est la pre­mière fis que j’en parle de façon aussi détaillé, et je pense que je peux enfin tour­ner une page sur tout ca. Plus de m’éloigne de ces dou­lou­reux moments (au sens stricts du terme) mieux c’est.

  45. Amélie dit :

    J’ai avorté en mai 2009… et je vais bien :o )

    Quand je suis «tom­bée» enceinte, c’était à moi­tié par
    étour­derie, à moi­tié par flemme, et sur­tout parce qu’après
    plus de 10 ans de vie sex­uelle «pilu­lée» mais pas hyper sérieuse
    (avec de nom­breux oub­lis) ça ne m’était jamais arrivé, et
    j’en étais venue à pen­ser que j’étais peut-être sté­rile (pour
    des rai­sons médi­cales, on m’avait dit que c’était
    pos­si­ble).
    Bref, donc c’était peut-être aussi incon­sciem­ment à moi­tié
    pour «tes­ter» ma capac­ité bio­lo­gique à être enceinte, et tes­ter
    égale­ment la réac­tion de mon parte­naire. J’avais un réel
    désir d’enfant, mon com­pagnon pas du tout, il était même
    com­plète­ment con­tre (aux der­nières nou­velles). J’ai
    res­senti tout d’abord une grande cul­pa­bil­ité d’être
    «tom­bée» enceinte alors que j’avais les moyens de l’éviter, et
    lim­ite d’avoir provo­qué la sit­u­a­tion.
    Au bout de 10 jours pas­sés à tour­ner en rond tous les deux, mon
    com­pagnon et moi, cha­cun coincé dans nos petites pen­sées, nous
    avons déci­der d’appeler à l’aide les pro : le plan­ning
    famil­ial.
    Je pré­cise que nous étions des grandes per­son­nes de plus de
    30 ans, sta­bles et tout, et que ce cli­ché du «plan­ning
    famil­ial c’est fait pour les petites ados pau­mées qui n’ont pas
    d’autres solu­tion» me col­lait au cer­veau (re-culpabilité) et
    c’est mon com­pagnon qui m’a pous­sée à aller plus loin que le
    bout de mon nez.
    Là nous avons ren­con­tré des con­seil­lères
    extra­or­di­naires, qui nous ont aidés à créer un espace de
    dis­cus­sion où lui et moi nous avons pu trou­ver ensem­ble le
    che­min qui nous parais­sait le bon. C’est dans ce bureau du
    plan­ning famil­ial que j’ai entendu mon amou­reux me dire qu’il
    n’avait finale­ment rien con­tre le fait de faire un enfant avec
    moi, mais qu’il aurait pré­féré un autre moment. Pour moi (et mon
    désir de faire un enfant avec lui) c’était la révéla­tion du
    mil­lé­naire !
    Et c’est d’autant plus génial que cette con­ver­sa­tion sur
    l’IVG ait été tour­née, grâce à l’écoute et à la
    com­pé­tence de ces con­seil­lères, dans une direc­tion
    pos­i­tive (au sens «trou­ver une solu­tion qui soit la bonne
    pour tous les deux, sans que l’un des deux ait l’impression de se
    faire avoir»).
    Ces con­seil­lères (on en a ren­con­tré deux dif­férentes)
    m’ont mon­tré à quel point ma cul­pa­bil­ité d’être
    enceinte chan­geait ma per­cep­tion de mon désir d’enfant, et
    m’empêchait de voir la réac­tion de mon ami. Je leur suis très
    recon­nais­sante d’avoir su me mon­trer que mal­gré mes 30 ans,
    ma pilule et mes soi-disant con­nais­sances en con­tra­cep­tion,
    j’avais tout de même ma place en face d’elles, en train de
    deman­der de l’aide, et que j’avais le droit, mal­gré mon
    désir «dans l’absolu» d’enfant de remet­tre en ques­tion
    cette gros­sesse pour­tant dési­rée, de pré­fé­rer l’IVG. Que ce
    n’était pas de la schiz­o­phrénie, ni un avorte­ment de
    confort.

    Bref, par la suite (je vais pas tout racon­ter, c’est trop long)
    nous avons pris notre déci­sion, nous avons été très bien
    aigu­il­lés, reçus, con­seil­lés, ren­seignés.
    Le jour J la sage-femme qui nous a accueil­lis nous a tout bien
    expli­qué, elle m’a égale­ment prév­enue avec beau­coup de
    dou­ceur «je vais sans doute vous faire pleu­rer» : sans trop savoir
    ce qu’elle enten­dait par là, ça m’a aidée. Je me suis sen­tie
    auto­ri­sée à me sen­tir pei­née et triste. Ma déci­sion avait
    été si dif­fi­cile à pren­dre que je m’étais blin­dée pour ne
    plus ressen­tir la moin­dre chose, pas la moin­dre tris­tesse,
    j’avais peur en me lais­sant aller de lais­ser entrer un doute, une
    autre cul­pa­bil­ité.
    Ces sen­ti­ments con­tra­dic­toires étaient hyper fati­gants,
    presque impos­si­bles à expri­mer. Alors de l’entendre me dire
    ça, dans cette cham­bre d’hôpital tran­quille où il n’y avait
    que mon com­pagnon et moi, ça m’a incroy­able­ment aidée à
    pleu­rer, à pas­ser le cap.
    Je me rap­pelle assez bien de l’intervention en elle-même, même
    si j’étais un peu shoo­tée : peu de per­son­nes dans la salle (au
    bloc, j’imagine), beau­coup de calme et d’apaisement, des voix
    ras­sur­antes… j’ai entre autres le sou­venir pré­cis du
    gynéco-obstétricien qui m’a «aspi­rée» me dire «Vous avez été
    for­mi­da­ble, madame, bravo» quand tout était fini.
    Cette phrase m’est rev­enue plu­sieurs jours après, et ne m’a
    pas quit­tée depuis.

    Du coup, mon expéri­ence de l’IVG a été un réel
    accom­pa­g­ne­ment dans une déci­sion qui a été la mienne. Je
    n’ai ren­con­tré que des pro­fes­sion­nels ultra
    com­pé­tents et très à l’écoute, et je les remer­cie
    infiniment.

    Depuis j’ai sou­vent envie de par­ler de cette péri­ode, comme
    d’un tour­nant très posi­tif dans ma vie, même si c’était un
    cap dif­fi­cile à pas­ser et pour moi, et pour mon ami. Quand
    j’aborde le sujet, les gens qui m’entourent sont d’abord un peu
    ten­dus, mais ça passe. C’est quand même encore déli­cat pour
    moi de dire naturelle­ment dans une con­ver­sa­tion au café
    devant les copains «ah ben ouais en mai 2009 on y était pas à
    l’anniv de Machin, rappelle-toi chéri, on a avorté».

    Ceci dit, je me bats encore un peu avec ma cul­pa­bil­ité, parce
    que j’ai beau la rame­ner, je l’ai encore pas raconté à ma mère,
    par exemple…

    Pour l’épilogue : nous avons décidé par la suite de faire ensemble
    un enfant volon­tai­re­ment, et j’accouche à la fin de ce mois !
    Je me sens bien par rap­port à ce petit qui arrive, je sais qu’il est
    accueilli dans les meilleurs condi­tions, par des parents qui ont
    attendu sa venue avec une conscience par­ti­cu­lière.
    Pour l’enfant auquel nous avons renoncé en 2009, je sais aussi que
    nous avons pris alors la meilleure déci­sion, en tant que parents, de
    ne pas le lais­ser venir.

    Et voilà !

  46. Zahelle dit :

    C’était en 2007. J’étais folle amou­reuse de mon ex, qui m’avait quit­tée l’année d’avant. On se revoyait de temps en temps, quand je lui deman­dais s’il vou­lait de nou­veau « être en couple » avec moi, il répon­dait non. Par contre quand il s’agissait de cou­cher ensemble là il disait tou­jours oui… Et j’avais arreté la pilule, marre de prendre des hor­mones pour rien, sur­tout qu’elles avaient déré­glé mon cycle. on a donc testé les tam­pons sper­mi­cides… Erreur! Ca ne fonc­tionne pas des masses (70% de réus­site je crois). J’avais beau essayer de rompre, je retom­bais tou­jours dans ses bras, jusqu’à ce que je décide de par­tir en Irlande, pour cou­per les ponts et trou­ver du taf (à l’époque c’était l’âge d’or, on par­lait du tigre irlan­dais dans le monde éco­no­mique). Au bout de 2 mois là bas : pas de règles, mais je panique pas parce que de toute façon mon cycle est com­plè­te­ment déré­glé… et puis fina­le­ment je vais chez le méde­cin, parce que j’ai envie de vomir du matin au soir et en même temps une dalle de fou… Quand le méde­cin m’a rendu le test de gros­sesse posi­tif, j’ai envoyé un texto à mon ex, j’ai réservé un billet pour le sur­len­de­main en France, parce que l’avortement est illé­gal en Irlande… En tout cas le plan­ning fami­lial à vrai­ment assuré, en une grosse semaine c’était ter­miné. Mon ex était là, mais le jour de l’avortement il est arrivé tard, parce qu’il avait fait la chouille le soir… Belle façon d’assumer ses res­pon­sa­bi­li­tés. C’était la deuxième fois qu’il fai­sait avor­ter une fille. L’avortement en soi n’a pas été dou­lou­reux phy­si­que­ment ni mora­le­ment, c’est juste l’attitude de l’ex en ques­tion qui conti­nue de me don­ner envie de le pour­rir (parce que mon­sieur aussi ne sup­por­tait pas les capotes, pauvre petit), mais je crois qu’il vaut mieux par­don­ner…
    Ma famille a assuré, comme tou­jours; pas de souci.
    Je suis heu­reuse d’être en France pour ça en tout cas…

  47. V Girard dit :

    J’ai avorté de jumeaux à 42 ans. Mon nou­veau com­pa­gnon, qui avait 54 ans, avait déjà 4 enfants de 2 mères et de mon côté, j’avais 2 enfants de 2 pères. Cela nous parais­sait suf­fi­sant et sur­tout suf­fi­sam­ment com­pli­qué. Même si nous étions ravis de cette gros­sesse gémel­laire, nous ne dési­rions pas gar­der les fruits de notre amour.
    Il est très com­pli­qué d’expliquer que l’on est ravi d’une idée, mais pas de la réa­lité qu’elle sous-tend.

    Non seule­ment, nous ne vou­lions pas d’enfants ensemble mais une gros­sesse sup­plé­men­taire pré­sen­tait, pour ma santé, des risques cer­tains. Néan­moins, mal­gré ces risques, notre âge et notre déci­sion consciente, adulte et mûre­ment réflé­chie, nous avons eu droit à tout le che­min de croix de l’avortée : gynéco, écho­gra­phie, AS, psy­cho, méde­cins, anés­thé­siste… il nous a fallu faire pro­fil bas devant tous les acteurs de la filière IVG. Ecou­ter leurs mora­li­sante ren­gaine était dépri­mant en soi… Je crois que devant l’AS nous n’avons même pas hésité à soupirer !!!

    Avec une déter­mi­na­tion inébran­lable, j’ai décidé d’avorter sans anésthésie.

    Je crois que le méde­cin qui a pra­ti­qué l’avortement était plus souf­frant que moi… Je ne me rap­pelle pas avoir souf­fert, moi-même, abru­tie par les cal­mants que l’on m’avait fait ava­ler. Je voyais le méde­cin trans­pi­rer, essayer de me ras­su­rer, bafouiller. Il n’avait pas dû pra­ti­quer depuis long­temps sans anés­thé­sie et parais­sait perdu. Fina­le­ment, cela me fai­sait rire…

    Ce que je retiens de cette mati­née, c’est un petit bâti­ment hon­teux caché au fond d’une cours, une ambiance feu­trée et grave de pompes funêbres. Je retiens éga­le­ment, une fois l’acte médi­cal accom­pli, une volonté farouche de me ren­voyer, comme pour oublier, enter­rer cette épi­sode de la vie. J’ai eu le sen­ti­ment qu’avant l’acte, tout le monde était aux petits soins pour moi. La pré­pa­ra­tion s’est fait sur le mode hos­pi­ta­lier habi­tuel en cas d’opération : prise de tem­pé­ra­ture et de sang, prise de médi­ca­ments, sur­veillance de la ten­sion, mesure de la douleur…

    Après l’acte, plus rien. Tous avaient dis­paru, infir­mière, méde­cin. Le vide dedans et dehors. Une per­sonne de l’administration m’a gen­ti­ment priée de quit­ter les lieux. Ni Doli­prane, ni arrêt mala­die, ni conseils : entrée à 7h, sor­tie à 11h et hop ! retour au bou­lot ! Vous n’êtes pas malade !

    Je suis donc sor­tie du petit bâti­ment hon­teux, écoeu­rée, fati­guée, car­ré­ment révol­tée mais sans aucun regret.

    Le droit que nos ainées ont arra­ché au légis­la­teur est encore aujourd’hui très dif­fi­cile à appli­quer : peu de gyné­co­logues pos­tulent en ortho­gé­nie et les siècles de judéo-christianisme pol­luent tou­jours nos esprits et nos conduites sociales…

    Nous devons donc conti­nuer le com­bat, aler­ter nos filles, nos petites-filles et par­ti­ci­per à des actions comme celle que nous pro­pose ce blog. Merci à celles qui l’ont ini­tié et à toutes celles qui y témoignent.

  48. Mariana dit :

    J’ai avorté dans les années 2000 et je crois avoir été plus affec­tée par l’attitude révol­tante des pro­fes­sio­nels de santé et la trop grande décon­trac­tion de mon com­pa­gnon d’alors et quasi-père que par l’acte lui même. Quand j’ai eu confir­ma­tion que j’étais enceinte (sexe sans pro­tec­tion, ce qui est aussi inex­cu­sable qu’irresponsable et idiot à notre époque), je n’ai pas hésité une seconde. A aucun moment je n’ai envi­sagé de mener cette gros­sesse à son terme. J’avais 27 ans tout juste, étais étu­diante, bour­sière sur cri­tère sociaux, en DEA et envi­sa­geant de faire une thèse…je connais­sais mon com­pa­gnon en crime depuis moins de 6 mois, et n’étais pas très convain­cue par sa capa­cité à être père. Dès les trois pre­miers jours de retard, j’ai fais les tests. Rapi­de­ment après les résul­tats, j’ai pris la déci­sion d’avorter et en ai informé le quasi père qui m’a laissé prendre la déci­sion avec un sou­la­ge­ment mal dis­si­mulé mais assez évident pour moi. Etant dans les temps, la voie médi­ca­men­teuse m’était toute ouverte. C’est alors que le che­min de croix de bien des aspi­rantes à l’avortement a com­mencé. On m’a imposé 2 rendez-vous avec l’assistante sociale pour véri­fier ma moti­va­tion à avor­ter. Bien que tout concourre à mon­trer que l’avortement était la meilleure solu­tion dans mon cas, j’ai quand même eu droit à une attente angois­sante et un ques­tion­ne­ment très intru­sif et inutile de l’AS. Elle m’a ensuite envoyée à l’Hopital ou l’on pra­tique les avor­te­ments à la mater­nité dont tous les murs sont ornés de tableaux repré­sen­tants des bébés jouf­flus de toutes ori­gines avec leurs mères exta­tiques devant la per­fec­tion de leur progéniture…Il y avait des sta­tut de la mère et l’enfant, des poèmes…bref, un spec­tacle hal­lu­ci­nant. Loin d’être miteux, l’endroit avait été refait à neuf, lumineux…bouillonnant d’hormones et écla­tant de…« vie ». Là, encore un rendez-vous de dis­cus­sion avec une autre AS, cette fois-ci du plan­ning fami­lial. Qui m’a envoyé chez moi réflé­chir et prendre rendez-vous avec une écho­gra­phiste pour dater la gros­sesse. J’ai détesté l’expérience tant il était évident que le but de la spé­cia­liste était de me bles­ser pour le choix que je fai­sais et non pas de m’accompagner dans cette voie qui est la meilleure dans cette situa­tion. J’ai du emmené l’échographie « hon­teuse » à l’obtétricienne de l’hopital (encore une étape obli­ga­toire) qui a du m’expliquer ce qui allait se pas­ser dans mon corps. Elle est la seule à m’avoir ras­su­rée et com­prise: non à ce stade là le foe­tus n’a pas de fonc­tion vitale évi­dente, non l’amas de cel­lules n’est pas en mesure de com­prendre ou de res­sen­tir quoi que ce soit etc. Dans sa salle d’attente, se croi­saient autant les parents qui menaient leur gros­sesse à terme que les aspi­rantes à l’IVG. Après tous ces avis et bien des semaines d’attente inutile pour ma part, j’ai enfin eu droit aux médi­ca­ments sal­va­teurs. Tout cela…pour ava­ler deux com­pri­més avec un verre d’eau!! J’ai du reve­nir à l’hopital, je crois pour prendre le deuxième médi­ca­ment et que l’on s’assure que j’étais bien déli­vrée de tout. Encore un moment d’anthologie avec des infir­mières que j’aurais volon­tiers cloué au mur tant leur inten­ten­tion de me culpa­bi­li­ser était évi­dente. Après une attente de plus de deux heures au milieux de toutes sortes de blés­sés assise sur une chaise très incon­for­table dans le grand hall, j’ai eu l’autorisation de par­tir. Et j’ai quitté cet enfer avec un sou­la­ge­ment non négli­geable. Pour me soi­gner l’âme de tant de méchan­ceté, je suis allée au resto et ai cassé ma tire­lire d’étudiante pauvre!
    Depuis, j’ai appris par des amis méde­cins et anes­thé­sistes que l’attitude du per­son­nel médi­cal ser­vait à impri­mer dans l’esprit des femmes « irres­pon­sables » la « gra­vité » de cet « acte qui ne doit pas être ano­din ». Hé bien, mes­dames et mes­sieurs les pro­fes­sion­nels de la filière avor­te­ment, je ne vous remer­cie pas plus que je ne vous féli­cite, et vous prie de bien vou­loir aggréer l’expression de mon mépris le plus sincère.

    Je découvre avec le temps que je ne suis pas une grande fan des enfants (je ne l’ai jamais été) sur­tout les bébés jusqu’à…9 ans! Je ne suis pas mécon­tente des choix que j’ai fais et je estime ne pas avoir à en rou­gir. Il manque à ce forum par ailleurs fan­tas­tique une rubrique pour les jeunes filles et les femmes…qui ne veulent pas deve­nir mère…ET QUI VONT BIEN!! (LOL)
    Bon cou­rage tout le monde!

  49. Mc dit :

    Je ne livre pas vrai­ment un témoi­gnage mais vous conseille ce livre : ‘La fille du doc­teur Bau­douin’ de Marie Aude Murail, qui livre le par­cours d’une ado de 17ans, pour­tant fille de méde­cin, tom­bée enceine par acci­dent et vou­lant avor­ter. Un tres beau roman, ecrit pour les ado mais que ‘on peut lire a tout age.

  50. isa dit :

    Quand j’ai débuté ma vie sexuelle, j’étais consciente du risque d’une gros­sesse non dési­rée, d’où un éven­tuel recours à l’IVG. Je trou­vais cela angois­sant car, comme beau­coup, je pen­sais que le choix et l’acte seraient for­te­ment traumatisants.

    10 ans plus tard, au chô­mage, et un test posi­tif à la main, ma pre­mière réac­tion est… la colère contre moi-même ! J’avais arrêté la pilule à cause d’effets indé­si­rables, et sous la pas­sion du moment oublié le pré­ser­va­tif. Ma seconde réac­tion est de me jeter sur mon pc, et cher­cher le numéro du plan­ning fami­lial le plus proche.

    Chose faite, j’obtiens un pre­mier rendez-vous assez rapi­de­ment. Contrai­re­ment à ce que je crai­gnais, le choix est très vite fait, et ce, sans état d’âme.

    Au pre­mier rendez-vous, j’ai la chance de faire affaire à une excel­lente sage femme qui a su res­ter neutre. Il n’empêche que la peur de culpa­bi­lité me pousse au men­songe : j’ai pré­tendu uti­li­ser le pré­ser­va­tif, sachant ce der­nier moins effi­cace que la pilule. L’échographie confirme la pos­si­bi­lité d’utiliser la méthode médi­ca­men­teuse. Ok ! Je demande à voir l’embryon, mais la pro­fes­sion­nelle me le décon­seille. Je n’insiste pas.

    Mais peu importe. Lundi matin, je prends le pre­mier cachet au plan­ning, et mer­credi hos­pi­ta­li­sa­tion en ambu­la­toire à l’hôpital pour le second. Mon com­pa­gnon m’accompagne. Je par­tage la chambre avec une autre fille, pré­sente elle aussi pour les mêmes rai­sons. Les infir­mières ont été par­ti­cu­liè­re­ment gen­tilles. Peut-être trop. Mais tant mieux, je pré­fère ça à la mora­li­sa­tion et à la culpa­bi­li­sa­tion. En plus de l’ultime cachet, on nous donne un anti-douleur en sup­po­si­toire, le plus effi­cace. Et quelques conseils, comme mar­cher pour favo­ri­ser l’évacuation de l’indésirable.

    Le plus dur a été les semaines sui­vantes : des sai­gne­ments per­sis­tants, et la crainte de l’échec de l’ivg. Suite à un surf sur un site quel­conque, j’ai eu un coup de blues : sta­tis­tiques alar­mantes sur les risques de fausses couches plus éle­vées, les autres solu­tions comme l’adoption… mais le len­de­main, je reprends mes esprits. D’une, il est facile de jouer avec les chiffres, et leur faire inter­pré­ter ce que l’on veut. De deux, subir une gros­sesse jusqu’à son terme pour aban­don­ner son enfant doit être infi­ni­ment plus trau­ma­ti­sant. Je me suis fait avor­ter à quatre semaines. A ce stade, le cœur ne bat pas encore, et il n’y a aucune onde élec­troen­cé­pha­lo­gramme. Ce n’est pas encore un enfant, mais un amas tis­su­laire qui se dif­fé­ren­cie et se met en place à peine. Encore une fois, je m’en veux de m’être fait avoir par un site offi­ciel­le­ment pro-choice mais offi­cieu­se­ment anti quand on regarde de près le contenu.
    Der­nier rendez-vous, der­nier écho. L’ivg est réussi. Un mois plus tard, je me fais poser un DIU en cuivre, que je sup­porte à mer­veille. Que du bonheur !

    Fina­le­ment, était-ce vrai­ment une épreuve si ter­rible, si trau­ma­ti­sante ? Pas tant que ça, en fait. Des témoi­gnages d’anonymes lues sur le net confirme bien ce fait : l’avortement peut effec­ti­ve­ment être vécu comme un sou­la­ge­ment ! Et cette croyance au trau­ma­tisme est par­ti­cu­liè­re­ment mal­sain. J’y vois une forme de culpa­bi­li­sa­tion et d’auto-punition. Et tout ce tabou autour ! Ce n’est pas l’acte de trau­ma­ti­sant, mais bien toute cette morale bien pen­sante autour : l’échec de la contra­cep­tion, comme si toutes les méthodes étaient sûres à 100% et comme si nous n’avions pas le droit à l’erreur. L’acte, for­cé­ment dou­lou­reux, alors que les anti-douleurs existent. La culpa­bi­li­sa­tion de tuer un enfant, alors que ce n’est qu’un simple embryon, pas un fœtus. L’incapacité à vivre nor­ma­le­ment après, et pour­tant je vais bien, merci !

  51. j'veux pas d'enfant dit :

    J’ai avorté en 2003, quand j’avais 18 ans. J’étais en pre­mière année de fac, j’habitais depuis peu à Paris où je ne connais­sais qua­si­ment per­sonne, et j’étais très dépri­mée à cause d’une rup­ture que je n’arrivais pas à digé­rer.
    Un soir, j’ai un rap­port sexuel sans pré­ser­va­tif avec mon ex, j’avais oublié de prendre ma pilule quelques jours dans le mois, alors au réveil je vais m’acheter la pilule du len­de­main dans une phar­ma­cie en grin­çant un peu des dents devant le prix, mais en me disant qu’il vaut mieux être sûre.
    Dans les semaines qui suivent je com­mence à me sen­tir fati­guée tout le temps, mais je bosse dur pour la fac et j’ai un petit bou­lot à côté, alors je me dis que c’est pas éton­nant. Je mange énor­mé­ment, j’ai tout le temps faim, je gros­sis beau­coup. Un week-end chez mes parents, ma mère m’observe et me dit « tu serais pas enceinte par hasard ? » et je lui réponds, archi sûre de moi « non non, c’est juste que j’arrête pas de bouf­fer, les par­tiels approchent et je suis stres­sée ». J’ai pas mes règles, mais de toute façon je les ai plus depuis 8 mois alors…
    Je ne me sou­viens pas trop de ce qui se pas­sait dans ma tête à ce moment-là, j’ai eu plein d’occasions de com­prendre ce qui m’arrivait, mais j’avais décidé que je n’étais pas enceinte alors je ne l’étais pas. J’ai été sourde aux réflexions de ma mère, des copines, j’ai trouvé des expli­ca­tions ration­nelles à tous les chan­ge­ments que j’observais dans mon corps.
    Jusqu’à ce que ça devienne vrai­ment très très fla­grant et que je me résigne à aller cher­cher un test de gros­sesse. Je l’ai vécu comme une capi­tu­la­tion : je savais bien que j’étais enceinte, mais je ne vou­lais pas l’admettre.
    J’ai fait le test, et je me suis lan­cée dans une course contre la montre : au PF de Paris, pas pos­sible d’avoir de RDV avec une gynéco avant… trop long­temps, on m’explique qu’à Paris les délais sont très longs. Je décide de ren­trer chez mes parents, je file de suite chez le méde­cin de famille qui me fait un peu la morale mais appelle une gynéco de sa connais­sance pour qu’elle me reçoive immé­dia­te­ment. J’explique à la gynéco que je veux avor­ter mais que j’ai peur d’avoir dépassé les délais légaux. Elle me fait une écho­gra­phie et m’annonce qu’il va fal­loir que je le garde. Elle me montre le foe­tus sur l’écran, me dit que tout se passe bien pour l’instant et qu’il fau­dra reve­nir faire une écho­gra­phie plus tard.
    Je suis ren­trée chez mes parents à pied, com­plè­te­ment hébé­tée, à essayer d’imaginer ma vie avec un gosse : l’enfer. Je croi­sais des gen.tes que je connais­sais dans la rue, et en les saluant je me disais « oh la la si illes savaient dans quelle merde je suis… » J’étais com­plè­te­ment abat­tue, je me sen­tais impuis­sante face à ma situa­tion et je me suis dit que je n’avais plus qu’à me rési­gner. J’ai dit à mes parents que je ne pou­vais plus avor­ter, que je n’avais pas le choix.
    Et puis j’ai appelé une pote à qui j’avais raconté que j’étais enceinte et qui me sou­te­nait pas mal. Elle m’a tout de suite parlé de l’Espagne et des Pays-Bas où les délais légaux étaient beau­coup plus longs. Elle a insisté sur le fait que les délais étaient absur­de­ment courts en France, que ce n’était pas dan­ge­reux d’avorter après ce délais, que c’était illé­gal mais qu’il ne fal­lait pas que je le garde si je n’en vou­lais pas. Et elle a appelé mon ex pour l’engueuler (il ne décro­chait pas quand je l’appelais).
    J’ai trouvé le contact d’une cli­nique à La Haye et j’ai pris rendez-vous quelques jours plus tard. Mon ex a fini par m’appeler et a accepté de m’accompagner. Je venais de tou­cher une bourse de la mai­rie de Paris, s’illes savaient à quoi elle à servi… Je crois que l’opération coû­tait à peu près 750 euros, le reste de l’argent m’a servi à payer le train. Heu­reu­se­ment que j’avais cet argent !
    Là-bas ça s’est bien passé, les infir­mières et les méde­cins étaient tou.tes à l’écoute, bienveillant.es, bien qu’un peu étonné.es quand j’essayais d’expliquer que je ne m’étais pas ren­due compte que j’étais enceinte alors que c’était tel­le­ment visible. J’ai été opé­rée sous anes­thé­sie géné­rale, par aspi­ra­tion. Le réveil a été dou­lou­reux mais je crois que l’infirmière m’a donné des anti-douleurs rapi­de­ment quand je lui ai dit que j’avais mal.

    Ce qui a été dur dans cette his­toire, c’était qu’on me ren­voie que j’étais for­cé­ment débile de ne me pas m’être ren­due compte que j’étais enceinte plus tôt. Je com­prends mal ce qui m’a convain­cue que je n’étais pas enceinte, que ça ne pou­vait pas m’arriver, mais c’est effec­ti­ve­ment ce qui s’est passé dans ma tête et je refuse de culpa­bi­li­ser pour quoi que ce soit. Les délais légaux sont ridi­cules, sur­tout quand on sait qu’il faut sou­vent attendre long­temps avant d’avoir les rendez-vous néces­saires et qu’une place se libère.
    On m’a fait sen­tir le peu de contrôle que j’avais sur ma vie, je me suis sen­tie dépos­sé­dée de mon droit de choi­sir com­ment je veux vivre ma vie.
    Je n’ai jamais culpa­bi­lisé d’avoir avorté. Aujourd’hui j’ai 26 ans et je me dis que je n’aurais rien pu faire de toutes les aven­tures incroyables que j’ai vécu depuis 8 ans si j’avais eu un gosse. Je n’en veux pas et je n’en aurais pas.

    Je repense sou­vent à la pote qui m’a sou­te­nue et je n’en fini pas de la remer­cier dans ma tête…

  52. Muriel dit :

    C’était en 2008, j’avais 31 ans. Je ne vou­lais plus prendre d’hormones (donc plus la polule) et j’avais déjà un rendez-vous chez le gyné­co­logue pour poser un sté­ri­let. Cela me « lais­sait » trois semaines envi­ron sans contra­cep­tion.
    J’étais dans une rela­tion avec qq’un que j’aimais et je pen­sais que c’était réci­proque même s’il avait des enga­ge­ments ailleurs. Nous fai­sions l’amour « sous plas­tique ». Mais une fois ou deux, j’ai accepté sa demande (le faire sans capote). J’étais folle de lui et en moi-même, je me disais qu’il était peu pro­bable que je ne tombe enceinte. Plu­sieurs années avant, j’étais res­tée 9 mois sans contra­cep­tion car j’avais un pro­jet de bébé avec l’homme qui par­ta­geait ma vie. Si en neuf mois, ça n’avait pas été, il aurait été bien mal­heu­reux que « je ne sois prise » pour deux écarts. L’homme dont j’étais folle me disait vou­loir un enfant de moi. Cela ne m’aurait sans doute pas déplu. Mais avec lui.
    Je suis convain­cue d’avoir senti un « pin­ce­ment » à l’intérieur de moi lorsque le sper­ma­to­zoïde est entré dans l’ovule. J’ai eu très vite (avant le retard) des signes de gros­sesse (nau­sée le matin, seins gon­flés). J’ai néan­moins attendu le retard pour ache­ter un test de gros­sesse. Sans aucune sur­prise pour moi, il était posi­tif. Je savais que ce genre de test n’est pas sûr à 100%, mais que les fausses confir­ma­tions sont rares (ce qui arrive plus sou­vent, c’est le test néga­tif alors qu’il y a gros­sesse, mais trop neuve pour être détec­tée).
    Je le lui ai annoncé. Sans doute pas de la « meilleure » manière, mais sa réac­tion m’a déçue (même si, fina­le­ment, pas vrai­ment éton­née): il s’est effon­dré, m’a dit que ce n’était pas pos­sible, que ce n’était pas le moment, que cela n’allait pas, qu’il fal­lait que j’avorte… que sinon, il se tue­rait…
    Je vous passe la lita­nie.
    J’ai réflé­chi à ma déci­sion. En me deman­dant quelle serait ma vie si je pour­sui­vais la gros­sesse ou pas. Quelle serait la vie de l’enfant poten­tiel à venir aussi. Je n’avais pas envie de devoir assu­mer le regard de mes col­lègues et de ma famille (« fille-mère », ce n’est pas le genre de la famille…) et sur­tout, je n’avais pas envie de répondre à un enfant qui me deman­de­rait qui est son père que celui-ci était un lâche qui, alors qu’il m’avait dit sou­hai­ter un enfant avait fait du chan­tage pour que j’avorte; que fina­le­ment ses mots n’étaient qu’une façon pour lui d’avoir accès à mon lit. Je ne pense pas qu’un enfant puisse se construire cor­rec­te­ment dans ces condi­tions. Je suis sûre que je ne sou­haite pas éle­ver un enfant seule. Aujourd’hui, je suis sous sté­ri­let non hor­mo­nal et je pense deman­der une liga­ture des trompes pour pro­chaine contra­cep­tion. J’aime les enfants, mais je n’en veux pas. Le monde ne me donne pas envie de mettre sur terre un petit humain de plus. Nous sommes déjà bien assez nom­breux. Mon amour des enfants, je peux le don­ner dans mon métier et à mes filleules. Cela me suf­fit. Non, avoir un enfant n’est pas indis­pen­sable pour vivre et s’épanouir.

    Je vais bien (à l’étonnement de la gynéco, j’ai fait de l’humour pen­dant l’avortement, par aspi­ra­tion, j’étais au clair avec ma déci­sion). mais j’avoue que cela m’énerve quand des per­sonnes autour de moi racontent des choses qui sont inexactes et que, n’ayant pas envie de ren­trer dans une longue dis­cus­sion, je ne peux leur dire que je ne suis pas d’accord.
    Comme quand cette col­lègue, à qui je deman­dais si elle avait des nau­sées, me disait que ce n’est jamais avant tel moment de la gros­sesse. (« et si, je suis mieux pla­cée pour le savoir que tu ne le crois, mais c’est pos­sible dès le début » avais-je envie de lui dire)
    Ou sur­tout, quand cette autre col­lègue (qui a des dif­fi­cul­tés à tom­ber enceinte) explique que « de nos jours, c’est hon­teux d’avorter; qu’elle, quand elle a eu des acci­dents a tou­jours pris la pilule du len­de­main »… (pour moi, la pilule du len­de­main, c’est aussi un avor­te­ment, mais bon…) Je peux com­prendre qu’elle trouve injuste d’avoir tant de mal à faire un enfant alors que d’autres avortent. J’aimerais qu’elle com­prenne que tom­ber enceinte « du pre­mier coup ou presque » et de se faire lar­guer par son mec, ce n’est pas juste non plus.

    • Aekko85 dit :

      pour moi, la pilule du len­de­main, c’est aussi un avor­te­ment, mais bon…

      Juste une petite pré­ci­sion qui me semble impor­tante en terme d’information: contrai­re­ment à ce qui a été dit lors du lan­ce­ment de la pilule du len­de­main, puis répé­tée lors du lan­ce­ment de la pilule du « sur­len­de­main », l’action de ces médi­ca­ments hor­mo­naux n’est pas abor­tive mais bien contra­cep­tive. Elles agissent en empê­chant l’accès des sper­ma­to­zoïdes à l’ovule (épais­sis­se­ment de la glaire cer­vi­cale) ou pour les pilules de seconde géné­ra­tion en retar­dant l’ovulation au delà de la durée de sur­vie des sper­ma­to­zoïdes (soit envi­ron 5 jours)

      « Comme la « pilule du len­de­main », cette pilule contra­cep­tive ne peut plus agir si la fécon­da­tion à déjà eu lieu » article Wiki­pe­dia

      Déso­lée pour la réfé­rence un peu légère (l’article Wiki­pe­dia est quasi-vide, même en anglais), mais je n’ai plus sous la main le Pour la Science qui expli­quait le monde de fonc­tion­ne­ment de ses contra­ce­tifs.
      Il est d’ailleurs rageant de voir qu’aucun des pre­miers résul­tats sur inter­net n’expliquent com­ment agissent les pilules du (sur)lendemain.

      Femme! avale ces médi­ca­ments, tu n’as pas besoin de com­prendre com­ment ils agissent sur TON corps!!!

  53. Sarah dit :

    J’ai avorté par médi­ca­ments en 2008.
    J’avais 20 ans. J’étais jeune, pauvre, instable, mais si ça n’avait pas été le cas j’aurais avorté quand même. Car la seule bonne rai­son selon moi est de ne pas vou­loir être enceinte. Pas besoin de jus­ti­fi­ca­tion ration­nelle sup­plé­men­taire, et la manière donc c’est arrivé importe peu, au final !

    Je vais très bien, aujourd’hui et avant aussi. Je n’ai pas hésité une seconde et je n’ai jamais regretté.

    Les gens du plan­ning fami­lial m’ont orienté vers une gynéco. Ça m’a bien sûr fait tout bizarre de voir ce tas de cel­lules à l’échographie, en fait j’ai été heu­reuse de consta­ter que mon corps mar­chait bien ! Mais je n’ai jamais consi­déré que c’était un enfant.

    C’était un peu embê­tant mais je n’ai pas eu très mal.
    Per­sonne n’a cher­ché à me faire la morale ; au pire on m’a un peu prise en pitié et ça aurait été ten­tant de me rou­ler dedans et de me plaindre. Mais vu que je ne dou­tais pas je n’y ai pas vrai­ment fait atten­tion. J’avais l’impression qu’on fai­sait tout un plat d’un truc qui n’en valait pas autant la peine.

    J’aurais aimé qu’on m’explique un peu plus : j’ai dû deman­der au phar­ma­cien de m’expliquer ce qu’était exac­te­ment chaque médi­ca­ment ins­crit d’office sur l’ordonnance, et de ne pas me don­ner les anti­dé­pres­seurs. Mais inter­net était déjà plein de témoi­gnages, et mon copain était là bien qu’un peu débous­solé (pos­sible que ça ait été plus déran­geant pour lui que pour moi!).

    A la lec­ture de ce blog je me rend compte que j’ai eu de la chance !

  54. Nicole dit :

    J’avais 36 ans, mariée et heu­reuse, déjà un enfant de 6 ans et pas du tout envie d’un deuxième ! Ni mon mari, d’ailleurs!! Pour­tant nous avons une situa­tion bien stable tous les deux, mais avons tou­jours dit que nous n’aurions qu’un seul enfant.
    Quand j’ai décou­vert que j’étais enceinte, je me suis mise à pleu­rer; mince alors, com­ment cela à pu arri­ver, je pre­nais la pilule! Le moment de panique passé, je me suis rai­son­née et après dis­cus­sion avec mon mari, nous avons pris la déci­sion de ne pas le gar­der. Mais qui aller trou­ver? J’ai confiance dans notre méde­cin de famille, et c’est vers lui que je me suis tour­née. J’ai bien fait, il m’a écou­tée, pas jugée, il n’a pas essayé de m’en dis­sua­der, m’a demandé si j’étais sûre de ma déci­sion et m’a alors adres­sée au plan­ning fami­lial près de chez moi. Là, j’ai trouvé l’aide dont j’avais besoin. Des gens à l’écoute, très doux, aussi bien dans leurs paroles que dans leurs gestes. Ils se sont assu­rés que ma déci­sion était ferme, que je ne la pre­nais pas à la légère, qu’elle venait bien de moi. Mon mari m’a accom­pa­gnée à chaque fois. A la mai­son, c’était un peu tendu même si nous étions d’accord, on n’en par­lait pas, de toute façon, on ne recu­le­rait pas! Le plus dur, a été d’attendre 4 semaines pour avoir une place pour l’intervention; ah bon, il y a tel­le­ment de femmes dans ma situa­tion??? J’avais peur d’être hors délai, mais on m’a assuré que non.
    Le jour venu, j’étais stres­sée et en même temps sou­la­gée, enfin bien­tôt ce ne serait qu’un sou­ve­nir!! Cela s’est fait pas aspi­ra­tion, là au centre de plan­ning fami­lial. J’ai eu un peu mal, mais le méde­cin m’expliquait ce qu’elle fai­sait (j’étais sou­la­gée car c’était une femme, pour­quoi, je ne sais pas!). Elle avait des gestes doux et m’a dit gen­ti­ment: « voilà, la gros­sesse est par­tie. » Je suis allée me repo­sée une demi-heure dans une pièce de relaxa­tion, puis je suis ren­trée chez moi avec mon mari qui sem­blait aussi sou­lagé que moi.
    Un mois plus tard, j’avais RDV pour une consul­ta­tion post-IVG. Le méde­cin m’a exa­mi­née, puis elle s’est inquié­tée de savoir com­ment j’allais mora­le­ment. J’avais repris le cours nor­mal de ma vie et j’ en étais heu­reuse! Je me suis bien-sûr, posée des ques­tions: fille ou gar­çon, aurait-il été nor­mal, … mais au fond de moi, je sais que j’ai pris la déci­sion qui me conve­nait. Mis à part mon mari et notre méde­cin, per­sonne ne sait! Pas parce que j’ai honte, pas du tout, mais parce que je connais les gens et leur faci­lité à juger!!
    J’ai avorté et je vais bien!!!

  55. lola dit :

    j’ai avorté le 19 mai 2004, année de mes 19 ans, 19 jours après mon anni­ver­saire. C’est mar­rant les dates. Je venais de quit­ter mon bou­lot quand je l’ai appris c’était très limite. Je devais être au début de la sixième semaine.
    Mon copain ne vou­lait pas que notre rela­tion se sache. Je vivais chez mes parents. La déci­sion a été rapide : pas de bou­lot, pas de copain, pas d’avenir (je n’avais même pas le Bac) et je vivais chez mes parents. Je vou­lais des enfants, mais sous cer­taines condi­tion. Pour moi, j’ai évité une vie de merde à un être humain.
    La doc­to­resse que j’ai ren­con­tré a approuvé mon choix et tout est allé très vite. La semaine sui­vante, je me pré­sen­tait accom­pa­gnée de ma maman (il était recom­mandé de pré­voir un moyen de trans­port pour le retour). Je me sou­vient seule­ment être res­tée sur les toi­lettes un bout de temps.
    Depuis j’ai eu une petite fille, et c’est comme si j’avais repoussé sa nais­sance de 2004 à aujourd’hui.
    Je ne l’ai jamais caché et j’en parle sans honte. J’ai avorté et je vais bien !

  56. geraldine dit :

    J’avais 18 ans, je n’ai jamais res­senti aucune culpa­bi­lité ni aucune peine. Evi­dem­ment le choc au moment d’apprendre que j’étais enceinte était énorme mais cette sen­sa­tion est très vite pas­sée. Je n’ai jamais réussi à faire com­prendre aux gens à qui je l’ai dit que je n’ai pas souf­fert. On me regarde avec un air désolé…mais désolé de quoi ?! De m’être assuré un ave­nir, de n’avoir pas gâché la vie de cet enfant, d’avoir le droit de choi­sir ?
    Quand je suis sor­tie de l’hôpital, j’ai été sub­mer­gée par un sen­ti­ment de bon­heur total, de liberté et d’envie de cro­quer la vie à pleines dents…de tout chan­ger, de vivre, d’aimer et bien plus encore! L’avortement a été ma Renais­sance. Je vais très bien, ne soyez pas désolés!

  57. Lilly dit :

    J’avais 18 ans, cela s’est donc passé il y a presque 10 ans.
    Je suis par­tie de chez mes parents à 18 ans car ils étaient vio­lents et j’ai emmé­nagé avec le pre­mier gar­çon venu, mon pre­mier petit-ami ! Il avait mon âge et nous vivions dans un kot. Au bout de quelques semaines… je me suis ren­due compte avec hor­reur que j’étais enceinte!
    Je n’ai jamais voulu en par­ler à per­sonne et la déci­sion d’avorter s’est impo­sée au bout de 5 secondes, aucune autre solu­tion n’était envi­sa­geable. Nous avons donc réuni nos éco­no­mies et j’ai subis une IVG.
    Je peux dire que j’ai tou­jours très bien vécu avec cela. Je suis res­tée 5 ans avec ce gar­çon mais il était éga­le­ment violent et je suis heu­reuse de ne plus avoir AUCUN lien avec lui. Je n’aurais pas eu les moyens d’élever cet enfant cor­rec­te­ment, de plus, je mène aujourd’hui une très belle car­rière que je n’aurais jamais pu entre­voir si j’étais deve­nue maman à cette époque.
    J’y repense évi­dem­ment de temps en temps avec un petit pin­ce­ment au coeur… cet enfant que j’ai failli mettre au monde et qui serait à l’école pri­maire aujourd’hui, mais avec quelle vie et quelle édu­ca­tion?
    Je n’ai pas encore eu d’enfant à l’heure actuelle mais j’ai comme pro­jet d’en avoir un jour.
    J’ai tou­jours été per­sua­dée que ça aurait été un gar­çon et… comble de l’ironie, ma soeur, qui est ma moi­tié et sans qui je ne pour­rais pas vivre, a eu des jumeaux cette année. Je me dis que, quelque part, l’équilibre est rétabli…

  58. Rose dit :

    J’ai avorté il y a… 4 ans main­te­nant. J’étais avec mon copain depuis 5 ans et aujourd’hui nous sommes heu­reux et mariés.
    à l’époque je pre­nais une année saba­tique sans lui ni per­sonne. Sor­tant des études, éloi­gnés géo­gra­phi­que­ment, j’hésitais à avor­ter, plus pas culpa­bi­lité que désir. Mais nous en avions par­fois parlé avant en se disant que nous n’en avions pas envie tout de suite, trop de choses à construire à deux, à vivre à deux et cha­cun pour sa pomme avant. BREF.
    Deux ren­dez vous avec des méde­cins, dont l’un me dit « vous savez que le pape est contre? » et, devant mon regard attéré et cho­qué, il me dit « je suis obligé de vous le dire »… mon c…
    j’ai long­temps eu un sen­ti­ment de culpa­bi­li­sa­tion, et depuis, j’ai résolu tel­le­ment d’angoisses enfan­tines, réflé­chi à la trans­mis­sion, l’éducation, les valeurs, à la faci­lité de faire des momes sans pen­ser à agir pour leur batir un monde meilleur, que je me sens sou­la­gée d’avoir pris le temps de faire tout ça avant de choi­sir d’en avoir un .
    je suis fière d’avoir été capable de le faire, de bra­ver la peur et la culpa­bi­li­sa­tion, fière de me décla­rer mai­tresse de mon corps, de ne plus avoir eu à le refaire depuis parce que quand même, c’est un moment que j’ai trouvé très dur à tra­ver­ser. Mais si c’était à refaire, je le refe­rai. Merde! :)
    Voilà!

  59. julie dit :

    J’avais 20 ans, et j’étais infor­mée autant qu’on peut l’être sur la contra­cep­tion.
    Tel­le­ment que l’IVG m’a tou­jours été pré­senté comme hon­teu­se­ment cou­pable.
    Et je tombe enceinte, alors que je suis étu­diante, dans une rela­tion de couple chao­tique, le moral au plus bas, et que pour moi, les enfants, ça se fait après 30 ans…

    Et mal­gré tout, je me suis posée la ques­tion. J’ai pas­sée plu­sieurs jours, la main sur le ventre, à pen­ser à « mon bébé »… Et j’ai ensuite pensé qu’un bébé, ça se fait à deux, ça se pro­jette, ça se rêve, et ça ne vient pas com­bler un vide…
    J’ai vu sur les conseils d’une copine ayant vécu la même situa­tion, une géné­ra­liste cen­sée être ouverte, qui m’a tout de même dit « c’est pas grave, ce n’est pas comme si c’était la 3ème fois »…
    J’ai ensuite croisé une labo­ran­tine auprès de qui j’ai dû jus­ti­fier du « pour­quoi », et toute une bat­te­rie de per­son­nel froid et infan­ti­li­sant.
    Le jour J, la psy­cho du ser­vice vient me voir (devant l’autre femme de ma chambre), me demande si ça va. Peu loquace, je réponds sèche­ment « oui ». Réponse: « vous devez vous sen­tir cou­pable ». Aujourd’hui encore, je crois que je l’ai plus entendu comme une injonc­tion que comme une sup­po­si­tion…
    A la sor­tie, le gynéco du ser­vice me pres­crit une pilule for­te­ment dosée, alors que je ne l’ai jamais ren­con­tré. Je l’informe qu’ayant arrêté ma pilule mini-dosée suite à d’importants effets secon­daires, je ne la pren­drai pas, il me donne l’ordonnance avec un auto­ri­taire « c’est comme ça ».
    Lorsque je vois un autre gynéco du même ser­vice six semaines après, parce que j’ai tou­jours des sai­gne­ments, il ne prend pas la peine de me faire un compte rendu de l’échographie qu’il vient de faire, sort alors que je ne suis pas encore rha­billée, et ne revient pas.
    Je finis par par­tir, de crainte de le voir arri­ver avec une autre patiente.
    Le secré­ta­riat me confirme que s’il n’a rien dit, c’est que je vais bien.

    Après ça, j’ai culpa­bi­lisé, long­temps même… j’ai fait une bonne dépres­sion, j’ai pensé que j’étais irres­pon­sable, j’ai eu du mal à faire l’amour sans y pen­ser, j’ai compté l’âge qu’ »il aurait eu », ima­giné des prénoms…

    Et un jour, ça m’a passé. Le jour où je me suis ren­due compte que ça arri­vait à d’autres (plus de 50% des mes amies à ce jour), pas plus irres­pon­sables que moi. Le jour où j’ai pu me repas­ser tous les com­men­taires déva­lo­ri­sants enten­dus à cette occa­sion. Le jour où je me suis dit que si ça m’arrivait à nou­veau, je le refe­rai, mais que plus per­sonne ne me trai­te­rait comme ça. Le jour où je me suis dit que ce « pro­blème », on me l’avait imposé. Et que ce n’était pas un drame, juste un droit (que les femme aient des droits, c’est peut-être là le drame pour certains!).

    Depuis, j’ai eu une petite fille, choi­sie, et j’ai été plus qu’exigente sur le fait que sa nais­sance se passe dans le plus grand res­pect de mon corps et du sien. Ce qui ne coule pas non plus de source pour les équipes soi­gnantes.
    Encore der­niè­re­ment, en 2011 : je parle avec ma mère, post-soixanthuitarde des plus libé­rées sur la sexua­lité, issue d’une géné­ra­tion soi-disant fémi­niste et décom­plexée, des femmes qui retombent enceintes immé­dia­te­ment après un accou­che­ment. J’évoque sans com­plexe le fait que dans une telle situa­tion, j’aurais avorté.
    Elle en a été cho­quée, et j’ai eu droit à quelques réflexions reflé­tant mon manque de conscience… Revoilà l’ivg « de confort », preuve d’égoïsme et d’immaturité…

    Comme quoi, il y a encore du bou­lot, et des idées à bous­cu­ler…
    Ce blog s’y attaque avec cou­rage, merci!

  60. Marie dit :

    Bon­jour

    Merci de cette ini­tia­tive, qu’il fait bon consta­ter que nous ne sommes pas cha­cune « l’étrange femme qui vit bien son IVG » ;-)

    Je me suis retrou­vée enceinte à 25 ans, après presque deux ans de pré­ser­va­tifs parce que ma gynéco m’avait aban­don­née sans contra­cep­tion (pas de pilule : « si vous ne sup­por­tez pas celle là, vous aurez le pro­blème avec toutes », pas de micro­do­sée « ce n’est pas assez sûr pour une femme jeune » et pas de sté­ri­let « contre-indiqué pour une femme sans enfant ») j’étais en thèse et sur­tout je n’avais jamais eu envie d’avoir des enfants (et à 34 ans, je n’ai tou­jours pas envie…)

    J’ai soup­çonné immé­dia­te­ment que j’étais enceinte parce que j’ai un cycle très régu­lier, j’ai fait un test en labo et je me sou­vien­drais tou­jours de l’ouverture de l’enveloppe et de mon effon­dre­ment en pleurs, avec cette cer­ti­tude immé­diate et gra­vée dans la tête « heu­reu­se­ment que l’IVG est légal car je serai prête à mou­rir plu­tôt que d’avoir un enfant », pas une seconde je ne me suis posé de ques­tions, c’était une cer­ti­tude abso­lue.
    J’ai pré­venu le père, j’avoue sur un mode pas très diplo­mate (je me demande si « j’avorte » n’est pas arrivé dans la phrase avant « je suis enceinte ») mais il n’a abso­lu­ment pas émis d’objections.
    Ne sachant pas où aller, j’ai filé au plan­ning où je me suis écrou­lée en pleurs devant la secré­taire (j’ai la larme ultra facile dès que j’ai la moindre émo­tion posi­tive ou néga­tive, c’est limite han­di­ca­pant) coup de chance, la conseillère était libre, elle m’a tout expli­qué avec gen­tillesse et sur­tout, ce qui était ma grande angoisse, ne m’a pas demandé « pour­quoi vou­lez vous avor­ter », bien qu’étant très sure de mon choix je crai­gnais de devoir me jus­ti­fier, alors que « je n’avais pas de bonnes rai­sons » hor­mis bien sûr de refu­ser ver­te­ment cette gros­sesse, dans mon esprit mon choix était plus contes­table que si j’avais eu 15 ans ou 6 enfants… Mais heu­reu­se­ment, per­sonne ne m’a cher­ché des poux.

    Le ser­vice d’orthogénie au com­plet a été ado­rable, de la secré­taire à l’élève sage-femme (Je me sou­viens d’avoir eu une dis­cus­sion avec elle car j’avais été éton­née de trou­ver une sage-femme dans un centre d’IVG) et sur­tout, j’ai enfin pu avoir un sté­ri­let au cuivre

    Pas une seconde je n’ai regretté mon choix, pas une seconde je n’ai été attris­tée par ce choix, je recom­men­ce­rai dans la seconde si le pro­blème se représentait!

    L’avortement illé­gal ne dis­suade pas les femmes, il ne fait que les mettre en dan­ger, je pense que ne pas vou­loir une gros­sesse est aussi puis­sant et violent que vou­loir un enfant!

    Par contre je me suis posée beau­coup de ques­tions après sur le fait que je ne res­sen­tais aucun cha­grin, aucune tris­tesse (parce que j’avais lu des quan­ti­tés d’articles qui par­laient « du drame/ du déchi­re­ment de l’avortement ») j’en avais très peu parlé autour de moi, uni­que­ment à mon com­pa­gnon et à un copain

    Quelques mois plus tard, lors d’une soi­rée entre copines, le sujet est arrivé sur le tapis et nous avons constaté que :
    – nous avions toutes avorté
    – nous n’avions aucun regret/ chagrin/ tris­tesse (et que donc nous n’étions pas des monstres, idée qui nous avait toutes tra­ver­sées)
    – la seule qui avait des sou­ve­nirs dou­lou­reux était une copine qui avait été mal­me­née dans le ser­vice d’orthogénie où elle était passée

    Merci encore d’avoir créé ce blog!

  61. Rosa dit :

    J’ai avorté deux fois. La pre­mière quand j’avais 18 ans, la seconde à 25 ans. J’étais étu­diante la pre­mière fois, sala­riée en CDI la seconde. En couple, puis en n’importe quoi. Les deux IVG ont été pra­ti­quées au même endroit, dans des condi­tions pas par­faites, mais ras­su­rantes et confor­tables. Je ne me suis jamais sen­tie jugée. Je ne me suis jamais sen­tie culpa­bi­li­sée. Le centre d’orthogénie pari­sien est certes vieillis­sant, mais son per­son­nel connaît son métier. Je crai­gnais sur­tout la dou­leur. Je ne vou­lais pas souf­frir. J’ai tou­jours été hors délais pour des IVG médi­ca­men­teuses, mal­gré la bonne volonté de ma gynéco, je suis pas­sée par anes­thé­sie locale et cure­tage. Les centres sont dépas­sés par la demande, ils y répondent au mieux. Je leur par­donne beau­coup, c’est vrai.

    C’est sur­tout la chi­rur­gienne et l’infirmière qui ont à chaque fois été for­mi­dables avec moi. Cha­cune dans leur genre. La chi­rur­gienne, pré­cise, pro­fes­sio­nelle, rapide, pas un mot plus haut que l’autre, mesu­rée, directe mais habile. Je sen­tais qu’elle avait fait de cette opé­ra­tion un genre de sacer­doce. Que c’était son « truc ». C’est elle aussi qui m’a orienté vers le port d’un sté­ri­let, lors du rdv pré­pa­ra­toire et de l’échographie, en me le posant sous anés­the­sie à la fin de ma seconde IVG. Je n’ai rien senti, là non plus, je « béné­fi­ciais » de l’anésthésie. C’était bien joué de sa part. Je ne sais pas si j’aurai eu le cou­rage de retour­ner m’en faire poser un en cabi­net, juste après. L’infirmière, dif­fé­rente à chaque fois, a tenu le même rôle à chaque fois : me tenir la main et me cares­ser les che­veux. Je pleu­rais en silence à chaque fois. Pas de culpa­bi­lité, pas de dou­leur (même si l’anesthésie du col n’est pas une par­tie de plai­sir), mais de stress. Et sa pré­sence me fai­sait redes­cendre, m’apaisant. C’est elle qui rend le temps plus court. Sa pré­sence m’a été précieuse.

    Je suis sor­tie très vite du ser­vice pour ren­trer chez moi, les deux fois. Je suis res­tée une heure allon­gée, maxi­mum. Le temps de reprendre mes esprits et de chan­ger trois fois de ser­viette hygié­nique. Il faut dire que la chambre com­mune dans laquelle on parque les can­di­dates à l’IVG n’est pas fran­che­ment agréable. Je garde à jamais en mémoire la cou­leur des murs, ce vert usé, l’odeur des draps de l’Assistance Publique, et le goût du bol de thé servi juste après. J’ai de la chance, je suis tou­jours pas­sée la pre­mière. J’ai tou­jours tenté de faire bonne figure pour celle qui pas­sait après, pour ne pas l’effrayer. Il n’y avait pas de quoi. Je n’ai pas eu mal.

    J’ai la chance aussi d’avoir été accom­pa­gnée à chaque fois. La pre­mière fois par mon com­pa­gnon. La seconde par ma mère. La seule per­sonne que je n’ai pas pu enca­drer, c’est l’assistante sociale. Elle ten­tait de me psy­cha­na­ly­ser en 15 minutes. J’ai trouvé ca très désa­gréable. Elle ten­tait de me faire ren­trer dans un moule. Elle vou­lait m’expliquer ma propre conduite interne, mon propre fonc­tion­ne­ment psy­cho­lo­gique, alors qu’elle me ren­con­trait pour la pre­mière et der­nière fois. Elle n’a jamais vrai­ment posé de ques­tion sur l’IVG en lui même et ma déter­mi­na­tion. Elle s’attachait vrai­ment à d’autres choses, comme mon léger sur­poids ou le fait que je sois fumeuse. Elle vou­lait que je parle de mon couple. Je n’ai rien contre contre les psy­cho­logues. Mais cette femme était assis­tante sociale. Il ne faut pas confondre les rôles. Lorsque je suis venue avec ma mère, elle est pas­sée nous voir dans la chambre com­mune, et elle a lâchée comme ça « alors c’est vous la mère du phé­no­mène ». J’ai trouvé ca très déplacé. J’allais me faire opé­rer dans 5 minutes. Je n’avais pas besoin de ca.

    La pre­mière fois que j’ai avorté, c’était un oubli de pilule de 2 jours, je me suis dit « Plus jamais ». Et puis j’ai du me résoudre à y retour­ner. Je dis résoudre, parce que j’étais à un mau­vais moment de ma vie. Je cou­chais n’importe com­ment, un peu par déses­poir. Avor­ter m’a per­mis de me réveiller. De mettre une fin à ce cycle infer­nal d’abus envers moi même avant que je n’attrape une mala­die grave ou que je me fasse plus mal. Un électrochoc.

    J’ai avorté deux fois. Je vais très bien. Merci aux centres d’orthogénie qui se battent pour sur­vivre et accueillir le plus grand nombre de femmes.

  62. Chloé dit :

    J’ai avorté à 15 ans, pre­mier amour sérieux, pre­miers rap­ports, pre­mière fois sans capote, la pre­mière fois de trop. Mon copain veut le gar­der et essai tant bien que mal de me convaincre. Moi je suis sur­tout convain­cue que je n’ai ni la matu­rité ni les moyens de sub­ve­nir aux besoins de cet « hari­cot ». Je veux vivre, faire des études, voya­ger. Je veux avor­ter.
    Déci­dée à ne pas en par­ler à mes parents pour ne pas les déce­voir, j’entreprends toutes les démarches toute seule : rendez-vous au plan­ning fami­lial, prises de sang , éco­gra­phie… j’ai voulu être trop forte et la réa­lité me rat­trape, je suis obli­gée d’être accom­pa­gnée d’une per­sonne de ma famille n’étant pas majeure. « Maman, j’ai fait une conne­rie, j’avorte jeudi. ».
    S’en suit l’opération par aspi­ra­tion. Je ne me rap­pelle pas avoir été mal mené lors de mon hos­pi­ta­li­sa­tion, mais plus par l’avant-opération par le plan­ning fami­lial. Pas de rendez-vous avec une psy­cho­logue pour moi après l’opération, mal­heu­reu­se­ment. Mon père n’a pas voulu m’accompagner le jour de l’opération et ne plus adres­ser la parole pen­dant 15 jours.
    Il m’a fallu long­temps pour com­prendre que je n’étais pas un monstre. Et pas mal d’aide d’un ancien amou­reux qui a cham­boulé ma vie.
    Aujourd’hui, je n’ai aucun regret, j’aime la vie que je mène, et vos témoi­gnages m’ont mon­tré que oui, on peut avoir avorté et aller bien.
    Alors oui, IVG, je vais bien merci !

  63. Humiliée mais finalement gagnante! dit :

    Quelle bonne idée que ce par­tage, tel­le­ment j’ai été mon­trée du doigt et culpa­bi­li­sée à l’époque…
    J’avais 20 ans tout juste, lui aussi, pre­mier flirt un peu poussé et pre­miers rap­ports sexuels. Je me sen­tais « en retard », hors norme sur ce point, donc je vou­lais com­men­cer ma vie sexuelle, déjà la honte et le regard des autres… Je me trouve donc au hasard d’une soi­rée un petit copain, très mignon, qui se dit raide dingue de moi, moi il m’attire beau­coup mais je sais que je ne pour­rai pas tom­ber vrai­ment amou­reuse de lui. Quelque part ça me ras­sure, je me sens « en contrôle ». La suite devait me démon­trer que non, hélàs!
    Ce mec patiente 15 jours à me « faire la cour », sans même un petit bisou, puis au total deux mois avant le « pas­sage à l’acte », je le trouve très pré­ve­nant, un peu old school, ça me va très bien!
    Nous allons ensemble voir un gynéco du centre médi­cal à tarif réduit pour étu­diants, qui me pres­crit une pilule contra­cep­tive. Voilà, tout devait rou­ler comme sur des rou­lettes.
    Sauf que j’avais des cycles très très longs (36/37 jours) et que le mon­sieur n’a pas voulu patien­ter assez pour que j’aie les pre­mières règles qui m’auraient per­mis de com­men­cer ma pla­quette de pilules. Nous avons donc com­mencé avec pré­ser­va­tif, mais ça ne lui conve­nait pas (en réa­lité, il per­dait son érec­tion avec un pré­ser­va­tif), il s’est donc mis à me van­ter les mérites du coït inter­rompu, m’expliquant qu’un ami méde­cin à lui lui avait affirmé que c’était très sûr.
    Nous le fai­sons selon cette méthode, plu­sieurs fois, dont une ou deux où je sens qu’il y a eu un début d’éjaculation avant son retrait. Je file sous la douche me rin­cer autant que je peux.
    Entre temps, il se met à me tenir des pro­pos étranges, sur sa mère qui com­men­çait à lui par­ler de ses futurs petits enfants… Nous étions ensemble depuis 3 mois! Là je tremble, je pres­sens un truc louche.
    Puis vient le matin de mon fameux 37ème jour amé­nor­rhée, mais chez moi c’était habi­tuel, je ne me serais pas inquié­tée nor­ma­le­ment, mais je ne sais pas pour­quoi, j’ai SU, ce matin-là, en me réveillant chez lui, j’ai SU que j’étais enceinte.
    Je l’ai pla­qué illico, je vou­lais me sen­tir libre de ma déci­sion, et je com­men­çais à com­prendre qu’il m’avait mani­pu­lée et m’avait peut-être assez déli­bé­ré­ment mise enceinte. Je file à la seconde au centre médi­cal pour étu­diant, prise de sang, résul­tat posi­tif. Le monde s’écroule autour de moi. Déci­sion immé­diate, s’impose : je n’aime pas cet homme, je ne veux pas d’un lien à vie avec lui. Je suis jeune étu­diante dans des études exi­geantes, il est hors de ques­tion de deve­nir mère, ça n’a aucun sens, ça fou­trait par terre toute ma vie! Donc ce sera l’avortement, évi­dem­ment, et je ne me suis jamais sen­tie aussi seule, humi­liée, reje­tée mais bat­tante et déter­mi­née, que pen­dant cette période, un vrai par­cours du com­bat­tant, le mépris en plus.

    Je tente d’aller au plan­ning fami­lial de ma ville, qui me dit qu’ils font de la pré­ven­tion mais pas d’avortement, et me conseille d’aller voir l’hôpital. L’hôpital m’explique qu’il faut attendre des semaines avant la pre­mière consul­ta­tion, ce qui me met­trait hors délais, fichu cou­pe­ret qui me tombe sur la tête tel­le­ment vite parce que mon cycle nor­mal c’est déjà plus de 5 semaines d’aménorrée! Je passe alors à la case des gyné­co­logues pri­vés, bien obli­gée. J’appelle d’abord une gynéco femme. La secré­taire REFUSE de me dire si la gynéco fait ou non des avor­te­ments. Il faut que je vienne au rendez-vous, des jours plus tard, on en par­lera à ce moment-là. Et tou­jours l’horloge du délai légal qui tourne en boucle dans ma tête et me rend folle. Je réus­sis enfin à avoir un rendez-vous avec un gyné­co­logue qui me dit « oui » quand je lui demande s’il pra­tique les avor­te­ments. Ouf! Je prends rendez-vous.
    L’entretien lui-même est atro­ce­ment humi­liant et pour le coup, j’aurais tel­le­ment aimé que le pauvre type qui m’a dit tant de conne­ries et m’a mise enceinte soit assis à ma place à se faire trai­ter de semi débile.
    – Com­ment made­moi­selle, mais vous ne connais­sez pas la contra­cep­tion?
    – Si mais mon copain m’avait assuré que le coït inter­rompu, etc.
    – Com­ment ça! Mais TOUT le monde sait que le coït inter­rompu ça ne fonc­tionne pas, encore moins quand l’homme est jeune et se maî­trise peu.
    Et ça conti­nue comme ça…
    Et je suis là, moi, à me prendre tout cet ahu­ris­se­ment et ces juge­ments dans la figure, seule, je finis par me sen­tir hon­teuse à force qu’on me regarde de tra­vers!
    Hon­teuse de mon igno­rance, hon­teuse d’avoir fait confiance aux paroles dou­teuse du fameux petit ami, mal­gré la petite voix en moi qui me disait « il y a un truc qui cloche« 
      Puis il faut pas­ser par l’échographie, avec péné­tra­tion vagi­nale, par un homme, quel bon­heur! Le but est de voir si « le coeur bat », pour éva­luer son âge, donc là encore, quel est le délai pos­sible. On com­mence à me pré­sen­ter cet embryon comme une per­sonne, et pour moi c’est à nou­veau un affront à encais­ser.
    Entre temps, l’ex-petit ami essaie d’espionner ma venue dans le foyer d’étudiante où je loge, au point que je dois deman­der à la res­pon­sable de me pré­ve­nir quand il est là, pour que je puisse l’éviter. Il me télé­phone, me parle de « son enfant », de lui qui est « le père » et qui veut avoir son mot à dire, met­tant lui aussi des mots et des concepts sur ma « situa­tion » que je ne veux pas entendre. Non, nous ne sommes pas un couple en train de faire un enfant, je suis juste une jeune femme prise au piège de sa cré­du­lité et qui est en train de ten­ter de sau­ver son ave­nir. Il me fait du chan­tage au sui­cide, m’affirmant que si je le quitte et si j’avorte, il se tue. Je suis à tel point répu­gnée par son atti­tude mépri­sable, au moment même où par sa faute je me retrouve à encais­ser autant de dou­leur, que je lui dis « hé bien si tu veux te tuer, vas-y, je m’en fous! » Au moins ça met court au chan­tage! Il me laisse tran­quille et ne se tue pas du tout!
    L’échographie s’avère concluante, le « coeur » ne bat pas encore, je peux donc envi­sa­ger l’avortement, médi­ca­men­teux. Je dois signer des papiers dans les­quels je décharge le méde­cin de toute res­pon­sa­bi­lité s’il se passe quoi que ce soit de tra­vers, si je reste enceinte, si ça me rend sté­rile, que sais-je encore… super ras­su­rant… Mais je n’ai pas le choix, je signe.
    Je prends la pre­mière pilule, cen­sée « tuer » l’embryon.
    Puis je me rends dans une cli­nique pri­vée pour prendre la deuxième pilule, celle qui pro­voque l’expulsion, la « fausse couche ». Là seule­ment j’en parle à ma mère, en lui disant voilà, je suis tom­bée enceinte, j’avorte tel jour à telle cli­nique, on me dit que je serai fati­guée en sor­tant, est-ce que tu vou­drais bien pas­ser me récu­pé­rer en voi­ture. Ma mère tombe des nues, me dit « tu dois être incroya­ble­ment fer­tile, pour qu’après quelques rap­ports… » mais elle accepte.

    Ce com­bat, j’ai voulu le mener seule, jusqu’à cet ultime moment où tout est déjà « fait », tel­le­ment j’avais peur que qui que ce soit tente de me faire « réflé­chir », chan­ger d’avis… Déjà j’en avais parlé à une col­lègue de promo qui m’a demandé, toute intri­guée et exci­tée, comme on deman­de­rait à une future jeune maman épa­nouie : « et alors, ça fait quoi? tu sens le bébé? tu le sens bou­ger? »… Non, mais c’est pas vrai, arrê­tez tous et toutes de me par­ler de bébé, il n’y a pas de bébé, il n’y en aura pas…
    Donc me voilà dans une chambre de la cli­nique, en che­mise de malade, on me dit de mettre une énorme ser­viette hygié­nique sans trop m’expliquer pour­quoi, je dois me cou­cher dans le lit, je prends la deuxième pilule. Je suis sen­sée appe­ler une infir­mière si ça fait trop mal.
    Face à moi une autre femme, elle aussi avorte. Elle est mère de famille nom­breuse, son mari et elle ont décidé qu’un enfant de plus ça n’était pas pos­sible. Deux femmes qui se regardent en face et se recon­naissent dans leur choix, leur déter­mi­na­tion, leur visage pai­sible fina­le­ment, enfin, la lutte contre tous les obs­tacles est finie, notre libre choix a enfin eu le droit de s’exercer !
    Et là, com­mence à venir la dou­leur. De vraies contrac­tions, dou­lou­reuses, puis encore plus dou­lou­reuses, puis insup­por­tables, . Là j’appelle l’infirmière, qui me donne un anti-douleur. Ça va mieux. Puis je res­sens l’envie d’aller aux toi­lettes, et là, d’un coup, je sens glis­ser hors de moi dans la ser­viette une espèce de gros steak d’une quin­zaine de cen­ti­mètres de large. Je le regarde, ahu­rie, puis je le jette. Une amie qui a aussi avorté me dira plus tard que de l’autre côté du pla­centa (puisque c’était cela) il y avait l’embryon, qu’elle l’a regardé et s’en est dif­fi­ci­le­ment remise. Bon, moi, je ne l’ai pas vu, je n’ai même pas su quoi regar­der, je suis retour­ner me cou­cher. Les contrac­tions s’arrêtent, je prends un maga­zine, mon gynéco passe, sou­dain rede­venu plus humain, sans doute face à ma tête défaite par la dou­leur.
    Je rentre chez mes parents, avec ma mère. Ce que je n’avais pas com­pris non plus, c’est que pen­dant tout le mois qui va suivre, je vais sai­gner abon­dam­ment sans inter­rup­tion, et que c’est épui­sant. Et le gynéco m’a pres­cris une pilule pen­dant ce mois, je n’ose pas lui dire « si c’est par peur que je ne retombe enceinte, c’est pas la peine, je crois bien que je ne lais­se­rai plus un homme me tou­cher avant des années ! ». Mais sa pilule est de la pre­mière géné­ra­tion, une « Diane » 100% rem­bour­sée par la Sécu­rité sociale, et en plus des sai­gne­ments, j’ai une migraine atroce pen­dant tout le temps de prise de cette fichue pilule !

    Puis cela s’arrête. Je ne saigne plus, je n’ai plus la migraine. Et là, je décide d’agir en bat­tante dans mes études, comme je l’ai fait pour réus­sir à avor­ter. Je me mets à tra­vailler d’arrache-pied, moyen d’extérioriser ma colère contre cet ex qui m’a mise dans de sales draps, contre tout le sys­tème médi­cal qui a bien failli me mettre en situa­tion de ne plus avoir le droit d’avorter tel­le­ment tout pre­nait de temps et qui n’a cessé de me regar­der comme une pauvre imbé­cile. Je tra­vaille tant et si bien que je finis pre­mière de ma pro­mo­tion ! Et là, enfin, je souffle, ça y est, je suis rede­ve­nue maî­tresse de ma vie et de mon corps !

    Suis-je heu­reuse d’avoir avorté? Non bien sûr, j’aurais mille fois pré­féré pou­voir avoir des rap­ports sous contra­cep­tion, sans dan­ger de gros­sesse. Par­fois je me mets à pen­ser au petit « être » qui peut-être était venu vers moi et que j’ai repoussé, et ça me peine, et j’essaie de me dire que s’il « revient » vers moi lors d’une future ren­contre, quand je serai prête à être une vraie mère pour lui, je ferai de mon mieux pour le rendre heu­reux.
    Mais cet avor­te­ment était vital pour moi, bien sûr. J’étais dans un couple sans ave­nir et sans vrai amour. L’homme vou­lait des enfants et s’est « arrangé » plus ou moins consciem­ment pour m’en faire. Je l’ai d’ailleurs revu quelques années plus tard et oups, même scé­na­rio, il avait mise enceinte « par erreur » sa copine du moment…
    Moi j’avais envie de belles études, d’une belle car­rière, en tant que fille, issue de la classe sociale moyenne basse, je me frot­tais déjà dans mes études à de la vraie bour­geoi­sie et de l’aristocratie, je savais que je devrais me battre pour me faire accep­ter, trou­ver ma place, m’adapter. Avoir un enfant à ce moment-là? ç’aurait été du sui­cide! La néga­tion de tout ce que j’étais, je vou­lais être! Donc, non, je ne regrette pas, et quand j’y repense, je me dis que j’ai été capable d’une sacrée déter­mi­na­tion.
    Je sou­haite que les sui­vantes aient un par­cours plus simple, ne soient pas bala­dées de ser­vice en ser­vice avec la peur au ventre, la peur de dépas­ser le délai légal… Qu’on cesse enfin de les culpa­bi­li­ser, un enfant ça se fait à deux, une « erreur de contra­cep­tion » aussi, alors pitié, ces­sez de taper sur les pauvres filles qui sont bien plus embê­tées que vous, soi­gnants, veuillez le croire! Vous vous n’aimez pas pra­ti­quer les avor­te­ments? elles c’est leur ave­nir qui se joue! Alors un peu de dou­ceur, un peu de com­pas­sion, s’il vous plait!

  64. Mononoke Ime dit :

    Moi j’ai avorté 2 fois dans les années 2000.
    La pre­mière fois, en 2002. Je com­men­cais juste à tra­vailler à l’âge de 21 ans. Dans un tour­nant de vie sen­ti­men­tale : rup­ture avec mon ex, et démar­rage un peu bizar­roïde d’une nou­velle belle his­toire avec mon conjoint actuel.
    Le choix a été très rapide : pas le moment pour moi d’avoir un enfant. Je décide de gérer le truc seul, je le dis quand même au géni­teur, mais… je veux gérer seule. Bref, le 17 août, à force de vou­loir « gérer seule », çà a débordé de stress, et je suis tom­bée dans les pommes chez mes parents, et j’ai tout raconté… Ils ont été très gen­tils et com­pré­hen­sifs et ont drô­le­ment dédra­ma­tisé; mon père m’a dit « il y en a d’autres qui y sont passé, ce n’est ni grave ni hon­teux, t’es tou­jours notre petite fille ». Des mots bateaux, mais qui sont pour moi gra­vés pour tou­jours comme d’abord des mots de sou­tien, d’amour, et de fra­ter­nité. Ils m’ont accom­pa­gné à la cli­nique pri­vée où j’ai avorté par voie médi­ca­men­teuse; et j’ai eu mal, très mal. Ma mère était tout le long avec moi, et je me sou­viens m’être endor­mie dans ses bras de dou­leur en pleu­rant. Le gynéco était un con, mais çà je ne l’ai com­pris que bien plus tard, quand j’ai com­pris qu’il vou­lait « me faire payer ma faute » : pas de spas­fon parce que j’avais mal, des doses ultra dosées, des petites phrases insi­dieuses du style « ben c’est nor­mal d’avoir mal », il m’avait fait reve­nir 4 fois avant de faire le papier « pour véri­fier votre choix », (alors que mon choix il était clair depuis le début), il m’a mon­tré l’échographie sans me deman­der mon avis, je suis res­tée 10h à la cli­nique pri­vée et je n’ai vu qu’une infir­mière 5min dans la jour­née, à côté de la salle d’accouchement où j’entendais tout… bref un con.
    J’ai culpa­bi­lisé pen­dant des mois, tel­le­ment que j’en ai pris 10kg. Et je les ai digé­rés mes kg comme on dit. Un jour j’ai décidé que je devais aller bien, c’est tout.
    Le 2ème avor­te­ment, il a été bien moins dou­lou­reux, et c’est peu dire. En 2010. D’une part, je mili­tais au plan­ning depuis 2 ans, et j’avais entendu bon nombre d’histoires de vie qui m’avait fait avan­cer. De plus, j’étais tou­jours avec mon conjoint et nous venions de finir les tra­vaux dans une mai­son que nous reta­pions depuis 3 ans. Plus de contra­cep­tion depuis 6 mois, mais pré­ser­va­tif ; et puis un soir, on n’a pas fait atten­tion (oh mon dieu, se disent cer­taines peut-être, çà ne lui a pas ser­vie de leçons!!!!! ;-) Là, un peu plus de doutes, càd 2 minutes et demi devant le test de gros­sesse au lieu de 1 seconde la 1ère fois! Nous sommes allés tous les deux au centre de plan­nif, et c’est passé comme une lettre à la poste. Un peu mal, mais rien par rap­port à la 1ère fois. L’infirmière, elle don­nait des spas­fons, et je ne suis res­tée que 2h30 au ser­vice gynéco de l’hôpital, dans une chambre bon­dée avec 3 autres femmes, dont l’une était issue des gens du voyage et la chambre était enva­hie par maints et maints amis, famille, enfants… On était bien serré dans cette petite chambre, mais j’avais plus l’impression d’être dans une salle d’attente ;-) C’est plu­tôt même un sou­ve­nir assez drôle.
    Aujourd’hui 2 ans se sont pas­sés depuis ce der­nier avor­te­ment, et … je suis enceinte de 5 mois et j’attends mon bébé avec plai­sir et séré­nité.
    Pourvu qu’il puisse avoir droit aux mêmes choix que moi : liberté et autonomie.

  65. LnG dit :

    J’ai avorté à 30 ans, je venais de quit­ter mon bou­lot et j’étais en couple depuis quelques années. C’était une évi­dence, je n’y ai pas réflé­chi une seule seconde. Je vou­lais pas d’enfant, point. Et ça n’avait rien à voir avec ma situa­tion amou­reuse, sociale ou finan­cière, ça n’avait à voir qu’avec moi. Ce qui a été dur, c’est l’attente entre le moment où j’ai constaté la gros­sesse et le moment où je me suis fait hos­pi­ta­li­ser pour un avor­te­ment médi­ca­men­teux parce que, enceinte, je me sen­tais com­plè­te­ment dépos­sé­dée de moi-même. L’avortement en lui-même, ça a été un sou­la­ge­ment, même si et contre toute attente, j’ai eu mal. Ceci dit, grâce à l’interne qui me sui­vait, j’ai enfin pu me faire poser le sté­ri­let qui jusque là m’avait été refusé au motif (illé­gi­time donc) que je n’avais jamais eu d’enfant ! Donc, j’ai avorté et je vais bien, c’est même l’une des déci­sions les plus sen­sées de ma vie. J’irai même jusqu’à dire que ça a été construc­tif parce que cette gros­sesse avor­tée m’a fait prendre conscience du fait que j’étais une femme, plus une jeune fille. Et, oui, quand j’y repense, je me sens forte !

  66. 9 ans pllus tard dit :

    J’avais 22 ans. Naïve et sou­mise aux hommes. L’été. Pre­mière rela­tion durable. Il n’aimait pas les capotes… fal­lait vrai­ment que je sois conne ! J’ai su tout de suite que j’étais enceinte, je l’ai senti, senti énor­mé­ment de chose pen­dant cette gros­sesse. Bien plus en quelques semaines que lors des 9 mois pas­sés à fabri­quer mon bébé tant désiré. Mais j’ai su tout de suite en quelques secondes : non ! pas lui ! pas CE père là pour mon enfant ! J’ai énor­mé­ment culpa­bi­li­sée, parce que famille-catho-pas-avant-le-mariage et pro-vie à fond les bal­lons.
    Je me sou­viens de la femme au bout du fil du numéro vert « santé jeune ou qq chose comme ça » qui m’a gen­tille­ment conseillé et répondu ivg quand je disais avor­te­ment, je me sou­viens de la conseillère fami­liale qui n’était pas dans l’échange, très gen­tille mais un mur à dire « oui, il ne faut pas le gar­der » alors que j’étais dans une soli­tude extrême et que j’avais besoin de par­ler, de la femme anes­thé­siste vrai­ment pas sympa genre je perds pas mon temps avec des gens comme toi, d’un interne à l’échographie d’une pudeur et dou­ceur sans égal. Le jour J, les infir­mières trop sym­pas mais un chi­rur­gien indé­li­cat « vous avez des mycoses, vous vous lais­sez aller ». Merci, c’est la pre­mière fois que je vois un tou­bib pour ma chatte, dans ma tra­di­tion fami­liale c’est un lieu tabou qui n’existe pas. Et là t’es juste en train de me cure­ter le bidou, alors ta gueule quoi ! Je me sou­viens de son geste de repen­tir quand je pleu­rais toute seule dans un coin après, il m’a caressé la joue. il m’a caressé la joue comme à une petite fille. J’avais senti l’embryon se décro­cher, net­te­ment, au moment pré­cis, la cou­pure se faire entre lui et moi. C’était fort et dur. Je pleu­rais.
    Et puis vire­volte, chan­ge­ment dans ma vie. M’approprier ce corps. Abso­lu­ment. M’approprier cette vie. Tota­le­ment.
    J’ai rêvé de lui, il avait un nom dans ce rêve, je l’ai sou­vent senti dans mes bras, sa tête sur mon sein. Mais je n’ai jamais regretté son départ de ma vie.
    J’aime ce conseil dans la constel­la­tion fami­liale : il faut dire merci à cet embryon de vous avoir laissé de la place pour vivre votre vie.
    Perso, je dis sou­vent sa « mort » m’a donné la vie. Cet acci­dent dans ma vie, de la concep­tion à l’IVG, est un évé­ne­ment qui m’a fait avan­cer dans ma vie, qui m’a sorti d’une cer­taine déprime, d’un cer­tain déni de moi. Quelque part cela a été un cadeau pour moi.
    Aujourd’hui je suis maman, avec un super papa. Je vais bien, merci !

  67. MT dit :

    Bon­jour
    J’ai avorté 3 fois à 23, 28 et 29 ans. J’ai envie d’avoir des enfants mais plus tard.

    La pre­mière fois j’étais jeune, étu­diante et ça a été très clair (même si j’étais en couple) que ce n’était pas le moment. Seule­ment j’avais dépassé le terme auto­risé en France. Je suis allée au plan­ning fami­lial (Paris) et ils m’ont réorienté vers un centre en Hol­lande qui pou­vait me faire avor­ter. C’est la seule fois où je suis allée dans ce pays. L’équipe était super et en plus, ils par­laient fran­çais. Une psy­cho­logue nous voyait avant l’opération. C’était ras­su­rant de par­ler avant. J’ai pleuré dans la gare en par­tant (la psy m’avait pré­venu que ça ris­quait d’arriver) mais ça a été le seul moment triste. Tout ce que je retiens c’est qu’ils m’ont libé­rée. Je me suis sen­tie libre comme jamais après l’avortement sous anes­thé­sie géné­rale qui a duré 1/4h et j’ai pu repar­tir dès que j’ai fait pipi (comme après toute opé­ra­tion) d’ailleurs ça m’arrangeait bien car j’avais mon billet retour pour Paris!
    La 2e fois c’était plus déli­cat ; j’étais très amou­reuse, on se sépa­rait. Puis je suis tom­bée enceinte ; j’ai voulu le gar­der ; puis voyant que j’étais seule, et sur­tout étu­diante (en recon­ver­sion), après maintes dis­cus­sions : les filles m’encourageaient dans ma déci­sion de le gar­der ; le copain de ma cou­sine qui avait eu une fille à 20 ans m’a dit clai­re­ment que sa copine de l’époque n’avait plus pu rien faire de sa vie une fois, mère céli­ba­taire. Evi­dem­ment je ne vou­lais pas arrê­ter mes études ; mais c’est sur­tout l’idée de l’élever seule qui m’a fait déci­der d’avorter. Comme c’était la 2e fois : au plan­ning fami­lial ils m’ont conseillé l’anesthésie locale. J’ai fait ça à la mater­nité des Lilas un samedi matin. On m’a dit que j’avais le méde­cin aux beaux yeux. Je n’ai pas souf­fert (pas pire que des règles dou­lou­reuses). Je sen­tais seule­ment l’effet de l’anesthésiant qui me remon­tait du bas vers le crane. Je me sen­tais comme « chou­tée ». Mon ex m’attendait à la sor­tie. Je me suis sen­tie une fois de plus libé­rée j’étais encore jeune et lui pas du tout prêt.
    La 3e fois c’était avec le même gar­çon (et je suis tou­jours avec lui!). J’avais démé­nagé quand je suis tom­bée enceinte, il m’a dit qu’il m’aimait. Mais il habi­tait dans un loge­ment beau­coup trop pré­caire, sans bou­lot, j’étais encore étu­diante et même si on avait envie, on n’était pas prêt à accueillir cet enfant. L’anesthésie était locale, mais moins forte que la pré­cé­dente. J’ai senti plus le « tiraille­ment » à l’intérieur ; depuis le début, je trem­blais je ne sais pas pour­quoi mais l’infirmière était super et connais­sait des tech­niques de relaxa­tion qui m’ont bien déten­due. Ce n’était tou­jours pas le bon moment!!! J’avais encore tel­le­ment de choses à apprendre.

    Aujourd’hui je me rap­proche de la fin de mes études, mon copain a du bou­lot et on a vrai­ment envie d’avoir 1/des enfants ensemble. Alors je pense que ce sera vrai­ment une meilleure situa­tion pour lui et pour nous d’avoir attendu le bon moment.

  68. Moi aussi dit :

    Moi aussi j’ai avorté dans les années 2000. J’avais 20 ans, j’étudiais à Londres, mon com­pa­gnon de l’époque habi­tait Paris. Une his­toire qui n’aurait pro­ba­ble­ment pas duré cinq longues années non­obs­tant la dis­tance. Avec le recul, ce par­te­na­riat affec­tif m’a per­mis de mettre un terme à la rela­tion d’emprise qu’exerceaient sur moi mes parents depuis toujours.

    En novembre, week-end pro­longé à Lis­bonne. Je n’avais pas emporté de pilule. Je savais qu’il y avait un risque, mais j’étais quelque peu ambi­va­lente vis à vis de la mater­nité, mon com­pa­gnon ayant un assez lourd passé rela­tion­nel qui se pro­lon­geait encore à ce moment-là dans une situa­tion com­pli­quée et peu claire.

    A Noël, nous étions chez des amis à Lis­bonne. Je m’endormais tout le temps et mes règles tar­daient à venir. Un dimanche, je décide de faire le test. Mon ami n’y croit pas et se plaint de devoir cou­rir les phar­ma­cies de garde. Test posi­tif. Nous ne dis­cu­tons même pas de l’alternative, la déci­sion est claire des deux côtés: ce n’est pas le moment. Je regrette un peu son absence de pré­oc­cu­pa­tion pour mon res­senti mais après tout… Nous vou­lions la même chose, pour des rai­sons dif­fé­rentes mais l’essentiel était dit.

    De retour chez lui à Paris, consul­ta­tion à l’Assistance Publique. Gynéco qui devient expé­di­tif et froid dès que je lui expose la rai­son de ma visite. L’échéance légale étant proche, le délai de réflexion est rac­courci, l’entretien psy esca­moté. Je suis un peu sur­prise, mais cela m’arrange et je suis sûre de ma déci­sion. Mal­gré tout, je joue encore un peu avec l’idée d’être enceinte, j’aime à pen­ser que lorsque l’on fait l’amour, il y a un bébé de nous en moi.
    Puis je com­mence à me sen­tir très enceinte. Nau­sées, vomis­se­ments, pho­bies olfac­tives. Mini­mi­sa­tions aga­cées de mon copain vis à vis de ces désa­gré­ments: « tu n’as RIEN là-dedans. C’est micro­sco­pique. » Ok, n’empêche que moi je me sens enceinte.
    Au télé­phone, le gynéco à qui je demande quoi faire pour cal­mer mes nau­sées m’envoie sur les roses. « Inutile de faire quoi que ce soit, de toute façon dans quelques jours vous avor­tez. » Donc je n’ai plus qu’à mor­fler. Expier, quoi.

    Le jour du cure­tage, je me retrouve en salle d’attente avec deux femmes can­di­dates à l’IVG, rasant les murs comme moi, un couple effon­dré venant pour une ITG, et quelques femmes eupho­riques qui attendent pour une pro­créa­tion assis­tée. Beau mélange.
    Les infir­mières sont aux petits soins, toute empa­thie, pour l’ITG. Les IVG sont clai­re­ment, quoique non ver­ba­le­ment, dési­gnées comme mau­vais objets.
    J’attends toute la mati­née sur un bran­card. Seule. On ne laisse pas mon ami res­ter. Il n’insiste vrai­ment pas d’ailleurs. J’ai froid. On ne me répond pas quand je demande pour­quoi je dois prendre cet anxio­ly­tique.
    C’est l’heure du bloc.
    Puis salle de réveil. Je mets du temps à émer­ger. Je ne sais plus où je suis donc je demande en anglais. Sans suc­cès. J’essaie en espa­gnol. Pas mieux. A oui c’est vrai je suis à Paris, là. J’ai une grosse ser­viette entre les jambes. Ca tire une peu dans mon ventre. Plus tard mon ami appelle. On refuse de me pas­ser la com­mu­ni­ca­tion mal­gré mon insis­tance. On lui dit de venir plus tard alors que j’insiste pour qu’il vienne main­te­nant.
    Une heure plus tard, il arrive. on me laisse repar­tir avec lui, en métro.
    Arri­vée chez lui, je suis sou­la­gée. Il me pré­pare mon plat pré­féré. C’est comme une fête mais sans entrain.
    Le len­de­main, il part tra­vailler. Je reste seule, mon Euros­tar pour Londres n’étant prévu que pour le jour sui­vant. Gros coup de blues hor­mo­nal. J’appelle ma mère, en larmes. Je la mets au cou­rant, de la gros­sesse et de l’avortement. Je ne reçois pas le sou­tien escompté. « Quand on fait des enfants, on assume. » Mon ami est bien stig­ma­tisé au pas­sage. Merci, juste ce dont j’avais besoin.
    Je finis par ren­trer à Londres, et ma vie reprend son cours.

    Je n’ai jamais regretté ma déci­sion. J’ai mal­gré tout gardé la peur de ne plus pou­voir être enceinte. A cause des risques d’adhérences, de syné­chies liés au cure­tage, même si la pro­ba­blité est très faible. Mais sur­tout comme une puni­tion que je méri­te­rais parce que j’ai avorté, sur fond de culpa­bi­lité judéo-chrétienne bien ancrée. Et donc long­temps j’ai pris plus ou moins consciem­ment des risques avec la pilule que j’avalais au lance-pierre. Comme si j’avais envie de tes­ter si je pou­vais encore être enceinte, tout en ne vou­lant abso­lu­ment pas que cela arrive encore, car je pren­drais alors la même décision.

    Aujourd’hui, je ne regrette rien. J’ai 35 ans. Je suis heu­reuse, j’ai pu mener à bien de très longues études que cette gros­sesse ne m’auraient pas per­mise. J’ai beau­coup baroudé, beau­coup grandi. J’ai ren­con­tré il y a deux ans l’homme avec qui je veux avoir des enfants. C’est notre désir à tous les deux, et nous essayons depuis six mois d’avoir un bébé. Ce pro­jet de famille a fait remonté à la sur­face l’épisode de mon avor­te­ment. Quelques angoisses, encore. Mais tou­jours la même cer­ti­tude. Plus que jamais.

  69. Ava dit :

    J’ai 24 ans , il y a un mois encore , je vivais dans un pays de l’est euro­péen .
    Je suis ren­trée en France et j’ai avorté deux semaines après mon retour .
    En couple depuis 5 mois , nous avions déjà évo­qué la ques­tion de l’enfant , et à vrai dire je ne pen­sais pas avor­ter .
    Seule , j’ai vu les deux barres appa­raître rapi­de­ment et si net­te­ment .
    Je n’étais pas tel­le­ment sur­prise , je n’ai pas pleu­rer , j’ai pris les choses comme elles venaient .
    J’ai pré­venu mon ami resté en France , il n’a pas dit grand chose .
    J’ai quitté le pays pré­ci­pi­tam­ment pour rejoindre mon ami chez lui dans sa famille que je ne connais­sais pas encore .
    Les semaines pré­cé­dant l’avortement furent dou­lou­reuses , mon ami m’avoua enfin qu’il n’en vou­lait pas , je me suis sen­tie tra­hie évi­dem­ment , naïve aussi .
    J’ai com­pris sa déci­sion , même si les argu­ments qu’il me répé­tait en boucle me parais­sait cli­ché …
    Alors j’ai avorté , parce qu’il me sem­blait pas nor­mal d’imposer un enfant .
    Une fois l’idée inté­grée , je me suis com­plè­te­ment déta­chée de cette gros­sesse , mais les maux , eux , res­tent , les vomis­se­ments , les odeurs ampli­fiées , mon ventre et mes seins gon­flés , faire  » bonne figure  » face à sa famille .
    Je n’ai pas voulu leur dire .
    Rendez-vous dans le centre d’Orthogénie avec une sage femme très pro­fes­sion­nelle , elle me récite bra­ve­ment ce qu’il va m’a arri­ver , en aucun cas elle n’évoquera la ques­tion psy­cho­lo­gique . Je trouve cet entre­tien froid .
    Puis ren­contre avec le gynéco , un salaud miso­gyne , qui m’infantilisera …
    Prise du pre­mier médi­ca­ment , qui tor­dra mon esto­mac de nau­sées .
    Le deuxième prise est sur­veillée à l’hôpital , j’ai des contrac­tions hor­ribles , mon corps tremble , je trans­pire , je saigne comme jamais .
    J’expulse l’embryon un quart d’heure après .
    Je sors en fin d’après-midi , vidée , les­si­vée .
    Voilà c’est fait .
    Je vais bien , ce n’est pas un drame , la vie conti­nue , mais sans être un drame , ce geste n’est pas anodin .

  70. Nel' dit :

    A 17ans, nous déci­dons de pour­suivre ma gros­sesse, c’était en 1998, mon fils est magni­fique, intel­li­gent et très tendre .…. 2002, second bébé, 2005, le p’tit der­nier. A 25 ans me voilà marièe avec l’homme que j’aime et mère de 3 superbes lou­lous que j’aime profondément.

    En 2008, 4e gros­sesse et là c’est non, j’ai repris mes études, nous vou­lons gran­dir dans notre mariage … Non, nous ne vou­lons plus d’enfants. Mon gyné est mer­veilleux, je l’appelle, je suis enceinte de 15 jours, je ne veux pas .…. Venez, écho, un cachet, reve­nez samedi (le 13 juillet) second cachet, j’ai avorté dans les bras de mon homme, chez moi .… Tenu ce petit oeuf dans ma main qq secondes et lui ai demandé de trou­ver sa place ailleurs, dans l’univers, puis je l’ai lâché .……

    Mai 2011, acci­dent de pre­ser­va­tif, la pillule ne me va pas, je prends quand même la pillule du len­de­main et enceinte à nou­veau, c’est tou­jours NON NON et NON, mon acti­vité pro est sur les rails, notre couple sort d’une crise et nous vou­lons du temps pour nous pas pou­run bébé .….. Mon mer­veilleux gyneco n’exerce plus .….. Me voilà à l’hopital, acceuillie cha­leu­reu­se­ment par de beaux êtres humains MAIS com­ment ça je ne peux pas avor­ter chez moi ???!!! La loi ??!!! Quelle loi ??!!!! Je me sou­mets, délais légaux etc .… Second avor­te­ment (médi­ca­men­teux) à l’hôpital.… Com­ment ça mon mari ne peut pas venir dans ma chambre ??!!! Mais moi je veux et .…. Mon homme finira par avoir gain de cause à force de ne pas vou­loir quit­ter la chaise de la salle d’attente, à force de refu­ser à boire et à man­ger à force de répondre au « ça va Mon­sieur ? » Non, je veux être avec ma femme.….. L’expulsion sera rapide, la dou­leur into­lé­rable (on me donne des antal­giques, les infir­mières sont douces) Nous ren­trons chez nous, usés, fati­gués .…..
    Juin, Aïe je souffre, je souffre vrai­ment, je perds du sang, beau­coup de sang .… Réten­tion uté­rine.… On tente d’expulser, il fau­dra un cur­re­tage .… Je veux une liga­ture !!!! Je ne veux plus être enceinte, je ne veux plus avor­ter !!!!!!!!! Vous n’avez que 31 ans ! Oui mais je ne veux plus, ok votre mari doit don­ner son accord !!! Hein ?? Quoi ??? Pour moi, mon corps ???!!! Nous sommes d’accord, unis mais tout de même MERDE j’ai 31 ans !!!
    Un gyné mer­veilleux fait aussi sur­face, il me demande de racon­ter et il m’écoute (assez rare pour être sou­li­gné) .… Des dou­leurs ? Des sai­gne­ments ? De la fatigue ? On va faire une IRM .…… La liga­ture ne se fera pas, on m’a enlevé l’uterus il y a quelques jours, il était malade et depuis long­temps. Heu­reu­se­ment que je n’avais pas voulu des gros­sesses pré­ce­dentes, les com­pli­ca­tions auraient été terribles.

    J’ai avorté, DEUX FOIS, je vais bien, MERCI.

  71. Omé dit :

    J’avais 14 ans, et un petit ami de 18 ans. A cette age là, on est pris dans le mou­ve­ment ( de la conne­rie ? ). C’était la pre­mière fois que je fai­sais l’amour et je n’ai pas osé dire à mon copain que je n’y com­pren­nais rien aux contra­cep­tions … Ce qui devait arri­ver arriva, me voila quelques semaine plus tard face à ma mère et à mon père ( qui depuis ce jour là me consi­dère comme un trai­née.) Cli­nique, IVG médi­ca­men­teuse, et puis la petite voix de la sage femme :  » Le foe­tus je le met à la pou­belle ou vous sou­hai­tez le voir ?  » .
    Je me suis caché pen­dant presque 3 ans vis à vis de cette expé­rience, depuis j’assume mais atten­tion décou­vrir sa sexua­lité de cette manière c’est pas tout rose j’vous laisse ima­gi­ner les par­ties de jambes en l’air écour­tées ect …
    Merci pour ce blog ! ENFIN !

  72. virz dit :

    Bon­jour

    J’ai aujourd’hui 32 ans, suis maman d’une ado­rable puce de 5 mois 23 jours très dési­rée, très atten­due et très aimée, et ai avorté 2 fois dans le début de ma ving­taine.
    Je pour­rais recher­cher les dates mais n’est pas envie parce que cela doit res­ter un évè­ne­ment banal dont je peux sans oublier les dates sans m’en vou­loir et non un évè­ne­ment trau­ma­ti­sant dont je me sou­vien­drai ma vie durant (comme un acci­dent de voi­ture par exemple…) ou mon accou­che­ment. J’avais 21 et 23 ans envi­ron, étu­diante, migraineuse.

    Dans ma ving­taine j’avais l’impression que mon corps cher­chait à être enceinte parce que jeune et en forme, cela aurait été l’idéal pour une gros­sesse. Migrai­neuse, j’en vomis­sais ma pilule sans le savoir. Bref je suis tom­bée une pre­mière fois enceinte et m’en suis vite ren­due compte. Pas une seconde, je n’ai pensé le gar­der, je n’ai même jamais pensé à cette cel­lule se mul­ti­pliant dans mon corps comme à un être humain poten­tiel, juste un pro­blème à régler, un peu comme une tumeur à enle­ver. Après tout quand on a un can­cer on veut le soi­gner on ne pense jamais « et si je le gar­dais ? » et per­sonne ne vous regarde bizar­re­ment or c’est la même chose : quelque chose qui se déve­loppe dans votre corps sans votre autorisation…

    J’ai eu de la chance, j’étais dans les temps pour une inter­rup­tion médi­ca­men­teuse de gros­sesse. Je suis donc pas­sée à l’hosto pour voir le méde­cin. Je devais avoir l’air convain­cante car je n’ai même pas eu l’entretien préa­lable. « Merci je vais bien, pour l’instant je n’en veux pas, mais plus tard, un bébé, oui, pour­quoi pas ? » C’est tout !
    J’ai eu mes médocs, on m’a expli­qué com­ment les prendre et je suis ren­trée chez moi.
    J’ai donc avorté à domi­cile sans aucune sur­veillance médi­cale et à l’époque je trou­vais ça super, d’être tran­quille au chaud à la mai­son. En y repen­sant, heu­reu­se­ment que tout s’est bien passé ! Je reste per­suadé que ça devrait être aussi simple que ça, un peu comme quand on a attrapé une bonne grippe. On va voir le méde­cin, il vous soigne. Et que les gens « pour l’avortement mais… » se ras­surent. On ne fait pas exprès d’attraper une grippe, on ne fait pas exprès d’avorter et ce n’est pas parce que ma grippe sera bien soi­gnée que je ne met­trais pas un pull la pro­chaine fois pour l’éviter si pos­sible. Ce n’est pas parce que l’avortement sera faci­lité que je ne pren­drai plus ma pilule, mon sté­ri­let, le pré­ser­va­tif ou autre, parce que c’est super sympa de pis­ser du sang, d’avoir mal au bide, d’être nau­séeuse, de se réveiller dans un lit d’hôpital et de man­ger de la nour­ri­ture immonde… alors qu’on pour­rait faire des trucs vache­ment moins sympa comme sor­tir, aller au resto, lire un livre, voir un film et autres mal­heurs de l’existence.

    La deuxième fois n’a pas été aussi simple. J’ai fait un test de gros­sesse qui s’est avéré posi­tif et suis donc allé voir le méde­cin. Prise de sang posi­tive, zou à l’hosto, entre temps j’avais démé­nagé. Mais à l’hosto aux urgences gynéco pour l’échographie, rien n’apparaissait sur l’écran. Bref pen­dant une semaine je me suis fait tri­pa­touillée par des tas de méde­cins avec ou sans la cohorte d’internes en ayant l’impression d’être un tas de viande. « Mais où est donc cette cel­lule ? » Au bout du compte le diag­nos­tic tombe : « vous êtes bien enceinte ! » Merci, ça je le savais déjà et alors, moi, res­tée sur l’impression de la der­nière fois : « c’est bon, alors vous me don­nez les médocs et je pars ? » réponse du tou­bib « ah non, ce n’est pas comme ça que ça marche, main­te­nant vous allez au 4e étage au centre IVG ».
    Je vais donc au 4e étage au centre IVG, en piteux état crai­gnant que cette semaine de tri­pa­touillags ne m’est mise hors délai pour une inter­rup­tion médi­ca­men­teuse et quant à repas­ser dans les mains des méde­cins, il n’en était pas ques­tion, trop d’intimité dévoi­lée pour res­ter polie. Au centre IVG, réponse : « il faut refaire tous les tests, écho etc. parce que ceux que vous avez fait ne comptent pas ! » Hein, com­ment ça ils ne comptent pas, ces tests et ces heures d’attente et de mal être, cette impres­sion d’être un tas de viande dont l’intimité est expo­sée à tous ! De toute façon je ne les ai jamais refait ces tests, parce que le centre était débordé : pas de place pour une IVG médi­ca­men­teuse, pas de place pour une IVG par aspi­ra­tion, allez voir ailleurs.
    Je rentre dans un état de stu­peur totale : tout ça pour rien, que vais-je deve­nir ? Sur Paris et envi­rons, après multes appels, pas de place et sur­tout pas de sym­pa­thie, pas de sou­tien au télé­phone, plu­tôt un « débrouillez-vous ».
    Je suis retour­née voir mon méde­cin, un méde­cin humain ce qui est assez rare. Il a senti mon déses­poir et a fait un truc génial pour moi. Il a fait pas­ser ça pour une gros­sesse arrê­tée « soi­gnée » dans une cli­nique pri­vée par un pote à lui. Heu­reu­se­ment qu’il était là, parce qu’à l’époque j’aurais fait quoi ? Un sui­cide peut-être, j’étais déjà pas bien dans ma peau en géné­ral, alors être jetée d’établissement en éta­blis­se­ment, ce n’étais pas supportable.

    Jamais je n’ai pensé que j’étais irres­pon­sable, plu­tôt que je n’avais pas eu de chance, jamais je n’ai été trau­ma­ti­sée par l’IVG en elle-même, c’est mon corps, j’en fait ce que je veux. Seule­ment gérer le côté médi­cal, c’est pénible. Per­sonne ne vous culpa­bi­lise quand vous ten­tez de vous tuer, on vous prend en charge, on s’occupe de vous et vous avez de la place tout de suite et du per­son­nel aux petits soins mais pour une IVG, c’est le par­cours du com­bat­tant avec des méde­cins qui détestent ce qu’ils font et vous haïssent de devoir le faire.

    Per­sonne ne remet en cause votre désir d’être mère, votre capa­cité à vous occu­per d’un enfant, l’accueil qu’il rece­vra de vous, comme si c’était natu­rel d’être une bonne mère. Mais, moi, à vingt ans, outre que je ne vou­lais pas d’enfant, si j’avais dû en avoir parce que je n’aurais pas réussi à avor­ter, j’aurais été une mère infâme, fai­sant culpa­bi­li­ser ses enfants de lui pour­rir sa vie, peut-être auraient-ils fini par être des enfants sans mère, des cas sociaux à la mater­nelle, des enfants mal­heu­reux d’avoir une mère qui ne les aiment pas. Par contre ce sont des ques­tions que nous nous sommes posées quand le désir d’enfant est venu, avec pour moi cette ques­tion sup­plé­men­taire « Quand est-ce que les hommes pour­ront être enceints que nous, femmes, pro­fi­tions de leur gros­sesse ?« 
      Par contre j’ai trouvé lourd que ce désir d’enfant venu, mon entou­rage me donne l’impression que ça y est, j’allais être une femme accom­plie, une vraie femme, parce que, ça y est, j’allais avoir un enfant. Comme si on n’était pas une femme à part entière quand on n’avait pas d’enfant, comme s’il nous man­quait quelque chose. Je ne me sens pas chan­gée parce que j’ai hurlé de dou­leur en accou­chant, je ne me sens pas dif­fé­rente dans ma tête, mais j’ai l’impression de faire par­tie du club des femmes, et je le regrette énor­mé­ment.
    Je regrette que notre société nous impose un enfant pour nous don­ner l’impression d’être nor­male. On me dit que la gros­sesse m’a épa­nouie, non ce n’est pas la gros­sesse, pénible, dou­lou­reuse et dont je me serai bien passé, ce n’est pas la gros­sesse, c’est le fait d’aimer un enfant, un adulte, un com­bat mili­tant, une pas­sion… qui rend belle.

    Alors je vais bien, merci, si c’était à refaire je le refe­rai. Je suis heu­reuse, sereine et bien dans ma peau d’avoir eu la pos­si­bi­lité d’avorter. Quand je vois des mères acca­blées de sou­cis par des enfants qu’elles n’ont pas dési­rés, ça me rend triste. Et je le racon­te­rai à ma fille plus tard, pour qu’elle sache que si elle est là, c’est que je l’ai vou­lue, pas que je l’ai subie.

  73. LOULOUTE dit :

    J ai avorté en 2003 je crois. Quad on ma dit: vous êtes enceinte, j ai été contente parce que c’est chouette quand même. Puis en 5 minutes ma déci­sion étais prise: j’étais étu­diante, je ne vivais même pas avec le papa enfin, pas pos­sible quoi. Aujourd’hui je ne regrette pas du tout :) ça m a per­mis d’être heu­reuse et d avoir la vie qui me res­semble mais:
    – J ai étais reçu en entre­tien dit psy­cho­lo­gique avec une dizaine d autre filles ou une béné­vole incom­pé­tente a tenté de nous expli­quer qu il fal­lait être bien sur et pas avoir mal au coeur. Elle nous a parlé de bébé mort ( alors qu il s’agit d’embryon et que même les mater­ni­tés n ont pas beau­coup d’égard avec les femmes enceintes jusqu’à 3 mois parce que le nombre de fausse couche semblent élevé) On nous as forcé a dire pour­quoi on vou­lait avor­ter en tour de table. Des filles sont sor­ties de la pièce. Après ça on a dit au futur non papa qu ils avaient bien du cou­rage d ‘être là (genre…)
    – J ai avorté par médi­ca­ment. Pre­mier cachet et pre­mières dou­leurs au super­mar­ché. — je le mérite–
    – Deuxième com­primé à l hôpi­tal sur un lit de camps. Des filles se réveillent de l aspi­ra­tion dans la salle d’à côté. On les entend. Je n ai jamais rien vu de plus glauque. Y avait une autre fille avec moi qui a  » réussi » tout de suite. Moi j ai attendu des heures et rien… –Je l ai cher­ché -.
    Et puis ça s’est passé chez mon mec de l’époque. j ai eu impres­sion d avoir des règles abon­dantes et extrê­me­ment dou­lou­reuses, d’être fié­vreuse. D ailleurs, mes règles n ont jamais ces­sées d’être dou­lou­reuse après ça.
    J ai dormi pen­dant des semaines, Je n ai plus été à la fac. J ai culpa­bi­li­ser. On m’a culpa­bi­lisé. On a joué avec mon désir d’être mère un jour… Je pense qu on joue avec ça dans beau­coup de cas. J ai fait une grosse depres­sion aussi.
    Aujourd’hui, je vais bien merci, mais pas grâce à ceux qui m ont accom­pa­gné dans l avor­te­ment… Ceux là ont besoin de for­ma­tion solide en psy­cho­lo­gie
    Aujourd’hui, j attend une petite fille. J ai eu très peur de la perdre au début. Peur irrai­son­née pour cer­taines et cer­tain mais pour moi, un vrai chal­lenge. Une his­toire entre moi et mon désir d’être maman. D’être une maman libre et une maman qui désire. Tout va bien merci :)

  74. Esther dit :

    P… Je dois tout réécrire, l’ordinateur a planté. Main­te­nant je l’écris sur office, une fois que je com­mence à écrire, je ne m’arrête plus.
    Si c’est trop long à venir, pas­sez à la moi­tié de mon com­men­taire! Ca com­mence par « L’avortement… » For­cé­ment.
    Ma fille dort, mon homme a la grippe.
    J’ai peut-être un peu de temps pour expli­quer ma situa­tion par rap­port à l’avortement.
    Je com­mence par expli­quer tout depuis le début. C’est une suite d’évènements. Un amas de regards appro­ba­teurs ou pas. Je m’en fous.
    Cela fait des années que je me dis qu’il faut que j’en parle. C’est der­rière moi.
    Mon vécu se résume à un mot: l’épuisement.
    Un homme m’a sodo­mi­sée (la soif de sexe de cer­tains hommes dépasse l’entendement); j’avais 9 ans. Depuis, j’ai sou­haité enter­rer cet évé­ne­ment. Mon corps m’a fait sen­tir que ce n’était pas le bon choix. Je som­no­lais sou­vent depuis et un peu moins main­te­nant. A 11 ans, débute une inflam­ma­tion des gan­glions (ça reste, mais ça s’améliore bien, je fais atten­tion) Cela fai­sait quelques années aupa­ra­vant que je sui­vais des cours de danse. Jusqu’à ce que mon 3e pro­fes­seur de danse me dise, devant ma mère, que ‘tu as de la poi­trine main­te­nant… (12 ans) et tu n’es plus aussi dyna­mique. Dom­mage, tu es si gra­cieuse’. Merci. Je n’aimais déjà plus mon corps. Je vou­lais juste au moins encore sen­tir bou­ger mon corps, éprou­ver quelque chose sur une musique tout en la décou­vrant. Rem­pla­cer ma ran­coeur, ma haine par une décou­verte. Par des déc­pu­vertes. ‘Ce n’est plus pos­sible de faire par­tie du groupe’. Fini les spec­tacles. Je com­mence la décla­ma­tion, théâtre, mais je conti­nue à me taire! Mon corps change, je deviens une jeune femme. Je deviens même agui­chante. J’exagère mes traits comme un dégui­se­ment, j’en fais trop exprès. J’avais quand même un cou­teau sur moi, j’avais quand même peur. J’ai tou­jours aimé l’excentrisme. Je me suis cal­mée quand même. Mes parents savent que je veux enta­mer des études d’arts et veulent tout de même me sur­veiller, je vais à Bishoff­sheim où tra­vaille la femme de mon par­rain. Tant mieux, elle est cool. Je me levais tous les matins à 5 heure pour prendre le train de 6h et quelques, puis mara­thon jusqu’à l’école, puis retour assez tard. Prendre le train avec des connards qui me fai­saient du doigté, habillée sexy ou pas, savez-vous! Je pour­rais rajou­ter « Tou­jours fati­guée, assom­mée mais heu­reuse! », mais juste après la phrase pré­cé­dente, ça donne un ton bien coquin. Les études d’arts en secon­daires sont ter­mi­nées, je choi­sis d’entrer à L’arba esa de BXL

    L’avortement fut un bon évé­ne­ment pour moi. J’avais tout juste 20 ans. J’entamais mes études d’arts à Bxl. Avec mon copain d’époque, avec qui je suis res­tée 4 ans… Jusqu’à ce qu’il me tra­hisse: on est en plein ébat amou­reux, juste avant d’entamer l’acte je lui explique que ma pilule ne fait plus effet puisque j’ai eu la gas­tro, Je le pré­viens, je lui dit qu’on peut prendre d’autres alter­na­tives. Lui, il semble agacé puisque ce n’est pas habi­tuel. Il semble pressé, je lutte, je lui dis que c’est grave, qu’il y a un risque de gros­sesse, il me répond que je dra­ma­tise. Mais je savais qu’une fois l’acte entamé, il n’était plus ques­tion que je parle, il veut faire l’amour en silence! Je lui avais demandé de ne pas se lais­ser aller, de me pré­ve­nir, ce qu’il n’avait pas fait. Pas de bus (grève), pas de voi­ture, parents pas dis­po­nibles (ils n’y peuvent rien, puis j’étais majeure!) pour trou­ver une phar­ma­cie. D’habitude, je pré­voyais tou­jours la pilule du len­de­main, « on ne sait jamais! ».
    Il y a des jeunes hommes qui n’écoutent pas leur par­te­naire, je ne sais pas si c’était un viol (encore un), j’ai encore des doutes. Il n’a jamais su que j’ai avorté. Il m’a dit quand on s’est séparé que je ne sais pas qui je suis, que je suis folle de ne pen­ser qu’à mon ave­nir. Que je suis vani­teuse de rêver me faire une place dans l’art (alors que je ne pré­tends pas cela, je veux vivre dans ces décou­vertes au nom de la culture, de la beauté, du dis­cours, des lettres!) Il n’allait d’ailleurs pas tra­vailler à son ate­lier d’architecture, il me sur­veillait de plus en plus dans mon ate­lier, me deman­dait si je me sen­tais bien. Je crois qu’il atten­dait une cer­taine « nou­velle ». Il a même menacé de se sui­ci­der dans le cloître de l’académie quand je lui ai com­mu­ni­qué mon sou­hait: rompre. Je lui ai répondu qu’il y a une corde dans le fond du cou­loir parce que depuis le début du com­men­ce­ment de mon rêve, il me tenait au chan­tage. « Tu n’es qu’une égoïste, comme tu as changé! » De là, j’ai pu com­prendre que j’ai fait le plus beau geste de ma vie: avor­ter. Tout va bien, merci!
    Je ne par­le­rai pas de la version/rayon « bou­che­rie », le sacri­fice (la dou­leur) en vaut la peine. Comme un accou­che­ment!
    Des épui­se­ments, il m’a fal­lut un cer­tain temps avant de cica­tri­ser. L’infirmière a accepté de m’aider après une longue expli­ca­tion. Autant son expli­ca­tion (les pos­sibles consé­quences) que la mienne (pour­quoi je veux avor­ter). J’ai eu des pro­blèmes de santé, par la suite, en 2004, l’année de la défense de mon tra­vail en fin de cycle, devant le jury. J’avais déjà perdu beau­coup de sang en 2000, en 2002, je me remets très mal d’une cys­tite (le manque de fer n’aide pas à gué­rir et en 2004 je man­quais de suite de vita­mines b12 du fait de sup­por­ter trop de stress (for­ma­tion Cer­ti­fi­cat d’aptitude péda­go­gique + don­ner cours à Adolphe Max tout près de mon appar­te­ment à Saint Josse ten Noode). Epui­sée, j’aurais pu me mon­trer au méde­cin pour qu’il me donne un cer­ti­fi­cat. Mon ex, le « sui­vant » (avec qui je suis res­tée jusqu’en 2008, 2000–2008) m’a dit que je me lais­sais aller, que je n’étais pas capable d’assumer tout ça et on était sur le point de se quit­ter. Il était aussi un silen­cieux, mais pas au lit, tant mieux! Je suis quand même venue me « défendre » au jury. J’ai pleuré de fatigue. Deux mois plus tard, il a fallu que je défende mon mémoire de fin d’études: les délires que donne le manque de vita­mines B12 m’ont fait faire un mémoire de dingue. Je débarque à Liège là où habite le père du « sui­vant » qui me dit que main­te­nant que les études sont finies, lui et moi on peut se sépa­rer, on ne devrait pas se sen­tir obli­gés de res­ter ensemble! Je lui réponds que puisqu’il a bien pro­fité de mon appar­te­ment à Saint Josse-ten Noode pour loger son fils le temps de ses études, je peux à mon tour pro­fi­ter d’être héber­gée le temps de trou­ver du tra­vail à Liège (il n’a pas fallu attendre long­temps), en même temps, je m’étais aper­çue qu’il me trom­pait, alors à mon tour je l’ai trompé. Trompé avec des hommes qui ont soif de sexe et qui n’écoutent rien de ce qu’on res­sent. Trompé avec des hommes qui sou­hai­taient que je sois la mère de leurs enfants avant que je ne puisse leur dire ce qu’il en est de mon épui­se­ment. Je ne suis pas que de la viande et je vaux mieux que « 3 trous »! Et grâce à quelques pho­to­graphes, j’ai pu me rendre compte qu’ils ne sont pas tous comme ça. Les expo­si­tions ont sui­vit. Je garde notam­ment de belles pho­to­gra­phies de ces ren­contres liées à une période de « gué­ri­son » Et je ne regrette rien!
    Allez, on met la chan­son d’Edith Piaf?

  75. Mirza dit :

    J’avais moins de vingt ans quand je suis tom­bée enceinte. Je ne pre­nais pas de contra­cep­tion, per­sua­dée de sen­tir ce qu’il se pas­sait dans mon corps et à même de savoir les périodes où j’étais sus­cep­tible de tom­ber enceinte ou non. Ça a mar­ché, jusqu’au jour où ça n’a plus mar­ché ! Avec un peu de recul, je pense que ce n’était pas très res­pon­sable, mais pour moi, la pilule c’était hors de ques­tion : je ne vou­lais pas de chi­mique. Quant au sté­ri­let, beau­coup de méde­cins rechignent voire refusent de le poser à une toute jeune fille (corps soit-disant encore trop fra­gile).
    Quoi qu’il en soit j’étais enceinte. Quand je l’ai appris, bizar­re­ment, ça a été une grande joie. Je savais que je ne vou­lais pas le gar­der, et que j’allais avor­ter. Mais en atten­dant, j’avais de la vie dans le ventre. Avant de faire le test, je l’avais senti. Contrai­re­ment à ce que disent cer­tains femmes, ce n’était pas désa­gréable. Certes quelques nau­sées, mais sur­tout la poi­trine ten­due, le sen­ti­ment d’une puis­sance dans le corps, l’odorat et la sen­si­bi­lité démul­ti­pliés. Alors, en atten­dant l’avortement : j’ai aimé ce qui se pas­sait dans mon corps. Pour autant, c’est sans scru­pule ni regret que j’ai avorté. Pour dire simple : si j’étais émer­veillée de ce qui se tra­mait au fond de mon ventre, émer­veillée d’être une femme, l’avortement s’imposait : je n’étais pas à même d’élever un enfant.
    Je suis donc allée à l’hôpital. En règle géné­ral, per­son­nel ave­nant. Ce qui m’a sur­prise c’est la lour­deur de la pro­cé­dure : obli­ga­tion de voir un psy­cho­logue, comme ils m’ont dit, pour « dédra­ma­ti­ser ». Mais pré­ci­sé­ment, pour moi il n’y avait pas de drame, de la joie seule­ment. La psy­cho­logue me par­lait comme à une malade ou une vic­time quand moi j’avais tout sim­ple­ment envie de chan­ter, et que je me sen­tais inves­tie d’une vita­lité nou­velle. Encore une fois, ne pas vou­loir avoir un enfant et faire le choix de l’avortement n’empêche pas d’être émer­veillée par le phé­no­mène.
    Puis le jour de l’avortement est arrivé. C’était par médi­ca­ment. Je suis res­tée la mati­née là-bas, j’ai pris les deux pilules. Entre les deux prises, comme on m’avait conseillé de mar­cher pour que ça sorte, j’ai mar­ché dans le parc de l’hôpital. Je pré­cise ce détail, parce que je garde un bon sou­ve­nir de cette pro­me­nade. En effet, le cadre était incom­pa­rable : c’est un vieux bâti­ment, en plein centre ville, comme un cloître, pai­sible, frais. En mar­chant je croi­sais d’autres femmes, comme moi, qui mar­chaient pour que ça sorte. C’était plu­tôt drôle, nous avons d’ailleurs échangé des sou­rires com­plices. Je pré­cise ça parce qu’aujourd’hui le ser­vice hos­pi­ta­lier a été trans­féré en péri­phé­rie de la ville et ce vieux bâti­ment va faire l’objet d’une restruc­tu­ra­tion : un pro­jet de gale­rie mar­chande ! Aber­rant : c’était le seul hôpi­tal en ville, ce qui pour une jeune fille sans voi­ture faci­lite quand même l’avortement !
    Bref, après quoi j’ai quitté l’hôpital, vers midi, sans avoir expulsé. Expul­sion en ville ! Les méde­cins m’avaient dit de res­ter chez moi, mais par ce soleil… J’ai senti comme une petite bille déva­ler puis le sang. Pas de dou­leurs. J’étais un peu ailleurs et je n’ai pas eu honte de tout ce sang sur mon pan­ta­lon, ça m’amusait même un peu. Ce que je n’ai pas aimé, par contre, c’est la visite de contrôle quelques temps après. J’avais des exa­mens le jour où la visite était pré­vue, j’ai télé­phoné pour deman­der s’il était pos­sible de ne pas la faire : j’allais très bien ! Ce à quoi on m’a répondu de manière agres­sive que si je ne venais pas on m’enverrait un recom­mandé, qu’il était plus que pro­bable que je sois encore enceinte ! (Et le petit embryon que j’ai récu­péré dans ma culotte, tu veux que je te l’envoie par recom­mandé ?!) Je suis donc allée à cette visite. Après une écho­gra­phie de véri­fi­ca­tion, le méde­cin m’a pres­crit la pilule. Soit-disant que c’était néces­saire pour que le ventre cica­trice, que sans cette pilule, je pou­vais ne jamais m’en remettre et deve­nir sté­rile. Il m’a plu­tôt sem­blé que c’était un pré­texte, une manière de s’assurer que je prenne bien la pilule et que je ne débarque pas à nou­veau — insou­ciante et irré­duc­tible émer­veillée que j’étais, pour un nou­vel avor­te­ment ! C’est vrai que ce n’était pas très res­pon­sable de ma part de ne pas avoir de contra­cep­tion, mais c’est là une ques­tion dif­fi­cile : car on est par­fois mal infor­mées ! Depuis j’ai ren­con­tré un gyné­co­logue plu­tôt pas mal, qui au lieu de refu­ser de me poser un sté­ri­let et de m’inciter à prendre une pilule que je ne vou­lais pas prendre m’a expli­qué que le sté­ri­let est encore sou­vent mal vu, même chez les méde­cins. Mais qu’en réa­lité il n’y a pas de risque à en poser un à une jeune fille, et que les a priori néga­tifs concer­nant ce moyen de contra­cep­tion res­sortent jusque dans le nom qu’on lui donne : comme si le « sté­ri­let » pou­vait vous rendre sté­rile à tout jamais.
    Je vais bien, merci. Je dirais même ça allait plus que bien, même si aujourd’hui je fais un peu plus attention…

  76. 2 fois 1/2! dit :

    16 ans la pre­mière fois. L’année du Bac de fran­çais his­toire. Ma pre­mière rela­tion qui durait plus de 3 mois avec un gar­çon un peu plus âgé. J’ai rendez-vous chez le gynéco pour prendre ma pre­mière pillule. Et une semaine avant je me dis que Mxxxx! ça va tom­ber en plein cycle… Et puis le cycle n’est pas venu. J’ai donc ma pillule en main, et attends avec impa­tience de pou­voir la prendre, le retrait n’est pas la plus fiable des solu­tions, je le sais bien… Et puis je ne mange plus que des ali­ments à base de tomates (!), le reste me fait vomir rien qu’à l’odeur! L’infirmière du Lycée a été extrê­me­ment pro­fes­sion­nelle, com­pré­hen­sive, a tout orga­nisé, et au plan­ning… « Si on peut dire, vous êtes plus qu’enceinte, ça réagit direct! ». Nous sommes en 2000, j’ai besoin de l’autorisation paren­tale. Mes parents réagissent avec une com­pré­hen­sion eux aussi à laquelle je ne m’attendais pas… Merci, vrai­ment, vous avez été par­faits! Maman me serre la main, on m’enlève tout ça, je n’ai rien senti, j’étais éton­née que cela se passe en si peu de temps! Et puis j’ai eu 17 à cette pre­mière ses­sion du BAC, je l’ai eu l’année sui­vante, et j’ai conti­nué mes études sans pro­blème de garde ou autre…

    2004. Je me sépare de mon conjoint après avoir passé 2 ans de tran­qui­lité puisqu’il se pen­sait sté­rile, en tous cas le contraire n’a pas été prouvé. A la suite de cette sépa­ra­tion, j’ai par­fois des rela­tions avec un ami, nous nous pro­té­geons, mais ce soir là nous allons trop vite et… Bing! 2eme fois… Mes parents ont d’autres sou­cis, je ne les implique pas, j’informe seule­ment le « père » qui m’a laissé l’entière liberté de faire ce que vou­lais. La déci­sion était prise, j’ai eu mon DUT l’année pré­cé­dente, ne trou­vant pas d’emploi j’avais choisi de conti­nuer les études. Hors de ques­tion de m’embêter avec un enfant, je me sens trop jeune. J’ai refusé qu’on m’accompagne, cette fois-ci ça a été dou­lou­reux au point que me serais éva­nouie si ça ne c’était arrêté à temps. Mais bon, quelle dou­leur face à ma liberté… Je suis même ren­trée chez moi à pieds, comme quoi c’était pas le bout du monde!!! A noter, c’est vrai ce que disent les infir­mières, là mon corps m’a ras­su­rée, le pro­blème c’était bien mon ex conjoint, moi je suis en par­fait état de pro­créer!
    2008, erreur à nou­veau… Mais fausse couche avant que je n’ai eu le temps de tout orga­ni­ser.
    2012, je ne regrette rien, j’ai une car­rière pro­fes­sion­nelle dont je suis fière, des oppor­tu­ni­tés à l’international, et suis bien heu­reuse de pou­voir en pro­fi­ter sans impo­ser à un (deux!) enfants mon insta­bi­lité géo­gra­phique. Et puis je n’en serais pas là non plus! Bon, j’ai trouvé ce blog en cher­chant une contra­cep­tion sans hor­mones, car vu que le « pro­blème » semble cyclique, je m’y attends un petit peu! Et si je ne prends pas la pilule c’est parce que je l’oublie, j’ai testé l’implant qui à 24 ans m’a enfin apporté l’acné ful­gu­rant que je n’ai pas eu ado (merci!), et repre­nant une rela­tion, j’aimerais que ça ne se solde pas par un 4eme rejet, natu­rel ou non.
    Voilà, mon témoi­gnage de femme de 28 ans heu­reuse d’être libre, épa­nouie, même si je ne peux conce­voir une vie sans avoir d’enfants, et y pen­se­rai dans quelques années.
    Ne vous lais­sez pas non plus avoir par ceux qui disent que deux fois ça rend sté­rile, ça paut, mais cela reste extrê­me­ment rare.
    Bizoo à toutes! (et à tous, qui êtes là concer­nés par le souci de votre chérie!)

  77. Fileuse dit :

    J’ai 24 ans, je suis ins­truite et infor­mée. Un jour, c’est l’accident et me voilà enceinte. Enceinte, enceinte, enceinte, ce mot a tourné dans ma tête pen­dant des jours… En fait, j’aimais bien ça être enceinte, cette ivresse qui me fai­sait rigo­ler tout le temps, cette lour­deur un peu bizarre dans les hanches
    L’éventuel papa a 32 ans, se sent prêt. Moi pas. Mais, on en parle, on en parle encore et je fini par hési­ter. Pre­mière écho­gra­phie (intra­va­gi­nale, what else ?) et j’apprends qu’il y a deux « poches », comme dit l’infirmière. Au moins, c’est réglé. Un, peut être ; deux, c’est non.
    Les évè­ne­ment s’enchaînent. Je fais soixante kilo­mètres pour prendre un pre­mier cachet. Je suis malade et passe ma jour­née ali­tée. Deux jours plus tard, je suis hos­pi­ta­li­sée. Une vrai bou­che­rie, j’ai cru y res­ter : du sang par jets, des trucs non iden­ti­fiés expul­sés dou­lou­reu­se­ment lors de spasmes. J’ai eu très mal. Après, les sai­gne­ments ont duré un peu moins d’un mois, j’ai fait une autre écho­gra­phie, mon ventre était vide et puis voilà.
    J’étais pas for­cé­ment heu­reuse en sor­tant. J’ai fait des cau­che­mars, j’ai pleuré. Mais je n’ai eu aucun remord et fina­le­ment, grâce à de saines lec­tures et à l’amour que je reçois, je peux le dire aujourd’hui : ça va bien, merci.

  78. MS dit :

    J’avais 24–25 ans, un bou­lot très épa­nouis­sant, et un amou­reux très amou­reux, qui l’est d’ailleurs resté. C’était le début de notre his­toire (quelques semaines tout juste), il n’était pas ques­tion pour moi de gar­der cette gros­sesse. Parce que notre his­toire ne fai­sait que com­men­cer, et qu’il n’était pas ques­tion pour moi qu’elle soit défi­ni­tive à cause de ça. Parce qu’il était sans situa­tion pro­fes­sion­nelle, et qu’il n’était pas ques­tion pour moi d’assumer cette gros­sesse puis cet enfant seule. Parce que ma car­rière pre­nait une tour­nure aussi pas­sion­nante que pre­nante, et qu’il n’était pas ques­tion pour moi que cela s’arrête. Je ne lui en ai pas parlé à l’époque. C’était mon choix, mon corps, mon ave­nir, mon pro­blème. Sur ce der­nier point, j’avais sans doute tort.
    L’histoire a duré : aujourd’hui nous sommes mariés. Nous allons bien, merci. Nous avons fondé une famille : notre petite fille est né il y a un peu plus d’un an. Elle va bien merci. Je n’y ai jamais vrai­ment repensé avant de signer l’appel des « filles des 343″ et de consta­ter que le droit que j’ai eu pour­rait être un jour dénié à ma petite puce. Je vais bien, merci.

  79. Lo dit :

    J’ai avorté, et je vais bien.

    Deux fois, sur la décen­nie, avec, entre les deux, la nais­sance d’une petite fille magni­fique, que j’ai désiré gar­der mal­gré les réti­cences pre­mières du père. Nous ne sommes plus ensemble, j’ai assumé seule ce choix, et le choix des IVG, éga­le­ment.
    Non, la femme n’a pas un incons­cient qui la des­tine à la mater­nité, qu’importent les culpa­bi­li­sa­tions mas­sives qui sont faites par les psy (prin­ci­paux acteurs à mon sens) dans la prise en charge d’une IVG.
    Oui, je me sens bien dans mon corps.
    Non, il ne s’agit pas d’un acte médi­cal ano­din.
    La pre­mière fois, j’avais dix-neufs ans. J’étais pau­mée, en rup­ture fami­liale, je m’accrochais à mes études, et j’ai fait un déni de gros­sesse. Au point que le pre­mier géné­ra­liste que j’ai consulté, alors que j’avais des chutes de ten­sions et des nau­sées, m’a fourni des anti-acide pour l’estomac -.-’.
    Le mec du moment, chez qui je (sur)vivais, a été plu­tôt com­pré­hen­sif, et m’a lais­sée, comme je le sou­hai­tais, en tête-à-tête avec moi-même, et l’équipe médi­cale. Une vraie par­tie de plai­sir (mode iro­nique) : dis­cours à la Dolto revi­si­tés par la pseudo liberté fémi­nine du moment, et, avant l’opération, le choix d’une contra­cep­tion durable, genre sté­ri­let ou implant à pla­cer avant la sor­tie de l’annexe vieillotte de la mater­nité où les IVG sont pra­ti­quées.
    Matin, sept heures, une dou­zaine de femmes patientent seules à la récep­tion. Il manque des chaises. Une infir­mière récu­père le groupe, fai­sant l’appel par le nom de famille. Pour celles qui auraient voulu gar­der un mini­mum de dis­cré­tion, c’est loupé.
    Vague impres­sion de froi­deur, sommes-nous encore trai­tées en femmes, en indi­vi­dus, tan­dis que nous sui­vons, en file indienne, l’infirmière, que nous enfi­lons, sans trop d’intimité, les blouses ?

    Il ne s’agissait pas d’un « peut-être futur » enfant. J’ai vécu, plus tard, la fausse-couche d’un enfant que je pro­je­tais comme tel, et non, à dix-neuf ans, je n’ai pas avorté d’un enfant. J’ai eu, plus tard, un enfant. Il n’a jamais été ques­tion pour moi d’ôter la vie en avor­tant, puisque don­ner la vie reste, pour ma part, l’acte lié à la nais­sance. Et oui, l’enfantement est un acte magni­fique.
    Trop de dis­cours culpa­bi­li­sants, ou alors une empa­thie dépla­cée, il fal­lait peut-être que je pleure sur un amas de cel­lule que je n’investissais pas de plus de per­son­na­lité que mes amyg­dales (encore que mes amyg­dales avaient une fonc­tion phy­sio­lo­gique déterminée) ?

    Bref, j’ai gardé le silence sur mon res­senti –mon absence de res­senti par la même occa­sion– et mon entou­rage n’a pas été trop enva­his­sant.
    La suite de l’opération n’a pas été cor­rec­te­ment sui­vie. Je n’avais pas le cou­rage, à l’époque, de me retrou­ver encore face au per­son­nel, ses ques­tions, sa morale.
    Il ne devrait pas être ques­tion de morale sociale, mais pri­vée. La femme devrait pou­voir déci­der seule, sans autre regard que le sien… utopie.

    Au vue de l’absence de consi­dé­ra­tion que j’ai res­senti pour mon corps et ma volonté, j’ai rechi­gné à consul­ter après l’IVG. J’urinais lit­té­ra­le­ment du sang, des masses de caillots, et la dou­leur m’a fait perdre connais­sance quelques secondes.
    Plus tard, remise, j’ai (encore) été trai­tée d’inconsciente par un gynéco.
    Le geste que j’avais décidé n’a pas laissé de séquelle sur mon moral. L’attitude du corps médi­cal, alliée à ma sou­daine défiance à son égard, aurait pu me coû­ter ma fertilité.

    Quelques années plus tard, j’ai enfanté. Ensuite, j’ai essayé plu­sieurs méthodes de contra­cep­tion. J’allaitais. J’ai mal sup­porté l’implant après ma pre­mière IVG. La petite pilule a eu sur moi tous les effets secon­daires, sans empê­cher une nou­velle fécon­da­tion. À nou­veau, je suis pas­sée devant la psy­cho­logue. Dis­cours simi­laire, avec un appuis par­ti­cu­lier sur ma « nou­velle » sen­si­bi­lité mater­nelle, que j’ai su, cette fois, lais­ser de côté.
    Il fait bon de prendre en assu­rance.
    J’ai regardé l’échographie. Un embryon de 11 semaines, qui aurait pu être, un jour, dans une autre vie, un gar­çon. Je ne vis pas dans un condi­tion­nel. Je vis aujourd’hui.
    Et à l’époque, cet aujourd’hui ne me per­met­tait pas d’envisager cet embryon au-delà d’une écho­gra­phie.
    Point.

    J’ai 29 ans. Je vis avec un homme mer­veilleux, qui se sent éga­le­ment res­pon­sable de NOTRE contra­cep­tion, et qui sait la place impor­tante qu’il occupe auprès de ma fille.
    Un jour, nous serons quatre, ou plus, si les moyens et les condi­tions le permettent.

    Voilà. Je vais bien. Je me pose tou­jours beau­coup de ques­tions quand à l’innocuité de cer­taines méthodes de contra­cep­tion, AVC, recul médi­cal sur la prise quo­ti­dienne d’hormones pour la pilule ? Rejets et infec­tions liées au sté­ri­let ? Oui, la contra­cep­tion existe. Mais les risques sont, à mon sens, insuf­fi­sam­ment connus des uti­li­sa­trices.
    Le méde­cin, encore, me semble bien en peine de conseiller ses patientes de façon neutre et professionnelle…

  80. Manon dit :

    j’avais 19ans, et j’étais amou­reuse, un soir la capote pète, pas de sou­cis, je prends la pilule du len­de­main. On se sépare, je pleure, je m’en mets plein la tête et le temps file sans que je m’en rende compte : résul­tat, enceinte de 5semaines, quelques jours après cette nou­velle qui me laisse sur le cul je fais une FC.
    Quelques mois plus tard, sans pré­ser­va­tif cette fois ci, on s’en donne a coeur joie. Je prends la pilule du len­de­main. Cette fois ci je n’avais pas fais le test que je le savais déjà, je suis enceinte. Je laisse trai­ner, mais je ne veux pas de cette gros­sesse et je suis per­sua­dée qu’elle par­tira toute seule. Mais non …
    Je vais dans un hôpi­tal public au plan­ning fami­lial et j’obtiens un rdv pour une IVG chi­rur­gi­cale, et sur­tout sous anes­thé­sie géné­rale. J’entre le jeudi soir, le per­son­nel est sympa, pré­ve­nant. J’ai le droit a des cachets pour me détendre dés le soir, et dois pas­ser au bloc a la 1ere heure le len­de­main.
    Mis a part l’attente dans ce cou­loir mor­bide, défon­cée à moi­tié a entendre le per­son­nel soi­gnant jacassé sur les uns et les autres, je n’ai aucun sou­ve­nir, je me réveille en pleu­rant, mais je me reprends assez vite. C’est ce que je vou­lais : pou­voir boire un verre et fumer sans avoir envie de vomir,arrêter de dor­mir debout alors que je com­mence mon nou­veau job, reprendre ma vie en main de A a Z. Faire le deuil de cette FC, en déci­dant, MOI de ce que je vou­lais faire de mon corps.
    Je sors de là sans regret, c’était il y a 4 ans, je ne me sou­viens même plus de la date, je m’en fiche, j’ai eu quelques com­pli­ca­tions ensuite, pas cool certes mais rien ne m’a fait regretté cette déci­sion. Un enfant, quand je veux, si je veux !

    Mais… dans la chambre avec moi ( oui on n’était pas seules) une nana venait faire son 2me IVG de l’année, par médi­ca­ment. Le per­son­nel médi­cal était au petit soin pour moi, mais pour elle… j’ai même entendu en réponse a une de ces ques­tions  » mais vous savez com­ment ça marche, vous com­men­cez à avoir l’habitude ».…

  81. Camille dit :

    C’était mon pre­mier copain, j’avais à peine 18 ans et étais encore inno­cente.
    Un soir, un acci­dent de pré­ser­va­tif et je sais tout de suite d’instinct que quelque chose ne va pas. Je n’attend que quelques heures avant de prendre cette pillule du len­de­main sois disant mira­cu­leuse, puis j’attend, j’attend, des règles qui n’arrivent pas.

    Je vais donc ache­ter un pre­mier test de gros­sesse mais ne sachant pas qu’il vaut mieux attendre le matin, le résul­tat n’est pas franc et mas­sif j’en fais donc un 2ème, le résul­tat est sans appel, je suis enceinte. 1ère réac­tion : Au secours! 2ème réac­tion : quelles sont les solu­tions qui s’offrent à moi. J’ai eu la chance à l’époque d’avoir un copain atten­tif qui est venu avec moi au plan­ning fami­lial d’un hopi­tal « mères/enfants » où j’ai très bien été accueilli.

    J’avais 18 ans et n’étais donc pas obli­gée d’en par­ler à mes parents mais j’avais l’impression de les tra­hir si je leur cachais une chose pareil. J’ai donc pris mon cou­rage à 2 mains pour réus­sir à le leur dire et je m’attendais à pas mal de réac­tion mais pas à celle là, ma mère s’est mise à pleu­rer en m’annonçant qu’elle avait vécu la même chose à mon âge. Sa mère ne lui avait pas laissé le choix, elle vou­lait donc que je sache que quelle que soit ma déci­sion elle me sou­tien­drait nous avons donc tra­versé cette épreuve ensemble.

    Si je témoigne aujourd’hui c’est pour dire que oui j’ai avorté et aujourd’hui je vais bien merci!… mais que ça n’a pas été le cas sur le moment, pas parce que je regret­tais mon acte, pas parce que j’ai été trau­ma­ti­sée mais parce que le regard des autres vous fait culpa­bi­li­ser. Le regard de la phar­ma­cienne à qui j’ai dû deman­der, génée, cette fameuse pillule du len­de­main, le regard des 2 autres phar­ma­ciennes à qui j’ai acheté ces tests de gro­sesse, le regard des gens qui ont été au cou­rant de ma situa­tion (mal­gré moi). C’est ce « tabou » autour de l’IVG qui nous fait mal vivre cette situa­tion, il est impen­sable pour moi aujourd’hui d’en par­ler à quelqu’un dont je ne suis pas réel­le­ment proche, ma mère n’en a presque jamais parlé car « ça ne se fai­sait pas », même aujourd’hui je suis ame­née à tra­vailler dans des pays où l’avortement n’est pas auto­risé et ne pas pou­voir évo­quer mes anté­cé­dents médi­caux à un méde­cin local sans se faire juger ou même banir de l’hôpital en ques­tion reste très compliqué.

    Merci donc à vous c’est grâce à ce genre de site que les men­ta­li­tés évo­lue­ront petit à petit, du moins je l’espère.

  82. Madame dit :

    Bon­jour !

    Ca devait etre en 2006 il me semble, j’avais 17 ans et j’ai fait un avor­te­ment « sous X » (je sais pas le nom exact) car je vou­lais pas que ma mère parte dans les grands sen­ti­ments si elle l’apprenait. Je la voyais déjà: « oh ma pauvre ca doit etre dif­fi­cile, etc… » et je ne vou­lait pas devoir l’envoyer chier mécham­ment, car oui pour elle ca aurait sur­ement été difficile.

    Avec mon copain de l’époque on en avais parlé avant et c’était clair: si jamais ca arri­vait on s’en débar­ras­sait. J’ai d’autant moins com­pris sa réac­tion quand on l’a appris, genre: « Mais tu es vrai­ment sur que tu veux faire ca? » Il avait 10 ans de plus que moi, il se sen­tait pret à etre père et il a insisté pour qu’on le garde. L’horreur.
    Après il faut lui rendre jus­tice il a fait toutes les démarches pour moi et j’avoue que sans lui je sait pas si j’aurais eue la force. Je fai­sais 45 kgs à l’époque, j’étais toxi­co­mane et le fœtus me pre­nait le peu de force que j’avais. Je l’ai gardé 3 mois et je suis per­sua­dée qu’avec quelques mois de plus il m’aurait tuée.

    Je ne sais pas si je dois en par­ler (illé­ga­lité oblige), si non cen­su­rez moi :) mais j’avais dépassé la date légale quand j’ai avorté. L’équipe du plan­ning fami­liale a fal­si­fiée la date et c’est passé à l’hopital. Toute les équipes médi­cales aux­quelles j’ai eu affaires ont été com­pré­hen­sives, douces et tou­jours très humaines. Je ne sais pas si c’est parce que je vis dans une grande ville mais je n’ai a aucun moment res­sen­tie le moindre juge­ment à l’égard de l’acte pra­ti­qué, si juge­ment il y a eu ce fut uni­que­ment sur mon mode de vie de l’époque, fort peu adap­tée à une lycéenne il faut dire. L’ équipe du plan­ning fami­liale m’a par­ti­cu­liè­re­ment sou­te­nue et je pre­nais tou­jours plai­sir a pas­ser au centre grat­ter des capotes, après l’IVG, jusqu’à la fer­me­ture de celui-ci, pour cause de res­tric­tions bud­ge­taires me semble-t-il. C’est vrai­ment dom­mage car selon moi c’était un lieu essen­tiel pour aider les jeunes filles qui, comme moi a l’époque, n’ont sou­vent aucune idée de com­ment il faut si prendre. Nor­mal en même temps, per­sonne n’en parle jamais si ce n’est pour évo­quer le trau­ma­tisme subit. Pour­quoi n’est-ce pas inté­gré dans les cours d’éducation sexuelle dis­pen­sés au collège?

    Je suis très cho­quée par cer­tains témoi­gnages que j’ai lus et par l’accueil que cer­taines filles recoivent par les méde­cins, psy­cho­logues et autres. Je ne com­prend pas com­ment un méde­cin peut se com­por­ter de la sorte, à croire que cer­tains sont dému­nis de toute forme d’empathie. Il faut du cou­rage pour conti­nuer à se battre quand on est trai­tée de la sorte. Je vous tire mon cha­peau les filles !

    Bref, pour moi tout s’est très bien passé, si ce n’est dans la phar­ma­cie ou j’ai acheté le test et ou les phar­ma­ciens ont tenus à m’adresser leurs féli­ci­ta­tions. « J’ai 17 ans connard tu crois vrai­ment que je vais fêter ca ? » Non ce n’est pas ce que j’ai dit, juste pensé, poli­tesse oblige.
    Après tests psy­chos, entre­tiens et tout le bla­bla j’ai passé une jour­née à l’hopital pour l’opération, genre 3h avant et le temps qu’il m’a fallu pour etre bien après. On m’a amené à la salle d’opération, j’ai compté jusqu’à 2, me suis endormi, ai ouvert les yeux en salle de réveil et c’était finit ! Je n’ai res­sen­tit aucune dou­leur, je sup­pose que les méde­cins ont géré coté médoc. Seule point néga­tif, je n’ai pas pu avoir de rela­tions sexuelles pen­dant 3 semaines, sous les conseils du méde­cin. C’est tout. Le jour de la contre visite j’ai aussi vomi et j’étais dans un sale état mais c’était aussi peut etre à cause du sevrage.
    Oui j’ai arrêté la came quelques jours après mon opé­ra­tion, j’ai repris ma vie en main et je suis main­te­nant licen­ciée et sur le point de pas­ser en mas­ter. Cet acte m’a per­mis de me rendre compte que je pou­vais avoir le controle sur ma vie, et faire les choses bien si je le vou­lait. Ca a été le début de la fin de mon auto­des­truc­tion. Je pense que le fait d’avoir été traité en etre humain pour une fois m’a aussi beau­coup apporté. Quand tu es ado, tox, ano­rexique et drea­deuse par des­sus le mar­ché tout le monde te traite comme un ani­mal, ce que les méde­cins n’ont pas fait. Donc encore une fois merci à eux et au plan­ning pour leur atti­tude nor­male et humaine.

    Je pense etre la preuve que l’avortement peut etre un acte posi­tif et libé­ra­teur, et que le monde de l’avortement n’est pas rem­pli que de salauds sans cœurs. Quand aux autres, au bucher !!!

  83. Sophie dit :

    Non, je n’ai jamais eu aucun regret ni aucune souf­france par­ti­cu­lière. Sauf phy­sique. Mais il faut croire que les femmes nous le méri­tons vu le silence du corps médi­cal et son indif­fé­rence (règles dou­lou­reuses, retour aux gros­sesse dif­fi­ciles avec l’encensement du natu­rel… donc sans péri­du­rale).
    J’avais 19 ans. Pre­mière année de droit. Un moment dif­fi­cile, sur­tout en plein redou­ble­ment et après la rup­ture avec mon mec. J’ai eu des aven­tures, avec lui et avec un autre ami. Le plai­sir phy­sique me redon­nait un peu le moral.
    Et puis je me sens fati­guée. Je dors toute la jour­née. Est ce que je suis malade? En plus je n’ai plus mes règles…
    Et la tout s’enchaine. Il faut aller vite, sur­tout quand en pleine déprime on n’a pas trop d’idées du temps. Direc­tion le plan­ning fami­lial. Des petites dames ado­rables me four­nissent des tas d’ordonnances et une liste de centre d’écho, et de prise de sang. Je courre alors. Je courre. Les salles d’attentes. Les résul­tats pour dans trois jours. Je courre. La salle d’attente. L’écho…un type aussi impas­sible qu’une huitre m’enfonce un gode en plas­tique après m’avoir demandé de me foutre a poil. Au moins mon mec aurait dit s’il te plait. a poil. Mais bon…
    Il me demande si je veux le gar­der. Heu…j’ai même pas 20 ans gars?! Enfin je réponds la vérité, non pas top pour une étu­diante, et lui tout gen­til, « ça ira, votre gros­sesse est nor­male ». Sou­la­ge­ment… « ça pour­rait être extra uté­rin » il rajoute. « Ah cool, alors ». Pas de reproches. Bien.
    Puis arrive le jour dit. Je prends ma pilule avec mes copines avor­teuses au plan­ning. Sympa les ses­sions de groupe « bon­jour je suis Mar­tine » « bon­jour Mar­tine » elles répondent en chœur. « Je suis la pour avor­ter.  » « bon­jour Mar­tine »…
    Bon. En tout cas retour mai­son, adieu Mar­tine. Je mets le suppo de lama­line (mor­phi­nique anti dou­leur). Maman a été informé, ex chou­chou aussi. Et ils sont là tout les deux a me regar­der comme si j’allais cre­ver. Ten­sion pal­pable et thé à la menthe. Quand fina­le­ment ça arrive je souffre le mar­tyr. Mais une fois tiré la chasse et après une bonne sieste, je vais à la phar­ma­cie. Pour mon ordon­nance de pilule.
    Fina­le­ment, je m’en fichais roya­le­ment. Même si le sen­ti­ment d’être anor­male m’a long­temps pour­suivi, jusqu’à ce que je ren­contre vos témoi­gnages. J’étais contente de ne pas avoir gardé ce foe­tus. j’avais conscience de ne rien pou­voir appor­ter à un enfant. Pas de res­sources, pas d’indépendance, pas d’étude… Aujourd’hui je suis en mas­ter, et je peux enfin dire à mes copines de pre­mière année, pour­quoi on se par­lait plus. Ben oui. J’ai avorté, ce se voit pas, non? Mais j’avais inté­rio­risé une forme de honte. Après tout, le mec ne por­tait pas de capote, mais quels reproches pour lui? aucun, après tout c’est moi qui ait avorté, c’est mon corps qui a été « souillé ». Lais­sez moi rire. Aujourd’hui, j’en parle, et je peux vous dire qu’il vaut mieux pas qu’on me culpa­bi­lise ou que je croise la route d’un anti ivg… à part s’il ne tient plus à ses dents…
    Fran­che­ment, je ne sais pas si j’aurai un enfant un jour. Ils sont ado­rables…
    Mais j’adore mon indé­pen­dance! (ho oui, je suis une ter­rible fémi­niste assi­due de cau­sette aussi)

  84. coffee girl dit :

    J’ai avorté en 2007 j’avais 21 ans. J’avais bien été informé par ma mère sur la contra­cep­tion et les MST. Je sor­tais d’une rela­tion dif­fi­cile et n’avait pas les moyens d’aller chez le gyne­co­logue donc j’utilisais des pre­ser­va­tifs et ne pre­nait pas la pillule. Je n’allais pas bien et étais en pleine phase d’auto-destruction. Théo­ri­que­ment j’étais une jeune femme intel­li­gente et consciente des risques d’un rap­port sexuel non pro­tégé mais je m’en fou­tais. J’avais un amant régu­lier avec qui je buvais beau­coup trop. Je ne sais pas ce qui c’est passé cette fois là. Comme d’habitude trop d’alcool alors le pre­ser­va­tif s’est-il déchiré peut-être n’ y avait il même pas. Nous avons été irres­pon­sable et j’ai eu de la chance de ne pas être en plus malade. Quand j’ai com­pris que j’étais enceinte je me suis rendu dans un plan­ning fami­lial car je n’avais pas d’argent. Ma mère m’avait dis à l’adolescence que si un jour j’avais un quel­conque pro­blème de contra­cep­tion ou que je devais avor­ter et que je me vou­lais pas lui en par­ler je devais aller dans un un plan­ning fami­lial. Avec le recul je pense que j’aurais du lui en par­ler mais ma mère n’avait jamais dia­bo­lisé l’ivg et me l’avait pré­senté comme un secours comme un autre car une erreur ou un défaut de contra­cep­tion est tou­jours pos­sible. Nai­ve­ment je croyais donc que cela ce pas­se­rait comme une visite ordi­naire chez le mede­cin. Au plan­ning fami­lial j’ai été très mal reçu. On m’a fait faire un test de gros­sesse uri­naire. Puis j’ai eu le droit à un inter­ro­ga­toire. Non je ne savais pas quand j’étais tombé enceinte. J’avais l’impression d’avoir com­mis un crime hor­rible. On m’a baladé de centre de santé en assis­tante sociale et chaque fois j’avais l’impression d’être rabais­sée un peu plus. En plus c’était l’été j’avais vrai­ment mal choisi mon moment beau­coup de ser­vices tour­naient au ralen­tis à cause des vacances. J’ai fini pros­tré entrain de pleu­rer dans un cou­loir d’hopital. Des tas de gens, infiermier(e)s mede­cins ou autres sont passé indif­fé­rents. Je ne vou­lais pas d’enfant et les jours avaient passé sans même que je sache de com­bien j’étais enceinte et par­tout où on m’envoyait on me répé­tait que c’était hor­rible ce que j’avais fais que j’allais étre trau­ma­tisé à vie. Dans ce cou­loir d’hopital j »étais à bout je pen­sais même au sui­cide mais je ne pou­vais plus bou­ger. Heu­re­se­ment un mede­cin est passé et m’a demandé ce qui ce pas­sait, j’ai com­men­cer à lui racon­ter mon his­toire, c »était l’heure de sa pause mais il m’emmené en consul­ta­tion. Cet homme a été for­mi­dable. Il m’a fait faire une écho­gra­phie ainsi qu’une prise de sang notament pour dépis­ter d’eventuellles MST et comme il le crai­gnait j’approchais dan­geu­re­semt de la date légal d’avortement alors il s’est débrouillé pour que je sois opéré en urgence. Le marin de l’opération il est même passé me voir pour savoir com­ment j’allais. Je savais que mon amant ne vou­drait pas de cet enfant et puis je pen­sais que cela pas­se­rait bien je ne vou­lait rien lui dire mais après tous il était aussi res­pon­sable que moi. Je lui laissé un mes­sage juste avant l’avortement et il est venu me cher­cher après l’opération. Non je ne fus pas trau­ma­tisé par cette ivg au contraire ce fut un déclic il fal­lait que reprenne ma vie en main. Par contre j’ai été cho­qué par le manque d’humanité de cer­taines per­sonnes j’ai été cho­qué de la façon que l’on m’a traité. Quand j’ai fais l’échographie on a tenu me mon­tré l’embryon pour que j’ai bien conscience de ce que je fai­sais ! Je pense aussi à cette assis­tante sociale qui m’a dis que je pou­vais réflé­chir qu’avec des aides je pour­rait éle­ver un bébé. Je pense aussi à ces femmes au plan­ning fami­lial qui m’ont dis­puté comme une petite fille. Etran­ge­ment à chaque fois ce fut des femmes qui ont voulu que je me sente cou­pable. Aujourd’hui à per­sonne n’est au cou­rant de mon ivg. Non pas parce que j’ai honte mais sim­ple­ment que mal­gré ce que j’entendu ce ne fut pas un trau­ma­tisme et je ne vois l’utilité dans par­ler. J’en par­le­rais si par­mis mes proches une jeune femme sou­haite se faire avor­ter afin qu’elle sache que ce n’est pas un crime.

  85. Lila dit :

    J’ai avorté il y a 5 ans. J’avais 32 ans.
    J’ai tou­jours consi­déré l’avortement comme une solu­tion envi­sa­geable, jamais comme un tour­ment, ni un tabou, une solu­tion tout sim­ple­ment, un choix qu’une femme pou­vait libre­ment prendre.
    J’ai fait ce choix libre­ment. On me l’a repro­ché. Etran­ge­ment pas mes proches, ni mes amies, mais de par­fait inconnu, sou­vent des hommes, que je n’ai jamais revu depuis.
    Le pre­mier : mon méde­cin géné­ra­liste qui après un ins­tant d’hésitation me demande s’il s’agit d’une bonne ou d’une mau­vaise nou­velle. Peut-etre aurais-je du men­tir? Mais non j’assumais, d’ailleurs je ne voyais pas le mal et je ne le vois tou­jours pas. Celui-ci fut ouuuuu­tré d’apprendre qu’une gros­sesse à ce stade de ma vie était une mau­vaise nouvelle.Et ce mon­sieur pour­tant assez jeune a cru bon de dépas­ser son rôle et de me jeter l’ordonnance de prise de sang au visage, expri­mant ainsi tout le dégout que je lui ins­pi­rais.
    Puis le par­cours du com­bat­tant…
    L’hopital, les conseillères…Cette conseillère qui tente de me convaincre que non je ne veux pas avor­ter. Moi qui tente de la convaincre que oui je veux, et que oui dans ma tête tout va bien, c’est un choix libre­ment consenti et assumé. Elle aborde le sujet fati­dique : « qu’en pense le père? « , oubliant ainsi ma propre liberté.
    Com­ment dire: « le père m’a quitté et ne sou­haite pas en entendre par­ler ». Sen­tant une fai­blesse de ma part sur ce sujet (et oui je suis triste la rup­ture est récente moins de quelques jours et cette gros­sesse inat­tendu n’a pas arrangé les choses) elle insiste pour le ren­con­trer également…et me voilà devoir la convaincre que mon­sieur s’en moque et n’assumera pas ni ne m’épaulera.
    Et zut!!!! Madame la conseillère, ne saviez vous pas que dans ce beau pays j’étais seul déci­sion­naire me concer­nant???
    Je ne suis qu’à 3 semaines de gros­sesse, elle me pro­pose de réflé­chir, de ten­ter d’en dis­cu­ter avec mon ex…Encore une fois.
    C’est d’ores et déjà réflé­chi. Quant à mon ex, ce lâche.…
    Elle a fini par m’entendre, et fina­le­ment me pro­pose dif­fé­rentes solu­tions d’ivg à savoir, l’ivg médi­ca­men­teuse (dou­lou­reuse), mais que je pour­rais faire dès la semaine sui­vante ou l’anesthésie semi-général ou géné­ral que je ne pour­rais pas faire avant 2 mois…soit 2 mois d’attente, et je m’approche dan­ge­reu­se­ment de la limite des 3 mois.
    Que dire? souf­frir ou attendre? Et bien je vais attendre, 2 mois de plus, et avor­ter à 2 mois et 3 semaines…la der­nière ligne droite…si je rate ce der­nier ren­dez vous à l’hôpital je n’aurais plus d’autres choix.
    Et plus le temps passe plus je peux me ravi­ser, aban­don­ner, trop de pression??…je ne sais pas, mais elle n’avait visi­ble­ment pas com­pris que je ne le vivais pas comme une épreuve.
    J’avais 32 ans, je plains les très jeunes filles…probablement impres­sio­nable (ou pas d’ailleurs).
    2 mois ont passé, le ren­dez vous, la salle d’attente, la petite dizaine de femmes présente…je ne sais pas si nous sommes toutes là pour les mêmes rai­sons. Je les observe…toutes dif­fé­rentes. toutes de milieux dif­fé­rents, cer­taines mal à l’aise, les autres moins. Cer­taines accom­pa­gnées. D’autres seules, comme moi.
    Je crois qu’au final nous sommes toutes plus ou moins mal à l’aise…
    Arrive la salle d’opération, j’avais opté pour une anes­thé­sie par­tielle et ren­trer chez moi dans l’après midi. Croyez le ou non mais sous anes­thé­sie j’ai entendu toute la conver­sa­tion du per­son­nel médical…et eux ne m’ont pas jugé.
    Peu de temps après je suis allée en vacance seule à l’autre bout du monde…je ren­contre une per­sonne qui me demande ce que je fuis pour voya­ger ainsi seule, je lui raconte mon ex, mon avor­te­ment, etc et je pleure…non pas parce que j’ai avorté mais parce que je n’ai pas digéré l’attitude de mon ex…et cet homme à son tour com­mente non par le com­por­te­ment de mon ex, mais le mien, convaincu que mon ex m’a quitté parce que et je cite ‘j’ai tué son bébé »…
    Alors, cher mes­sieurs, cher méde­cin, chère conseillère, chères per­sonnes si prompt à me juger, sachez qu’avorter est un choix libre et que je suis libre, par­fai­te­ment libre…que votre opi­nion ne m’intéresse pas et votre « burka » je vous la laisse…
    Je vous déteste! pas pour moi (parce que moi je vous emmerde avec un grand A) mais pour toutes ces jeunes filles qui le vivent comme une épreuve.
    Ce n’est pas une épreuve, ni un tabou. Dans mon entou­rage, sur 10 femmes 5 ou 6 ont avorté, sans com­plexe ni tabou, mais avec les mêmes dif­fi­cul­tés que moi, celles que l’on vous (pr)oppose, car nous, nous n’en avons pas.
    J’ai avorté en 2007, et je ne me suis jamais posée de ques­tions à ce sujet. J’ai avorté POINT!

  86. Céair dit :

    J’ai été très contente de voir l’article paru dans le Elle du 14 décembre 2012, qui a ren­con­tré de l’écho chez moi. J’ai appré­cié de pou­voir mesu­rer l’enjeu de cette atti­tude géné­ra­li­sée, un grand merci pour votre site !
    Pour moi, la déci­sion a été facile : avec trois enfants assez jeunes et une vie très rem­plie, il n’y avait pas de place pour un 4e enfant. J’ai fait une IVG médi­ca­men­teuse à la mai­son, pas très agréable mais qui s’est bien pas­sée. Ensuite je me suis fait poser un DIU. Comme nous avions espacé les nais­sances de façon assez effi­cace avec le coi­tus inter­romp­tus, on avait conti­nué mais de fait ça n’est pas une méthode com­plè­te­ment fiable !

    • Céair dit :

      Je lis les autres com­men­taires et je réa­lise ce à quoi j’ai échappé ! J’ai contacté le plan­ning fami­lial qui m’a bien accueilli et m’a adressé à un méde­cin sans juge­ment également.

  87. martin dit :

    Nous avions 19 ans, cela fai­sait 10 mois que nous étions ensemble et nous com­men­cions nos études d’ingénieur. Je ne pre­nais pas de contra­cep­tif, nous uti­li­sions des pré­ser­va­tif qua­si­ment tout le temps, sauf de temps en temps en comp­tant pour ne pas tom­ber dans la période d’ovulation, en sui­vant naï­ve­ment les prin­cipe des cours de bio­lo­gie de ter­mi­nal « la femme ovule le 14ème jour du mois et l’ovule peut avoir une durée de vie de 3 jours » . Sauf que… toutes femmes ne sont pas réglées comme du papier à musique et n’ovulent pas toute au 14ème jour…c’était mon cas, pas de cycle régu­lier du tout…et ça je ne le savais pas, à la mai­son c’était tabou d’en par­ler, il fal­lait se ren­sei­gner à l’école et l’école c’est pas la vrai vie ! Je nous revois encore avec ce test posi­tif et le livre de bio sur les genoux et se disant c’est pas pos­sible, ça colle pas ! Nous avons tout de suite déci­der de ne pas le gar­der, nous étions deux gamins. Nous n’aurions pas pu l’élever, pas d’argent, nous habi­tions chez nos parents…bref la déci­sion a été vite prise de façon conjointe. Nous avons été très bien accuielli à l’hopital, pas de sou­cis. Je n’ai pas regretté mais j’ai eu peur pen­dant des années de ne pas pou­voir avoir d’autres enfants. Et je me suis sen­tie bête pen­dant long­temps. A par­tir de ce moment là, je me suis mise à bos­ser comme une folle pour prou­ver que j’étais pas si bête, il fal­lait que je finisse major de promo chaque année. Aujourd’hui 10 ans après, nous avons deux beaux enfants, mes gros­sesses ont été par­faites et mes accou­che­ments aussi. J’ai réa­lisé depuis me mon ainé est né que cet enfant n’aurai pas été heu­reux nous n’étions vrai­ment pas prêt à 19 ans et sans situa­tion pour l’accueillir. Je me laisse enfin un peu plus vivre en étant moins exi­gente avec moi même. Je pense qu’il fau­frait mieux infor­mer les jeunes sur la contra­cep­tion, les cycles des femmes…votre site est super, aujourd’hui je vais bien, merci.

  88. Ilétaitunefois dit :

    C’était l’été 2007, j’avais 18 ans, je venais tout juste de rater mon bac et j’avais eu une aven­ture d’un soir avec un gar­çon que je connais­sais peu.
    Pas de pré­ser­va­tif et quelque peu irres­pon­sable : gros­sesse non dési­rée.
    J’ai su très rapi­de­ment que j’étais enceinte. Je me suis alors dirigé vers mon géné­ra­liste qui m’a orienté vers le gyné­co­logue de ma ville pou­vant m’avorter. Le gyné­co­logue, m’a alors pro­posé les deux méthodes, j’ai choisi l’intervention chi­rur­gi­cale, bien moins trau­ma­ti­sante selon moi. Le jour J, accom­pa­gnée d’une amie et de ma sœur, j’étais très ner­veuse car je vou­lais au plus vite que cet amas de cel­lules (et de sou­cis), soit loin de moi. J’ai avorté sous X, c’est à dire que je n’ai rien payé, et SURTOUT mes parents ne l’ont jamais su. Aucune trace n’existe dans mon dos­sier médi­cal de cet avor­te­ment. Je pré­cise qu’à l’hôpital per­sonne ne m’a jugée, ils ont sûre­ment eu de la pitié de voir une gamine pau­mée.
    Une fois l’opération finie, je suis ren­trée chez moi, sans dou­leur, sans trau­ma­tisme. Cela a été le début de belles années, j’ai eu mon bac, je suis tou­jours en études, je suis tou­jours folle et insou­ciante, j’ai ren­con­tré quelqu’un de bien : je pro­fite de la vie. Je ne repense pas à cet évé­ne­ment car je n’ai jamais eu de doute, jamais je ne me suis posé la ques­tion de gar­der cet enfant puisque j’en étais abso­lu­ment inca­pable men­ta­le­ment et maté­riel­le­ment !
    Je ne suis abso­lu­ment pas prête à avoir d’enfant et peut-être que je ne le serais jamais ! Peu importe… cet avor­te­ment m’a per­mis de conti­nuer à vivre, nos mères qui se sont tant bat­tues pour ce droit m’ont sauvé la vie… (et oui, l’avortement sauve des vies!)
    Il faut que ce droit reste à tout jamais intact !

  89. L dit :

    J’ai avorté en jan­vier 2009. J’avais 19 ans, j’étais avec mon copain depuis 3 ans, mais je ne pre­nais pas à pilule. On met­tait des capotes, sauf que cette fois là, on en avait plus. Alors on s’est dit qu’on ferait gaffe. Erreur.

    J’ai appris que j’étais enceinte le 2 jan­vier 2009. La ques­tion ne s’est pas posée, je ne vou­lais pas d’enfant, j’étais beau­coup trop jeune, je n’avais pas fini mes études, il fal­lait que j’avorte. J’ai alors pris rendez-vous au Plan­ning fami­lial de Lille. L’équipe à été top. J’ai été reçue par une assis­tante sociale qui m’a bien ren­sei­gnée sur les dif­fé­rentes démarches à effec­tuer. Aus­si­tôt, elle m’a pris rendez-vous avec un gyné­co­logue du plan­ning. J’ai eu le rdv le jour même, une heure après avoir vu l’assistante.

    J’ai ensuite pris rendez-vous pour une écho­gra­phie. En arri­vant dans la salle du méde­cin, elle m’a demandé pour­quoi je venais faire une écho aussi rapi­de­ment. Je lui ai expli­qué que je sou­hai­tais avor­ter. Elle n’a rien dit. Au moment de l’écho, elle m’a demandé si j’avais envie de voir l’écran ou si je pré­fé­rais qu’elle le tourne. J’ai trouvé ça très gen­til de prendre mon avis en compte. Une fois l’échographie réa­li­sée, j’ai du prendre rendez-vous à l’hôpital pour l’avortement. On m’avait donné une liste de lieux avec leur numéro de télé­phone. J’ai appelé le pre­mier centre de la liste, celui d’Armentières. J’ai réussi à obte­nir un rendez-vous rapi­de­ment. Comme je m’étais aper­çue de ma gros­sesse très tôt, je pou­vais choi­sir quel avor­te­ment je vou­lais.
    En arri­vant au centre d’orthogénie d’Armentières, j’ai parlé à un méde­cin de ce qu’il s’était passé, des démarches à suivre. J’ai choisi l’avortement par médi­ca­ment. Il était donc convenu que je vienne deux fois, la pre­mière pour la prise du médi­ca­ment qui arrête l’évolution de l’oeuf, la seconde pour l’expulsion. Le pre­mier médi­ca­ment n’est pas passé, je l’ai vomi dans la voi­ture au retour, j’ai donc du reve­nir le len­de­main d’urgence pour le reprendre.

    Deux jours plus tard, je reve­nais pour l’expulsion. Après avoir avalé mes cachets, j’ai du res­ter hos­pi­ta­li­sée pen­dant 4 heures afin de sur­veiller. Au bout de 2 heures, j’ai res­senti des contrac­tions assez fortes. j’ai beau­coup sai­gné, mais je n’ai expulsé quelque chose qu’une fois de retour chez moi. Une semaine après j’ai du faire une prise de sang afin de véri­fier que mes hor­mones de gros­sesse avaient bien chu­tées. Sauf, qu’elles avaient aug­menté, j’étais tou­jours enceinte, les cachets n’avaient pas fonctionné.

    J’avais rendez-vous le len­de­main avec mon méde­cin du centre d’orthogénie. Il m’a bien confirmé le résul­tat et m’a pro­posé de me faire un cure­tage tout de suite. J’ai accepté et on m’a ins­tal­lée dans une chambre. En atten­dant de pas­ser, on m’a donné des cal­mants, un anti dou­leur pour pré­ve­nir et un relaxant. L’effet du relaxant a été immé­diat, je me suis pris un fou rire toute seule pen­dant 10 minutes sans savoir pourquoi.

    Quand je suis pas­sée dans la salle d’opération, le méde­cin m’a fait des piqures anes­thé­siantes. J’ai eu un peu mal mais c’était sup­por­table. Au moment du cure­tage, j’avais deux infir­mières qui s’occupaient de me par­ler pour que je pense à autre chose. Elles étaient ado­rables. L’une d’elles était celle qui s’était occu­pée de moi lors de mon avor­te­ment par médi­ca­ments. En me revoyant arri­ver elle m’a dit, pleine de com­pas­sion : « déci­dé­ment, vous n’avez pas de chance ma pauvre ». Elle était vrai­ment gentille.

    J’ai eu mal vers là fin, j’avais l’impression qu’on m’aspirait tout l’utérus, c’était désa­gréable. Heu­reu­se­ment ça n’a pas duré longtemps.

    Une fois de retour dans ma chambre, je me suis mise dans mon lit pour me repo­ser un peu. Là, l’infirmière est venue pour m’apporter un jus de fruits et un gâteau. Elle a été très récon­for­tante. Le méde­cin est ensuite passé me voir pour me dire que tout allait bien et que j’allais pou­voir rentrer.

    Je suis res­sor­tie de là bas sou­la­gée, enfin sereine et pas du tout cou­pable. Je sais que j’ai fait le bon choix, la preuve, aujourd’hui, je ne suis plus avec mon copain de l’époque et je n’ai tou­jours pas d’enfant, preuve que c’était encore beau­coup trop tôt. Je ne regrette rien et je ne l’ai pas mal vécu. A toutes celles qui sont sus­cep­tibles de me lire et qui vivent dans le Nord de la France, je vous conseille vive­ment le centre d’orthogénie d’Armentières. A aucun moment vous serez jugées et au contraire, vous serez super bien accompagnées !!

    Moi aussi, j’ai avorté, et je vais bien, merci !

  90. Chloé dit :

    J’avais 20 ans, mon copain 26 et je suis tom­bée enceinte sous pilule. Il n’a jamais été ques­tion de le gar­der, je me sen­tais bien trop jeune, nous n’étions ensembles que depuis 3 mois. J’ai pris contact avec le centre ivg de lille qui est situé dans une mater­nité très connue. Ils m’ont dit que je ne pou­vais pas avor­ter de suite étant donné que j’étais sous pilule et que ça pou­vait être une gros­sesse extra uté­rine. Pen­dant 3 semaines (non je ne plai­sante pas), ils m’ont fait venir tous les jours pour une prise de sang ou une écho. Tout en sachant que je ne le gar­de­rais pas. Ils me fai­saient tou­jours miroi­ter la menace de la GEU. Fina­le­ment, après une écho (où ils m’ont fait entendre le coeur batte, sympa!) ils m’ont dit que je pou­vais enta­mer les démarches. J’ai rap­pelé leur ser­vice ivg l’après midi même qui ‘ont dit qu’il était trop tard pour avor­ter et que de toute manière, à 20 ans je pou­vais quand même le gar­der. J’ai contacté de suite un autre hôpi­tal de la région, com­plè­te­ment pani­quée. Il s’est avé­rée qu’il n’était abso­lu­ment pas trop tard, mais que leur ser­vice était saturé (mois d’Août et la moi­tié du per­son­nel en congés), et que de fait, ils n’envoyaient pas leurs patientes ailleurs mais pré­fé­raient véhi­cu­ler des info fausses. Je n’étais pas la pre­mière patiente à qui ça arri­vait. J’ai avorté dans l’autre hôpi­tal, les gens étaient très humains et heu­reu­se­ment, parce que les pre­miers avaient vrai­ment réussi à me culpa­bi­li­ser. Fina­le­ment, je l’ai très bien vécu, je savais que c’était la bonne déci­sion à prendre. J’ai porté plainte contre le pre­mier hôpi­tal.
    C’était il y a 8 ans, aujourd’hui je suis enceinte, ce sera mon pre­mier bébé, qui est attendu avec impa­tience, je n’ai pas regretté une seule fois ma décision.

  91. Laura dit :

    J’ai avorté en 2007 a l’âge de 15 ans.
    Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, ma mère m’a posé la ques­tion de savoir qu’est ce que j’allais faire. C’est mon choix, elle ne m’a jamais influen­cée.
    Sans réflé­chir je lui ai dit ‘Maman enfin ! Tu te rends compte ? j’ai quinze ans et pas de tra­vail, je ne suis pas apte a éle­ver un enfant, que vou­drais tu que j’en fasse ?‘
    (Je pense que cela l’a sou­la­gée lol, dans le fond ça l’aurait fait flip­per que je veuille gar­der l’enfant !)
    J’ai avorté par voie médi­ca­men­teuse le 21 avril 2007, je m’en sou­vien­drai tou­jours car j’ai eu mal a tel point que les contrac­tions me fai­saient vomir !
    Je l’ai tou­jours très bien vécu. Ma gros­sesse (courte, soit.) m’a tel­le­ment laissé un mau­vais sou­ve­nir (fatigue atroce, écoeu­re­ment, nau­sées, je n’arrivais plus a res­pi­rer l’odeur du gel douche, ou du den­ti­frice sans vomir !) que j’en ai été sou­la­gée une fois que c’était fait !
    Aujourd’hui j’ai 22 ans, Je fais par­tie de la com­mu­nauté de pen­sée Child­Free (sans enfants par choix) et je parle de mon avor­te­ment sans tabou.
    Voila :)

  92. Laurie dit :

    Mon his­toire se passe en sep­tembre 2009. Je suis étu­diante et lors d’une soi­rée très arro­sée avec des amis, je ren­contre un jeune homme char­mant en école d’ingénieur. L’alcool aidant, nous finis­sons la soi­rée chez lui puis dans son lit. Je n’ai pas de remord et je le dit sans honte, nous avons eu des rap­ports non pro­té­gés. J’ai pro­testé au début car je ne prend pas la pilule (ques­tion de convic­tion per­son­nelle) et puis l’envie l’a emporté, il m’a pro­mis de se reti­rer avant mais ne l’a pas fait. J’étais très en colère contre lui, contre moi aussi. 5h après le rap­port, je suis allé à la phar­ma­cie prendre du Nor­levo (la fameuse pilule du len­de­main) dont l’efficacité est clai­re­ment sur­es­ti­mée par les phar­ma­ciens non aver­tis. Pour moi, c’était évident, j’étais « débar­ras­sée » de ce pro­blème, les semaines ont pas­sés et je suis resté avec le jeune homme en ques­tion. Au bout d’un mois, je n’avais tou­jours pas mes règles; je n’ai jamais été « réglée comme une hor­loge » et la prise de la pilule m’a fait pen­ser à un retard, un léger dérè­gle­ment hor­mo­nal, rien de grave… Quelques, jours plus tard, inquiète, j’ai quand mm été cher­cher un teste de gros­sesse et là sur­prise POSITIF !! en gros, en rose pétant, cli­gno­tant, je ne voyais que ça! J’ai aver­tit mon copain, l’évidence était claire pour nous deux, hors de ques­tion de le gar­der. Il a eu une phrase qui res­tera tou­jours dans ma mémoire comme une preuve de l’immaturité sans borne des gar­çons de cet âge « ben c’est pas grave, tu vas avor­ter » « ben c’est pas grave »… sérieu­se­ment ? « ben c’est pas grave, t’iras cher­cher le pain demain! » « ben c’est pas, grave met un autre T-shirt » J’avais l’impression de par­tir aux cham­pi­gnons !! Oui, la démarche était évi­dente, je ne vou­lais pas d’enfant, pas main­te­nant, pas avec lui. Mais merde, quand mm c’est pas non plus une pro­me­nade de santé! A par­tir de ce moment là, notre rela­tion s’est for­te­ment dégra­dée, je ne le sup­por­tais plus, ne sup­por­tais plus qu’il me touche, je ne lui par­don­nais pas son manque d’implication. J’ai fait les démarches seule et là aussi, je me suis heurté à un mur. Le per­son­nel du plan­ning fami­lial de Brest est juste nul! désa­gréable, méchant, infecte. J’ai dû attendre 4 semaine entre mon pre­mier rdv et l’opération ce qui fait que je ne pou­vais plus pré­tendre à une IVG médi­ca­men­teuse. La gynéco m’a parlé très sèche­ment, comme à une enfant ! j’étais irres­pon­sable de ne pas avoir de moyen de contra­cep­tion (mais si si le mien c’est le pré­ser­va­tif madame!!) Bref, je vous passe les détails, humi­lia­tion sur humi­lia­tion, ques­tions dépla­cées, réflexions dou­teuses, la total !! Je devais me faire opé­rer le jeudi matin. J’avais des sai­gne­ments constants depuis plu­sieurs semaines et le lundi, j’ai eu des contrac­tions ter­ribles toute la jour­née. J’ai appelé la gynéco qui m’a dit « c’est rien, c’est nor­mal » (en faite c’était pas nor­mal du tout dans une gros­sesse clas­sique…) Le mardi soir, j’ai fait une fausse couche toute seule chez moi. Je suis resté pros­trée dans ma salle de bain seule avec ma dou­leur et mes angoisse car sur le coup, je ne savais pas vrai­ment ce qui se pas­sait. J’ai finit par appe­ler une copine qui est venu me cher­cher pour m’emmener aux urgences à 2h du matin. Dans la voi­ture, j’ai envoyé un mes­sage à mon copain pour lui dire « Je fais une fausse couche, je vais aux urgences » il m’a répondu « bon cou­rage ! bisous » (la blague!) sans le savoir, il venait de mettre un terme à notre rela­tion… Heu­reu­se­ment, et c’est le seul moment « posi­tif » de cette his­toire, la chef des urgences gynéco a été ado­rable!! douce gen­tille et hyper ras­su­rante! J’étais un peu effrayée par la fausse couche et elle m’a dit quelque chose que je n’oublierai jamais : « 1 gros­sesse sur 3 se ter­mine en fausse couche. Toutes les femmes dans leur vie en font au moins une. Dites vous que la votre c’est main­te­nant et que la pro­chaine gros­sesse, ce sera la bonne. Votre corps a tout sim­ple­ment détecté que l’embryon n’étais pas viable et l’a expulsé, c’est tout à fait natu­rel et sur­tout, ça veut dire que tout fonc­tionne très bien chez vous » MERCI !!! J’étais hyper ras­su­rée et en plus, pas besoin de cure­tage, j’avais vrai­ment tout expulsé, c’était par­fait! Je suis sor­tie, fati­guée, un peu son­née mais heu­reuse, vrai­ment contente de ne pas pas­ser sur le billard avec les risques que cela com­porte. J’ai quitté mon copain, je ne prend tou­jours pas la pilule (je refuse de prendre des hor­mones de syn­thèse alors que je n’ai pas de rela­tion durable dans laquelle cha­cun fait le test VIH) je n’ai plus jamais eu de rap­port non pro­tégé, mm en étant ivre.
    Je vais très bien, merci !

  93. Alice dit :

    J’ai avorté quand j’avais 19 ans, j’était amou­reuse d’un gars pour qui je n’était rien de plus qu’un coup d’un soir et qui hélas pour moi était tout! méthode du retrait inef­fi­cace c’est pas faute de le savoir! je me suis lais­ser le temps de la réflexion pour le prin­cipe car c’est ça la liberté c’est d’avoir le choix, de le faire ou non! Mon choix c’est la rai­son qui me l’a dicté 19 ans , pas de mec sur qui comp­ter, pas fini mes études, pas de bou­lot mal­gré une par­tie de moi, amou­reuse qui vou­lait un peu gar­der ce bébé. Ma déci­sion a été prise je n’en ai parlé qu’à quelque amis . J’ai regretté de tom­ber sur des gens cons : gynéco qui me par­lait comme si je fai­sais ça toute les deux semaines (si vous faites une hémor­ra­gie aller au urgences! –euh ouais! ) et écho­graphe qui tenez abso­lu­ment à ce que je regarde l’image à la vidéo! mais sinon avor­te­ment par médi­ca­ment pas dou­lou­reux sauf sai­gne­ment chiant. Je regrette pas mon choix, car je suis pour l’avortement et je trouve que j’ai fait le meilleur des choix pour moi et pour un futur enfant, je n’étais pas prête et ma vie a conti­nué! Je ne dis pas que c’est rien, c’est pas quelque chose que l’on fait de gaieté de cœur mais j’ai tou­jours été convaincu que c’était la bonne solu­tion. Avor­ter ce n’est pas rien ça fait deve­nir plus adulte et par­fois on peut se poser la fameuse ques­tion : quel age il aurait? Mais sans dou­leur.
    Six ans après je suis amou­reuse et j’ai eu un bébé, un voulu, un a qui j’ai un ave­nir à offrir. Alors je peux dire j’ai avorté et je vais bien merci !

  94. Bidulette dit :

    J’avais 19 ans, j’étais amou­reuse de mon chéri de l’époque avec qui je suis res­tée 6 ans, je com­men­çais à peine mes études d’informatique.
    Je bos­sais en colo­nie pen­dant l’été, on ne s’est donc pas vu de tout l’été.
    Je n’avais plus de contra­cep­tif (pas eu le temps de prendre rendez-vous chez mon gynéco). A nos retrou­vailles, ça a été énorme câlin, sans pré­ser­va­tif car j’étais en fin de cycle et je devais avoir mes règles dans quelques jours.
    Je suis tom­bée enceinte. J’ai vu un pre­mier méde­cin qui m’a dit que c’était impos­sible vu les dates de mon cycle et la date du rap­port… du coup évi­de­ment gros doute d’infidélité de mon com­pa­gnon…
    Ensuite direc­tion le plan­ning fami­lial où tout s’est très bien passé. J’y ai vu un psy, un gynéco, un anes­thé­siste. 7 jours plus tard j’y retour­nais pour l’ivg. Il n’y pas eu de com­pli­ca­tions, je n’ai aucun remord parce que la vie que j’ai aujourd’hui, je l’aime plus que tout.

    Aujourd’hui, 13 ans plus tard, 3 gros­sesses (dont une mal­heu­reu­se­ment qui s’est ter­mi­née par une IMG… mais ça c’est une autre his­toire… beau­coup plus dou­lou­reuse), 2 enfants magni­fiques.
    Et mal­gré le fait que je sois réglée comme une hor­loge, toutes mes gros­sesses sont tar­dives. J’aimerais retrou­ver ce méde­cin qui à l’époque m’avait dit que ce n’était pas pos­sible.… eh ben si, la preuve.

    Tout ça aussi pour dire qu’il ne faut tou­jours être pru­dent, même quand on pense être hors cycle. Parce qu’il y a la théo­rie… et la réa­lité, et par­fois ça ne colle pas.

  95. monnet dit :

    C’est la crainte d’une deuxième gros­sesse ces der­niers jours qui m’a poussé à foui­ner sur le net…et de tom­ber sur ce site.
    Et de me rap­pe­ler mon avor­te­ment d’il y à presque 8 ans, en 2006 .
    J’avais 21 ans à l’époque, en couple avec mon chéri ( tou­jours le même aujourd’hui miracle !) depuis 3 ans.
    Je l’ai senti, je le savais, c’est fou, comme on « sent »…
    Une fois le test fait et posi­tif ( croix rose mau­dite, quelle angoisse, un 15 aout en plus !) des sen­ti­ments absurdes qui se mélangent. Peur, dégoût.
    Et par­fois, le sen­ti­ment d’avoir un beau secret.
    Rendez-vous avec une gynéco plus qu’indélicate devant mon désar­roi.…
    La semaine de réflexion obli­ga­toire a été affreuuuuu­se­ment longue, me dire que « ça » se déve­lop­pait à l’intérieur de moi, alors que je n’en vou­lais pas, j’aurais voulu qu’on me l’enlève vite, je me sen­tais mal, comme un alien.…
    Puis une fois la déci­sion vrai­ment prise, j’ai eu peur de l’erreur, moi aussi, peur du « manque « éven­tuel après l’opération ( j’en étais à 8 semaines), peur nour­rie sur­tout par des témoi­gnages que j’avais lus.…
    et en ouvrant les yeux, ver­dict : je suis sou­la­gée, libre, jeune, et sou­la­gée !!!
    Après, aucune dou­leur, rien.
    L’équipe médi­cale a rendu cet évè­ne­ment dif­fi­cile tout à fait sur­mon­table, d’ou l’importance d’être bien entou­rée.
    J’ai voulu voir quelqu’un pour par­ler avant, m’entendre dire le fond de mes craintes, de mes peurs, de mes fan­tasmes, m’a fait beau­coup de bien.
    J’ai compté un peu, après, quelques mois, je me disais « j’en serais à tant de mois « , il aurait tel ou tel âge »; mais je ne res­sens rien quand je me le dis, rien, c’est un cal­cul auto­ma­tique, que je ne fait plus depuis un moment d’ailleurs.
    Je vou­drais juste pré­ci­ser autre chose qui m’interpelle.
    J’ai eu le sen­ti­ment, et en lisant cer­tains témoi­gnages, cela res­sort aussi, d’avoir incons­ciem­ment voulu véri­fier mes dis­po­si­tions pro-créatrices !
    En d’autres terme, il fal­lait que je vois si j étais féconde !
    Bizarre.
    En tout cas, aucun regret !
    Merci au méde­cin, anes­thé­siste, infir­miers, aide soi­gnant et assis­tante sociale ( psy en vacances en ce mois d’août !) et à mes amies et à mon chéri pour tout, cela a été une chance et a rendu tout…facile.
    Heu­reu­se­ment que l’avortement existe ; devant ma jeu­nesse et mon imma­tu­rité, et sur­tout, mon angoisse, et mon manque d’envie absolue.…comment aurais je fait ?
    Je serais deve­nue folle je crois.
    D’ailleurs, j’ai 28 ans aujourd’hui et je ne suis tou­jours pas prête même si je me sens beau­coup plus mature.
    Merci pour votre site , merci pour les com­bat menés pour nos liber­tés, il faut conti­nuer.
    Bises à toutes

  96. Emeline dit :

    Salut !

    j’ai avorté en 2011 ou 2012. Tiens je ne m’en sou­viens plus. bref. c’est comme mon der­nier détar­trage, je ne sais plus si c’était en 2013 ou 2012. …
    voici mon his­toire : j’ai vécu 13 ans en couple, plus de rela­tion sexuelle, une fin de vie de couple en somme, je me sépare, bing, je ren­contre quelqu’un, j’ai 36 ans. Je sais que la fer­ti­lité baisse énor­mé­ment à cet âge, et évi­dem­ment, j’ai arrêté ma contra­cep­tion depuis la fin de ma der­nière relation.

    Amou­reuse, je revis et j’oublie cette reprise de pilule en me disant à 36 ans, ça pren­dra pas. Un peu tard, à 48h, je prends la pilule du len­de­main, qui ne mar­chera pas.

    ne sachant pas si je vais refaire ma vie avec lui, je ne garde pas l’enfant.
    je vais à l’ap-hp, béclère, un accueil for­mi­dable, com­pré­hen­sif et nul­le­ment culpa­bi­li­sa­teur, mais quand même, plu­sieurs fois on me deman­dera « êtes vous sûre ? Vous avez bien réflé­chi ? J’ai appré­cié ce sérieux.

    Je ne regrette pas, après 3 ans de vie en couple, on s’est sépa­rés, et je suis heu­reuse de ne pas avoir d’enfant à charge, finan­ciè­re­ment, j’en aurais encore plus bavé qu’aujourd’hui…

    Psy­cho­lo­gi­que­ment, il ne m’est rien arrivé, j’ai conti­nué mes acti­vi­tés, le sport, le bou­lot. Je crois que ma mère née en 47, et ayant vécu mai 68 à ses 20 ans, c’est plus elle qui était par­ti­cu­liè­re­ment plus sou­cieuse de mon bien être que moi.

    Je pré­cise que j’ai tou­jours pris la pilule, depuis mes 20 ans jusque 36 donc, (d’ailleurs c’était la fameuse diane 35), et j’en ai eu marre du chi­mique. Depuis mon avor­te­ment, l’hôpital béclère m’a pro­posé le mini sté­ri­let et c’est la bonne solu­tion ! Comme quoi…

    une fille qui gère son corps comme elle gère sa vie libre­ment et indépendamment !!!

  97. Lakshmi dit :

    Suite au retour des inté­gristes anti-avortement avec des don­nées non
    scien­ti­fiques pour prou­ver que l’avortement est néfaste, je vou­lais
    témoigner.

    J’ai avorté il y a six ans et demi pour plu­sieurs rai­sons. Je venais
    de com­men­cer mon inter­nat. Je n’étais pas dans une situa­tion
    amou­reuse stable.

    Le méde­cin gyné­co­logue qui s’est occu­pée de moi était excep­tion­nel
    et ne m’a pas jugée. Il a été exem­plaire. Je le remer­cie pour tout!

    Je ne regrette pas d’avoir avorté car je pense que cet enfant aurait
    porté les stig­mates de l’erreur de contra­cep­tion… c’est à dire
    devoir gérer inter­nat et éle­ver un enfant seule.

    Six ans après, je suis mariée.
    Mon mari et moi avons notre fille de deux ans et demi.

    Je vous sou­tiens.
    Merci de conti­nuer à défendre les liber­tés de la
    femme à dis­po­ser de son corps.

  98. grozzz dit :

    J’avais ren­con­tré S. dans la rue. L’an 2000, j’avais 20 ans, et j’étais un peu per­due. Il me véné­rait, je ne pen­sais pas qu’on puisse faire l’objet d’une telle ado­ra­tion. Je pre­nais la pilule, et bête­ment, nous n’avons jamais mis de pré­ser­va­tif.
    Un jour, j’ai vomi à la fin d’une soi­rée arro­sée. Je savais beau­coup de choses sur la contra­cep­tion, mais pas qu’une pilule était inef­fi­cace quand on la régur­gite …
    J’ai senti tout de suite que je chan­geais. Pas la même odeur, mes seins ten­dus, des dou­leurs anor­males. Je suis allée très vite voir mon tou­bib, un méde­cin de famille à l’ancienne qui fumait ses gitanes pen­dant les consul­ta­tions. Un ange, qui m’a tout de suite orien­tée vers les bonnes struc­tures.
    J’ai com­mencé par une prise de sang. La dame qui me l’a faite a tout de suite vu. Elle avait l’age de ma mère, à peu près. Quand j’ai perdu pied, elle m’a regardé avec beau­coup de ten­dresse. Elle m’a pro­mis qu’un jour je choi­si­rai de fon­der ma famille. Elle m’a pris dans ses bras. Sa gen­tillesse me sidère encore aujourd’hui.
    Les résul­tats sont vite venus confir­mer mes soup­çons. Il a fallu prendre rendez-vous à l’hôpital, vite, pour pou­voir évi­ter l’aspiration. Mon méde­cin me pré­vient : « ils sont débor­dés, appelez-les à l’aube ».
    Je me réveille donc à 7 heures, j’appelle, je tombe sur une femme un peu revêche qui me dit que le ser­vice n’ouvre qu’à 7h30. La demi heure la plus inter­mi­nable de toute ma vie. Je rap­pelle. Tombe sur une dame plus ave­nante. Qui me dit que les places ont toutes été réser­vées, dans le der­nier quart d’heure. J’implose. Je tombe. Je pleure, hurle, vomis l’injustice dont je viens d’être vic­time. A tra­vers mon marasme, je sens que la dame ne sait plus quoi faire. Elle me passe un mon­sieur, très doux, qui me trouve une place in extre­mis. Sau­vée.
    S., entre-temps, a dis­paru. J’apprendrai plus tard qu’il est en ménage.
    Je me pré­sente à l’hôpital, un ami m’accompagne. Il y a une dame, d’une qua­ran­taine d’années, et une fille, encore plus jeune que moi. Elles me ras­surent, mes com­pagnes de galère. Le reste, tout simple. Le per­son­nel, ado­rable, qui prend soin de nous, nous accom­pagne, nous conseille. Je sens que je saigne, vais aux toi­lettes. Ne reste plus qu’un immense sou­la­ge­ment.
    Voilà. Grâce à ce dis­po­si­tif qui nous pro­tège toutes, j’ai pu trou­ver ma voie, pour­suivre mes études, exer­cer un métier que j’aime, et avoir des enfants, quand j’en ai eu envie. Je réa­lise tous les jours l’immense chance qui m’a été don­née, celle de choi­sir, tout simplement.

  99. Maya dit :

    J’avais 17 ans et demi, j’étais ter­mi­nale. Même en étant infor­mée des dif­fé­rents moyens de contra­cep­tion, je n’y ai pas pensé ce soir là. Mon petit ami de l’époque ne m’en a pas parlé, et je sup­pose que par amour, et parce que j’étais jeune et peu consciente, je ne lui ai pas demandé d’en mettre. Je suis tom­bée enceinte vers le milieu de l’année sco­laire. Au début, je ne m’en ren­dais pas compte que je l’étais, mon ventre gon­flait un peu mais je n’ai pas tilté de suite. Quand je m’en suis ren­due compte, cela fai­sait déjà deux mois, j’avais peur, je n’en ai parlé à per­sonne. Je suis allée chez le méde­cin de famille, qui m’a fait faire une écho­gra­phie, et qui m’a conseillé d’en par­ler à ma famille. Je ne vou­lais pas, j’avais trop honte, je vou­lais me débrouiller toute seule. Du coup je séchais cer­tains cours pour aller chez le méde­cin, en pre­nant soin de signer à la place de mes parents. Ce n’est que quand j’ai vu l’échographie que je me suis effon­drée. A ce moment là, j’ai tout de suite réa­lisé que je ne pour­rais rien faire toute seule, je n’avais ni les moyens finan­ciers ni assez de cou­rage pour tout assu­mer seule. Je suis donc arri­vée en pleurs vers ma mère pour tout lui dire. Elle était éner­vée, elle a pleuré, elle m’a demandé si j’étais consciente de ce qui aurait pu m’arriver si je lui avais caché l’affaire. J’étais dégoû­tée de moi-même, d’avoir menti à ma famille, d’avoir été aussi impru­dente. J’ai laissé ma mère se cal­mer, puis nous avons entre­pris la pro­cé­dure d’avortement. J’étais qua­si­ment arri­vée à la date limite de l’avortement par aspi­ra­tion, nous avons dû faire cela très vite. Après l’opération, j’avais perdu beau­coup de sang et j’ai dû res­ter à l’hôpital quelques heures, mais j’étais ter­ri­ble­ment sou­la­gée. A 17 ans, encore au lycée, avec pour le moment aucune pers­pec­tive d’avenir, sinon juste le bac, je n’aurais pas pu éle­ver un enfant. Sans sta­bi­lité finan­cière, j’aurais plus fait souf­frir cet enfant qu’autre chose, si je l’avais gardé. Cela fait tou­jours quelque chose psy­cho­lo­gi­que­ment, ne le nions pas, mais est-ce vrai­ment la chose la plus intel­li­gente que de mettre au monde un enfant qui souf­frira toute sa vie car on ne peut rien lui appor­ter? Je ne crois pas.

    L’amour d’adolescente que je por­tais à mon petit ami m’a fermé les yeux, j’aurais dû me pro­té­ger, lui en par­ler, et s’il n’avait pas voulu, j’aurais du le lais­ser, car per­sonne ne mérite de souf­frir ou de faire souf­frir comme ça.

    En gros, j’ai avorté, et je vais très bien, merci.

  100. Roxane dit :

    J’ai avorté en 2000. A 16 ans, par voie médi­ca­men­teuse. Un petit coup vite fait sur une table de jar­din avec un pote du lycée. Pas de capote, pas de pilule et beau­coup d’inconscience. Les filles du plan­ning fami­lial ont été ras­su­rantes, dis­po­nibles et à l’écoute. J’ai avorté et je n’y ai plus repensé.

    J’ai avorté en 2008. Par aspi­ra­tion.
    En couple depuis deux ans, mon copain vou­lait très fort un enfant. Pas moi. Alors quand j’ai lu le résul­tat du test de gros­sesse, fait dans les toi­lettes du bureau, ça a été très clair, c’était non, c’était le recours à l’IVG et au plus vite, comme une évi­dence.
    Je lui ai annoncé alors qu’on atten­dait que les piz­zas finissent de cuire au resto. De toute façon, vue son envie d’enfant, je savais qu’il n’y aurait pas de bon moment pour le lui dire. Sans sur­prise, il a voulu que je le garde, babillant que même jeunes, même pauvres, on allait être heu­reux, répé­tant que je ne savais pas ce que je vou­lais, que j’allais regret­ter, qu’il fal­lait que je reste enceinte, pour lui, pour nous. J’ai tenu le coup en dépit de la pres­sion. Et j’ai avorté, le cœur léger. Oui, léger.

    Aujourd’hui, à bien­tôt 30 ans, je ne sais pas si je vou­drais un jour un enfant. On verra. Je reprends mes études, tout en tra­vaillant, je suis en pre­mière année de Mas­ter de socio et pas­sion­née, j’ai quelqu’un que j’aime et une belle vie.

    J’ai avorté deux fois. Et tout va bien.

  101. Iris dit :

    J’ai avorté à 15 ans.
    Pro­blème avec le pré­ser­va­tif, bien que je pre­nais la pilule celle-ci n’a pas fonc­tionné.
    Je l’ai su à 1mois et n’ai eu une place en hos­pi­ta­li­sa­tion qu’à 3mois de ges­ta­tion.
    C’était mon choix.
    Mon père avait com­mencé par refu­ser puis il s’est rendu à l’évidence : Com­ment allait-on éle­ver un enfant non désiré, arrivé bien trop tôt dans une famille qui a du mal à joindre les deux bouts?
    J’ai fais ce qu’on m’a dis. Le per­son­nel lors de la prise de rendez-vous était très froid et répro­ba­teur.
    Heu­reu­se­ment j’avais le sou­tien de cer­tains proches!
    Je me sou­viens d’avant l’endormissement et du réveil avec, cette fois-ci, un per­son­nel ras­su­rant et ne me sou­viens pas avoir eu une seule dou­leur : ni avant, ni après. Des signes je n’ai eu que les seins qui avaient légè­re­ment gros­sis (et ce sans dou­leur).
    J’y ai beau­coup pensé à cette période, de cet embryon que j’aurai pu lais­ser deve­nir un enfant. J’écrivais sur ce thème, je l’imaginais, celui qui n’était pas encore là et qui ne l’a jamais été. 10ans plus tard, j’y pense encore (une fois l’an peut-être), à cet acte man­qué, à cet enfant tota­le­ment ima­gi­naire mais qui aurait pu être et bou­le­ver­ser ma vie, sou­vent lorsque je ren­contre un enfant qui aurait le même âge (c’est sans doute mon côté roman­tique, j’adore les his­toires…).
    Je n’en garde qu’une image posi­tive : ce n’était pas son moment, il ne devait pas être, pas dans cette réa­lité et tout s’est bien passé… il peut donc conti­nuer de peu­pler mon ima­gi­na­tion. Il m’aide à conce­voir mon futur enfant à venir, que j’imagine et qui change dans mon esprit depuis mon enfance : vous savez cette image qu’on cherche à cap­ter et qui sera bou­le­ver­ser par la vie (mais en bien cette fois!).
    Il vien­dra, je l’espère, dans quelques années, lorsque notre couple sera prêt (8ans que nous sommes ensemble, mon conjoint le sou­haite déjà), lorsque je serai prête à lui don­ner le meilleur de moi-même et que j’aurai vécues cer­taines choses épa­nouis­santes et inces­sibles!!!
    MERCI à celles qui se sont bat­tues pour qu’on ai ce droit! Pour qu’on ai plus à se faire char­cu­ter lorsque ce n’est pas le moment de mettre au monde un autre être issu de nous!
    Grâce à vous j’ai pu retour­ner au col­lège le len­de­main et finir ces années col­lège en temps et en heures. J’ai eu l’immense chance de faire des études dans un domaine que j’adore, de vivre pleins d’expériences for­mi­dables, ce qui, j’en suis cer­taine me per­met­tra d’accueillir une autre vie avec la séré­nité néces­saire!
    Je vais mani­fes­ter pour que les géné­ra­tions sui­vantes gran­dissent avec ce droit qui devrait être adopté par tous les pays!!!
    Ma famille, catho­lique, n’est pas au cou­rant. Et si mon che­min d’amour, comme ils disent, n’emprunte pas la case enfant car cela ne me convient pas, c’est mon CHOIX! Com­ment peut-on se per­mettre de croire qu’on peut choi­sir pour les autres?
    Si on veut faire adhé­rer l’autre, il faut lui don­ner le choix, quelle est donc cette mou­vance liber­ti­cide???
    J’ai avorté et je vais très très bien, MERCI!

  102. Steph dit :

    J’ai avorté en 2008 j’avais 22 ans j’étais en école mili­taire, je pre­nais la pillule, un oubli une fois juste une fois et me voilà enceinte. Quand je l’ai annoncé à mon com­pa­gnon de l’époque hors de ques­tion pour lui de le gar­der et moi je ne le vou­lais pas non plus.
    J’ai pris ren­dez vous au plan­ning fami­liale de ma ville, j’ai été reçue avec beau­coup de com­pas­sion du méde­cin. Mais on ne m’a rien expli­qué, on m’a juste dit pour vous ce sera une IVG médi­ca­men­teuse. Ren­dez vous pris quelques jours plus tard car il y a un délai de reflexion. Sorte d’attente hor­rible, mon choix était fait, j’avais peur j’ai regardé sur inter­net j’ai lu des choses hor­ribles de la part des groupes anti IVG. Puis le jour de l’intervention est arrivé. L’infirmiére qui m’a reçu y a allait de ses petites reflexions sur « tant de femmes vou­draient être enceinte et avoir un enfant. Faite atten­tion la pro­chaine fois. » Elle m’a donné les cachets, dou­leurs hor­ribles, j’avais peur et je ne pou­vais en par­ler. Ensuite tout est allé plu­tot vite et je suis repar­tie de cet endroit glauque sans conseil ni suivi.
    Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix, j’ai avorté et je vais bien trés bien, j’attends mon pre­mier enfant aprés une fausse couche l’année der­niére où là encore en deman­dant mes anté­cé­dants j’ai senti un malaise du méde­cin en par­lant de mon IVG.
    Je n’ai pas honte merci à ses femmes qui se sont bat­tues pour que l’IVG existe.

  103. Ella dit :

    J’ai avorté en 2007. Je dois comp­ter sur mes doigts pour me rap­pe­ler. Je com­men­çais mes études de droit. Nous habi­tions ensembles, c’était mon pre­mier amour et pour­tant c’était clair dans ma tête et ce dès le début, je ne vou­lais pas faire ma vie avec lui et pas d’enfant de lui. C’est arrivé tel­le­ment vite. Un acci­dent de capote, une pilule du len­de­main qui ne fonc­tionne pas. Je suis enceinte. Je ne pen­sais pas que ça pou­vait m’arriver à moi les acci­dents de contra­cep­tion. Alors, parce que je vou­lais faire des études longues depuis toute petite, parce que je ne l’aimais déjà plus, et puis je n’ai pas à trou­ver de parce que. C’était une évi­dence, je ne pou­vais pas, je n’étais pas prête. Aucun doute là-dessus dès l’apparition de cette deuxième ligne. Lui non plus ne dou­tait pas. On n’a même pas envi­sagé autre chose. On a fait ce qu’on devait faire. Pour­tant j’ai pleuré, beau­coup, sans trop savoir pour­quoi. C’était l’époque ou quand on cher­chait des ren­sei­gne­ments sur l’IVG médi­ca­men­teuse on tom­bait sur des témoi­gnages hor­ribles de femmes qui comp­taient des anni­ver­saires, qui disaient ne s’être jamais remises. J’avais peur que ça m’arrive à moi. Je me rap­pelle des mots d’une femme plus agée avec qui je tra­vaillais. Elle m’a dit : « on n’y pense pas tous les jours ». C’est vrai. C’est vrai aussi « qu’aucune femme ne recourt de gaité de cœur à l’avortement ». Une copine plus tard m’a dit qu’on lui avait dit le mot trau­ma­tisme au ser­vice d’orthogénie. Ca lui a fait peur. Je pense que c’est un trau­ma­tisme dans le sens ou c’est une épreuve mar­quante dans sa vie, que ça fait par­tie de notre his­toire par la suite. Quelques années plus tard j’ai ren­con­tré quelqu’un et j’ai eu ce désir d’enfant assez vite et très fort. Je me suis dit que c’était peut être à cause de mon his­toire. Là aussi, dès l’apparition de cette deuxième ligne, pas tel­le­ment au bon moment, je n’ai pas douté. C’était clair, j’allais avoir un bébé. Et je vais bien, merci.

  104. Aurélie dit :

    En 2007, je suis tom­bée enceinte.
    D’un sex-friend, une nuit où notre taux d’alcoolémie était au-delà du rai­son­nable. Ce qui nous amena à négli­ger toute contra­cep­tion. Irres­pon­sable, par­fai­te­ment ma petite dame. La décou­verte de « mon état » fut tar­dif. Presque 6 semaines d’aménorrhée. Pas­sons sur l’incrédulité, sur la panique et entrons dans le vif du sujet.
    La ques­tion de gar­der cet enfant ne m’a jamais tra­versé l’esprit.
    Ce n’était pas un pro­blème de situa­tion pro­fes­sion­nelle, maté­rielle ou finan­cière, ces aspects là de ma vie de l’époque étaient plei­ne­ment satis­fai­sants. Ce n’était pas un pro­blème rela­tion­nel avec le papa, il était un bon ami qui par­ta­geait régu­liè­re­ment mon plu­mard, et qui consi­dé­rait que ce choix là m’appartenait avant tout. Mais gar­der cet enfant était sim­ple­ment hors de ques­tion. La mater­nité n’a jamais été une option envi­sa­geable me concer­nant.
    Je me sou­viens des mul­tiples aléas de cette démarche. J’avais choi­sis la méthode chi­rur­gi­cale. Je me sou­viens des ren­dez vous fan­tômes, des kilo­mètres par­cou­rus, des ques­tions insi­dieuses, sour­noises, des mul­tiples exa­mens néces­saires qui bien sûr « ne se déroulent pas ici ma petite dame, il vous faut aller à … » « Ah non, on vous à mal ren­sei­gné, ce n’est pas ici mais à … » « il vous faut prendre ren­dez vous » et les délais d’attente, avec ce seuil fati­dique qui se rap­proche, et la panique qui s’accentue, et la très nette sen­sa­tion que l’administration, les ser­vices hos­pi­ta­liers, la tota­lité du monde mon­dial joue avec vos nerfs, prend plai­sir à vous humi­lier.
    je me sou­viens du trai­te­ment qui me fut infligé, de l’irrespect de l’équipe médi­cale, de leur mépris. Je me sou­viens de cette gyné­co­logue, qui m’obligea à accep­ter un énième frotti en uti­li­sant le chan­tage « si vous n’obtempérez pas, je ne vous avorte pas ». Et de ce doc­teur, qui pra­ti­qua une écho­gra­phie à l’aide d’une sonde vagi­nale, la porte de la salle grande ouverte sur le cou­loir, expo­sant mon sexe à la tota­lité des per­sonnes pré­sentes, et qui ne com­prit pas ma colère.

    Je me sou­viens sur­tout du sou­la­ge­ment lorsque je suis reve­nue à moi en salle de réveil, lorsque j’ai réa­lisé que c’était fini, que je n’avais plus rien à craindre, que tout était ter­miné, que j’étais libre. Je me sou­viens de cette intense sen­sa­tion de revivre.
    Si j’ai pleuré ce jour là, c’était de joie pure et de soulagement.

    En 2007, je suis tom­bée enceinte comme on tombe malade, et j’ai choi­sis l’avortement. Je n’ai aucun regret et je n’en ai jamais eu. Je ne suis pas trau­ma­ti­sée par ce choix, et quand j’y repense, j’éprouve tou­jours la même bouf­fée de joie ( de joie oui, trai­tez moi de monstre ).
    Par contre, je n’oublierai jamais l’inhumanité des équipes médicales.

  105. celmine dit :

    J’ai avorté une pre­mière fois à l’âge de 18ans, un oubli de pilule qui s’est soldé en gros­sesse.
    J’ai avorté une seconde fois à presque 30 ans. Je vivais avec mon com­pa­gnon depuis plu­sieurs années, nous avions déjà deux enfants mais j’étais extrê­me­ment mal­heu­reuse avec lui. Il m’humiliait, me mal­trai­tait, bref pas vrai­ment la joie.
    Et puis, comme la pre­mière fois, je crois que j’ai oublié ma pilule mais je ne m’en suis pas ren­due compte : je m’explique, je n’ai jamais eu de doutes en pre­nant ma pilule le soir sur le fait de l’avoir prise ou pas la veille et pour­tant, je me suis retrou­vée enceinte. A cette époque, et depuis déjà quelques années, mes cycles étaient super irré­gu­liers et sur­tout très longs. Avec le stress et des épi­sodes de dépres­sion, il m’est même arrivé de me retrou­ver en amé­nor­rhée plu­sieurs fois dans l’année. Je n’ai donc pas soup­çonné la gros­sesse et je n’avais pas de symp­tômes à pro­pre­ment parlé. Jusqu’à ce jour de mars, où j’ai res­senti ces petits tiraille­ments si spé­ci­fiques. j’ai réflé­chi le plus vite pos­sible, je ne me sou­ve­nais pas de la date de mes der­nières règles, ce fut la panique à bord. Je savais qu’il était hors de ques­tion que je donne un enfant de plus à cet homme qui me fai­sait tant de mal. Je suis immé­dia­te­ment allé cher­cher un test de gros­sesse en phar­ma­cie et n’ai même pas attendu le len­de­main pour le faire : il était posi­tif!
    J’ai immé­dia­te­ment pris rendez-vous avec le plan­ning fami­lial du CHU et le soir même, j’annonçais à mon com­pa­gnon que j’étais enceinte mais qu’il était hors de ques­tion que je donne vie à un enfant à ce moment pré­cis de mon exis­tence. Je ne sais fran­che­ment pas s’il était sou­lagé ou non et je vous avoue que je m’en fichais éper­du­ment.
    J’ai du faire une prise de sang et une écho pour dater cette gros­sesse et la gyné­co­logue m’annonce que j’ai eu beau­coup de chance car j’étais à la limite légale pour avor­ter : envi­ron 10 semaines.
    J’ai tout de suite ima­giné ce qu’aurait été ma vie si j’avais tardé à réagir un peu plus!
    J’ai ensuite ren­con­tré une psy­cho­logue pour vali­der cette démarche et je n’ai res­senti que de la bien­veillance de sa part. Tout comme avec le reste du per­son­nel médi­cal.
    Tel­le­ment dif­fé­rent de ce pre­mier avor­te­ment 11 ans plus tôt!
    J’ai subi une anes­thé­sie géné­rale, au vu de l’âge de la gros­sesse et un cure­tage. Je ne peux pas dire que je n’étais pas triste : je m’en vou­lais d’avoir laissé cette gros­sesse avan­cer à ce point. Mais j’ai été par­fai­te­ment accom­pa­gnée par le per­son­nel du CHU, j’avais plus de matu­rité que la pre­mière fois, je ne l’ai pas vécu du tout de la même façon.
    J’ai sur­tout pris conscience du poids de la res­pon­sa­bi­lité qui pèse sur les épaules des femmes, notam­ment en ce qui concerne la mater­nité, la gros­sesse dési­rée ou non.
    Cette expé­rience m’a donné une conscience, et de fait, une force que je ne soup­çon­nais pas et de mois en mois, après cet évè­ne­ment, j’ai repris le contrôle de ma vie, j’ai quitté cet homme toxique, j’ai balayé d’un revers tous les car­cans et cli­chés réser­vés aux femmes,…

  106. Sonja dit :

    Je suis tom­bée enceinte fin août 2004, à l’âge de 17 ans.
    Mon amou­reux et moi pra­ti­quions le « coït inter­rompu » sans se dou­ter du manque de fia­bi­lité total de cette méthode et… ce qui devait arri­ver arriva.
    J’en pro­fite pour pré­ci­ser que je ne pre­nais pas la pilule…parce que je n’y avais pas vrai­ment pensé. Ma mère étant assez pudique, je n’ai jamais reçu d’éducation sexuelle à la mai­son, et pas non plus vrai­ment à l’école (peut-être parce que j’étais dans un éta­blis­se­ment catho­lique privé, je ne sau­rais pas vrai­ment dire).
    Bref, je connais­sais l’existence de la pilule mais ne me sen­tais pas vrai­ment concer­née, et ne savais pas non plus com­ment n’en pro­cu­rer dis­crè­te­ment en étant rem­bour­sée.
    Tout ça pour dire qu’il y a encore un long che­min à par­cou­rir dans l’éducation sexuelle de nos jeunes filles et que même si mon avor­te­ment ne m’a pas trau­ma­tisé outre mesure, rien de mieux que la pré­ven­tion.
    Bref, je me suis aper­çue de ma gros­sesse suite à une semaine de retard dans mes règles qui étaient pour­tant très régu­lières. J’ai tout de suite acheté un test de gros­sesse qui s’est révélé posi­tif, suite à quoi j’ai immé­dia­te­ment pris rdv chez le gyné­co­logue pour une confir­ma­tion.
    C’était la pre­mière fois que je me ren­dais chez un gyné­co­logue.
    Son écho­gra­phie a confirmé mes craintes : j’étais enceinte. Je n’ai pas eu à réflé­chir une seule seconde, je savais déjà que je vou­lais avor­ter. Hors de ques­tion de faire un autre choix. J’ai tou­jours grandi avec des valeurs fémi­nistes et la convic­tion que l’avortement était un droit inalié­nable. Je suis aujourd’hui contente de tou­jours avoir eu cette convic­tion inébran­lable, car pour une jeune fille de 17 ans pas encore très sûre d’elle comme je l’étais, j’aurais pu souf­frir si j’avais du ter­gi­ver­ser.
    Ce n’était donc pas le cas ici. Com­ment aurait-ce pu l’être : je venais juste de ren­trer en prépa, j’avais des capa­ci­tés et de vrais objec­tifs pour mon futur. Il me parais­sait stu­pide de tout gâcher pour finir mère au foyer à 18 ans, sans aucune qua­li­fi­ca­tion, dans la misère pour un petit amas de cel­lules qui venait de se for­mer. Au contraire, ça m’a tou­jours sem­blé être le meilleur moyen de finir mère frus­trée qui fait tout payer incons­ciem­ment à l’enfant « res­pon­sable » de cette situa­tion. Bien sûr, toutes les mères-filles ne finissent pas comme ça (bien heu­reu­se­ment), mais connais­sant mon tem­pé­ra­ment et mes ambi­tions, je sais que ça aurait été mon cas.
    Je pen­sais (et le pense tou­jours) qu’il vaut mieux sau­ver une vie bien par­tie qu’en gâcher deux.
    Le gyné­co­logue que je suis allée voir m’a donc indi­qué l’adresse du Plan­ning Fami­lial de l’hôpital près de mon inter­nat de prépa. Le rdv fut obtenu rapi­de­ment. J’ai eu un entre­tien avec une dame très aimable qui a voulu véri­fier ma moti­va­tion et la soli­dité de ma déci­sion, et qui devant ma volonté sans faille m’a donc fait prendre rdv avec le ser­vice com­pé­tent du CHU pour un avor­te­ment médi­ca­men­teux.
    Très peu de temps après c’était fait. Et je n’en garde que des sou­ve­nirs assez flous.
    Je me sou­viens à l’époque avoir été beau­coup plus stres­sée par le fait de devoir rater des occa­sions de révi­ser en allant à l’hôpital que par quoi que ce soit d’autre. Je n’ai jamais douté de ma déci­sion, et n’ai jamais res­senti aucun sen­ti­ment de remord ou de culpa­bi­lité. Je me suis même par­fois demandé s’il était nor­mal de ne rien res­sen­tir à ce point. Si je n’étais pas une égoïste sans cœur. Mais j’avais beau fouiller, j’étais par­fai­te­ment ok avec mon choix.
    Main­te­nant, et notam­ment grâce à ce blog, je sais désor­mais que la souf­france liée à un avor­te­ment est une pos­si­bi­lité mais pas la nor­ma­lité. Il n’y a aucun lien de cau­sa­lité obli­ga­toire entre avor­te­ment et souf­france. Et il est bon de le répé­ter, car ce dogme pro­pagé par les extré­mistes reli­gieux est devenu pré­émi­nent dans notre société.
    Peut-être l’aurais-je moins bien vécu si j’avais du subir une opé­ra­tion au lieu d’un avor­te­ment médi­ca­men­teux, mais ça per­sonne ne peut en être sûr.
    C’est pour­quoi il faut lais­ser témoi­gner chaque per­sonne sur son propre vécu au lieu de sélec­tion­ner uni­que­ment les moins chan­ceuses d’entre nous pour pro­pa­ger des idées reçues.
    Aujourd’hui j’ai 27 ans et tou­jours pas d’enfant, car ce n’est pas encore le moment pour moi. Mais mon désir d’enfant est là et je sais que quand je déci­de­rai d’en avoir, je sau­rais l’aimer et l’accueillir comme il le mérite, parce qu’il aura été voulu.

  107. Hélène dit :

    J’ai avorté en 2007 à l’âge de 28 ans.
    Je vivais en couple sans être mariée, depuis plu­sieurs années, et nous avions déjà deux enfants. J’avais eu mon aîné à 22 ans, par acci­dent et je l’avais gardé par convic­tion, étant encore très catho­lique et culpa­bi­li­sée à l’époque (du genre « tu as voulu cou­cher, tu assumes, main­te­nant »), j’avais juste eu le temps de pas­ser (et d’obtenir) le concours du CAPES. Le père, de son côté avait des emplois et des reve­nus bien moins stables que les miens, aussi j’ai très tôt (et sans sup­port fami­lial) connu l’inquiétude des fins de mois, la décou­verte simul­ta­née des res­pon­sa­bi­li­tés pro­fes­sion­nelles et paren­tales cha­cune avec leur lot de stress et de culpa­bi­li­sa­tion, l’angoisse des dos­siers admi­nis­tra­tifs et leur com­plexité jusque là insoup­çon­née, la course quo­ti­dienne contre la montre avec un conjoint qui asso­ciait tem­pé­ra­ment révo­lu­tion­naire contre la bureau­cra­tie et atta­che­ment conser­va­teur aux pri­vi­lèges du pater fami­lias…
    Notre deuxième fille est née dans un cli­mat d’accalmie, nous étions tous deux en CDI et dans une situa­tion légè­re­ment plus confor­table mais nos rela­tions com­men­çaient à se dégra­der, j’avais voulu le quit­ter à deux reprises mais à chaque fois il m’avait pro­mis qu’il ferait des efforts pour m’aider, enfin dès que ses mul­tiples pro­jets pro­fes­sion­nels déma­re­raient, nous met­tant défi­ni­ti­ve­ment à l’abri du besoin. Il s’opposait à ce que je prenne la pilule, pour des rai­sons nobles en appa­rence « je ne veux pas que tu te bourres d’hormones, ça te don­nera le can­cer, on mange bio et on pra­tique les méthodes natu­relles, nous ». Je stres­sais qua­si­ment à chaque rap­port sexuel, ce qui n’arrangeait pas mon épa­nouis­se­ment sur ce plan — ce dont il finis­sait par se plaindre, sans pour autant se sou­cier d’en arran­ger la cause.
    Un jour, quelques temps après un rap­port trop proche à mon goût de ma date théo­rique d’ovulation, (« non mais t’es chiante aussi, si on t’écoute, on baise plus jamais, c’est ça ? ») j’ai com­mecé à sen­tir cer­tains symp­tômes (seins durs) et à attendre avec angoisse le jour de mes règles. Ne voyant rien arri­ver, j’ai fait un test le soir même. Posi­tif.
    Je suis alors entrée en mode sur­vie. Quelque chose dans ma tête a fait : Non. Pas cette fois. Le len­de­main, j’ai immé­dia­te­ment cher­ché les ren­sei­gne­ments que je vou­lais sur Inter­net et appelé le numéro du ser­vice du plan­ning fami­lial de l’hôpital le plus proche (j’ai l’énorme chance d’habiter en ville et juste à côté). J’ai obtenu un rdv très rapi­de­ment pour un jour où je pou­vais m’organiser.
    J’ai eu l’entretien préa­lable qqs jours plus tard avec une infir­mière, jeune, sym­pa­thique et sans juge­ment. Elle s’est tout de même éton­née que je n’en aie pas parlé au père, mais elle n’a pas insisté lorsque je lui ai répondu que je n’étais pas cer­taine d’avoir son sou­tien.
    Le rendez-vous fut pris pour la semaine sui­vante pour une IVG médi­ca­men­teuse.
    Je retrou­vai la même infir­mière qui m’expliqua la pro­cé­dure et les pos­sibles effets indé­si­rables. J’ai ensuite été dans une chambre où se trou­vait une jeune fille de seize ou dix-sept ans, accom­pa­gnée d’un jeune gar­çon du même âge. Nous n’avons pas parlé, ni pen­dant la prise du com­primé ni pen­dant les quelques heures qui ont suivi. Je lisais, eux dis­cu­taient à voix basse et de temps à autre, l’une d’entre nous occu­pait les toi­lettes.
    Je n’ai pas eu mal, à peine quelques contrac­tions sans grande inten­sité. Je sais que c’est dif­fé­rent pour chaque femme et que cer­taines peuvent avoir très mal et d’autres non, comme pour les règles. Les miennes ne sont pas très dou­lou­reuses, je ne sais pas s’il y a un lien entre les deux. Pen­dant tout ce temps je me sen­tais calme, réso­lue, et pour tout dire, sou­la­gée. A aucun moment je n’ai eu de regret ou de remords.
    Puis l’infirmière est reve­nue nous dire que nous pou­vions ren­trer chez nous. Je sais aussi qu’il y a eu une écho­gra­phie de contrôle mais je ne sais plus com­bien de temps après elle a eu lieu. C’est à cette occa­sion que j’ai demandé au gynéco de me pres­crire la pilule.
    Ce que j’ai appré­cié, c’est au moment de rem­plir la fiche de soins pour jus­ti­fier ma demi jour­née d’arrêt de tra­vail, la secré­taire a ins­crit comme motif un truc neutre « pour que vous ne vous sou­ciez pas de qui va lire ça ».

    Aujourd’hui, je suis sépa­rée, avec la garde de mes deux enfants, que j’aime plus que tout, mais à qui mes « plus belles années » ont été entiè­re­ment consa­crées, sans avoir eu le temps de savoir si c’était vrai­ment mon choix, avec l’impression d’avoir tou­jours vécu ma vie d’adulte dans l’urgence et l’incertitude.
    Cette IVG a été la pre­mière fois de ma vie où j’ai vrai­ment eu le sen­ti­ment de décider.

  108. katiuska_buda dit :

    bon­jour,

    j’ai 35 ans. Je suis la maman d’une petite fille de 2 ans et 5 mois et d’un petit gar­çon de 5 mois.
    Il y a 10 ans en 2005 j’ai démé­nagé en Hon­grie. Je ne trou­vais pas de tra­vail en France, j’ai de la famille du coté de ma mère que je n’avais presque pas vu pen­dant mes 25 années de vie, donc quitte a finir cais­sière… Mon choix c’est porté sur le Danube.
    Je n’ai pas fini cais­sière mais j’ai trouvé du tra­vail dans un centre d’appel. j’ai ren­con­tré au télé­phone un char­mant tech­ni­cien. Il est venu me rendre visite, nous sommes tom­bés amou­reux. Nous étions « ensemble » depuis 6 mois quand il y a eu l’accident. je dis « ensemble » car je vivais en Hon­grie, il vivait en France, nous étions tous les deux éta­blis dans nos vies, et ne sou­hai­tions rien pré­ci­pi­ter.
    L’annonce de cette gros­sesse était un cau­che­mar En fait j’ai su tout de suite que j’étais enceinte. Avant le test, je le savais. Mon com­pa­gnon m’a dit « tu fais ce que tu veux ma ché­rie, mais sache que si tu décide de pour­suivre cette gros­sesse, je ne pour­rais sans doute pas te suivre. ». Mais ça je le savais.
    Le pro­blème n’était pas vis a vis de lui, mais vis a vis de moi. pour moi un enfant ça se fai­sait a deux, en couple. Pas seule. c’est comme ça. Et n’étant pas encore en couple durable, étant frai­che­ment employée, il était hors de ques­tion de pou­voir avoir une gros­sesse a ce moment la. Donc quand le test a confirmé mes craintes… Je ne dor­mais plus, j’avais du mal a man­ger. J’étais ter­ro­ri­sée a l’idée de ne pas pou­voir inter­rompre cette gros­sesse. en plus je vivais a l’étranger, je mai­tri­sais mal la langue, et je ne connais­sais pas du tout les procédures.

    Le pre­mier doc­teur que j’ai croisé, me pro­po­sait de pra­ti­quer l’interruption a condi­tion de payer l’équivalent de 350 euros (j’en gagnais 750 a l’époque). sans comp­ter que j’ai eu droit a un joli dis­cours pour tout ce que je pou­vais faire et deman­der comme aides et allo­ca­tions si je gar­dais « cet enfant » je suis allée voir mon géné­ra­liste qui me sem­blait plus cool. Il m’a expli­qué la pro­cé­dure admi­nis­tra­tive en Hon­grie. Il fal­lait de toute façon que je paie 100 euros. En Hon­grie les IVG ne sont pas prises en charge par la sécu­rité sociale sauf cas patho­lo­gique.
    L’angoisse a conti­nué pour moi. Une consul­ta­tion a l’hopital pour confir­mer la date. Mais on m’a demandé si je sou­hai­tais voir l’échographie ou non. J’ai dit non, on a res­pecté mon choix. une consul­ta­tion chez une sorte de média­trice qui m’explique que les acci­dents de contra­cep­tions sont des actes man­qués qui cachent un désir de gros­sesse. Je ne l’écoute pas. je connais le dis­cours. Ensuite cette gen­tille dame a essayé de me faire culpa­bi­li­ser sur le fait que je n’avais pas de double contra­cep­tion.. bla bla bla. je lui dit que je conns les contra­cep­tion, les gros­sesses invo­lon­taires, que je suis sure de moi et que son dis­cours n1y chan­gera rien a part me mettre en colere. Elle me donne donc mn papier.
    Puis je vais a l’hopital. On fait un dos­sier, j’attends et une infir­miere vient me voir et m’explique qu1ils ont un grand nombre d’intteruptions a fair ce jour, donc 4 en limite de délais qui ne peuvent pas etre pra­ti­quées plus tard. Je ne suis qu’a 6 semaines… je peux attendre.
    Le dis­cours je le conçoit, je le com­prend, mais je reste ter­ro­ri­sée… je ne pour­rais pas inter­rompre cette gros­sesse…
    La semaine sui­vant, je suis prise en prio­rité car on m’a « éjecté » une fois. Exa­men pré-op, le gynéco qui ne voit plus que des numé­ros enfonce un objet dans mon uté­rus me fait super mal et m’explique que c’est pour voir si le foe­tus est bien accro­ché. je suis cho­quée, mais encore suf­fi­sam­ment lucide pour l’insulter en lui disant que NON cet acte dou­lou­reux et gra­tuit n’était pas néces­saire. Une infir­mière vien­dra me voir plus tard pour me féli­ci­ter de mon dis­cours, et me dire que du coup ça a mis les autres patientes en confiance pour reje­ter cet acte.
    je suis allée au bloc, puis en salle de repos pen­dant 5 heures, puis ren­trée chez moi. sor­tie du bloc, je pou­vais dor­mir. une fois ren­trée chez moi, j’ai fait ma pre­mière nuit com­plète en 7 semaines. Je n’avais plus de pro­blème, j’étais sou­la­gée.
    Plus tard, mon com­pa­gnon m’a rejoint en Hon­grie. Nous nous sommes mariés. Et nous avons ces deux magni­fiques enfants.
    Je ne me suis jamais posée de ques­tion comme « et si je l’avais gardé ? » ou « et si ça avait été une fille ou un gar­çon »… Au moment de tom­ber enceinte, je n’ai pas eu d’appréhension du fait de ma pré­cé­dente IVG. J’avais des appré­hen­sion oui, mais vis a vis de ma capa­cité a être une bonne mère plus tard, ou vis a vis de ce que je pour­rais faire ou non enceinte. Le truc nor­mal de futur parents.
    l’IVG ne reste pas vrai­ment dans mes sou­ve­nir, pour rap­por­ter cer­tains détails il m’a fallu plon­ger dans mon jour­nal de l’époque. Mais l’angoisse de cette gros­sesse, mes amies qui me disaient féli­ci­ta­tions quand je disais « j’ai un pro­blème, je suis enceinte », même une qui m’a demandé après mon IVG si j’allais bien. je lui ai dit que oui et elle m’a presque fait la morale, parce que je devais aller mal : j’avais tué mon bébé !
    Non je n’ai pas tué mon bébé. ce n’était pas mon bébé. Mes deux gros­sesses sui­vantes ont été mes bébés. Je les ai voulu, porté, choyés. Je les aime.
    Je pense qu’on ne peut être parent que quand on le désire. c’est si dif­fi­cile d’être parent. com­ment on f ait pour tenir bon quand on ne dési­rait pas nos enfants ? J’ai du mal cer­tains jours a être une bonne mère alors que je les ai sou­haité du plus pro­fond de mon coeur. mettre ua monde un enfant que l’1on a pas désiré, sou­haité juste pour faire plai­sir a d’autres c’est injuste ! Et injuste pour tout le monde.

    On entend sou­vent que ne pas faire d’enfant c’est un acte égoïste. Je pense que faire un enfant est pro­fon­dé­ment égoïste. et choi­sir de ne pas en avoir quand on est pas prêt, quand on en sou­haite pas c1est au contraire de l’altruisme.

  109. Moi dit :

    J’étais entre pilule et sté­ri­let. L’homme avec qui j’étais en rela­tion (caho­tique, avouons-le) m’a convain­cue qu’il sou­hai­tait un enfant de moi et je me suis dit « je suis res­tée pré­cé­dem­ment 9 mois sans contra­cep­tion vu un pro­jet de bébé à cette époque-là, ce n’est pas pour une ou deux fois sans pro­tec­tion… » et puis, j’aimais cet homme et lui fai­sait confiance (je l’aime tou­jours même si je ne lui fais plus confiance et que nous ne sommes plus en rela­tion). Nous avons eu des rap­ports non pro­té­gés deux fois. J’ai senti (qqs heures plus tard) l’implantation de l’oeuf. Attendu un peu pour pou­voir faire un test et « bingo », j’étais enceinte. Réac­tion de l’homme « tu dois avor­ter, je ne peux pas, je vais me sui­ci­der ».
    Je suis allée à mon RDV chez le gynéco (qui devait me poser un sté­ri­let). Quand je lui ai dit « je suis enceinte », il m’a répondu « Féli­ci­ta­tions » et moi « euh, non, je veux avor­ter ». Il m’a dit que dans le plan­ning fami­lial dans lequel il tra­vaillait, ce n’était pas pos­sible, m’a ren­sei­gné un autre plan­ning où je suis allée. Après les RDV pour véri­fier que j’étais sûre… J’ai avorté. L’avortement s’est bien passé, je me sou­viens avoir lâché une blague (à deux sous) à la gyné­co­logue.
    Je n’en ai pas beau­coup parlé autour de moi. J’en parle par­fois.
    Je pense de temps en temps à l’âge qu’aurait eu l’enfant et je me dis « ouf ».
    Je suis heu­reuse d’avoir avorté. Si je me retrou­vais au moment de la déci­sion en sachant ce que je sais aujourd’hui, je repren­drais la même décision.

  110. Tagada Jones dit :

    Je vou­lais témoi­gner moi aussi que l’avortement n’est pas for­cé­ment un trau­ma­tisme.
    J’avais 19 ans, j’étais étu­diante et désar­gen­tée (ça va sou­vent de paire me direz-vous), j’étais de nou­veau en couple depuis quelques temps avec mon pre­mier amour (avec qui je suis tou­jours). Enfin bref, nous étions stu­pides, nous pen­sions que comp­ter les jours ça fonc­tion­nait, oui ça fonc­tionne, jusqu’au jour où ça ne marche plus!
    Me voilà donc à attendre mes règles, qui ne viennent pas. Pour­tant j’ai tous les signes qui les annoncent : mal de ventre, seins dou­lou­reux.
    Je me confie donc à ma meilleure amie qui passe me prendre dans la jour­née pour aller faire le test que je n’osais pas faire seule.
    Le test est posi­tif et la ques­tion ne se pose même pas. La mère de ma meilleure amie chez qui j’étais me fait boire un verre de cognac pour faire pas­ser la nou­velle et m’apporte tout son sou­tien.
    L’IVG s’est faite par aspi­ra­tion à 7 semaines, mon copain et mes 2 meilleure amies étaient là. Je n’en ai pas parlé à ma mère qui n’aurait pas com­pris, elle qui m’a eu à 20 ans.
    Je n’ai pas par­ti­cu­liè­re­ment souf­fert après l’opération, j’ai pu ren­trer dans la soi­rée, sous réserve que quelqu’un me veille la nuit sui­vante.
    J’ai aus­si­tôt com­mencé une contra­cep­tion, que je n’oublie jamais.
    Après l’avortement moi qui pen­sais être un peu triste, j’ai fina­le­ment res­senti un grand sou­la­ge­ment.
    J’ai vrai­ment pris la bonne déci­sion, aujourd’hui, je vais sur mes 27 ans, ma situa­tion est dif­fé­rente et nous com­men­çons à pen­ser à avoir un enfant, c’est le bon moment main­te­nant.
    Quant je vois tout ces sites culpa­bi­li­sants qui parlent de trau­ma­tisme ça me révolte. Une gros­sesses non dési­rée est une situa­tion suf­fi­sam­ment angois­sante pour en rajou­ter. Je suis juste là pour dire qu’on peut avor­ter, bien le vivre et ne pas culpabiliser.

  111. Pailine Sui dit :

    J’ai avorté en 2010 le jour de mes 18 ans… J’étais avec le papa depuis mes 14 ans on s’aimait et on s’aime encore aujourd’hui. J’étais sous pilule je fai­sais atten­tion, puis un seul oublie et 1mois plus tard test posi­tif… J’ai pleu­rer dans les bras de mon chéri encore et encore… Nous vou­drions des enfants un jour mais pas main­te­nant sor­tant tout juste du bac et pas encore de tra­vail c’était sur que j’avorterais. Per­sonne ne l’a jamais su sauf le papa qui m’a accom­pa­gné au plan­ning et à tout les ren­dez vous jusqu’au jour de l’IVG à l’hôpital (par médi­ca­ment). Ce petit être que j’ai gar­der 1 petit mois je ne l’oublierait jamais. Je n’ai jamais regretté car je n’aurais pas été à la hau­teur nous étions un couple unis nous le sommes tou­jours et nous étions sur de notre choix.
    Nous nous sommes mariés 2 ans plus tard et aujourd’hui nous avons un petit gar­çon qui aura 1 an en juin. Je n’ai eu aucun mal à tom­ber enceinte en 1 mois c’etais bon. Je pense par­fois à ce grand frère ou cette grande soeur, mais je ne regrette rien ce n’étais pas le bon moment. Puis je regarde mon fils qui court à 4 pattes vers son papa qui rentres du tra­vail et je me dis que c’est là qu’il devait arri­ver… Mon bon­heur est la. J’y pense aujourd’hui sans regrets. Nous sommes heureux.

  112. Claire dit :

    En 2000, divor­cée et avec 4 enfants de 20, 18, 16 et 3 ans à charge, je me suis retrou­vée enceinte après un seul rap­port non pro­tégé, le 5ème jour à peine après la date de début de mes der­nières règles (autant dire que la méthode qui consiste à comp­ter les jours n’est pas fiable).
    Je m’y atten­dais si peu que j’ai mis plu­sieurs semaines à m’en rendre compte, jusqu’à ce que je sente très dis­tinc­te­ment l’odeur de miel d’un pro­duit ména­ger. J’avais pour­tant des nau­sées mais je met­tais ça sur le compte d’une hypo­thé­tique gas­tro.
    J’ai pris immé­dia­te­ment rendez-vous chez mon gynéco et demandé un avor­te­ment car il n’était pas ques­tion d’élever seule un 5ème enfant. Il me semble que le délai m’avait paru long entre cette consul­ta­tion et l’avortement. De plus, le gyné­co­logue m’a dit que ce serait plus simple de le pas­ser en inter­rup­tion thé­ra­peu­tique de gros­sesse plu­tôt qu’en IVG. Je n’ai pas cher­ché à com­prendre, car mon souci était sur­tout de ne pas le gar­der, mais je n’ai tou­jours pas com­pris la rai­son de cette déci­sion.
    Au final, je me suis fait avor­ter sous anes­thé­sie géné­rale, aucune dou­leur, aucune séquelle, aucun regret.
    J’aurais aimé pou­voir béné­fi­cier de cette sim­pli­cité en 1980, lorsque j’ai été enceinte la 1ère fois à 17 ans alors que j’étais en ter­mi­nale. Mes parents étaient abso­lu­ment contre l’avortement et par­lait de Simone Weil comme de l’avorteuse ou la tueuse. Je ne me suis donc pas tour­née vers mes parents mais vers ceux de mon copain. Mal­heu­reu­se­ment, leur méde­cin n’était pas très favo­rable non plus à l’avortement, et j’ai gardé l’enfant parce que je n’ai pas su dire non, ni prendre en charge toute seule cette catas­trophe.
    Au final, je me suis mariée avec le père, j’ai arrêté mes études et j’ai eu 2 autres enfants avec lui (dont 1 suite à un oubli de pilulle, après un seul rap­port non pro­tégé).
    Avec le recul, j’ai vrai­ment le sen­ti­ment d’avoir fait une erreur, même si j’adore mes enfants, mais je les ai eus vrai­ment trop jeune, je n’avais pas la matu­rité pour m’en occu­per comme une mère et non comme une grande soeur

  113. Marion dit :

    Je suis tom­bée enceinte à 15 ans, en avril 2006. Cela fai­sait un an que j’étais en couple avec le même gar­çon et quelques mois que nous étions actifs sexuel­le­ment. Nos familles ne vou­laient pas entendre par­ler de sexua­lité et fai­saient tout pour nous empê­cher de com­men­cer une vie sexuelle (les portes de nos chambres devaient res­ter ouvertes lors de nos visites l’un chez l’autre, il était hors de ques­tion de dor­mir dans la même pièce et les membres des deux familles pas­saient régu­liè­re­ment véri­fier qu’il ne se pas­sait rien de « sus­pect »). Évi­dem­ment, cela ne nous a pas empê­ché de pas­ser à l’acte lorsque nous nous sommes sen­tis prêts. Cette situa­tion signi­fiait que nous étions livrés à nous-mêmes pour la contra­cep­tion car nous n’osions pas en deman­der à nos parents res­pec­tifs. D’habitude, nous uti­li­sions des pré­ser­va­tifs, mais n’ayant pas tou­jours les moyens d’en ache­ter et n’ayant pas for­cé­ment accès à un Plan­ning Fami­lial dans notre petite ville, cette fois là nous nous sommes fiés à la méthode Ogino. Comme je devais avoir mes règles dans les deux jours sui­vants, nous en avons conclus qu’un rap­port non pro­tégé était sans risques. Mal­heu­reu­se­ment, je me suis vite ren­due compte que mes règles ne venaient pas et un test de gros­sesse fait la semaine sui­vante s’est révélé posi­tif (j’ai appris plus tard qu’il est conseillé d’attendre 15 jours, il faut croire que mes hor­mones fai­saient du zèle…).
    Nous n’avons pas osé l’annoncer à nos parents et nous avions pensé deman­der à la tante de mon copain de nous avan­cer les frais pour l’avortement et de m’accompagner en tant que per­sonne majeure accom­pa­gnante. Cepen­dant, mes parents ont reçu un coup de télé­phone ano­nyme (des années après j’ai su que c’était une « amie » de lycée que j’avais mise au cou­rant) qui les a aver­tis. Leur réac­tion m’a ter­ro­ri­sée à l’époque, j’avais peur d’être mise dehors ou enfer­mée dans ma chambre. Bien que ma mère ait immé­dia­te­ment pris en charge les démarches pour l’IVG, tout s’est fait dans une ambiance gla­ciale et sous une ava­lanche de reproches, qui ont mar­qué l’adolescente per­due que j’étais à l’époque. J’étais mor­ti­fiée à l’idée même d’être enceinte et de devoir avor­ter si jeune, je pleu­rais beau­coup et mes parents n’ont fait que me culpa­bi­li­ser davan­tage, encore et encore. Lors de la consultation-entretien avec la dame du Plan­ning, celle-ci a cher­ché à nous ras­su­rer, mon petit ami et moi, à nous expli­quer qu’une erreur pou­vait arri­ver et qu’on avait certes été naïfs et mal­adroits, mais qu’il n’y avait aucune rai­son pour qu’on se sente moins que rien. Ma mère a par­ti­cipé à la fin de cette consul­ta­tion et a ver­te­ment « remis à sa place » cette dame en lui disant qu’elle n’avait pas à nous cher­cher des excuses et que nous étions des gamins idiots, inca­pables de mener une vie sexuelle.
    L’examen gyné­co­lo­gique qui a suivi m’a dura­ble­ment trau­ma­ti­sée. Le gyné­co­logue m’a trai­tée très rude­ment (il m’a fait mal tout le long de l’examen, que ce soit à la poi­trine ou au vagin), il m’a à peine parlé ou regar­dée. J’ai eu l’impression d’être un mor­ceau de viande ava­riée, comme si le fait de tom­ber enceinte si jeune et d’avorter me des­cen­dait en des­sous du niveau de l’humain. Depuis, je suis malade de stress avant chaque exa­men gyné­co­lo­gique et je suis inca­pable de lais­ser un pro­fes­sion­nel mas­cu­lin me tou­cher. Lors de l’échographie, on a bien fait en sorte de me mettre l’écran sous le nez, sans me deman­der mon avis.
    J’ai avorté par com­pri­més la semaine sui­vante. Étant jeune et plu­tôt fluette à l’époque (je pesais moins de 50 kilos), c’est le pre­mier com­primé qui a déclen­ché l’avortement. J’ai donc expulsé l’essentiel de la poche et de l’embryon dans les toi­lettes fami­liales, en plein repas du soir. Ma mère m’a vue, du sang plein les jambes et les mains, pleu­rant sur les toi­lettes. Elle m’a sim­ple­ment toi­sée et dit « Tu net­toie­ras ». Je ne l’oublierai jamais.
    Le len­de­main, j’ai passé la jour­née à l’hôpital, à conti­nuer de perdre du sang. Les infir­mières m’ont ignoré la plu­part du temps, elles m’ont à peine adressé la parole. Lors de l’examen final, attes­tant de la réus­site de l’IVG, la dame qui fai­sait l’échographie m’a lancé un « C’est bon, mais il était drô­le­ment bien accro­ché dis donc ! ». Ça aussi, cela m’a mar­qué. J’ai l’ai pris comme un reproche, ou comme une façon de me faire culpa­bi­li­ser encore plus.
    Aujourd’hui, je vais avoir 26 ans, je vais bien et je ne regrette pas d’avoir avorté. Je savais déjà à l’époque que c’était pour moi la meilleure chose à faire et si c’était à refaire, je n’hésiterais pas. Cepen­dant, je regrette pro­fon­dé­ment l’attitude des per­sonnes qui m’ont entou­rée durant cette période (à part la dame du Plan­ning bien sûr) car ils et elles ont ancré en moi un sen­ti­ment de culpa­bi­lité qui a duré pen­dant des années. C’était mon corps, mes choix, et mon jeune âge n’était pas une excuse pour me culpa­bi­li­ser d’en dis­po­ser selon ma volonté.
    Depuis, je milite pour diverses causes fémi­nistes et je n’hésite plus à par­ta­ger mon expé­rience sur l’IVG. C’est en infor­mant un maxi­mum les gens qu’on ten­dra vers un accom­pa­gne­ment de plus en plus res­pec­tueux des patientes.

  114. Fontenelle dit :

    J’ai avorté 2 fois dans les années 2000.

    La pre­mière fois, en Août 2006, j’avais 17 ans. Mon gynéco de l’époque (celui de ma mère) avait refusé de me pres­crire la pilule car je fumais trop. Nous nous en accom­mo­dions en uti­li­sant des pré­ser­va­tifs à chaque fois. A la suite d’un acci­dent –le wee­kend, for­cé­ment — nous n’avons pu nous rendre dans une phar­ma­cie de garde que le dimanche matin pour la pilule du len­de­main. La phar­ma­cienne que j’ai eu m’a pris à part , à l’arrière de la phar­ma­cie, m’a tout expli­qué et m’a donné une carte du plan­ning fami­liale au cas où. Quelques semaines plus tard, impos­sible de fumer, tout me dégoû­tait. J’ai trouvé ça étrange alors j’ai fait un test de gros­sesse. Direc­tion le plan­ning fami­liale pour la prise en charge d’un IVG par aspi­ra­tion sous anes­thé­sie géné­rale, sans en par­ler à ma famille qui l’a appris un peu plus tard (je ne vou­lais pas gâcher leurs vacances). La ques­tion s’est vite réglée, c’était clai­re­ment la chose à faire et j’ai assez peu de sou­ve­nir de l’intervention. Ponc­tuel­le­ment quelques pin­ce­ments au coeur en pen­sant à l’hypothétique enfant que j’aurais pu avoir mais jamais de regret ou culpa­bi­lité, ni de séquelle phy­sique etc.… Le seul bémol a été à l’échographie, où le méde­cin m’a dit sur un ton mépri­sant : « vous enten­dez ? C’est son coeur qui bat » Sa machine dans mon uté­rus, je n’ai pas osé lui rétor­quer « Et ton jambon-beurre de ce midi, t’as écouté son coeur avant de le bouf­fer ou pas ? » mais avec le recule j’aurais peut être dû le faire.

    Pour la deuxième IVG, tou­jours le même conjoint — alors en période mou­ve­men­tée et quelques mois avant la sépa­ra­tion — enceinte mal­gré une pilule de 3e géné­ra­tion en conti­nue sans oublie. J’étais en période d’essai, mal dans mon couple mais je me sen­tais adulte, j’avais vieilli et c’était moins évident de déci­der si oui ou non je vou­lais un bébé. J’ai été la plus ration­nelle face à la situa­tion, mon conjoint m’a sou­tenu, et j’ai avorté de façon médi­ca­men­teuse. Là c’était épou­van­table. Per­son­nelle débordé, infir­mières désa­gréables, gros juge­ments sur le fait que c’était ma « DEUXIEME FOIS », merde ! Le mépris d’un couple d’amis qui sou­hai­tais un bébé.… De grosses dou­leurs pen­dant 2 jours à cause du cyto­tec et un début d’infection vite pris en charge grâce à l’échographie de contrôle.

    Aujourd’hui, je ne regrette tou­jours rien, je vais très bien. A 27 ans je suis deve­nue maman, d’un enfant que j’ai désiré, avec le bon papa, au moment que je trou­vais le plus oppor­tun. Mais c’est en repen­sant à cette 2ème expé­rience que j’ai sou­haité m’impliquer dans la défense du droit à l’IVG. Parce que ce que j’ai vécu n’était pas nor­mal. Les com­por­te­ments que j’ai observé m’ont cho­qué et ne devraient plus arri­ver à d’autres filles et femmes optant pour cette option.

  115. Suzie dit :

    J’ai avorté en… quelle année déjà ? J’étais avec mon copain de l’époque depuis près de 3 ans et on s’était ren­con­trés un peu avant mes 19 ans… Donc en 2004 ! Que je sois obli­gée de recal­cu­ler tout ça pour retrou­ver l’année, c’est dire que l’eau coule sous tous les ponts.
    Nous étions un petit couple stable, sécu­ri­sant pour tout le monde (nous, nos parents, nos potes…). Étu­diants tous les deux, dans la même filière avec un an de déca­lage…
    Et puis l’accident de pilule. J’ai jamais été douée pour les médi­ca­ments à prendre régu­liè­re­ment… La déci­sion fut vite prise, jugée res­pon­sable par nos parents res­pec­tifs, et mon choix de méthode aussi (endor­mez moi, faites votre bou­lot, réveillez moi).
    Cette expé­rience ne fut pas le meilleur moment de ma vie. Je me sou­viens du regard de tra­vers de la gyné­co­logue libé­rale Old school, cho­quée que le futur non papa assiste à l’échographie. Je me sou­viens aussi de la bien­veillance du per­son­nel du plan­ning fami­lial de Castres : l’aide soi­gnante qui m’installe dans la chambre et nous chou­choute tous les deux car elle voit rare­ment des couples dans ces cir­cons­tances, le chi­rur­gien qui me tapote la joue comme un gen­til papa au bloc avant de mettre ses gants (« allez on va vous sou­la­ger jeune fille »), l’anesthésiste qui me ras­sure (« c’est l’heure de la sieste  »). Les suites de l’intervention ? Comme des règles, en moins dou­lou­reux, le plus désa­gréable fut de ne pas avoir droit au tam­pon hygié­nique. Une fugace dou­leur au dos (mau­vaise posi­tion sur la table d’opération), qu’un para­ce­ta­mol et une bonne heure de som­meil dans le lit de l’hôpital cal­mèrent tota­le­ment.
    Les consé­quences ? J’ai mûri d’un coup : j’ai quitté mon copain peu après car je me suis ren­due compte que je n’en étais plus amou­reuse mais que j’étais avec par peur de l’inconnu. J’ai remis en ques­tion mes vieilles croyances reli­gieuses d’adolescence. J’ai fait des ren­contres que je n’aurais jamais faites et qui m’ont enri­chie. EN GROS, J’AI PRIS PLEINEMENT LE CONTRÔLE DE MA VIE.
    « Ouais OK, en gros c’est deve­nue une débau­ché et, elle en est fière  » se diront les pré­ju­geurs aux idées courtes. Même pas. Aujourd’hui je suis mariée, j’ai deux enfants dési­rés, notre couple résiste aux tem­pêtes, j’ai ter­miné mes études, je fais LE BOULOT que je vou­lais et je m’y éclate. J’ai une vie pleine et équi­li­brée.
    Sans L’IVG, ma vie serait bien dif­fé­rente.
    Je ne repense à ce moment que dans des occa­sions très pré­cises : quand mes petits gar­çons me fatiguent, que je com­mence à cra­quer. Je me dis alors :« PUT*** qu’est ce que ce serait avec un gamin non désiré, un mari pas vrai­ment choisi, et un bou­lot qui ne me pla­rait pas mais que j’aurais pris par défaut pour nour­rir le mome… « 
      MERCI LES SALOPERIE, MERCI LES SIMONE, MERCI LE PLANNING FAMILIAL !!!

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